Comment donc peut-on être germanophone?


L’agitation qui a parcouru la Communauté germanophone, en fin de semaine dernière, est passée largement inaperçue des médias wallons, francophones ou néerlandophones. C’est pourtant un remarque du (pour combien de temps encore?) ministre cdH wallon des Autoroutes, Maxime Prévot, qui avait mis le petit monde politique germanophone en ébullition. Confronté à une demande de l’élue germanophone libérale Jenny Baltus-Möres, qui aurait souhaité voir installé un panneau «Willkommen in Ostbelgien», à l’intention des automobilistes et autres usagers venant d’Allemagne, à la sortie du parking d’Eynatten, sur l’autoroute Aix-la-Chapelle-Liège-Bruxelles, le bourgmestre en titre de Namur y a opposé un véto catégorique. En s’en prenant «au petit groupuscule de germanophones qui ne voient pas d’un bon œil qu’il soit rappelé qu’ils sont aussi Wallons, Wallons de langue allemande, certes, mais Wallons quand même». Et d’insister, à l’intention de Jenny Baltus-Möres que «le Corse est toujours un citoyen de la République française, le flamingant est toujours un Belge, et un germanophone est institutionnellement un Wallon».

Qu’en termes… mal choisis ces choses-là ont été dites! On imagine, d’abord, qu’en digne premier citoyen de Namur, Maxime Prévot ne pratique pas la langue de Goethe. Il n’est pourtant pas difficile de comprendre que le panneau suggéré par l’élue libérale voulait souligner… une évidence géographique: quand on vient d’Allemagne, c’est bien dans l’est de la Belgique qu’on entre, une fois la frontière franchie. Jenny Baltus-Möres n’avait pas suggéré un «Willkommen in die Deutschprachigen Gemeinshaft», qui n’aurait sans doute rien signifié pour la plupart des usagers qui viennent de franchir le Rhin; la réponse inutilement blessante du ministre, qui n’aurait pas eu de raison d’être si la demande avait été formulée telle quelle, était à la fois inopportune et déplacée.

RDGInopportune, car elle a rappelé aux élus de la Communauté germanophone le peu amène  «cantons rédimés», que leur avait asséné François de Brigode, récemment, en lançant un sujet du Journal Télévisé de la RTBF en direct des cantons de l’Est. Et plus loin, l’expression «Wallons germanophones» de Maxime Prévot, outre qu’elle ne correspond pas à la réalité, renvoyait à une expression quasi similaire jadis utilisée à leur propos par Robert Collignon, alors ministre-président de la Région wallonne.

Déplacée parce que le fait que le territoire de la Communauté germanophone soit incontestablement situé sur celui de la Région wallonne n’en fait pas de ses habitants des Wallons pour la cause. Maxime Prévot dirait-il des Bruxellois qu’ils sont forcément flamands, puisque le territoire de la Région bruxelloise est enclavé dans celui de la Flandre? Voilà qui agréerait sans doute les flamingants les plus pointus, mais… quod non, comme disent les juristes.

S’il fallait une preuve que la Communauté germanophone est si peu wallonne, il suffirait pour le ministre cdH namurois de mesurer l’absence d’impact dans les médias francophones et wallons qu’a eu cette polémique qui a agité le Landerneau germanophone en fin de semaine, et qui a même rebondi jusqu’au Parlement européen, dont le seul élu germanophone… membre du même parti que M. Prévot, a déploré l’expression du ministre namurois.

M. Prévot ne connaît sans doute pas l’histoire de la région. Et il ignore donc probablement que des trois cantons de l’est de l’actuel Belgique, ceux d’Eupen, de Saint-Vith, et de Malmédy, incorporés dans la Prusse après l’empire napoléonien, puis par voie de conséquence intégrés dans l’empire d’Allemagne, seul le troisième se revendiquait ouvertement wallon.  Le vocable «Wallonie malmédienne» désigne toujours les communes francophones et wallonnes affiliées à l’Office du Tourisme des Cantons de l’Est, dont font partie également les cantons purement germanophones, même si le bilinguisme voire le trilinguisme sont largement répandus à Eupen, d’Eupen et de Saint-Vith. Qualifier leurs habitants de Wallons est donc une hérésie. Et la comparaison avec la nationalité française des Corses (rejetée par les plus pointus des nationalistes corses, soit-il rappelé au passage) ou belge des flamingants n’est pas pertinente: il n’existe pas de nationalité wallonne, encore moins de nationalisme wallon…

