La chute de Stéphane Moreau ou la fin d’un système


La presse a fait état, ce matin, d’une quasi non-information: l’avocat de Stéphane Moreau, l’ancien patron tout-puissant de Publifin et de Nethys, a fait savoir que son client niait «avec énergie» les faits mis à sa charge de détournement par personne exerçant une fonction publique, de faux, usage de faux, escroquerie, et d’abus de biens sociaux. Le rappel de la présomption d’innocence dont bénéficie chaque inculpé a toute son utilité, mais il faut bien avouer que le contraire eût stupéfié: que le ci-devant bourgmestre d’Ans reconnaisse sa culpabilité sur toute la ligne. Les arguments brandis par son défenseur ne répondent par ailleurs guère (cf. ci-dessous) aux préventions auxquelles il doit faire face.

La remarque vaut aussi pour Pol Heyse, ancien directeur financier de Nethys, et ancien président du conseil d’administration des Éditions de l’Avenir, où ce personnage pénétré de sa grande valeur a fait la preuve à la fois de son incompétence (invité à plusieurs reprises, d’abord par l’ancien administrateur-délégué, Quentin Gemoets, puis par les délégués du personnel, à venir préciser un projet d’entreprise qu’il avait vaguement brossé le soir même de l’annonce du rachat du groupe à Corelio par l’intercommunale liégeoise Tecteo, non seulement il n’a jamais répondu à l’invitation, mais il n’a même pas accusé réception. Plus tard, on s’apercevra qu’il n’avait aucun projet à exposer dans un secteur où il ne connaissait que dalle ) et de son mépris pour le personnel: assistant à une réunion du conseil d’entreprise comme invité, il s’écriera, en prenant connaissance du nombre de personnes en congé de maladie de longue durée, que c’était «encore pire que dans une intercommunale» (sympa pour le personnel de Resa, par exemple…) et que les gens malades souffraient d’«agueusie, c’est-à-dire de manque de goût pour le travail».

Terreur, séduction et achat

Mais revenons à Stéphane Moreau, dont la chute est d’autant plus spectaculaire qu’il a, pendant quasiment un quart-de-siècle, pratiqué une politique très efficace de domination, par l’achat des personnes dérangeantes ou potentiellement dérangeantes, par la séduction, et parfois par la menace.

L’homme a rodé sa méthode avant de s’imposer comme le patron de l’ancienne Association Liégeoise d’Électricité (ALE) et de son réseau de télédistribution Teledis, ancêtres de Tecteo, rebaptisée ensuite Publifin puis Enodia, et de Nethys, la société anonyme filiale qu’il avait créée pour échapper à un contrôle wallon qu’il avait astucieusement évité.

Avant cela, au début des années 1990, celui qui était alors premier échevin à Ans, exerçait la fonction de secrétaire général de l’Intercommunale d’Incendie de Liège et Environs (IILE).

Le contexte, alors, était tendu: l’IILE avait succédé au Service Régional d’Incendie de Liège (SRIL), que la ville, en état de faillite, n’était plus en état de gérer. Le SRIL avait, comme d’autres administrations liégeoises, été confronté à un plan d’austérité, que les hommes du feu liégeois, gonflés à bloc, avaient refusé. L’épisode donnera lieu à une confrontation insolite entre pompiers et policiers de la Cité Ardente, repoussés par les autopompes des grévistes. L’épisode télévisuel fera pratiquement le tour de la terre!

Au sein de l’IILE, des communes de la périphéries… dont Ans, ne souhaitaient pas éponger les dettes du SRIL. Et les syndicats étaient toujours aussi remontés. Qu’à cela ne tienne: les délégués les plus combatifs disparaîtront bientôt de la circulation, notamment par la grâce d’un engagement au service du premier échevin ansois…

Devenu patron de Tecteo, Stéphane Moreau avait pris de la bouteille. Là aussi, il aura un plan de rationalisation à imposer. Et il le fera par la force. Une autre vidéo, celle où il enguirlande des agents en grève et leurs permanents syndicaux est elle aussi passée à la postérité.

C’est aussi à cette époque qu’il se rend coupable d’un abus de pouvoir étrangement ignoré par l’autorité de tutelle: quand des grévistes occupent le site d’antenne de Teledis, à Ans, et perturbent ainsi le réseau de télédistribution, le patron de Teledis, Stéphane Moreau, s’adresse au bourgmestre d’Ans, Moreau Stéphane, lequel mande sa police communale pour aller déloger les grévistes du site d’antenne, un site par essence privé. Vous avez dit confusion des rôles?

Même attitude à l’égard de la presse critique: des boycotts publicitaires frapperont pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois Vers l’Avenir et Le Soir, après des articles portant sur la multitude de ses mandats, ou qui commencent à interroger sa gouvernance à la tête de l’intercommunale.

Mais l’homme sait aussi se faire charmeur. Il crée le «Voo Rire Festival», et ce festival du rire de Liège lui permettra de nouer de nombreuses relations, auprès des artistes reconnaissant, après de nombreux invités et puis parmi la presse, liégeoise essentiellement. Au banquet final, parmi les quelques «happy few» invités au terme d’un apéritif largement ouvert, on trouvera régulièrement des représentant(e)s de la presse principautaire, dont l’un, plus tard, sera choisi pour tenter, en pure perte, de mettre la rédaction de L’Avenir au pas, et qui a effectué ces derniers jours sur une chaîne d’information continue belge une forme assez remarquable de volte-face par rapport à son ancien protecteur. Parmi les habitués, il y aura aussi des représentants de la «grande presse» dont l’interviewer indéboulonnable d’une chaîne privée, récompensé par une obscure mission de conseiller du grand patron, toujours dans le cadre du rachat des Éditions de l’Avenir par Tecteo (cf. ci-dessous).

On reconnaîtra à Stéphane Moreau une redoutable habileté manœuvrière, quand il soustraira l’intercommunale Tecteo au contrôle wallon, en excipant la présence, parmi les communes affiliées, de Fourons, historiquement desservie par l’ALE, et en plaidant avec succès que l’intercommunale, ainsi bicommunautaire (elle sera même tricommunautaire, plus tard, avec l’adhésion de la commune d’Uccle) échappe au contrôle de la Région wallonne.

Au Parlement wallon, Bernard Wesphael, membre d’un groupe écolo singulièrement écorné, tentera alors de faire adopter un décret pour imposer, malgré tout un contrôle sur Tecteo, mais sa proposition, venant de l’opposition, ne sera jamais retenue…

Ainsi assuré d’une totale liberté d’action, Stéphane Moreau développera Nethys avec d’autant plus de facilité que les plantureux bénéfices de Resa, le réseau de distribution d’électricité qui a succédé à la défunte Association Liégeois d’Électricité, rejointe plus tard par l’Association Liégeoise du Gaz (ALG) , lui permettront de financer notamment l’onéreux développement du réseau câblé de Voo, héritier de Teledis.

Plus tard, son sens de l’ingéniérie financière le poussera à transférer l’argent des pensions des agents de l’ALE, et de plusieurs intercommunales liégeoises dans un Fonds de pension, Ogeo, dont certains investissements se révéleront hasardeux, par exemple en République démocratique du Congo ou surprenants, comme ces investissements immobiliers à Anvers, révélés par une excellente enquête de nos confrères du Vif, dont l’une des retombées sera ce soutien incongru de la N-VA aux élus socialistes de la Chambre, pour faire obstacle à la demande de levée d’immunité parlementaire de l’un d’entre eux, le député-bourgmestre de Seraing, Alain Mathot (cf. ci-dessous), poursuivi dans un dossier de corruption. Les derniers retraités de l’Association Liégeoise d’Électricité, frustrés d’avantages accordées à leurs prédécesseurs tandis qu’eux étaient toujours en activité, tenteront, mais en vain, d’obtenir de la Justice qu’elle force Tecteo à respecter les engagements souscrits par l’ALE.

