Pluie de bombes au Proche-Orient: le problème enfoui persiste


Rien ne semble pour l’instant pouvoir arrêter les tirs de roquettes depuis la bande de Gaza sur Israël, et les bombardements en réplique de l’armée israélienne sur la bande de Gaza: aux propositions de cessez-le-feu présentées par le Hamas, au pouvoir à Gaza, Israël a opposé son droit de se défendre, et il s’y accrochera d’autant plus que le président des États-Unis, Joe Biden, a apporté son soutien à l’État hébreu sur ce point.

Le nombre de victimes, tuées ou blessées, risque donc d’augmenter dramatiquement, et de manière totalement déséquilibrée, puisque, comme le signalait un analyste, quand Israël est touché par une pierre, il réplique avec des bombes. Et pas de manière à éviter les victimes civiles, comme l’a prétendu l’ambassadeur d’Israël en Belgique, Emmanuel Nahshon lors d’une récente interview télévisée. La théorie selon laquelle Tsahal, l’armée israélienne préviendrait ses adversaires plusieurs heures avant de frapper ne peut abuser personne.

L’ambassadeur, que j’ai eu l’occasion de rencontrer il y a quelques mois, s’est par ailleurs exprimé de façon fort peu diplomatique en accusant le gouvernement belge auprès duquel il est accrédité d’« hypocrisie et de lâcheté » pour ne pas soutenir inconditionnellement Israël, comme l’ont fait les États-Unis ou le Royaume-Uni, mais d’avoir insisté sur la nécessité d’un dialogue pour mettre fin à l’escalade actuelle.

Emmanuel Nahshon a par ailleurs repris la thèse de propagande selon laquelle les Palestiniens menacés d’expulsion à Jérusalem-Est sont des « squatters » occupant indûment des immeubles « acquis il y a 70 ans par des associations juives ».

Si cette théorie était exacte, et les faits aussi évidents, le recours actuellement pendant devant la Cour suprême d’Israël n’aurait pas été indispensable. Et puis au-delà du cas d’espèce, il y a une politique israélienne d’expulsion répétée de Palestiniens des habitations qui sont les leurs, notamment en invoquant de prétendues découvertes archéologiques dans leurs propriétés.

Le rôle d’un diplomate est bien sûr de représenter son pays. S’il dépasse sans doute certaines limites dans son expression, on peut comprendre qu’Emmanuel Nahshon élude la responsabilité écrasante d’Israël dans la situation actuelle. Avec la complicité active de l’ancien président des États-Unis, Donald Trump, l’État hébreu s’est de plus en plus écart ces dernières années de la solution à deux États que l’ONU préconise en vain depuis plus de sept décennies.

Après l’annexion illégale du plateau du Golan ont succédé les projets d’annexion de la Cisjordanie occupée, et de Jérusalem-Est, appelée à être la capitale de l’État palestinien, dont la carte, parsemée de colonies israéliennes annexées, figurant en annexe du récent « plan Jared Kushner » pour le Proche-Orient, démontre là non-viabilité.

L’instabilité politique persistante en Israël, où le camp de la paix semble durablement réduit au silence, ajoute au marasme: d’élection en élection, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, s’accroche d’autant plus à son poste que sa persistance au pouvoir retarde les procès pour corruption dont il fait l’objet. Quitte à courir derrière de possibles alliés de plus en plus classés à l’extreme-droite.

La responsabilité de l’Autorité palestinienne est également fort grande dans cette dérive : à 86 ans, son président, Mahmoud Abbas a reporté le 30 avril dernier une élection attendue par la population depuis… plus de quinze ans.

Pour justifier sa décision, il a invoqué le refus israélien de tenir le scrutin à -on y revient- Jérusalem-Est où vivent 350000 Palestiniens. Mais il est notoire que sa crainte était de perdre le pouvoir face aux listes concurrentes « de la Liberté » (celle-ci, menée par Marwan Barghouti, détenu dans une prison israélienne, secondé par Nasser al-Kidwa, neveu de Yasser Arafat, était donnée favorite de l’élection) et du « Futur » conduite depuis les Émirats par Mohamed Dahlan qui y a été exilé par… Mahmoud Abbas.

Et puis le Hamas comptait aussi sur ce scrutin pour sortir de sons isolement à Gaza: son offensive actuelle lui permet peut-être de marquer des points, et ne l’incitera pas à faire baisser la pression. Soutenu par l’Iran, le Hamas est lui aussi responsable de la dégradation actuelle de la situation, même si on doit le créditer de ses offres de cessez-le-feu.

Autres responsables de la dramatisation actuelle, les États-Unis qui ont jusqu’à récemment appuyé Benjamin Netanyahu dans tous ses errements et les États arabes (Émirats Arabes Unis, Koweït, Soudan, Maroc) ont noué des relations diplomatiques avec l’État hébreu en n’accordant pratiquement aucune attention aux doits du peuple palestinien, au bénéfice d’avancées comme, s’agissant du Maroc d’une reconnaissance fragile par les États-Unis de sa souveraineté sur la région toujours disputée du Sahara Occidental. Reste l’Union européenne dont l’incapacité à faire prévaloir une voie originale dans cette zone est plus que jamais criante

Tout cela revient au problème du déni des droits du peuple palestinien à un État viable, affirmé par les Nations-Unies. Au plus tard ce droit sera satisfait, au plus tard une paix durable s’installera au Proche-Orient…

Correctionnaliser le harcèlement pour lui fermer la porte


Je n’étais pas à convaincre du « plafond de verre » qui fait obstacle à une authentique égalité salariale, même dans les secteurs comme celui de la presse écrite quotidienne où j’ai été actif jusqu’il y a peu et où les barèmes salariaux ne sont pas sexués. Je suis par ailleurs bien conscient depuis longtemps du pouvoir de nuisance des réseaux sociaux, où la bêtise s’exprime sans retenue sous couvert ou non d’anonymat mais avec le bénéfice de l’impunité, car qualifiée, indûment à mon sens, d’activité de presse relevant de la cour d’assises. Alors, faute de pouvoir combattre efficacement cette interprétation abusive, il ne reste qu’une solution: correctionnaliser le harcèlement comme on l’a fait jadis pour les délits de presse à caractère raciste.