Il est d’ailleurs assez étonnant de voir comment les militants wallingants, tenants d’une autonomie de la Wallonie, dont Robert Collignon a été une des figures de proue, avec José Happart ou Jean-Claude Van Cauwenberghe, ont toujours été peu cohérents, en refusant pour les Germanophones ce qu’ils réclamaient pour eux-mêmes. Et en brandissant pour ce faire des arguments aussi fallacieux que… les Germanophones sont bien trop peu nombreux pour former une entité politique à part entière. La petite taille de la Communauté germanophone peut poser problème dans certaines matières, comme l’administration de la Justice, par exemple, où les magistrats germanophones sont à la fois peu nombreux et parfois trop proches pour assurer à un degré d’appel la nécessaire distance avec le degré d’instance. Mais dès lors qu’on milite pour ses propres droits, il est assez inconséquent de les refuser à d’autres,  au motif qu’ils ne pourraient pas les assumer. Comme le dit souvent un de mes (presque) anciens confrères, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est aussi celui de… s’indisposer eux-mêmes.

Maxime Prévot a, en l’espèce, raté une belle occasion de se taire. Au moment où des négociations particulièrement délicates vont s’engager, pour former une nouvelle majorité wallonne… où il côtoierait Mme Baltus-Möres,  c’est le genre de bêtise à ne pas renouveler…

La Flandre ferroviaire repue, son ministre de la Mobilité joue du muscle!


Ben Weyts«Onze investissements ferroviaires retenus sur une liste de cinquante-et-un, ciblés sur les grands axes de transport de voyageurs et de marchandises», c’est, relaté par Le Vif-L’Express la manière dont résume le ministre flamand de la Mobilité, le N-VA Ben Weyts, la différence de mentalité entre la Flandre et la Wallonie où «on vide toutes les boîtes en carton, on jette le tout sur une table, et on jette le tout sur une table et on soumet cinquante à soixante investissements prioritaires. En misant beaucoup plus sur les petites liaisons de proximité».

Ben voyons, pourquoi se gênerait-il? J’ai déjà eu plusieurs fois l’occasion sur ce blog de Carte du réseau ferroviaire belgerappeler combien la Wallonie a été reléguée à l’arrière-plan pendant des années, en matière d’infrastructure ferroviaire, et combien ce déséquilibre s’est aggravé sous l’effet d’une clé de répartition des investissements 60%-40% au bénéfice de la Flandre, dont même des spécialistes flamands du ferroviaire soulignent l’absurdité. Pour qui en douterait encore, faut-il rappeler l’état d’avancement du RER autour de Bruxelles, pratiquement terminé du côté flamand, et que le ministre MR de la Mobilité François Bellot vient à grand peine d’engager, côté wallon, la poursuite de travaux qui ne prendront fin que dans plusieurs années? Et que dire alors de la modernisation de l’axe Bruxelles-Namur-Luxembourg, réclamé depuis de nombreuses années, et qui progresse à l’allure d’un tortillard?

Bien sûr, la myopie nationaliste de M. Weyts l’empêche de voir plus loin que le Heilige Vlaamse grond. Il lui est sans doute difficile de comprendre pourquoi, dans une Wallonie plus étendue et à l’habitat moins concentré que la Flandre, il est important de conserver des liaisons de proximité. Sous peine de pénaliser des usagers déjà largement touchés par des suppressions de dessertes.

Mais pourquoi s’inquiéterait-il, puisque le réseau flamand, lui, est déjà suffisamment dense? Pas difficile, dans ces conditions, de privilégier quelques aménagements, et de vilipender ceux qui dressent la liste des investissements négligés pendant des décennies!

La méthode adoptée par François Bellot est la bonne, elle était réclamée depuis plusieurs années, notamment par les syndicats de cheminots: si cette clé absurde de 60%-40% est maintenue, qu’elle soit au moins prise en considération sur plusieurs années, manière que des travaux urgents, type RER, soient achevés en priorité. Pas sûr que Ben Weyts apprécie, mais après tout, en matière ferroviaire, il ne brille pas spécialement par sa compétence.

Moralisation: le mieux pourrait être l’ennemi du bien


Un célèbre adage proclame que quand Paris s’enrhume, Bruxelles éternue. Encore qu’en matière d’affaires politico-judiciaires, on ne sache pour l’instant plus très bien qui a commencé, entre la Belgique, et plus particulièrement la Wallonie et Bruxelles, empêtrées dans les dossiers Publifin, ISPPC, et Samusocial, pour ne citer que les plus récents et les plus retentissants d’entre eux, et la France, où, de François Fillon à Marine Le Pen, et en attendant peut-être Richard Ferrand et François Bayrou, les dossiers judiciaires ont eu, ou vont avoir des conséquences politiques de premier ordre. Car il ne fait guère de doute que sans les révélations du Canard Enchaîné, c’est François Fillon et non Emmanuel Macron qui serait aujourd’hui locataire de l’Elysée.