Collusion politique

Avoir de l’ambition, en tant que chef d’entreprise, peut être collectivement positif. C’est d’ailleurs la parade, aujourd’hui, de Stéphane Moreau, qui, comme si c’était une circonstance atténuante à l’égard des préventions mises à sa charge, et dont, pour l’heure, il est toujours présumé innocent, plaide l’extraordinaire développement de Nethys qu’il a assuré essentiellement, on le répète, avec de l’argent public, provenant de l’intercommunale Publifin, ex-Tecteo et future Enodia, et de sa filiale Resa.

Mais, à force d’échapper à tout contrôle, l’ambition devient débridée. Celle de Stéphane Moreau, sur le plan politique, le conduira à «tuer le père». Michel Daerden, l’inamovible mayeur ansois, est sur le déclin, quand il se sent pousser dans le dos par son peu fidèle premier échevin. Il croit toujours pouvoir mobiliser ses soutiens traditionnels, et lance contre le renégat une motion de défiance… qui se retourne contre lui. Et il ne trouve pas le moindre soutien à la Fédération liégeoise du parti socialiste, où ses manières autoritaires et sa dérive suscitent de plus en plus de réticence. Stéphane Moreau devient donc premier citoyen dans sa commune du plateau liégeois.

Avec le bourgmestre de Liège, Willy Demeyer, président de la Fédération liégeoise du parti socialiste; avec le député provincial sérésien, André Gilles; avec le député-bourgmestre de Seraing, Alain Mathot; et avec Jean-Claude Marcourt, alors ministre wallon de l’Économie, et qui se rêvait ministre-président wallon, il fait ensuite partie du «club des cinq» cadenassant la Fédération.

La protection politique se parfait au sein de la coalition provinciale (la province de Liège est actionnaire majoritaire de l’intercommunale) entre le PS et son partenaire libéral, le MR, conduit par son chef de file, Georges Pire, tandis que le PSC puis le cdH est habilement associé à l’opération, puisque les mandats dans les intercommunales sont distribués selon la clé D’Hondt au prorata de la représentation des partis au sein de l’institution provinciale. On retiendra notamment le rôle joué par l’inamovible chef de groupe social-chrétien, puis humaniste, Dominique Drion dans une série de décisions cruciales.

Stéphane Moreau, qui avait déjà fait entrer Tecteo dans le capital de la société IPM, éditrice de La Libre et de La Dernière Heure, se porte alors acquéreur, à un prix nettement supérieur à leur valeur réelle, des Éditions de l’Avenir.

La manoeuvre avait peut-être dans son esprit pour but de lui assurer une protection médiatique contre d’éventuels futurs orages. Mais là, le calcul allait se révéler foireux.

D’abord parce que le rachat des quotidiens du groupe provoque une levée de boucliers dans la classe politique, où, comme rappelé plus haut, certains iront jusqu’à évoquer une «Berlusconisation» de la presse francophone, en référence au magnat italien de la presse, devenu un Président du conseil des plus discutables.

Très vite, par ailleurs, le conflit éclatera entre un personnel qui avait pu croire dans un projet industriel de Nethys vers des développements numériques, mais constats la vanité de cette attente, et à qui les pressions exercées par le rédacteur en chef de l’époque, et les tentatives de peser sur le contenu des quotidiens, apparurent rapidement insupportables

Le comble sera atteint avec la désignation, au mépris des conventions existantes, d’un directeur des rédactions «aux ordres», qui se signalera dès son arrivée par un éditorial, aux antipodes de la politique d’indépendance du groupe, volant au secours du député-bourgmestre de Seraing, toujours dans le dossier de corruption à sa charge, et dont l’épilogue judiciaire est attendu pour les prochains jours. Plus tard, lors d’une séance au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, invité à se pencher sur une forme de censure exercée par la direction du groupe, l’estime dans lequel cette dernière tenait ce directeur des rédactions sera enregistrée par une autre vidéo particulièrement significative, qui fera le tour de la toile.

L’obsession de l’argent

Autre caillou dans la chaussure de Stéphane Moreau: l’obstination d’un échevin des Finances d’Olne. Cédric Halin a des compétences en matière financière et analytique, et sa présence aux assemblées générales de Tecteo n’avait pas pour but essentiel de voter l’approbation des comptes et la décharge aux administrateurs, avant de se précipiter sur les petits fours de circonstance, mais de comprendre pourquoi les dividendes perçus par la petite commune liégeoise dont il est devenu depuis lors le bourgmestre, fondaient comme neige au soleil.

C’est en tirant sur ce fil que la dérive des comités de secteur, créés au moment de la fusion entre ALE et ALG, et où des mandataires publics se voyaient octroyer une rente mensuelle en compensation de réunions qui avaient… ou n’avaient pas lieu, que le «scandale Publifin» a commencé à éclater, dans la sphère médiatique d’abord, dans les cénacles politiques ensuite, et, de fil en aiguille, se prolongent ces jours-ci sur le plan judiciaire.

Car entre-temps, l’autorité wallonne, réveillée, avait mis des garde-fous en place, notamment pour limiter le salaires de ces super-managers d’autant plus efficaces qu’ils jouent avec de l’argent public, même au travers de sociétés anonyme dont les actionnaires sont tous publics. C’est alors que de faramineuses indemnités compensatoires auraient été subrepticement octroyées à Stéphane Moreau; au directeur financier de Nethys, Pol Heyse; à la directrice générale, Bénédicte Bayer; et une série d’autres personnes, dont certaines, une fois le scandale mis au jour, se sont empressées de rembourser les montants, bien moindres que les millions d’euros évoqués, qui leur avaient été attribués. Pour ainsi sans doute se mettre à l’abri des poursuites.

L’argent semble en effet être le gros point faible de Stéphane Moreau. Comment expliquer, autrement un faux à l’assurance, sous forme d’une police antidatée, pour éviter de devoir rembourser les frais de réparation d’un… abri de jardin détruit par un arbre tombé lors d’une tempête? Ou une domiciliation fictive avec sa compagne, pour majorer le montant d’une assurance-pension à son bénéfice? Et ces tentatives désespérées de vendre pour une bouchée de pain à l’homme d’affaires François Fornieri, lui aussi détenu, au prix d’une forme de délit d’initié puisque ce dernier était administrateur de Nethys, de filiales qui rapportent gros aujourd’hui et dont il aurait dû devenir administrateur-délégué, une fois venue la défenestration qu’il sentait venir?

Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se brise. Les appuis politiques d’hier sont aujourd’hui aux abonnés absents, et les affidés médiatiques, au mieux, jouent la carte de l’oubli, ou ont retourné leur veste. L’ancien patron omnipotent de Nethys et de Tecteo a pu jouer la montre, en (ab)usant de la transaction pénale, pour éviter des condamnations qui apparaissaient inéluctables. Cette voie, aujourd’hui, lui paraît fermée. Lui reste à espérer un acquittement: le travail de ses avocats a déjà commencé.

À chacun(e) d’assumer la responsabilité de ce qui est posté sur ses réseaux sociaux


Trop tard pour les uns; dérive inquiétante pour les autres: Twitter, à sa deuxième palinodie, a décidé de fermer le compte Twitter de Donald Trump, le président sortant des États-Unis. Trop tard, parce que ce triste sire a bâti toute sa campagne électorale, il y a quatre ans, sur les réseaux sociaux, et que tout au long de sa présidence, il les a utilisés pour contourner les médias états-uniens, contre lesquels il a mené une campagne de haine constante, en les accusant de propager les «fake news», dont il est un des plus grand producteurs.

Le locataire, pour quelques jours encore, de la Maison-Blanche, est par ailleurs privé de compte Facebook, et de compte Instagram: là encore, on peut estimer qu’il a fallu attendre qu’il soit pratiquement sorti de fonction pour qu’enfin, un point d’arrêt soit mis à sa dérive.

Mais l’on peut entendre aussi la critique de celles et ceux qui s’inquiètent de voir ainsi une institution privée décréter une limitation de la liberté d’expression dans un pays où elle est une valeur fondamentale, comme dans toutes les démocraties, mais en ne lui imposant pas en plus les limitations dont elle est généralement encadrée.

Comme toutes les libertés, la liberté d’expression, et la liberté de la presse qui en est un prolongement, n’est pas absolue. L’interdiction du négationnisme, par exemple, fait l’objet d’un consensus assez large. Celle de l’incitation au meurtre relève du simple bon sens. La diffamation peut être poursuivie au plan civil, mais n’est pas pénalement sanctionnable, et elle est souvent mise en balance avec l’intérêt du public à connaître ou non une information.