Cette réflexion m’a été inspirée par la vision, ce mercredi soir sur la Une, du documentaire #SalePute d Florence Hainaut et Myriam Leroy.

Ce documentaire m’a doublement surpris à la fois par la violence des attaques contre les femmes interviewées (les injures sexistes qui ne surprennent hélas pas sont doublées de menaces physiques ou de menaces de mort explicites) et par le manque de réaction policière ou judiciaire quand les victimes portent plainte.

L’excuse? Les délits de presse relèvent de la cour d’assises et on sait qu’organiser un procès de presse coûte cher. Mais peut-on parler de délit de presse? Sur le Web, je le sais, tout le monde se proclame ou peut se proclamer journaliste… ce qui ne veut pas dire que tout le monde l’est.

Proférer des injures ou des menaces n’a par ailleurs rien à voir avec émettre une opinion ou présenter des faits après les avoir recueillis, vérifiés et mis en perspective, voire rectifiés si nécessaire, ce qui constitue l’activité journalistique par excellence.

Même à l’époque où je sévissais dans un quotidien qui m’employait et ne me rémunérait pas assez à mon goût (air connu), il m’était interdit de diffamer, a fortiori d’injurier ou de menacer quelqu’un de sévices voire de mort! Un(e) juriste normalement équilibré(e) peut-il (elle) défendre sérieusement que les mêmes pratiques relèvent d’une activité de presse parce qu’elles s’exercent en ligne?

Cela posé, l’adage veut que deux juristes enfermés dan une cabine téléphonique (s’il en existe encore?) en ressortent avec deux, trois, voire quatre opinions différentes. Et si un(e) juge a qualifié ces pratiques méprisables d’activité de presse, et qu’un(e) autre a embrayé, une jurisprudence s’élabore.

Par ailleurs, certaines conceptions évoluent : naguère, une blogueuse ou un blogueur n’étaient pas considérés comme des journalistes, aujourd’hui tout le monde admet que le journalisme s’exerce aussi à travers des blogs. À commencer par l’auteur de ces lignes.

L’argument selon lequel les journalistes bénéficient d’une quasi-impunité parce qu’on ne réunit plus une cour d’assises pour juger des délits de presse est ancien.

Les contempteurs de ce mécanisme soulignaient souvent que la Belgique était un des rares pays à ne pas avoir correctionnalisé les délits de presse et il y a une quinzaine d’années, à l’AGJPB (Association Générale des Journalistes Professionnel(le)s de Belgique) puis à l’AJP (Association des Journalistes Professionnel(le)s francophones et germanophones) que je présidais, nous nous opposions à toute correctionnalisation de ces délits en Belgique.

C’est que l’opération risquait de déstabiliser le mécanisme subtil mis en place par le constituant de 1831 pour bétonner la liberté de la presse avec l’’interdiction définitive de la censure; le principe de la responsabilité en cascade (si l’auteur est domicilié ou connu en Belgique, ni l’éditeur, ni l’imprimeur, ni le distributeur ne peuvent être poursuivis) et par la tâche confiée à la cour d’assises, avec son jury populaire, de juger les délits de presse, puisque la presse s’adresse au peuple.

L’impunité des journalistes était par ailleurs théorique avec les multiples plaintes au civil déposées contre elle et eux, d’autant plus que la cour de cassation avait étendu au domaine civil le principe même de la responsabilité en cascade.

La discussion était néanmoins serrée parce que la Justice, alors, avait qualifié d’activité de presse la diffusion par le Vlaams Blok, ancêtre du Vlaams Belang, d’un tract qualifié de raciste. Interprétation tout aussi choquante mais qui faisait jurisprudence.

Avec beaucoup de réticences, l’AGJPB a alors accepté la correctionnalisation des seuls délits de presse à caractère raciste. Et depuis lors, la pratique a dissipé les craintes exprimées pour la liberté d’expression et la liberté de la presse.

Aujourd’hui, on peut donc envisager la même correctionnalisation des délits de presse relevant du sexisme, de la discrimination liée au handicap ou à l’orientation sexuelle, ou au harcèlement en ligne « en meute », pourvu que cela soit strictement balisé.

Cela ne peut se faire en trois coups de cuiller à pot, comme l’a expliqué le ministre de la Justice, Vincent van Quickenborne, ce mercredi, au débat qui a suivi la diffusion de #SalePute sur la Une: il faut déclarer les articles de la Constitution nécessaires susceptibles d’être révisés, s’ils n’ont pas été déclarés tels pour l’actuelle législature, et ensuite trouver la majorité qualifiée requise pour les modifier, sous la prochaine législature.

Cela veut-il dire qu’on doit rester passif entre-temps? Rien n’empêche des juristes de contester cette qualification d’activités de presse pour les harceleurs en ligne, ou alors de les poursuivre au civil.

Et puis, la solidarité peut s’opposer à eux: plus d’une fois au cours de la soirée, l’engagement de l’AJP et notamment de sa secrétaire générale a été souligné au cours de la soirée.