Le nouveau président de la République a fait de la moralisation de la vie politique un de ses chevaux de bataille politiques de sa campagne électorale. Et ce n’est sûrement pas un François Bayrouhasard si le projet de loi qui s’y rapporte, mais prudemment baptisé différemment, a fait l’objet de la première présentation publique, et que le garde des Sceaux, alias le ministre de la Justice, François Bayrou, se prépare à le déposer à l’Assemblée Nationale.

Le texte entend réprimer un certain nombre de pratiques considérées jusqu’ici comme licites: l’emploi par les politiques de membres de leur famille par exemple. Il supprime des privilèges accordés aux élus, devenus insupportables aux yeux de leurs électeurs: on pense à la « réserve parlementaire » ou au privilège de juridiction qui fait échapper députés et sénateurs à la justice ordinaire. Leur restera tout de même l’immunité parlementaire, dont se prévaut toujours Marine Le Pen, et qui, chez nous, suscite régulièrement des débats lorsqu’il s’agit de l’appliquer à un élu ou l’autre, comme, dans un passé récent, Alain Mathot (PS) ou Bernard Wesphael, l’ancien chef de groupe écolo au Parlement wallon.

Une disposition de la loi française, qui paraît d’une logique implacable, risque pourtant de poser problème au regard de l’égalité entre citoyens, proclamée par la Convention européenne des droits de l’Homme: celle qui interdit à un(e) candidat(e) à l’élection de figurer dans un casier judiciaire.

J’entends déjà les récriminations: on attend des élu(e)s que, modernes chevaliers Bayard, ils (elles) soient sans peur et sans reproche. Et qu’il serait difficile de faire confiance à quelqu’un qui a été convaincu de malhonnêteté, ou en tout cas de manque de respect pour la loi, qu’il (elle) va être appelé(e) à édicter.

Mais il y a casier judiciaire et casier judiciaire: va-t-on mettre sur un pied d’égalité un assassin, un escroc, une voleuse, ou une usagère de la route qui a refusé une transaction et a été sanctionnée par un tribunal de police ou par un tribunal correctionnel pour infraction, voire infraction grave, au code de la route?

Un citoyen, par ailleurs, continue à bénéficier, même condamné, de ses droits civils et politiques, sauf disposition explicitement contraire. Donc non seulement le droit de participer à des élections (ce qui pose toujours problème pour les électeurs détenus), mais aussi de se porter candidat.

Une fois la peine purgée, par ailleurs, une personne est réputée avoir payé sa dette à la société. En vertu de quoi, alors, l’empêcherait-on de se porter candidate à une élection? Ne serait-ce pas clairement remettre en cause le principe de l’égalité entre citoyens? Personne, à ma connaissance, n’a fait d’objection à la candidature d’Alain Juppé aux primaires de la droite et du centre? Bien sûr, la future loi sur la moralisation de la vie politique n’était par définition pas encore en vigueur à ce moment-là, mais la question au moins morale de la légitimité de sa candidature n’a pas été soulevée. Et c’était très bien ainsi, puisque Alain Juppé n’avait plus aucun compte à rendre.

Si la loi de moralisation de la vie publique française est votée telle qu’elle est présentée, seuls seraient finalement autorisés à se présenter celles et ceux qui n’auraient pas de casier judiciaire… ou qui auraient été suffisamment avisés (voire qui auraient le mieux su à quelles portes frapper, ou qui auraient disposé des plus grands moyens pour ce faire) pour faire effacer toute trace de leur(s) condamnation(s) antérieure(s) dans leur dossier. Sauf amnistie, du type de celle qui a ramené des communards, à la fin du XIXeme siècle, dans diverses assemblées?

Le Conseil d’Etat français retoquera sans doute cet aspect de la loi sur la moralisation de la vie publique. Afin d’éviter qu’une fois de plus, le mieux ne soit l’ennemi du bien….

 

Hulde aan Eric Donckier, een grote collega – Hommage à Eric Donckier, un grand confrère


Via Facebook heb ik vernomen dat collega Eric Donckier nu definitief uit het journalistiek stap om van een welverdiende pensioen te genieten. En ter gelegenheid heeft zijn krant, « Het Belang van Limburg » een receptie gehouden die waarschijnlijk voor geen andere Vlaamse journalist, weze het van « Het Belang van Limburg » of van evenwelke andre Vlaamse krant georganiseerd zal worden.