Ces règles, qui valent pour les médias «classiques», c’est-à-dire identifiables, ne sont pas appliquées de la même manière sur les réseaux sociaux, qui semblent servir de défouloir non seulement à des personnes qui se plaignent, à tort ou à raison, de n’avoir pas accès aux médias «classiques», mais à qui il arrive de refuser de prendre la parole quand on la leur propose, ainsi qu’on l’a vu lors de la crise des «gilets jaunes». Mais de manière plus surprenante, cela se produit aussi chez des personnes qui ont parfois, voire souvent l’occasion de s’y exprimer, et qui, dans la vie quotidienne, ont un comportement très différent de celui qui apparaît sur leurs réseaux sociaux

La médisance y est d’autant plus facilement banalisée qu’il est aisé de dénigrer une personne absente: cela demande nettement moins de courage que de lui dire certaines choses en face. En témoignent ces éructations cueillies à la suite d’une critique d’un récent éditorial d’un quotidien de la capitale, et qui sont apparues, comme très souvent, au fil du «débat». Le mot est mis entre guillemets, car très souvent, dans ces cas, il n’y a pas de vrai débat, soit que les contradicteurs sont rapidement agonis d’injures, ou qu’ils renoncent, plus souvent à apporter la contradiction, sachant bien qu’elle risque fort de ne pas atteindre son but, à savoir faire réfléchir ses destinataires.

Au-delà de clichés empruntés à la propagande de la Chine maoïste, il y a cinq décennies, le ton indique bien qu’il est vain d’espérer pouvoir dialoguer les auteurs d’opinions exprimées avec un pareil mépris. Et encore, on reste ici dans une certaine modération. Pendant la jacquerie des «gilets jaunes», certains trouvaient légitimes les voies de fait subies par certain(e)s journalistes, au motif, disaient-ils que les médias pour lesquels ils ou elles travaillaient étaient, disaient-ils, par nature opposés aux manifestants. Quand bien même cela aurait été, leur raisonnement revenait donc à dire que toute opinion contraire aux idées poujadistes exprimées par les «gilets jaunes» était par définition interdite. Singulière conception de la démocratie!

La critique des médias «traditionnels» s’inscrit par ailleurs bien dans la veine populiste dont Donald Trump a abusé pour parvenir au pouvoir. Il fut une époque, en Belgique, dans les années 30, où un individu de sinistre réputation opposait le «pays réel» au «pays légal», au point d’en faire le titre… d’un quotidien où il dévidait ses thèses fascisantes.

Sur les réseaux sociaux (une appellation bien peu opportune!), la dérive peut aller beaucoup plus loin. En France, après l’assassinat horrible de Samuel Paty, un projet de loi a voulu empêcher les appels à la haine sur le Web. Le texte a été rejeté par le Conseil d’État, notamment sous l’angle d’un manque de proportion entre le but visé et la mesure proposée. L’équilibre est effectivement difficile à trouver, et laisser la décision à la discrétion des géants du Web, comme ils viennent de le faire pour Donald Trump, n’est sûrement pas une alternative acceptable.

Dans le même temps, les médias «classiques», eux, sont obligés de faire le ménage sur leur site en ligne, en modérant les commentaires d’internautes, justement pour en extraire les publications incitant à la haine raciale, à la xénophobie, etc.

Mais pourquoi donc cette obligation ne s’applique-t-elle qu’aux seuls médias? Toute personnes est responsable de ce qu’elle dit, écrit ou publie, et elle l’est aussi de ce qu’elle diffuse via les réseaux (fort peu) sociaux. Pourquoi ne devrait-elle pas, dans la même logique, assumer la responsabilité des commentaires qu’elle laisse publier, et ne devrait-elle pas, comme le font les médias, assurer une modération?

Resterait, bien sûr, assurer le contrôle du caractère effectif de cette modération: l’effort à fournir, et la régulation de la toile n’en est encore qu’à ses balbutiements.

Dans l’attente, on peut mépriser des commentaires de ce type, et/ou s’éloigner des réseaux sociaux, dont la désaffection est de plus en plus grande. Ou, envers et contre tout, tenter d’y apporter la contradiction, afin de ne pas laisser le terrain libre. Et renouer ainsi avec le mythe de Sisyphe…

L’absence de lettres a remplacé la lettre de cachet qui valait détention


Tout me semblait avoir été suffisamment dit sur les poursuites engagées contre ce cycliste sexagénaire cloué au pilori des réseaux sociaux pour avoir heurté du genou une fillette qui n’en a heureusement souffert aucun dommage sur les pistes enneigées des Fagnes, et je ne comptais donc pas y revenir. Pourtant, les informations subséquentes sur cet incident sont tellement à la fois significatives et surréalistes qu’il me semble difficile de rester muet à ce propos.

Dès le départ, je m’interrogeais à la fois sur l’attitude du père de l’enfant qui me paraissait n’avoir pas eu le bon réflexe en filmant la scène plutôt qu’en intervenant pour l’écarter de la trajectoire du cycliste et sur celle du cycliste qui me paraissait ne pas avoir eu l’élémentaire politesse de s’arrêter pour s’excuser et s’enquérir de l’état de l’enfant après sa chute

Or il apparaît tout d’abord que le cycliste s’est bel et bien arrêté mais que l’agressivité, peut-être compréhensible, du père l’a dissuadé de prendre contact et qu’il a décidé de reprendre sa route.

Le père a décidé de poster sa vidéo sur les réseaux sociaux, déclenchant un torrent de commentaires haineux, sur lesquels je ne reviendrai pas. Pas plus que sur l’initiative du parquet de Verviers d’entamer des poursuites à l’égard du cycliste, et de préciser qu’il était passible d’un an de prison. Déclenchant un tas de questions sur sa soumission à l’égard de l’opinion publique et de sa loi du talion.

Et voilà qu’aujourd’hui, il apparaît que le cycliste, après s’être présenté à la police, «a passé une nuit au poste…au motif qu’il s’est présenté a 20 heures» au poste, et que la magistrate du parquet verviétois, après avoir précisé qu’une plainte du père de la fillette avait précédé la diffusion de messages de haine sur le Web (et aussi la mise en ligne du film de l’incident?) a expliqué que, « le temps qu’il soit entendu et que sa déposition soit transmise, il était 1 heure ou 2 du matin » mais que, « pour la citation directe, il faut un programme informatique qui détermine la date de l’audience, et il faut une procédure dactylographiée » qu’«on ne sait pas faire cela en pleine nuit »… et qu’« il est donc tout à fait courant que dans ce cas , la personne soit privée de liberté jusqu’au matin ».

Si l’on comprend donc bien, un honnête citoyen qui a le civisme de répondre à un appel de la police pour un événement mineur qui lui a déjà valu des déclarations de haine en ligne, a dû passer une nuit en cellule, à l’instar de cambrioleurs, ou d’auteurs de tentatives d’assassinat, parce que personne ne pouvait taper sur un clavier pour noter une déclaration de quelques lignes, et qu’un programme informatique n’est pas fichu de fixer une date d’audience rapprochée, en vérifiant les programmes déjà fixés!

Sous l’Ancien régime, des « lettres de cachet » envoyaient des innocents à la Bastille, et voilà qu’au XXIe siècle, l’absence de caractères imprimés suffit à condamner à une nuit de détention un homme présumé innocent, qui ne représente aucun danger pour la société, qu’on ne peut soupçonner de vouloir s’enfuir, et qui pourrait par ailleurs porter plainte pour dénonciation calomnieuse et incitation à la haine contre le père de la gamine.

On connaît certes la grande misère de l’appareil judiciaire, auquel le nouveau ministre de la Justice promet une informatisation rapide…comme l’ont fait au moins une dizaine de ses prédécesseurs. Mais à quoi serviraient des ordinateurs flambant neufs au parquet… si personne n’est capable de s’en servir? Mettre une conductrice ou un conducteur du dimanche au volant de la plus performante des Formule 1 ne lui permettra jamais de remporter le moindre Grand Prix!