Si, au cours du lourd conflit mené au sein du journal… qui (air connu), une responsable syndicale nationale, sans doute jalouse du taux d’affiliation de l’AJP dans le secteur de la presse et de la presse écrite quotidienne en particulier, la qualifiait avec mépris d’« organisation corporatiste » (sic), elle a une nouvelle fois prouvé qu’elle défend efficacement les droits matériels et moraux de ses membres. Y compris dans des secteurs où les syndicats classiques mettent rarement la main à la pâte…

Bientôt une Saint Tonton le 10 mai?


Les documentaires se sont multipliés ces derniers jours et vont encore se multiplier d’ici à dimanche prochain sur les chaînes françaises et sur les chaînes historiques pour commémorer l’élection à la présidence de la République de François Mitterrand, le 10 mai 1981, il y a eu tout juste quarante ans ce dernier lundi.

Ce qui est gênant dans tous ces documentaires c’est leur ton généralement largement hagiographique. On n’a que très rarement évoqué le Mitterrand d’avant 1981: le résistant de la Seconde guerre mondiale passé d’abord dans les cercles du pouvoir à Vichy où il a noué des amitiés discutables auxquelles il est resté fidèle jusqu’au bout; ou le ministre de l’Intérieur partisan d’une répression musclée face aux insurgés algériens dans les années 1950. Sans compter cette nébuleuse affaire de «l’attentat» de la rue de l’Observatoire.

«Florentin»

Rien ou pratiquement rien non plus sur sa conquête du pouvoir au sein du Parti socialiste qui ne portait pas encore ce nom en 1971, au congrès d’Épinay.

Par contre sa haine corse pour un Michel Rocard, opposant de l’époque, Premier ministre méprisé, nommé le 10 mai 1988 et congédié le 15 mai 1991, après trois années de mandat particulièrement réussies, pour l’empêcher de briguer la succession à l’Élysée a bien été décrite: petitesse fréquente chez les hommes politiques d’envergure, poussée à son paroxysme chez un dirigeant, à qui sa duplicité avait valu le surnom de « florentin ». Le résultat de cette obstruction est peut-être l’effondrement, aujourd’hui, du Parti socialiste français et l’explosion de la gauche, désormais plus éloignée que jamais du pouvoir suprême…

On a par contre bien pu prendre la mesure de sa capacité extraordinaire à rebondir, pour avoir réussi en 1974 et encore plus en 1981 à se présenter comme un « homme nouveau », lui qui était dans le bain politique depuis plus de trois décennies. Ou qui, après avoir accusé le général de Gaulle de pratiquer un « Coup d’État permanent » avec sa Constitution de la Ve République, a par la suite exercé avec délectation les pouvoirs exorbitants accordés au chef de l’État.

Le choc salutaire de l’alternance

Ces commémorations de son élection à la présidence de la République ont par contre bien souligné le choc que ce scrutin a représenté pour une France où la droite semblait éternellement vouée au pouvoir, qui a joué vainement la menace d’une arrivée des chars soviétiques à Paris si la gauche se l’appropriait, et où le personnel de l’Élysée, selon les mots d’un acteur de l’époque semblait étonné de voir ses représentants manger… avec des fourchettes. Un choc décrit aujourd’hui par un de ses opposants d’alors comme le choc salutaire de l’alternance pour la démocratie française.

Elles traduisent aussi la nostalgie des Français pour un président qui a osé imposer des réformes sociales fortes dès son arrivée au pouvoir; qui s’est fourvoyé dans une politique économique dont une partie de ses proches annonçait la faillite dès le départ, puis en est revenu deux ans plus tard tout en maintenant les réformes sociales engagées… dont certaines pèsent toujours sur les finances publiques françaises, ou qui, par exemple avec l’abolition de la peine de mort, n’a pas hésité à imposer un choix politique et éthique à l’encontre de l’opinion largement majoritaire.

C’est aussi le souvenir d’un chef de l’État plus pénétré de Culture que d’économie, et qui a laissé sa trace dans le paysage parisien (Pyramide du Louvre, Arc de La Défense, Opéra de La Bastille, Colonnes de Buren), à la manière d’un monarque absolu non couronné, dont les Français sont périodiquement en quête, pratiquement depuis qu’ils ont coupé la tête de Louis XVI, le 21 janvier 1793.

Bizarrement par contre, son engagement européen, notamment à travers une proximité renforcée avec l’Allemagne, mise à l’épreuve au moment du processus de réunification en 1989, n’a été que très furtivement évoqué.

Plus prosaïquement, cette commémoration souligne en creux la médiocrité de la classe politique qui a succédé à François Mitterrand. En partie par sa faute, à la fois parce qu’il a étouffé au Parti socialiste les successeurs d’envergure (Jacques Delors, Michel Rocard) qui auraient pu faire de l’ombre à son bilan, et parce que par calcul politicien, il a favorisé l’expansion du cancer du Front national dans le paysage politique français.

Deux présidents d’envergure

La tentation est effectivement toujours grande d’idéaliser le passé. Mais à l’analyse, il faut bien convenir que seuls le général de Gaulle, qui s’est donné une République à la mesure de son ambition, et François Mitterrand, qui a joué à fond de ses institutions, ont présidé avec brio la Veme République. Tous deux en ayant bénéficié d’un fort soutien populaire au départ, puis subi la désillusion d’un peuple qui croit peut-être naïvement qu’un homme seul peut décider de l’évolution du pays.

Georges Pompidou n’a pas eu le temps d’assumer la succession du premier, et avant le second, l’illusion Giscard d’Estaing s’est progressivement dissipée au cours de son septennat.

Ensuite, si Jacques Chirac a été (et reste) un président très populaire, il a surtout brillé par ses gaffes politiques et son incapacité à exercer le pouvoir après l’avoir brillamment conquis.