Eric Donckier2Voor Eric Donckier was dit afscheid gepast ook al weet hij zeker dat de kerkhoffen vol met onmisbare wezens vol zijn. « Het Belang van Limburg » gaat zeker zonder hem zijn koers volgen, maar hij zal de geschiedenis van de Limburgse krant ongetwijfeld hebben helpen schrijven.

Ik heb persoonlijk Eric Donckier leren kennen een twintigtal jaren leren kennen toen ik tot mijn eigen verbazing voor de eerste keer tot voorzitter van de toenmalige nog unitaire Algemene Vereniging van Belgische Beroepsjournalisten (AVBB) werd verkozen. Eric was zelf lid van de raad van bestuur van AVBB als vertegenwoordiger van de afdeling Antwerpen-Limburg. De tijden waren toen woelig: onder druk onder anderen van de Vlaamse autoriteiten, maar ook onder interne druk moest AVBB « gedefelariseerd » worden. Met andere woorden moesten de Belgische beroepsjournalisten dezeflde oefening voor hun beroepsunie als de politici voor het land maken. Gemakkelijk was dat niet: om de statuten van een beroepsunie te wijzigen moest een meerderheid van 75% gevonden worden. Eerst vonden wij een scenario waarmee Eric Donckier het eens was. Maar bij de volgende vergadering van de raad van bestuur kwam hij ons vertellent dat hij dit scenario niet meer mocht steunen: na raadpleging van zijn afdeling moest hij van mening veranderen. Dit vergemakkelijkte het proces niet maar dit was uiterst eerlijk van hem. Bijgevolg werd het scenario verfijnd, en voor een algemene vergadering voorgelegd, waarbij het voor de eerste (en laatste) keer electronisch werd gestemd. Artikel 1 van de nieuwe statuten werd met… 73% van de stemmen goedgekeurd: 2% te kort. Dit artikel was het sleutelartikel van de gewijzigde statuten. De raad van bestuur schorste de algemene vergadering om spoedig bijeentekomen. Daar zei Eric Donckier dat wij keen andere keuze hadden als onstlag moesten nemen, en zijn voorstel was aangenomen. De algemene vergadering verworp het onstlag en belastte ons met de taak onze statutenwijziging nog te verbeteren. Met de hulp van Eric, die ondertussen tot ondervoorzitter van de AVBB was verkozen konden wij het toen waarmaken.

Maar Eric Donckier is vooral een journalist geweest en hij was als journalist tot lid van de directieraad van de beroepsunie verkozen omdat hij de belangen van het beroep te verdedigen. Slechts één jaar verliet hij het beroep om woordvoeder van Voka, het verbond van de Vlaamse werkgevers, te worden. Maar ik herinner dat hij toen ons vertelde dat hij zijn wagenpersplaat wou houden, niet om er misbruik van te maken, maar omdat het aan hem zijn beroep zou herinneren. Twaalf maanden later was hij bij « Het Belang van Limburg » terug, waar hij gelukkig zijn functie van politieke journalist en editorialist terugvond.

Eric Donckier heeft zijn beroep als overtuigde Limburgse en Vlaamse journalist uitgeoefend. Maar hij is zowel « principautair » als Limburger en Vlaams: zijn volle naam is « Donckier de Donceel », en word « Donckier » op zijn Frans gezegd, niet « Don’kir » op zij Vlaams. Een van zijn voorouders, generaal Donckier de Donceel was opperbevelhebber van de Luikse revolutionaire troepen die in 1789 tegen de Oostenrijkste troepen vochten om de terugkomst van de weggejaagde prinsbisdom voortekomen. En vroeger kwam hij nog geregeld zijn familie bezoeken in het kasteel te Avin, vlak bij Hannuit.

Als perfekt tweetalige politieke journalist kende Eric Donckier ook de Franstalige politici heel goed. Het liet hem toe om zich altijd op een heel zelstandige manier uit te drukken. Sommigen van zijn editorialen konden mijn laaste haar op mijn kop stijgen, anderen vond ik bijzonder gepast. Maar telkens als ik hem liet weten of ik met het met hem eens of oneens was kreeg ik altijd van hem een collegiale antwoord. En ook overtuigde Vlaamse editorialist mocht hij zijn, spaarde hij de Vlaamse autoriteiten niet als hij meende dat er iets met hun beleid verkeerd was.

Eric Donckier is nu uit het beroep gestapt. Zoals reeds gezegd zal de Vlaamse en Belgische journalistieke wereld zonder hem blijven draaien. Ik wou nochtans van de gelegenheid maken om hem hulde te brengen: het was fijn hem tegentekomen!