Un adage ancien disait « De minimis non curat Praetor ». Les magistrats belges qui, à leur corps défendant, ont accumulé un arriéré judiciaire épouvantable, et doivent faire face à des crimes et délits aussi variés que le terrorisme islamiste ou les délits informatiques, devraient plus que jamais ne pas se préoccuper de broutilles.

Ce qui se passe en cette fin d’année indique une évolution inverse, et pire consacre la toute-puissance du jugement populaire expéditif. Si cette tendance s’affirme, on verra bientôt des politiques réclamer le rétablissement de la peine de mort. À moins que le parquet verviétois se ressaisisse, voire poursuive les appels à la haine enregistrés en ligne? Ou que le juge du fond prononce le non-lieu qui semble devoir s’imposer.

Verviers est plus ingouvernable que jamais


Il y avait déjà la désertification commerciale croissante à Verviers; il y avait aussi son appauvrissement progressif: la Cité lainière y ajoute désormais une ingouvernabililité durable, sur fond d’ambitions personnelles démesurées et d’incompatibilités entre des personnalités de plus en plus clivantes.

Le résultat est que le budget 2021 de la ville n’est pas près d’être approuvé, que les projets vont rester en rade, et que l’hypothèse de l’envoi d’un(e) commissaire spécial(e) en rives de Vesdre prend de plus en plus de consistance. Hors sursaut d’honneur très peu probable d’élus qui pourraient démissionner en bloc et provoquer une élection… à laquelle certain(e) d’entre eux (elles) feraient mieux de ne plus se présenter après les reniements en série qui ont été les leurs au cours des derniers mois.

 

Ce qu’on dit et ce qu’on dit qu’on a dit

L’événement de cette fin de semaine a été l’annonce, par les « Verts » verviétois de leur refus de négocier plus avant avec le MR, le Nouveau Verviers ( NV, dissidence libérale), le cdH, et les «  Indignés verviétois » (IV, les exclus du PS).

Ecolo se tourne à nouveau vers le PS « orthodoxe » tout en se disant toujours ouvert à certains des autres partenaires. Mais comme le PS « orthodoxe » et amoindri proposerait toujours au mayorat le président du CPAS, Hasan Aydin devenu infréquentable pour les autres partenaires et dont les pratiques ont été plus d’une fois condamnées par la tutelle, ou le conseiller Malik Ben Achour, chef de groupe socialiste, autant dire qu’une union sacrée verviétoise est tout à fait hors d’atteinte.

Le revirement des Verts peut s’expliquer par les propos prêtés à un échevin ou à un contrat de location commerciale accordé par le même échevin dans des circonstances qui posent questions: Freddy Breuwer est à nouveau dans l’oeil du cyclone.

L’affaire a commencé comme un mauvais vaudeville: lors du dernier conseil communal par visioconférence, l’échevin, après une longue intervention qui lui avait permis d’éreinter le PS « orthodoxe » en général, et le président du CPAS en particulier, a oublié de débrancher son micro. Et tout le monde l’a entendu… ou cru l’entendre dire, dans une conversation téléphonique qui suivait, que les socialistes et les écolos le faisaient chier (sic). La toile s’est aussitôt enflammée, même si, tel le ministre fédéral de la Santé, récemment, Freddy Breuwer a apparemment été incriminé plus pour ce qu’on disait qu’il avait dit que pour ce qu’il avait vraiment dit. Mais on ne prête qu’aux riches…

Querelle de bac à sable sur un bail


L’autre motif de fâcherie entre Verts et Bleus portait sur un bail commercial particulièrement favorable accordé à un commerçant réputé proche de l’échevin. (https://www.vedia.be/www/video/info/politique/verviers-une-surface-commerciale-qui-divise-_103782_89.html)

On pouvait entendre l’argument selon lequel mieux vaut louer un emplacement commercial à vil prix dans un centre-ville où les vitrines vides se multiplient et embrayer avec la proposition du conseiller écolo Dany Smeets de systématiser ce type de bail pour lutter précisément contre cette désertification et effacer tout soupçon de favoritisme: les deux positions étaient parfaitement conciliables. Mais la querelle (publique) de bac à sable qui s’en est suivie entre l’échevin et le chef de groupe socialiste ne fait rien pour rehausser le débat démocratique dans l’ancienne cité lainière.

Sur le sujet, on peut retenir la position un peu schizophrénique des échevins socialistes « orthodoxes » qui ont approuvé l’opération en collège communal avant de s’y opposer en conseil. Et on ne peut recevoir l’explication apportée par l’un d’entre eux, Antoine Lukoki en l’occurrence, selon laquelle il n’avait pas perçu toutes les implications du dossier lors du premier vote, mais qu’il en a été informé avant le second par son chef de groupe et par le plus éphémère des bourgmestres verviétois, Jean-François Istasse. Sauf à admettre que le casting des échevins socialistes « orthodoxes » a de quoi interloquer…

Double impasse

Un autre point expliquerait le revirement « vert »: l’obligation de réserver un mandat au « groupe Targnion » en cas de mise sur pied d’une coalition dont ne ferait pas partie le PS « orthodoxe ».

En attendant, aussi infréquentable qu’elle soit, là bourgmestre de Verviers semble bien partie pour rester encore un certain temps en place, alors qu’il y a quelques semaines, Jean-Francois Istasse, privé d’écharpe mayorale par le conseil d’État, se faisait fort de lui régler son compte en moins de deux. Mais la défection de ses échevins socialistes « orthodoxes » la met désormais dans une situation impossible.

Les écologistes verviétois auraient aussi été choqués par la publication, dans l’édition verviétoise de La Meuse, ce jeudi, d’un «casting» du collège communal en cours de négociation. Si les noms mentionnés n’avaient déjà circulé depuis quelques jours, l’hypothèses serait envisageable. Mais on peut en douter…

Le revirement des « Verts » conduit donc à une impasse politique, puisque aucune coalition ne semble en mesure de recueillir une majorité. L’impasse politique se double d’incompatibilités personnelles: Muriel Targnion et Alexandre Loffet (L.I.V.) pour les socialistes « orthodoxes » et les Verts; Hasan Aydin et Malik Ben Achour (l’éminence grise du PS « orthodoxe », qui s’avance manifestement mieux masquée dans ce dossier que devant la caméra de la télé verviétoise!) le premier pour tous les autres sauf peut-être les Verts; le second pour pas mal de monde; et maintenant à nouveau Freddy Breuwer (MR) pour le PS « orthodoxe » et Écolo, après l’avoir été pour le PS, jadis, quand il l’a déserté pour la liste Verviers Autrement, du défunt ex-échevin Paul Cormeau, pour le cdH quand les deux partis étaient en majorité, et même pour le… MR avant la constitution des listes pour le scrutin communal d’octobre 2018.

Les acteurs actuels ne pouvant en sortir, la piste la plus logique serait l’envoi d’un(e) commissaire spécial(e) chargé(e) de rétablir une gestion normale de la Cité lainière. Soit dans un sursaut d’honneur d’élu(e)s qui n’ont pas vraiment fait honneur à la démocratie ces derniers mois, sous forme d’une démission collective qui entraînerait de nouvelles élections où un certain nombre d’entre eux (elles) devraient alors avoir le bon sens de ne plus se présenter. Et où un chien avec un chapeau d’extrême-droite risquerait de faire de leur tailler des croupières. Ne leur resterait alors qu’à parodier l’empereur allemand, Guillaume II, au lendemain de la Première guerre mondiale, et de soupirer «Das habe ich nicht gewollt», «Ce n’est pas cela que j’ai voulu»…

« Pauvres » têtes couronnées


C’est avec circonspection que j’ai abordé le double documentaire diffusé vendredi dernier par La Une sur les monarchies face à Hitler et, avant cela, sur leur rôle dans le déclenchement de la Première guerre mondiale.