Puis sont venus Nicolas Sarkozy, manifestement trop court pour la fonction; et François Hollande qui a très maladroitement tenté de reproduire le modèle Mitterrand. Jusque dans ses écarts amoureux avec l’épisode humiliant du scooter qu’il utilisait pour se rendre à son rendez-vous galant…

Reste Emmanuel Macron, sorti du néant politique, dont le parcours actuel n’est pas loin de rappeler la parenthèse Giscard d’Estaing des années 1970. Peut-être dans sa quasi-certitude d’aller tout droit vers la réélection, performance qu’à l’heure présente, seul François Mitterrand a effectivement réalisée.

Décidément, on comprend cette nostalgie de l’époque de « Tonton ». Même si, pour les Françaises et les Français, il serait peut-être préférable, l’an prochain, de pouvoir revenir les pieds sur terre….

Le retour de Seraing en D1A: sympa… mais de quel Seraing parle-t-on?


L’événement footballistique du week-end, dans notre petite terre d’héroïsme, a été la dégelée infligée par le RFC Seraing au SK Waasland-Beveren, qui condamne à la relégation le club waeslandien, et ramène du coup les Sérésiens au plus haut niveau du football belge, qu’ils ont quitté il y a un quart de siècle.

Ce résultat fait que la saison prochaine commencera à nouveau avec quatre clubs wallons au sein de l’élite: le Standard, le Sporting de Charleroi, l’AS Eupen (que je qualifierais plutôt de club germanophone… ou qatari), et donc, à la place de l’Excelsior Mouscron, le RFC Seraing, ou plus exactement le FC Seraing, si l’on s’en tient à la règle qui impose qu’un titre de «société royale» ne s’obtient qu’en fonction de conditions strictes (50 ans d’existence et agrément du Palais Royal), et qu’il ne peut se transmettre au gré de cessions à l’encan, dont le club de l’ancienne cité du fer a fait plusieurs fois l’objet au cours des dernières années.

Si l’on s’en tient aux faits, le RFC Seraing, club créé en 1905, a connu une existence chahutée marquée, au cours du dernier demi-siècle, par une grève des joueurs en 1969; par l’arrivée, l’année suivante, du défunt bourgmestre de Seraing, Guy Mathot, dans le comité de direction du club, ce qui lui attirera, plus tard, divers ennuis judiciaires; par la faillite du club, le 18 juin 1984, et sa reprise, en 1990, par le défunt entrepreneur bruxellois Gérard Blaton. Lequel fera flamber le Pairay, en qualifiant notamment le club pour une coupe d’Europe, avant de jeter l’éponge: le 2 avril 1996, le RFC Seraing est absorbé dans la fusion avec le Standard de Liège, et son matricule, le 17, disparaît pour toujours.

Feu le notaire Paul Plateus, fils de François Plateus, dirigeant historique du club, ancien secrétaire général du RFC Seraing, avait lutté jusqu’au bout pour faire échec à cette fusion, qui «tuait» son club. Mais comme le nabab bruxellois disposait de la totalité des parts de la coopérative, il n’avait eu que ses mots à opposer à une fusion qui équivalait à une mise à mort.

Restait le stade du Pairay, désormais veuf: il ne restera pas longtemps inoccupé. La Royale Union Liégeoise, née de la fusion de Bressous (matricule 23) et de Jupille, sous l’impulsion de l’ancien secrétaire du CPAS de Liège, Michel Faway, vient y planter ses pénates, et, en hommage au lieu, modifie son nom: le RFC Seraing-RUL voit le jour. Le 1er juillet 1996, il adaptera son nom: le RFC Sérésien accueille au sein de son équipe dirigeante d’anciens joueurs du RFC Seraing. En troisième division, le club se reconstruite patiemment jusqu’à l’irruption de Bernard… Serin.

Bernard Serin est une personnalité hors du commun. Il est arrivé en région liégeoise dans les bagages d’Usinor, et a été placé à la tête de Cockerill-Sambre quand le groupe sidérurgique lorrain a repris la sidérurgie wallonne.Tenu à l’écart du comité de direction du géant sidérurgique Arcelor, né de la fusion, le 18 février 2002, d’Usinor, de la luxembourgeoise Arbed, et de l’espagnole Aceralia, il claque ensuite la porte et reprend, avec l’aide de capitaux liégeois, Cockerill Mechanical Industries (CMI), la filiale la plus boîteuse du bassin sidérurgique liégeois. Il la transforme rapidement en success story wallonne et internationale: le groupe, qui a pris aujourd’hui le nom de John Cockerill, rayonne dans le monde entier.

Parallèlement à cela, cet hédoniste, originaire de l’Hérault, est devenu à la fois Lorrain et liégeois, et il est passionné par le football. Entré dans le comité du FC Metz en 2006, il en devient le vice-président exécutif en 2008, puis président en 2009, succédant au mythique Carlo Molinari. Bernard Serin préside toujours le club messin, qui, sous sa conduite, a connu des fortune diverses, faites de descente en Ligue 2 puis de remontée en Ligue 1, où il figure toujours aujourd’hui.

Cet homme d’affaires avisé imagine alors rapidement un partenariat entre le club lorrain et… qui au fond?

Dans un premier temps, le 1er juillet 2013, il reprend le RFC Sérésien, mais le club évolue alors en Iere provinciale liégeoise: la mariée n’est pas assez belle pour en faire un partenaire du FC Metz.

Un an plus tard, c’est le tour de passe-passe: le 1er juillet 2014, Bernard Serin rachète le matricule du club de Boussu-Dour, club lui-même issu d’une fusion, mais à bout de souffle. Sous le numéro 167, le club, baptisé Seraing United, évolue alors en division II.