***

C’est par Facebook que j’ai appris que mon confrère Eric Donckier vient de se retirer définitivement du journalisme, pour profiter d’une retraite bien méritée. Et, pour l’occasion, son journal, le «Belang van Limburg» a mis sur pied une réception comme aucune n’en sera vraisemblablement plus organisée que ce soit au «Belang van Limbourg» ou dans n’importe quel quotidien flamand.

Eric DonckierPour Eric Donckier, cet adieu est bien mérité, même s’il sait sûrement que les cimetières sont remplis d’êtres irremplaçables. Le «Belang van Limburg» suivra assurément son cours sans lui; mais il est certain qu’il a contribué à écrire l’histoire du quotidien limbourgeois.

J’ai fait personnellement la connaissance d’Eric Donckier il y a une vingtaine d’années, lorsque j’ai été élu, à ma grande suprise, à la présidence d’une Association Générale des Journalistes Professionnels (AGJPB) à l’époque toujours unitaire. Eric faisait partie du conseil de direction de l’AGJPB, au titre de représentant de sa section Anvers-Limbourg. L’époque était agitée: sous pression des autorités flamandes, mais aussi en raison d’une pression interne, l’AGJPB devait se «fédéraliser». En d’autres mots, les journalistes devaient procéder pour leur union professionnelle au même travail que les politiques pour le pays. Ce n’était pas simple: il faut une majorité des trois-quarts pour approuver le changement de statut d’une union professionnelle. Nous pensions tout d’abord avoir trouvé une issue, pour laquelle Eric Donckier avait marqué son accord. Mais lors de la réunion suivante du comité directeur, il vint nous dire qu’il ne pouvait plus soutenir ce scénario: après consultation de sa section, il devait changer d’avis. Cela n’allait pas faciliter l’exercice, mais sa démarche était en même temps d’une grande honnêteté. Le scénario fut dès lors affiné et soumis au vote d’une assemblée générale où, pour la toute première (et la dernière) fois, il fut procédé à un vote électronique. L’article 1 des statuts, article-clé pour l’ensemble de la construction, fut approuvé par… 73% des votants, soit 2% trop peu. L’assemblée générale suspendue, le conseil de direction tint une réunion urgente, où Eric Donckier émit l’opinion qu’il n’y avait d’autre choix pour le conseil que de démissionner. La suggestion fut retenue, mais l’assemblée générale rejeta cette décision et chargea le conseil de direction d’encore travailler son projet. Et, avec l’aide d’Eric, qui avait entre-temps été élu vice-président de l’AGJPB, nous fûmes alors en mesure de réussir l’opération.

Mais Eric Donckier a surtout été  journaliste, et c’est en tant que journaliste qu’il s’est engagé, à l’époque, dans le conseil de direction de l’union professionnelle, pour défendre les intérêts de toute la profession. Il n’a fait qu’une infidélité d’un an au métier, quand il devint porte-parole du Voka, l’association patronale flamande. À l’époque, il nous confia vouloir conserver sa plaque de presse de voiture, non pour en abuser, mais en souvenir de son métier. Un an plus tard, il y revenait, et il eut la chance de récupérer sa fonction de journaliste politique et d’éditorialiste au «Belang van Limburg».

Eric Donckier a pratigué son métier en journaliste limbourgeois et flamand convaincu. Pourtant, il est autant «principautaire» que limbourgeois et flamand: son nom complet est «Donckier de Donceel», et on le prononce «Donckier» à la française, et non «Don’kir» à la flamande. Un de ces ancêtres, le général Donckier de Donceel, a commandé les troupes révolutionnaires liégeoises, opposées, en 1789, aux troupes autrichiennes qui ramenaient le prince-évêque qu’elles avaient éjecté. Et jadis, il revenait encore régulièrement visiter sa famille au château d’Avin, près de Hannut..

En journaliste politique parfaitement bilingue, Eric Donckier connaissait aussi très bien les politiques francophones. Cela lui permettait de s’exprimer de manière toujours parfaitemenet indépendante. Certains de ses éditoriaux ont pu faire se dresser mes derniers cheveux sur ma tête, mais j’ai particulièrement apprécié certains autres. Et que je lui aie fait part de mon accord ou de mon désaccord, j’ai toujours reçu de lui des réponses tout à fait confraternelles. Et aussi convaincu qu’il ait pu être en éditorialiste flamand, il n’a épargné aucune critique à l’autorité flamande, quand il trouvait que sa gestion laissait à désirer.

Eric Donckier a maintenant quité la profession, et comme je l’ai écrit ci-dessus, le monde journalistique belge et flamand tournera maintenant sans lui. Je voulais pourtant saisir l’occasion pour lui rendre hommage: ce m’a été un plaisir de le rencontrer!