À l’arrivée, j’en ai retiré plutôt un sentiment mitigé. La première partie dépeignait en effet assez bien comment le cousinage monarchique établi par la reine Victoria d’Angleterre a échoué à empêcher la guerre entre les puissances européennes. Et les conséquences de ce qu’on a qualifié de suicide de l’Europe à la fois pour les États d’avant-guerre, et pour les familles impériales ou royales qui y avaient régné étaient assez correctement rapportées, malgré, çà et là, une généralisation du propos Il aurait par exemple pu être utile d’expliquer que les pays vainqueurs ont tenté en vain de traduire l’ex-Kaiser Guillaume II réfugié aux Pays-Bas, devant un tribunal international qui eût préfiguré celui de Nuremberg. Et que le ci-devant empereur allemand, et non d’Allemagne, a obtenu la restitution de ses biens familiaux et d’une indemnisation considérable de la république de Weimar, qui n’a pas été un État à la dérive tout au long de sa courte existence. Le lien entre l’anticommunisme des familles régnantes et leur sympathie a tout le moins pour le fascisme italien était par contre bien décrit.

La deuxième partie, relative aux monarchies face à Hitler, s’est par contre résumée à un long plaidoyer pro domo de membres de familles royales pour expliquer et excuser l’attitude de leurs parent, grand-parent ou aïeul face à Hitler et Mussolini.

Seule exception, la famille royale britannique, dont aucun membre ne s’exprimait. Les remous provoqués par l’abdication d’Édouard VIII, dont les sympathies nazies étaient expliquées de manière un peu courte par le traitement de faveur réservé par Hitler à son épouse, Wallis-Simpson, ont été bien expliqués. Comme la popularité que son attitude pendant le Blitz a value au couple royal de George VI et Elizabeth

La fatale attraction de Victor-Emmanuel III pour Mussolini a elle aussi bien décrite, mais faire de son fils Umberto II un « résistant » potentiel était pour le moins abusif. L’opposition au nazisme de son épouse à l’époque était par contre bien soulignée. On aurait pu rappeler qu’Adolf Hitler avait qualifié Marie-José de Belgique de « seul homme à la cour d’Italie »

Sur le cas de Léopold III, dont la « défense » était prise en charge par la plus jeune de ses filles, Esmeralda, le dossier est resté par contre fort lacunaire .

Le retour à la politique de neutralité en 1936? Pas un mot sur la pression du Mouvement flamand sous le slogan « Los van Frankrijk ».

L’offre de médiation de la Belgique et des Pays-Bas, le 7 novembre 1939? Ignorée: quelques mois plus tard, les destins de Léopold III et de Wilhelmine prendront des directions opposées…

Rien non plus sur l’impossibilité de régner constatée par les parlementaires belges à Limoges, le 31 mai 1940.

Le dégât sur l’image de Léopold provoqué par son remariage en décembre 1941 évoqué et qualifié d’erreur par sa plus jeune fille? Pas un mot sur la grossesse de Lilian Baels et la nécessité de sauver les apparences.

L’entrevue de Berchtesgaden uniquement pour parler des prisonniers de guerre et dont Hitler aurait conclu que Léopold III était intraitable, à en croire Esmeralda de Belgique? L’entretien a eu aussi un côté,et politique, complètement éludé.

Le Testament politique de 1944, où Léopold III se permettait d’exiger de nos libérateurs qu’ils… respectent l’indépendance de la Belgique et déclarait nuls les traités d’alliance conclus par le gouvernement belge de Londres? Ignoré. La lecture de ce document avait fait dire de Léopold III à Churchill qu’il était « comme les Bourbon: il n’a rien compris et rien retenu ».

Pas un mot, non plus, sur le régent, Charles, qui a « sauvé le brol » comme il l’a dit lui-même. Et enfin l’omission finale: si Léopold III a effectivement obtenu une majorité en sa faveur à la consultation populaire de 1950. Esmeralda de Belgique a simplement omis qu’en Wallonie, la majorité lui était opposée…

Bien sûr, le documentaire abordait l’ensemble des monarchies et pas la Question royale en Belgique. Résumer le cas de Léopold III aurait alors exigé plus d’objectivité. Et l’analyse d’un(e) historien(ne) aurait été préférable au plaidoyer ampoulé et incomplet d’une fille pour son père…

Un rapprochement, enfin a été cruel. Michel de Grèce évoquait le cas de son oncle, le tsar de Bulgarie, qui avait choisi l’alliance de son pays avec l’Allemagne nazie plutôt que l’invasion par la Wehrmacht. Et s’interrogeait: son choix n’était-il pas celui de la prudence? Deux jours plus tard, France 5 rediffusait en hommage une interview de Daniel Cordier, l’avant-dernier Compagnon de la Libération, décédé la semaine passée à l’âge de 100 ans. L’ancien secrétaire de Jean Moulin y expliquait les risques pris pour fédérer la Résistance française et lutter contre l’occupant,juste avant l’arrestation et la mort de celui qu’il ne connaissait que comme Rex. C’est notamment grâce à ces gens imprudents de cette trempe que le nazisme,finalement, a été abattu.

Taire une info, non, mais la cadrer…


Aucune information ne doit être tue, tout est dans la manière dont elle est traitée. La réflexion m’est venue ce dimanche, en début de soirée, après la vision du journal télévisé de RTL-TVI, à 19 heures, où l’agression d’une policière bruxelloise à laquelle son agresseur avait tenté de voler son arme a occupé au total près de huit minutes et demie d’antenne. Avec d’abord l’interview de la policière, heureusement sortie indemne de l’incident, qui s’est plainte de n’être pas reconnue comme victime après la remise en liberté de son agresseur; puis le commentaire de Luc Hennart, président honoraire du tribunal de première instance de Bruxelles, habitué des plateaux de télévision, qui s’est exprimé pendant près de cinq minutes sans intervention du présentateur du JTL. Et au sortir, l’impression désagréable que cette séquence n’aura fait qu’ajouter à un sentiment ambiant d’insécurité, susceptible de nourrir le vote populiste.

Reprenons les choses dans l’ordre: le choix du sujet d’abord. La politique rédactionnelle de RTL-TVI, qui met volontiers l’accent sur le fait divers, est régulièrement pointée du doigt. La critique est malvenue: un choix rédactionnel relève de la liberté éditoriale. Et personne n’est obligé d’y adhérer, en regardant ses journaux télévisés, ou ses émissions. Comme personne n’est obligé d’acheter ou de lire les quotidiens qui s’inscrivent dans la même veine éditoriale.

L’interview de la policière était très professionnellement menée, et son propos était mesuré. Elle racontait sobrement l’agression dont elle a fait l’objet, et la manière dont elle a pu maîtriser son agresseur. Et elle se plaignait de ne pas être reconnue comme la victime par la Justice par son agresseur, remis en liberté malgré un ordre de quitter le territoire. Sans, là, que l’interviewer lui objecte que la remise en liberté ne signifie pas l’impunité.

C’est ce que Luc Hennart, ensuite a expliqué en une phrase, qui « cadrait » parfaitement l’interview de la policière. Cette, a-t-il relevé très justement, aurait dû en être consciente, étant elle-même auxiliaire de justice.

Il aurait pu, voire dû en rester là. Car le reste de son intervention, qui évoquait notamment l’envoi sur le terrain de jeunes policiers insuffisamment formés et insistait l’inopportunité de répondre à la violence de manifestants ou de citoyens récalcitrants par une violence plus grande encore tombait complètement à plat.

La policière en question affichait vingt-cinq années d’ancienneté. Son agresseur avait proféré à son égard une menace de mort caractérisée: « Je vais t’égorger! ». Dans le contexte actuel, on n’oserait plus qualifier cette apostrophe de rodomontade. Il a tenté de lui dérober son arme. Et, frappé d’un ordre de quitter le territoire, il n’a pas été maintenu en détention: naguère, notre pays a été moins regardant pour enfermer des enfants de migrants dans des centres fermés, ce qui lui a valu une condamnation humiliante devant la cour européenne des droits de l’Homme.

La prestation de Luc Hennart n’a fait que renforcer l’image, erronée, d’une justice déconnectée de la réalité de terrain, et qui ne parvient pas à donner une réponse appropriée à l’insécurité ambiante.

Il en porte une part de responsabilité: quand un expert est invité à commenter un dossier sur un plateau de télévision, le moins que l’on puisse en attendre, c’est qu’il ne se contente pas d’un discours général, mais qu’il entre dans les détails du dossier.