Douze mois plus tard, le 1er juillet 2015, le club change à nouveau de nom: selon le site du club, il redevient le «RFC Seraing».

Petit problème, sauf à donner à la lettre «R» une autre dénomination, il ne peut en aucun cas exciper du titre de «Royal» puisque Seraing United n’avait pas hérité de cette distinction, non plus que Boussu-Elouges et Dour, clubs passé à la trappe de cette opération, de même que Bressoux, Jupille, et la Royale Union Liégeoise, dont le souvenir ne subsiste plus que chez les historiens du football belge.

Le phénomène n’est pas unique dans le football belge: pour ne plus parler du RWDM qui unit trois clubs disparus (le Racing de Bruxelles, le White Star, et le Daring de Molenbeek) qu’on a rebaptisé abusivement «Daring» à chaque fois qu’il a rencontré l’Union Saint-Gilloise, le Beerschot, par exemple, failli lui aussi, ne s’est tiré d’affaire qu’en rachetant le matricule de Wilrijk, et n’a gardé que pour un temps le nom de Beerschot-Wilrijk qui correspondait exactement à sa situation «matriculaire»

Le partenariat entre les deux clubs peut alors s’organiser: Seraing devient la succursale du FC Metz.

Un partenariat «gagnant-gagnant»? Pas immédiatement, puisque, avec la réforme du football belge, le FC Seraing s’est retrouvé en division IA francophone, où il a figuré sans briller jusqu’à l’année dernière, quand à la faveur d’un replâtrage de bric et de broc de la division I B (avec notamment l’intégration brillamment ratée des U23 du Club Brugge), le matricule 167 a bénéficié de circonstances administrative favorables, avec le désistement de plusieurs clubs, pour acquérir, sur le tapis vert, le droit de jouer à l’étage supérieur cette saison.

On connaît la suite: les renforts heureux venus de Lorraine, avec surtout le buteur Georges Mikautatdze, 22 buts cette saison, qui va repartir pour Metz; le début de championnat tonitruant; puis la lutte pour conquérir la deuxième place dans le sillage de l’intouchable Union Saint-Gilloise, placée, elle, sous tutelle britannique.

La conclusion de cette campagne est tombée dimanche, et quelques centaines de supporters ont fêté les «Rouge et Noir» à leur retour au Pairay.

Le plus dur commence maintenant. D’abord pour reconstruire une équipe, car Metz, qui a besoin de toutes ses plumes pour voler, reprendra ses meilleurs éléments, pour en amener d’autres, inexpérimentés, sur les hauteurs sérésiennes. Le problème, c’est qu’en division IA, les débutants n’ont pas toujours l’occasion de se faire les dents. Et le récent match de coupe de Belgique entre Seraing et le Standard est là pour montrer l’écart qu’il lui reste à franchir pour éviter de faire un rapide aller et retour.

Et puis reste la quadrature du cercle que Seraing, même à la grande époque des Bocande, Oblitas, Rojas, Bertelsen, Kabongo ou Lukaku (Roger, pas Romelu…) n’a jamais pu résoudre: hors les derbies liégeois, face au Standard ou au RFC Liégeois alors toujours en division I, ou à part la visite du Sporting d’Anderlecht ou du Sporting de Charleroi, les travées du Pairay sont le plus souvent restées désespérément vides.

Si on peut être heureux de cette promotion, et féliciter le FC Seraing pour ce résultat, ce n’est pas faire preuve d’un pessimisme exagéré de dire que son avenir reste aussi sombre que les fumées qui, jadis, sortaient de ses hauts-fourneaux aujourd’hui éteints…

L’élection à Madrid annonce des lendemains difficiles en Espagne


Qu’elles soient locales ou régionales, les élections suscitent toujours le même type de réaction, sous toutes les latitudes: si l’opposition en sort gagnante, les partis au pouvoir s’empressent de souligner que les enjeux du scrutin étaient purement locaux, et qu’on ne peut en tirer de conclusions globales. Tandis que les vainqueurs annoncent d’ores et déjà un renversement d’alliances au niveau national, ce qui se produit effectivement… parfois.

Après les élections régionales à Madrid, qui ont vu le triomphe de la liste du Parti Populaire, emmenée par Isabel Diaz Ayuso, il ne paraît pourtant pas présomptueux de prévoir de grandes difficultés pour le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez et pour sa majorité brinquebalante. Surtout après le départ de Pablo Iglesias: la figure de proue du parti Podemos, qui avait quitté son poste de deuxième vice-président du gouvernement national pour descendre dans l’arène madrilène, afin de faire barrage à la droite et à l’extrême-droite, a tiré les conclusions de son échec cuisant, et annoncé son retrait de la politique. Un peu à la manière de Lionel Jospin, jetant l’éponge en 2002, après la qualification surprise de Jean-Marie Le Pen, le leader du Front National, au second tour de l’élection présidentielle française.

Il faut dire que la déroute a été totale pour Podemos, même si la présidence de Pablo Iglesias lui a permis de gagner trois sièges (10 contre 7) dans la nouvelle assemblée, ainsi que pour toute la gauche madrilène, dont le Parti Populaire a, à lui seul, dépassé le nombre de suffrages (65 contre 58). Or l’espoir du camp de gauche était d’amplifier son résultat global (54 élus) de 2019…

Pour le PSOE, le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol du Premier ministre, Pedro Sanchez, la pilule est également amère à avaler, puisque la débâcle de Podemos ne lui a pas bénéficié: il se retrouve à égalité avec la liste écologiste au sein de l’assemblée madrilène. Mais si les «Verts» ont gagné 4 mandats et se retrouvent à 24, les socialistes, eux, en ont perdu 13. C’est donc tout naturellement la liste Más Madrid qui va prendre la tête de l’opposition.