 

 

 

 

L’UEFA se moque impunément des règles télévisuelles européenne


Le nouvel attentat meurtrier qui a frappé Londres remet le nouveau triomphe du Real Madrid au sommet du football européen à sa juste place: celui d’un événement somme toute assez dérisoire. Mais cet événement dérisoire n’en est pas moins significatif d’une dérive sociétale, où l’argent fou fait de plus en plus la loi, et où, surtout, les droits élémentaires des citoyens européens sont ignorés, sans que les autorités compétentes réagissent pour exiger le respect des règles qu’elles ont elles-mêmes édictées.

Capture d'écran 2017-06-04 10.16.22Le motif de cette mauvaise humeur? Ayant choisi de ne pas me farcir la retransmission en direct de cette finale pratiquement jouée d’avance (cf. ci-dessous), j’ai pris connaissance du résultat ce matin, sur les chaînes d’information générale. Et quand même curieux de voir comment les buts avaient été inscrits, j’ai «zappé» d’une chaîne à l’autre, et notamment vers la chaîne d’info générale de la RTVE, la chaîne publique espagnole. Et bien nada: à l’exception de quelques photos de la finale, des interviewes à chaud de supporters à la sortie du stade de Cardiff ou dans les rues du centre de Madrid, et un commentaire d’un envoyé spécial, lui aussi à l’extérieur de l’enceinte galloise, pas une image de ce match! La RTVE, j’imagine, n’avait pas obtenu le droit de retransmettre la rencontre en direct… mais une directive européenne télévisuelle n’impose-t-elle pas la mise à disposition de toutes les chaînes d’un résumé minimal des événéments sportifs majeurs? Doit-on en conclure, dès lors, que la finale de la Ligue des champions, remportée par un club espagnol, est n’est pas un événement sportif majeur pour la chaîne publique espagnole?

On me dira peut-être que je dois cesser de geindre, et que je n’avais qu’à me farcir une soirée de foot devant mon petit écran hier soir, pour suivre l’événement en direct? Et pourquoi donc cette obligation? Pour renforcer un système mercantile au bénéfice d’une compétition qui ne bénéficie même plus de la glorieuse incertitude du sport? Car qu’on ne s’y trompe pas: la Ligue des champions, qui a couronné le Real pour la deuxième anne de suite, est désormais organisée pour que la coupe aux grandes oreilles n’échappe pas à un nombre limité d’équipes en Europe. Un ou deux «intrus» sont bien tolérés en quarts-de-finale, mais qu’on se rassure, les demi-finales et la finale n’opposeront jamais que des équipes choisies dans un petit groupe de cinq ou six formations europénnes.

Ainsi se met progressivement en place une compétition européenne rigoureusement fermée, telle que la veulent les clubs qui dominent la scène continentale, et quoi qu’y fassent les rodomontades du président de la FIFA, Gianni Infantino, ci-devant serétaire général de l’UEFA. Une compétition dont la conséquence est la domination d’un seul grand club (deux au maximum) par pays, tels le Bayern en Allemagne; la Juventus en Italie; le Real et Barcelone en Espagne, qui vide les compétitions nationales de tout intérêt.

La machine ainsi mise en marche ne s’arrêtera sans doute pas. Et elle se condamne elle-même: à (long) terme, le public se détournera de pseudo-compétitions qui couronnent toujours les mêmes lauréats. Le pognon, alors, repartira ailleurs…

Le moment de relancer le projet européen


Passer le cap des soixante ans, cela se célèbre d’habitude dans la joie, je l’ai expérimenté moi-même. L’Europe, qui commémore ce week-end la signature du traité de Rome, il y a tout juste six décennies, a choisi plutôt de procéder dans la discrétion, et c’est très regrettable. Si les Britanniques ont décidé de prendre la porte de sortie, ils étaient tout de même près de 80000, hier, à défiler à Londres pour redire leur opposition à une décision obtenue, rappelons-le, à l’issue d’une campagne où les partisans du «Brexit» n’ont pas hésité à dire ce qui n’est pas, pour m’exprimer en termes diplomatiques. Les Néerlandais, aux dernières législatives, se sont mobilisés en masse, comme les Autrichiens à leur élection présidentielle, pour faire barrage à l’hurluberlu de Geert Wilders et ses thèses à la fois europhobes et xénophobes. Des thèses que Marine Le Pen utilise également en France, et si cette barjo est apparemment en voie de figurer au deuxième tour du scrutin présidentiel, c’est pour s’y faire battre.