La responsabilité du journaliste est de l’avoir laissé dérouler son discours formaté, sans l’interrompre pour le confronter à la contradiction qu’il portait.

Le propos, ici, n’est pas de lui jeter la pierre, mais de cibler la réponse à la crise de la presse, tous médias confondus, et, s’agissant de RTL TVI, au recul de ses recettes publicitaires: partout, on a taillé dans les effectifs, en poussant au départ les journalistes les plus expérimenté(e)s, qui coûtent le plus cher, mais qui ont aussi le plus d’expérience, au motif qu’une rédaction « coûte cher et ne rapporte rien ». Ou, en télévision, en « placardisant » celles et ceux qu’ils n’ont pu éliminer dans le cadre des derniers plans sociaux. Sur pareil dossier, pourtant, il reste toujours dans la chaîne privée l’un(e) ou l’autre interviewer(euse) qui n’aurait pas écouté l’ancien magistrat dérouler son intervention, à la manière d’un étudiant qui écoute l’exposé d’un prof d’unif », mais qui l’aurait interrompu, sans tomber nécessairement dans les excès du genre, pour le ramener sur les rails.

L’adage le dit: l’art est difficile et la critique aisée. Dans le même temps, la couverture de l’élection présidentielle américaine a permis de voir, sur CNN, un journaliste aux cheveux blancs sur le front, tout au long du dépouillement. Et quand le président sortant, Donald Trump, s’est mis à déraper gravement dans un de ses commentaires, certaines chaînes lui carrément refusé l’antenne. Le procédé, là aussi, est discutable. Mais au moins les chaînes se sont-elles expliquées. De là à dire qu’elles ont convaincu…

Bart De Wever, satrape et talon d’Achille de la N-VA


La nouvelle n’a pas fait la «une» de la Presse quotidienne: Bart De Wever a été réélu ce week-end président de la N-VA, avec un score de 98,6% des suffrages, propre à faire se retourner Staline dans sa tombe, et à faire pâlir d’envie Kim Jong-un, le leader nord-coréen.

Le bourgmestre d’Anvers et ministre-président flamand ne risquait rien dans l’aventure, puisqu’il était le seul candidat en lice: personne ne pouvait donc lui faire de l’ombre.

Le seul obstacle qui aurait pu se mettre sur sa route était statutaire: les règles internes du parti nationaliste flamingant limitent en effet à deux le nombre de mandats présidentiels possibles. Sauf dérogation. Bart De Wever en a bénéficié pour la quatrième fois: aux commandes de sa formation depuis 2004, il y restera jusqu’en 2023… au moins. Car rien n’interdit de penser qu’alors, pour répondre aux vœux de ses affidés, le président de la N-VA ne se résignera pas à demander une dérogation supplémentaire, et repartir ainsi pour un, ou deux, ou trois, ou…. tours.

Et dire qu’en Afrique, on vilipende à juste titre les présidents qui contournent la limitation constitutionnelle du nombre de mandats, comme vient de le faire encore Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire, ou comme l’ont notamment fait Paul Kagame au Rwanda et feu Pierre Nkurunziza au Burundi, Denis Sassou-Nguesso au Congo-Brazzaville ou feu Robert Mugabe au Zimbabwe. Joseph Kabila, empêché de répéter l’opération au Congo-Kinshasa doit se dire qu’il aurait été mieux inspiré de présider la N-VA plutôt que notre ancienne colonie!

Plus sérieusement, la N-VA se rendrait déjà plus crédible si elle levait cette limitation du nombre de mandats dans ses statuts. Quand une dérogation est accordée, pareille limitation peut se concevoir. Mais quand elle est systématiquement contournée, la maintenir relève à la fois de l’hypocrisie et du ridicule.

La longévité de Bart De Wever à la tête du parti nationaliste flamingant témoigne d’abord de la qualité et de la durée de son engagement.

L’homme politique ventripotent du début du XXIeme siècle a d’abord fait preuve de sa grande volonté en s’imposant un apprentissage prononcé du français… même s’il répugne depuis longtemps à répondre en profondeur aux demandes des médias francophones. Il a manifesté la même endurance en suivant un régime strict qui a refait de lui une espèce de star en Flandre, image qu’il a cultivée ensuite en remportant un célèbre jeu télévisé sur la chaîne publique, pompeusement baptisé «De slimste mens ter wereld», «L’être humain le plus intelligent du monde».

Ce n’est pas faire injure à Bart De Wever de dire que pareil titre est usurpé. Mais dans le jardin extraordinaire de la politique belge, comme aurait dit feu Gaston Eyskens, il a fortement marqué son empreinte. D’abord en se jouant d’Yves Leterme, qui avait cru étouffer la N-VA dans son cartel avec le CD&V, dont Bart De Wever a tiré profit pour propulser son parti au sommet, et reléguer les démocrates-chrétiens flamands à un niveau dont ils ne se sont toujours pas remis.

Bart De Wever a ensuite réussi à phagocyter les voix du Vlaams Belang, dont les électeurs, racistes et autres, se sont lassés de voter pour un parti tenu à l’écart de toute coalition par un «cordon sanitaire» qui a tenu, envers et contre tout, depuis le «dimanche noir» du 24 novembre 1991.

Il a réussi enfin à propulser son parti au gouvernement fédéral, dans une improbable coalition avec un MR qui s’y est retrouvé comme seul parti francophone pendant une législature, et dont le président de la N-VA a tiré la prise au bon moment, pensait-il, pour ressortir le communautaire du frigo où il avait dû l’enfermer, et peser ainsi encore plus sur la politique fédérale et flamande.

Et c’est là que le bât a blessé. Car, contre toute attente, les élections du 26 mai 2019 ont vu pour la première fois depuis l’arrivée à sa tête de son «homme providentiel», la N-VA refluer, tandis que la Vlaams Belang opérait une remontée aussi spectaculaire qu’inquiétante et inattendue, sous la houlette d’un jeune président, gendre idéal de la Flandre, qui a compris comment utiliser les médias sociaux au bénéfice des ses thèses ultra-nationalistes et racistes.

Le scénario concocté par Bart De Wever, qui voyait Jan Jambon présider le gouvernement flamand, tandis que lui prendrait le gouvernail au 16 de la rue de la Loi, ne s’est pas concrétisé. Le bourgmestre d’Anvers, du coup, s’est rabattu sur le Vlaamse Regering, et a espéré pendant longtemps réimposer son parti au niveau fédéral. Les injures qu’il a proférées à l’égard de Paul Magnette, le président du PS, incontournable au niveau francophone, ont d’abord témoigné de son désarroi. Puis quand il a vu que d’autres partis flamands semblaient prêts à monter sans la N-VA dans une coalition fédérale, il s’est lancé dans une surenchère auprès de son alter ego de Charleroi, en concédant au PS des avancées dont certains socialistes ont eu la nostalgie, au moment de souscrire à la coalition Vivaldi.

N’est-ce que partie remise pour la N-VA? C’est ce qu’elle paraît croire, en ayant reconduit pour trois ans son leader maximo. Mais pareille dépendance est peut-être aussi le talon d’Achille du parti nationaliste flamingant. Car elle semble indiquer que sans Bart De Wever, elle sera condamnée au reflux. Tandis que, en dehors de ses rangs, l’image du «slimste mens ter wereld» commence sans doute à pâlir. Depuis 2004, la composition du corps électoral a singulièrement évolué, et pour de nombreux électeurs, Bart De Wever est désormais déjà un peu un homme politique du passé.

Chez les Romains anciens, une maxime le rappelait aux empereurs couronnés: la Roche Tarpéienne est proche du Capitole…

Replongée dans le marasme politique, Verviers attendra encore un peu (?) sa relance


En suspendant le mécanisme de contournement du code wallon de la démocratie locale, mis en place à Verviers pour défenestrer la bourgmestre Muriel Targnion et installer Jean-François Istasse à sa place, tout en permettant par un jeu de motions de défiance-votes de confiance à Hasan Aydin et Sophie Lambert de conserver leurs mandats respectifs de président du CPAS et d’échevine, le Conseil d’État a relancé la saga politique dans l’ex-cité lainière. On en revient donc à la configuration du début août, avec un collège communal et une majorité différents de la constellation mise en place grâce précisément à ce mécanisme de contournement.