Ce qui est rassurant, à Madrid, c’est que le résultat époustouflant du PP n’a pas permis à l’extrême-droite de progresser: Vox passe de 12 à 13 élus. Le maintien des nostalgiques du franquisme n’en reste pas moins un élément inquiétant dans la capitale espagnole. Ils pourraient même jouer un rôle politique important, puisqu’il manque quatre voix au Parti Populaire pour détenir la majorité dans une assemblée forte de 136 députés…

Autre constat, Ciudadanos, l’autre parti «citoyen», créé, comme Podemos, il y a une quinzaine d’années, a sombré corps et biens: il n’a pas atteint le seuil électoral des 5% et ses 26 sièges sont très vraisemblablement allés… au PP.

A priori, la majorité de Pedro Sanchez, composée du PSOE, du Parti socialiste de Catalogne, et de Podemos, reste en place. Puisque, air connu, l’élection à Madrid s’est jouée sur des enjeux madrilènes.

Le «hic», c’est que ce scrutin a ébranlé le PSOE et Podemos, tandis que le Parti Socialiste de Catalogne, lui, a subi la victoire des indépendantistes lors des dernières élections régionales. Qui oserait dire que le gouvernement Sanchez pourra appliquer son programme comme si rien n’était désormais?

Une nouvelle fois, la balance du pouvoir à Madrid pourrait avoir des répercussions lourdes en Catalogne, où on se souvient que l’attitude fermée de Mariano Rajoy, le prédécesseur conservateur de Pedro Sanchez, et son retrait sur les concessions précédemment faites par le PSOE aux nationalistes catalans, ont conduit à la crispation, à la proclamation unilatérale chahutée d’indépendance du 10 octobre 2017, et à la répression qui s’en est suivie. Un retour de la droite au pouvoir à Madrid étoufferait à nouveau dans l’oeuf toute tentative d’accord amiable entre le gouvernement central et les autorités autonomistes aux affaires à Barcelone.

L’élection à Madrid annonce peut-être tout autant des jours difficiles pour l’Espagne que pour le gouvernement Sanchez…

Dites «le» Covid et pas «la» Covid


D’accord, la pandémie actuelle de Covid-19 est… une belle saloperie, dont on espère se sortir au plus vite. Mais tant qu’à faire, autant appeler «le» Covid-19 par son nom, et pas «la» Covid-19, comme l’a déclaré de manière un peu précipitée l’Académie française, en se réclamant du mot anglais «disease», autrement dit «maladie», qui est féminin dans la langue de Shakespeare, a-t-elle expliqué.

Que l’Académie française se base sur l’anglais plutôt que sur l’usage pour déterminer le genre d’un mot est en soi assez bizarre. Mais en l’occurrence, comme elle l’a fait pour le wallon, qu’elle s’obstine à considérer comme un «dialecte du français» (cf. un article précédent de ce blog), l’Académie a péché par approximation. Car le nom scientifique du virus qui nous perturbe depuis plus d’un an est le SARS-CoV-2, acronyme anglais de Severe Acute Respiratory Syndrome Coronavirus 2. Autrement dit, le «Coronavirus 2» (puisque le mot «virus» est masculin), qui provoque «un syndrome respiratoire aigu sévère». On se demande toujours où nos immortels sont allés y dénicher le mot «maladie»…

À côté de l’immense défi que représente la sortie de pandémie, cette réflexion prend des allures de débat sur le sexe des anges, j’en conviens bien.

Mais comme disait Albert Camus, «mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur d’autrui», et le malheur provoqué par la pandémie est suffisamment grand pour que les approximations de l’Académie n’y ajoutent pas de la confusion. Il est assez interpellant de voir des chaînes télévisées francophones parler régulièrement «du» Covid, pendant que d’autres chaînes télévisées, essentiellement françaises, s’accrochent à «la» Covid.

Comme toujours, l’usage se chargera de régler les choses, et l’Académie l’enregistrera avec retard. Après tout, à mes débuts dans la carrière journalistique, un vieil avocat qui plaidait devant un tribunal correctionnel des dossiers tout à fait communs d’accidents de la circulation, plaisantait en relevant qu’on parlait couramment d’«une automobile» alors que la logique aurait voulu qu’on parle «d’un automobile», puisque le mot «mobile» est masculin. L’Académie, heureusement, n’était pas là, intervenue pour imposer une règle. On lui souhaite avant tout de mettre son dictionnaire à jour, et de se rappeler que le wallon est une langue…

Le lobby électrique accentue sa pression


Le problème des voitures de société qui ressurgit à chaque élection, notamment sous l’angle fiscal, va prendre une nouvelle forme dès 2026: dans cinq ans, seuls les véhicules de société électriques à 100% bénéficieront d’une exonération intégrale. Pour les véhicules hybrides, la déductibilité ne sera plus que de 50%.

Mobilité réduite

Pour certain(e)s d’entre eux (elles) qui vivent à distance respectable de leur lieu de travail, pourrait ainsi poser de sérieux problèmes de mobilité, si l’autonomie des véhicules électriques ne s’étend pas sérieusement d’ici à cinq ans. Et puis on oublie qu’un certain nombre d’entreprises ne disposent que d’un nombre limité d’emplacements de parking, voire de pas d’emplacement du tout. Alors, les salarié(e)s devront-ils (elles) s’équiper à leurs frais? L’enfer est, on le sait, souvent pavé des meilleures intentions…

Une prétendue démarche écologique

Surtout, une nouvelle fois, cette décision à l’emporte-pièce relève une nouvelle fois d’une prétendue démarche écologique déjà rappelée plus d’une fois sur ce blog

Comment faire face à la hausse notoire de la consommation d’électricité que ce diktat entraînera? La question n’est évidemment pas abordée!