UE 1Bref, contrairement à ce que pourrait croire l’europessimisme ambiant, l’idée européenne est toujours bien ancrée dans la mentalité des peuples européens, soixante ans après le départ de la folle aventure initiée par les Schuman, De Gasperi, Adenauer, Spaak et consorts.

En France, pour revenir à elle, malgré les campagnes négatives non seulement de Marine Le Pen, mais aussi de Nicolas Dupont-Aignan, François Asselineau, ou Jean-Luc Mélenchon, une très large majorité continue à soutenir l’euro, et à ne pas vouloir d’un retour au franc. Ce qui, soit dit au passage, témoigne d’un réalisme économique élémentaire. Faut-il encore que cet euro joue le rôle qu’on est en droit d’attendre d’une monnaie commune: à contre-courant des économistes chantres de la sortie de l’euro, qui rêvent de réutiliser les outils surannés de la dévaluation et de la concurrence fiscale entre pays concurrents, Patrick Artus et Marie-Paule Virard, dans un livre vivifiant, suggèrent une réouverture de la libre circulation du capital, qui permettrait aux épargnants des pays où les montants en dépôt atteignent des sommets historiques d’investir dans les pays en manque de capital. Ou la création d’un «Fonds de stabilisation» autofinancé, susceptible d’intervenir temporairement en faveur d’États-membres en difficultés.

Cette vitalité de l’idée européenne n’autorise  en effet pas les dirigeants européens de l’Union à se contenter de «s’agiter comme des cabris en criant « Europe, Europe, Europe »» comme le disait, dans son style inimitable, un général de Gaulle qui s’était laissé convaincre de parler de cabris plutôt que «d’enfants de choeur qui ont abusé du vin de messe» pour ne pas choquer son électorat catholique. Car très nombreux sont ceux, en Europe, qui veulent l’Union Européenne, mais qui ne veulent pas de «cette Europe-là».

UE 2Les chefs d’États et de gouvernements des Vingt-sept ont d’abord pour tâche de mener à bien les négociations de divorce d’avec le Royaume-Uni, dont la sortie de l’Union, j’en reste convaincu, est plutôt bénéfique pour le projet européen en soi. Mais au-delà, ils doivent surtout redonner consistance au projet européen.

Comment? Les pistes de réflexion ne manquent pas. Idéalement, un fédéralisme plus poussé sans doute, mais, manifestement les esprits ne sont pas mûrs pour une Europe politiquement plus intégrée. Il reste donc à travailler dans les domaines du possible.

La voie des «coopérations renforcées» existe déjà: l’euro, ou l’espace Schengen en sont des exemples. D’autres secteurs peuvent ainsi voir les pays les plus engagés dans le projet européen -et les Six d’origine ont peut-être une responsabilité particulière en la matière- définir de nouveaux champs d’action.

En matière de Défense, par exemple, pour renouer, soit dit au passage, avec un des projets initiaux des pères de l’Europe. Alors que les États-Unis de Donald Trump manifestent leur volonté de se désengager financièrement de l’Otan, le moment est peut-être venu de remettre l’ouvrage sur le métier. Pour créer une armée européenne? Sans aller aussi loin, on peut envisager une intégration plus poussée des armées des différents États-membres, un peu sur le modèle bénéluxien de coopération militaire. Un des avantages de pareille intégration, avec éventuellement des spécialisations nationales -des pays comme l’Autriche, la République tchèque ou l’Australie qui n’ont nul besoin de flotte de guerre pourraient se concentrer sur des tâches spécifiques; des petits pays pourraient investir en commun dans le renforcement de leur capacité aérienne; d’autres s’engager dans la défense cybernétique au profit de tous – serait de limiter les investissements requis par chacun des États-membres. Et de ne pas laisser à la seule France le poids de la sécurité européenne dans certaines régions du monde, en Afrique notamment.

Un des problèmes urgents à gérer ensemble est aussi celui des migrants, dont il reste scandaleux de laisser le poids aux seuls pays méditerranéens, et en particulier à la Grèce et à l’Italie. L’impuissance de l’Union Européenne à faire respecter le programme de répartition a minima qu’elle avait défini est consternant: elle a les moyens de faire respecter ses décisions, par exemple en privant les pays réticents des programmes de solidarité entre États-membres auxquels ils ont actuellement accès.

Le manque de démocratie dont souffre l’Europe devrait être rencontré par une augmentation du poids du Parlement dans la prise de décision, ce qui postule une réduction des pouvoirs de la Commission et du Conseil européen, du moins dans certains domaines spécifiques. L’instauration d’un référendum européen, sur le modèle défini dans le défunt projet de Constitution européenne renforcerait également le caractère démocratique de l’Union.