La bourgmestre réintégrée n’a pas tardé à convoquer un collège communal pour récupérer les attributions qui étaient siennes et rendre à Alexandre Loffet celles dont il avait la responsabilité.

Les échevin(e)s socialistes ont obéi à une injonction de l’ancien mayeur Jean-François Istasse qui espérait empêcher le collège communal de siéger en le privant de quorum, mais comme les échevins libéraux et Nouveau Verviers ont répondu à la convocation, la manœuvre a fait pschitt comme aurait dit feu Jacques Chirac qui s’y connaissait, lui, en entourloupes.

La discussion désormais tourne autour de la portée de l’arrêté de suspension pris par le Conseil d’État, sur les possibilités juridiques d’y répondre et sur les conclusions politiques à en tirer à la fois sur le plan local et au niveau wallon.

Quelle portée?

La décision de la plus haute instance juridique et administrative du pays ne remet la construction mise en place à Verviers que « sur un petit point de détail » a plastronné Jean-François Istasse.

L’observation est pertinente : comme souvent dans ses avis, le Conseil d’État indique en creux dans ses arrêtés le moyen de corriger le tir.

Il suffirait donc que la motion de défiance à l’égard de Sophie Lambert ne vise que son incapacité à occuper la fonction mayorale et, emballez c’est pesé, le bourgmestre dégommé Istasse retrouverait son écharpe et la majorité constituée autour de lui rentrerait en piste. L’affaire de quelques jours en somme, et le retrait de la motion précédente rendrait sans objet le recours en annulation de cette motion et de ses compléments toujours pendant au Conseil d’État.

Quelle réponse ?

Une nouvelle motion, autrement motivée, suffirait donc à remettre les choses en l’état? Pas aussi simple, apparemment.

Il faut d’abord vérifier s’il est légalement possible d’introduite immédiatement une nouvelle motion de défiance, à l’égard de la majorité conduite par Muriel Targnion, quelques semaines seulement après avoir fait voter la première.

Selon certains juristes, un délai d’un an s’impose. Il ne m’appartient pas de trancher, mais si Jean-Francois Istasse a raison, le code wallon de la démocratie locale permettrait dès lors, passé le délai requis après la mise en place des majorités communales, de rendre toutes les communes wallonnes ingouvernables: il suffirait au gré des vents ou des humeurs de déposer à l’envi des motion de défiance à l’égard des majorités en place, quelles qu’elles soient.

Ensuite, à supposer que le recours en annulation du stratagème de contournement mis en place par les Machiavels verviétois soit effectivement abandonné du fait de l’adoption d’une nouvelle motion de défiance collective et de deux motions de défiance individuelles, corrigées sur un point, rien n’empêcherait l’introduction de demandes de suspension en extrême urgence et d’annulation de ce nouveau mécanisme. Avec autant de chances de réussite ou de risque d’insuccès.

Le Conseil d’État a en effet des habitudes de… cancre: saisi de requêtes qui invoquent généralement une série de moyens (d’arguments), dès qu’il en rencontre un qui lui permet de fonder ou de rejeter une d’entre elles, il n’examine pas les moyens suivants. D’hypothétiques recours contre cette possible nouvelle motion ne devraient donc reprendre que les arguments invoqués dans les recours actuels sauf celui relatif à l’échevine, et en y ajoutant éventuellement d’autres. Le carrousel verviétois pourrait ainsi éclipser le célèbre carrousel fouronnais des années 1980

Quelles conclusions politiques?

En attendant le résultat de toutes ces intrigues de coulisse, qui démentent la maxime « Publicité sauvegarde du peuple » figurant au frontispice de l’Hôtel de ville de Verviers, le déclin de l’ancienne cité lainière, victime à la fois d’une paupérisation et d’une désertification commerciale croissantes, s’accentue. Et ce n’est pas l’immobilisme d’un projet de centre commercial auquel plus personne ne croit qui l’aidera à en sortir.

La réponse politique doit venir de Verviers d’abord et renvoie tous les politiques locaux à leurs engagements ou à leurs reniements. Sont-ils toutes et tous prêts à relancer une mécanique juridique qui conduira inévitablement à des recours, et à des risques de pannes répétées dans la gestion de la ville?

Le PS, dont les dissensions sont à l’origine du marasme politique à Verviers est à nouveau interpellé : le président du parti, Paul Magnette, débarrassé de ses travaux et ambitions au niveau fédéral, se repenchera-t-il sur l’imbroglio verviétois ? Et s’expliquera-t-il sur les accusations de capitulation devant une pression communautariste en bord de Vesdre?

La question vaut également pour Muriel Targnion qui avait clamé que les recours en suspension et en annulation du montage juridique mis en place pour l’écarter étaient introduits pour le principe et pas pour lui permettre d’exercer une fonction mayorale dont elle ne voulait plus, parce qu’il ne lui était plus possible de « travailler avec ces gens-là ».

L’est-elle aujourd’hui? Et « ces gens-là » sont-ils disposés à reprendre leur collaboration avec elle? Il est un peu court, comme elle le pose, qu’« il y a des collègues qu’on aime mieux ou moins mais chacun bosse ensemble dans l’intérêt de la boîte ». Même dans le monde de l’entreprise, cette atmosphère de bisounours est une fiction.

La situation verviétoise interpelle aussi le pouvoir wallon. En octroyant le mayorat à la candidate ou au candidat credité(e) du plus grand nombre de voix sur la liste principale de la majorité communale, le code wallon voulait instaurer une forme de démocratie directe, au risque de favoriser une forme de démagogie. Si elle est maintenue et in fine validée, la mécanique verviétoise vide cette disposition de sens puisqu’il suffira aux partis d’introduire dès la mise en place des majorités une motion de confiance assortie de motions de défiance individuelles pour leur permettre d’ignorer le vote populaire.

Pour les parlementaires wallons, il y a urgence à préciser les dispositions du code wallon de la démocratie locale.

Pour les élu(e)s verviétois(e)s, la chance se présente une nouvelle fois de faire primer l’intérêt collectif sur l’intérêt partisan et les ambitions carriéristes.

La noblesse ne se décrète ni ne se transmet: elle s’acquiert


Interview en direct sur la Première, ce lundi matin; double page dans un grand quotidien bruxellois; conférence de presse l’après-midi; longue interview en direct dans le journal télévisé d’hier: la dame qui faisait ainsi l’objet de toutes les attentions méritait-elle tant d’honneur, après avoir subi tant d’indignité? Nombre de téléspectateurs ont eu l’impression qu’on les distrayait de problèmes bien plus importants: la pandémie de coronavirus qui reprend, notamment. Ou les remous à la tête du MR où la gestion «despotique», favorisant «le népotisme», et aux pratiques digne d’un «clan mafieux» du président, pour reprendre les mots d’une de ses principales opposantes, jetait déjà une ombre sur le tout nouveau gouvernement fédéral.

On ignore par ailleurs si, au fond de son tombeau, Ernst Ier a apprécié de voir ainsi la justice belge ajouter une descendante de plus à un arbre généalogique fort fourni, dont les branches s’étendent, outre la Belgique et le Royaume-Uni, jusqu’au Portugal, en Bulgarie, en Roumanie et ailleurs. Mais son surnom, «le Pieux», laisse entendre qu’il n’en aurait pas forcément été heureux. Évidemment, depuis 1675, année de son décès à l’âge d’un peu plus de 73 ans, le monde a bien changé…

Pour en revenir à la «pauvre petite fille riche» qui faisait ainsi l’objet de toutes les attentions, on est partagé entre deux sentiments: la satisfaction de voir une femme obtenir de la justice sa filiation exacte; et l’agacement devant certaines de ses affirmations. Celle, par exemple, de n’avoir jamais voulu se voir consacrer princesse de Belgique: tout qui a eu un dossier à plaider en justice sait qu’il suffit de détailler à son avocat ce qu’on souhaite et ce dont on ne veut pas, et que son mandat lui impose de suivre les desiderata de son client. Et l'(onéreux) avocat de cette personne connaît suffisamment son métier pour s’y conformer. Il n’aura d’ailleurs pas manqué d’informer sa cliente des tenants et aboutissants de pareille démarche.