L’exploitation, dans des conditions inhumaines (travail des enfants, absence de normes de sécurité, inexistence de protection sociale) des mines de métaux rares appelés à épuisement rapide? Pudiquement évitée…

L’impossibilité actuelle de recycler les batteries de véhicules électriques usagés ou accidentés? Passée par pertes et profits, tout simplement!

Quand la politique passe les problèmes sous silence, ils ressurgissent tôt ou tard avec plus d’acuité. Et l’objectif de réduction des gaz à effets de serre d’ici à 20250 n’en apparaît que plus utopique.

Il y a cent ans naissait Paul Brusson, héros et humaniste


Parmi les innombrables personnes que j’ai rencontrées au cours de ma carrière professionnelle et para-professionnelle, il en est peu qui m’ont laissé une impression aussi profonde que Paul Brusson.

À l’occasion du centième anniversaire de sa naissance, son petit-fils, Milan Jovic, qui l’a accompagné si souvent au camp de concentration de Mauthausen, où il avait été déporté à l’âge de 19 ans, a écrit un texte que je me fais un plaisir et un devoir de reproduire ici. Afin que son souvenir subsiste

PAUL BRUSSON – LE CENTENAIRE D’UN PASSEUR DE MEMOIRE

Il y a 100 ans, naissait à Ougrée Paul Brusson, le 29 avril 1921.  Comment mieux caractériser cet homme en disant de lui qu’il fut un homme engagé, se battant pour ses idées, son idéal, et pour servir ses concitoyens.

Paul Brusson fut déporté dans les camps de concentration nazis de 1942 à 1945.  A la libération, il s’engage dans la police communale, gravit les échelons un à un pour devenir le premier Commissaire en Chef de Liège après les fusions de communes.  Il consacra l’essentiel de son temps libre, une fois pensionné, à transmettre aux plus jeunes ce que fut l’horreur des camps nazis et ce à quoi peut conduire un absolutisme, une dictature, fusse-t-elle de droite ou gauche. 

En 2013, l’Athénée Royal de Montegnée, avec laquelle il participa à de nombreux voyages sur les lieux de la barbarie nazie, devint l’Athénée Royal Paul Brusson.  Membre fondateur des Territoires de la Mémoire, dont le parcours concentrationnaire est toujours accessible à la Cité Mnema, il s’éteint le 27 octobre 2011.  

En ce temps troublés, ou chaque faute politique est guettée, soulignée, il est bon de rappeler que son décès a créé un émoi commun toutes tendances politiques et confessionnelles confondues.  Puisse son travail de passeur de mémoire se perpétuer à travers les générations à venir

Je n’ai rien à ajouter à ce témoignage

Échec et mat aux pontes verviétois et au président du PS francophone


Les dés sont donc tombés à Verviers: le député fédéral Malik Ben Achour ne ceindra pas une écharpe mayorale à laquelle, dit-on, il n’était pas fondamentalement attaché: l’homme-lige du président du PS, Paul Magnette, s’est non seulement révélé incapable de trouver une majorité parmi les dix des treize élu(e)s qui subsistaient au sein du groupe socialiste au conseil communal de la Cité lainière, pour réenclencher une procédure hasardeuse qui lui aurait permis de remplacer Muriel Targnion au fauteuil mayoral, mais en plus, il a réussi à provoquer une nouvelle scission au sein du parti, qui se décompose désormais en trois groupes: les «Indignés verviétois», à savoir la bourgmestre et l’échevin Alexandre Loffet, exclus du PS, et la conseillère Laurie Maréchal, qui en a démissionné; le «groupe Aydin», qui rassemble cinq élu(e)s fidèles au controversé président du CPAS, Hasan Aydin; et cinq «orthodoxes», dont Malik Ben Achour lui-même.

Dix mois après la première déflagration, qui avait vu la bourgmestre tenter d’éjecter de son poste un président du CPAS, devenu infréquentable aux diverses composantes de la majorité alors en place (PS-PR-Nouveau Verviers), et les réactions en cascade, téléguidées depuis le boulevard de l’Empereur, siège du PS francophone, que cette initiative avait provoquée, on en revient au point de départ: Muriel Targnion est plus que jamais en place; Hasan Aydin continue à présider le CPAS, et les autres partenaires de majorité, avec ou non le cdH de l’ancienne Cité lainière, vont devoir tenter de gouverner la ville jusqu’aux prochaines élections communales en 2024.

Qui porte la responsabilité de cet échec?

Malik Ben Achour et Muriel Targnion se rejettent déjà par médias interposés la responsabilité de cette mauvaise farce. Plus globalement, et même si le MR et le cdH verviétois ont été et sont toujours traversés par de profondes divergences internes, c’est au sein du Parti socialiste de Verviers, et de la fédération Wallonie-Bruxelles qu’il faut chercher la responsabilité de ce fiasco qui laisse stagner une ville en phase de paupérisation et dont le centre-ville prend depuis des années des allures de désert commercial.

Le problème, au départ, était à la fois simple et délicat pour le PS. Muriel Targnion s’était déconsidérée, à la présidence d’Enodia, l’intercommunale faîtière de Nethys, par sa défense aveugle de la gestion de la société par son ancien administrateur-délégué, Stéphane Moreau, désormais aux prises avec la Justice. Hasan Aydin, lui, s’était signalé par son manque de collégialité, par son dédain des règles administratives et de certains prescrits légaux – par exemple quand il avait mobilisé du personnel du CPAS au profit de ses permanences sociales et de celles de l’échevin Antoine Lukoki – et par sa misogynie affichée.