Les pistes de réflexion ne manquent pas; il est urgent de les agiter. Car c’est de l’avenir des jeunes Européens qu’il est question.  Et ces jeunes Européens, nés avec l’euro, participants aux divers programmes d’échange Erasmus, n’ont que faire des solutions passéistes proposées par les souverainistes et autres europhobes de tous acabits. On se souvient, après le vote en faveur du Brexit, de la colère des jeunes Britanniques, accusant leurs aînés de leur avoir volé l’espoir…

L’Union Européenne a soixante ans, et ce n’est pas pour elle le début d’une retraite anticipée. C’est au contraire l’âge de la maturité. Et l’occasion de se redonner une nouvelle jeunesse!

Les leçons de démocratie de M. Erdogan: l’hommage du vice à la vertu!


ErdoganDécidément, si on doit en croire M. Recep Tayyip Erdogan, l’Europe n’est plus peuplée que de «nazis»! Après les Allemands, qu’il avait ainsi décrit avec beaucoup de «delikatesse», ce sont les Néerlandais qui ont fait l’objet, ce week-end, de la vindicte du président turc, au motif qu’ils ont à leur tour refusé à des ministres turcs, pour des motifs d’ordre public, le droit de venir faire campagne dans leur pays en faveur du «oui» au référendum constitutionnel, destiné à renforcer les pouvoirs du Bonaparte du Bosphore!

Le Premier ministre des Pays-Bas, Mark Rutte, a opportunément rappelé que son pays, comme tant d’autres, avait été occupé par les nazis durant la Seconde guerre mondiale -au cours de laquelle, rappelons-le, la Turquie, alliée de l’Allemagne impériale durant le premier conflit mondial, a passé avec l’Allemagne hitlérienne un… pacte d’amitié, signé le 18 juin 1941, quatre jours avant l’attaque allemande contre la Russie soviétique- et que Rotterdam avait été été écrasée sous les bombes en mai 1940. Au lieu des excuses exigées par le chef de la «démocrature» turque, ce sont les Pays-Bas qui sont en droit de lui en demander, pour cette qualification injurieuse, a déclaré Mark Rutte.

En attendant, des tensions ont éclaté aux Pays-Bas, à la suite de cet incident… ce qui est de nature à justifier a posteriori l’interdiction faite aux ministres turcs de venir faire campagne sur le sol néerlandais.

D’ailleurs, au-delà des injures de M. Erdogan, la question qui se pose est de savoir s’il est d’usage pour des pays démocratiques de laisser se dérouler chez eux une campagne électorale qui ne les concerne pas. Bien sûr, il arrive que des candidat(e)s à l’élection présidentielle française fassent étape en Belgique. Le référendum marocain sur la révision constitutionnelle de 2012 avait fait, lui aussi, l’objet de réunions en Belgique. Mais jamais ces visites et rassemblements n’ont pris l’ampleur des meetings électoraux turcs.

Faut-il les accepter? Expert en matière d’immigration, Hassan Bousetta recommande de les autoriser, en faisant preuve de vigilance démocratique. Et donc de ne pas tolérer des réunions publiques qui portent atteinte aux valeurs de la démocratie: liberté d’expression, liberté d’opinion, liberté syndicale, liberté de réunion, etc.

Or, en matière de démocratie, le président turc a-t-il quelque leçon que ce soit à donner aux pays européens qu’il vilipende? Faut-il rappeler ici la répression de la presse qu’il exerce depuis de nombreuses années? Est-il utile de revenir sur la vaste campagne d’exclusion initiée depuis juillet dernier, sous couvert d’une légitime réaction à la tentative de coup d’État qui s’est produite dans son pays? Croit-il qu’on a oublié qu’il a fait procéder à une large campagne de libération de délinquants de droit commun pour faire place, dans ses geôles, à des hommes de presse, à des responsables politiques démocratiquement élus, à des syndicalistes, à des enseignants, à des syndicalistes, à des fonctionnaires, à des militaires, etc., tous massivement accusés de faire partie d’un complot visant à l’abattre?

Il y a néanmoins une leçon à tirer des excès de langage inexcusables du président turc: sa grande nervosité résulte peut-être de l’incertitude qui continue à peser sur le résultat de ce référendum, en dépit de la campagne massive et univoque menée en Turquie en faveur de cette dérive césariste d’une démocratie décidément bien fragile. Et à mesure que subsistera cette incertitude, les écarts de langage de M. Erdogan risquent de se multiplier. Pour mieux illustrer l’adage selon lequel l’injure est l’argument des faibles. Et l’aphorisme selon lequel l’hypocrisie est l’hommage du vice à la vertu….