Autre attitude désagréable de la plaignante: le mépris qu’elle témoigne à présent à l’égard d’une famille qui lui a offert son nom, et au sein de laquelle elle a vécu quand même pendant de longues années. Faut-il y voir le signe qu’elle n’y a jamais été acceptée, voire simplement tolérée? Si tel est le cas, il faut bien en conclure qu’être «bien plus riche que la famille royale belge», comme elle l’a dit, ne suffit pas à avoir une richesse de cœur.

Pour la première fois, au cours de cette conférence de presse, elle a parlé de sa mère. Pour dire que, maintenant que l’affaire est close, elle a renoué avec elle, après une fâcherie qui, manifestement, a duré des années. Ce silence prolongé était tout de même assez étrange, car entre les deux hommes dont elle voulait, l’un renier sa paternité, l’autre imposer sa reconnaissance, il y avait tout de même une femme, dont on ne m’empêchera pas de penser qu’à travers toute cette procédure, elle a cherché vengeance. Vengeance de quoi? De ne pas être devenue princesse elle-même, après un divorce qu’i n’est jamais venu? Ou de femme flouée qui avait nourri les plus grands espoirs après avoir donné naissance à la fille d’un authentique prince de sang?

De l’autre côté du prétoire, l’attitude n’a pas été plus brillante. Bien sûr, on peut comprendre que le caractère public donné à l’affaire, avec l’emballement médiatique que cela a provoqué, a suscité de l’amertume. Car il doit avoir été d’autant plus humiliant, pour un ancien chef de l’État, de se soumettre à un test ADN, comme un vulgaire quidam, qu’il en connaissait d’avance le résultat.

Son attitude s’explique peut-être, mais ne s’excuse pas pour autant, par le fait qu’il a pu croire que cette «affaire privée» se résoudrait d’elle-même, comme l’ont été les incartades de son père, Léopold III, dont certain arbre généalogique familial d’une vieille famille noble de Belgique porte une trace dont les historiens n’ont jamais parlé voire n’ont jamais eu connaissance; ou de son arrière-grand-oncle Léopold II, que la presse de l’époque a largement brocardé lorsqu’il a anobli sa dernière maîtresse et les deux enfants qu’elle lui avait donnés.

Manifestement, une démarche personnelle, il y a bien des années, aurait pu, aurait dû, régler la question de manière élégante. On ne peut s’empêcher, en l’espèce, de penser à la manière dont feu François Mitterrand, souverain non couronné de la Ve République, a reconnu la fille qu’il avait eue hors mariage, pouvant compter alors, évidemment, sur le silence complice d’une presse qui savait faire la distinction entre vie privée et vie publique, même d’un personnage aussi public. L’image de sa double vie s’est révélée au monde lors de ses funérailles, mais dans un climat qui n’avait rien à voir avec la rancœur et l’hostilité qui ont entouré toute cette affaire chez nous.

Ernst le Pieux peut bien se retourner dans son tombeau, la morale de cette histoire est claire: la noblesse ne peut se décréter en justice; elle ne se transmet pas non plus par l’hérédité, quand bien même cette transmission est la règle et donne accès à un almanach suranné.

La vraie noblesse, j’ai déjà eu l’occasion de le signaler sur ce blog, on la trouve à d’autres endroits, bien plus inattendus, et largement ignorés du monde. Chez ce couple, où le père des deux derniers enfants de son épouse adopte ses trois premiers, afin que tous soient sur pied d’égalité. Chez ces bénévoles qui apprennent à lire et à écrire à des adultes illettrés et honteux de l’être. Chez ces volontaires qui se mobilisent pour donner un avenir à une petit gamine handicapée physique depuis sa naissance. Tous ces gens à qui la radio, la télévision, ou un grand quotidien bruxellois ne donneront jamais la parole. Parce qu’ils ne les connaissent pas.

Les politiques que l’on mérite ?


La triste saga politique verviétoise de l’été est sur le point de s’achever de la manière dont elle s’est déroulée : dans le non-respect des paroles données et en « sollicitant » les textes légaux, en l’occurrence, le code wallon de démocratie locale.

PS, MR, Nouveau Verviers et cdH se sont donc accordés sur un scénario qui passe par le renversement de la bourgmestre ex-socialiste, Muriel Targnion, et l’installation de Jean-François Istasse au fauteuil mayoral.

L’ancien président du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a été plébiscité pour construire un consensus autour de sa personne. D’une urbanité extrême, sinon caricaturale, il peut rendre en effet tout conflit personnel impossible avec lui. À 67 ans, il n’imaginait pas assumer un mandat qu’il avait refusé il y a bien longtemps déjà. Il semble avoir voulu convaincre les sceptiques en postant depuis quelques jours des photos sur Facebook qui rappellent les multiples fonctions qu’il a effectuées et les nombreux contacts qu’il y a noués. Mais s’il semble bien seul à pouvoir espérer combler les tranchées creusées ces dernières semaines entre tous les politiques verviétois, il n’apparaît pas comme la figure mobilisatrice susceptible, au-delà de cet objectif, de débloquer les dossiers en rade depuis plusieurs années dans l’ancienne cité lainière. À charge pour lui de nous apporter le démenti. Faute de quoi, il apparaîtra comme le bourgmestre de transition, chargé de chauffer la place pour celui qui est réputé avoir habilement instrumentalisé tout ce dossier depuis quelques semaines

Le hic, pour Jean-François Istasse et un certain nombre de ces colistières et de ses colistiers, c’est qu’ils ont allègrement trahi l’engagement formel pris, au début de l’été, pour soutenir la bourgmestre dans sa volonté d’écarter le président du CPAS, en guerre ouverte avec la ville, au comportement agressif et sexiste qui l’avait rendu infréquentable pour l’ensemble du collège communal, et qui a enfreint les règles en mobilisant du personnel du CPAS pour la prise de rendez-vous aux permanences politiques qu’il entendait organiser en compagnie d’un néo-échevin. L’accord prévoit le maintien de ce président de CPAS et de cet échevin. Tant pis pour le respect de la parole donnée; tant pis pour la tolérance et l’égalité des genres, et tant pis pour la moralisation de la vie politique…

L’autre hic, pour le futur bourgmestre Istasse, c’est que pour le ceindre de l’écharpe mayorale, il faudra d’abord que deux prétendant(e)s légaux (légales) à la fonction, le-dit président du CPAS et une échevine, renoncent formellement à ce mandat. Et que pour les autoriser à conserver leur fonction, qu’ils ne pourraient dès lors conserver, en application du code wallon de démocratie locale, on passe par des scénarios qui vont d’une démission du conseil communal à une motion individuelle de défiance, prévue par ce code, pour sanctionner une incompatibilité politique grave voire un comportement indigne, puis par la réélection de la-dite échevine au même poste et du président du CPAS au sien, ce qui lui assure une présence prolongée au collège communal . Tout cela dans le cadre d’un maquignonnage de dernière minute, qui rééquilibre à mi-parcours le nouveau rapport de forces au sein de la future majorité verviétoise en transférant au cartel MR-NV-cdH ce mandat scabinal conservé en dépit de toute logique mathématique par le PS. Et tant pis pour la crédibilité du code wallon de démocratie locale, tant pis pour le contrôle de l’exercice des mandats communaux, et tant pis pour la compétence (ou non) avec laquelle des échevin(e)s exercent leurs responsabilités…

Tout va ainsi rentrer dans l’ordre, pour un certain temps en tout cas. Pas forcément jusqu’à la fin de la mandature, où certains espèrent cyniquement que les électeurs verviétois auront tout oublié. Ce qui témoigne d’un solide mépris pour les citoyen(ne)s dont on sollicite périodiquement les suffrages. Le retour de bâton est parfois douloureux. Car si, selon l’adage, on a les politiques qu’on mérite, il arrive que des électeurs estiment que les politiques ne les méritent pas. Et tant pis pour l’avenir de Verviers…