La logique aurait voulu que le parti les écarte tous deux, quand Muriel Targnion, soutenue au départ par une majorité du groupe socialiste encore uni au sein du conseil communal verviétois a pris l’initiative d’une motion de défiance à l’endroit du président du CPAS. C’est alors que les choses se sont emballées, avec, in fine, l’exclusion de la bourgmestre des rangs du parti; celle de l’échevin des Finances, Alexandre Loffet; le départ de la conseillère Laurie Marechal. Et la mise en œuvre d’une motion de défiance, battue ensuite en brèche par le Conseil d’État, qui a fait de l’ancien président du Parlement de la Communauté française, Jean-François Istasse, le bourgmestre verviétois le plus éphémère.

Toute cette procédure, mise au point ou à tout le moins approuvée par le président du PS, Paul Magnette, soutien indéfectible de Malik Ben Achour, s’est faite au mépris même des statuts du Parti socialiste: ni Muriel Targnion, ni Alexandre Loffet n’ont comparu devant l’instance qui aurait dû évaluer leur comportement, mais ils ont été directement attraits devant l’instance… d’appel. Sans que personne, au sein du parti, ni à Verviers, ni au niveau de la fédération, ni à Bruxelles ne s’émeuve de cette violation des droits de la défense.

Même liberté avec les statuts du PS, au niveau verviétois: les fidèles de la bourgmestre ont été débarqués du comité de l’Union Socialiste Communale (USC) et remplacés par une direction provisoire, conduite par le directeur général en congé de la ville, qui n’a pas été validée par une élection. Nécessité fait loi, disait-on. Le résultat est qu’aujourd’hui, on en revient au point de départ.

La stratégie de Paul Magnette visait de toute évidence à éviter, à Verviers, un nouveau cas «Emir Kir», avec le président du CPAS, Hasan Aydin, qui bénéficie d’un soutien ouvert de la communauté turque de Verviers, et au-delà, des organisations turques de Wallonie et de Bruxelles, ainsi qu’on avait pu le voir lors d’une manifestation houleuse précédant une réunion du conseil communal, en juin de l’année dernière.

«Plumer la poule sans la faire crier»

L’espoir de Paul Magnette était, selon une expression bien connue, de «plumer la poule sans la faire crier». En clair, de se débarrasser définitivement de Muriel Targnion avec la complicité active de Hasan Aydin, puis d’écarter ce dernier à la fois du mayorat qu’il pouvait revendiquer en tant que deuxième score de la liste, et de la présidence du CPAS. Ce fut l’épisode, cousu de câbles blancs, des candidatures pour un échevinat à rentrer récemment à l’USC, et que Hasan Aydin a éludé en rentrant un acte de candidature au… mayorat verviétois.

Tout ceci renvoie à d’autres responsabilités dans la déglingue du PS verviétois, et, par voie de conséquence, de la vie politique à Verviers. À commencer par celle de l’ancien bourgmestre Claude Desama, qui a pavé la voie à Muriel Targnion, pour faire barrage à Hasan Aydin, avant de la dézinguer, la jugeant indigne d’exercer sa succession.

C’est sous l’impulsion de Claude Desama, également que le PS verviétois, à l’instar de ce qu’il a fait à Bruxelles avec Emir Kir, est parti à la chasse au vote ethnique, au point qu’une jeune élue d’origine turque, Duygu Celik avait dénoncé un vote organisé dans les mosquées, après le scrutin de 2012. Cela lui avait valu un qualificatif très peu amène de Claude Desama, aussitôt démenti par celles et ceux qui avaient guidé le parcours de la jeune femme, aujourd’hui attachée au cabinet de la ministre wallonne, Christie Morreale, en sciences politiques à l’université de Liège.

L’épisode ne laissera pas des traces qu’au sein du parti socialiste verviétois: les instances de la fédération verviétoise sont en cours de renouvellement, puisque le président fédéral, Alexandre Loffet, a été défenestré du PS. La bourgmestre de Limbourg, Valérie Dejardin, et celle de Dison, Véronique Bonni, sont en lice pour la présidence, et l’une d’entre elles est notoirement farouchement hostile à la bourgmestre de Verviers. Ajoutons à cela que le député wallon theutois, André Frédéric, et l’échevin malmédien Ersel Kaynak ont été, avec le désormais ministre wallon Christophe Collignon, chargés d’une mission de médiation qui a fait long feu à Verviers, tandis que l’ancien ministre et bourgmestre de Dison, Yvan Ylieff; le député hervien et ancien secrétaire général de la FGTB, Marc Goblet; ou le député provincial, ancien bourgmestre de Welkenraedt et ancien président de la fédération verviétoise du PS, Claude Klenkenberg, dénonçaient les atteintes aux statuts qui ont émaillé le processus.

Il y a très longtemps, à l’époque où le PSB-BSP était encore uni au plan national, un de ses slogans de campagne était «fort et uni, sterk en eensgezind».

À Verviers, les adversaires du PS peuvent désormais paraphraser François Mauriac parlant de l’Allemagne, et dire qu’ils l’aiment tellement qu’ils sont heureux qu’il y en ait… trois.

En attendant, la ville de Verviers attend des initiatives politiques mobilisatrices…

Le football européen menacé sans la moindre vergogne par ses grands clubs


Ainsi donc, douze grands (?) clubs européens veulent pratiquer l’entre-soi. Enfin quand on dit européen, on dit surtout anglais (Manchester City, Manchester United, Arsenal, Liverpool, Chelsea, et Tottenham), italiens (l’AC Milan et l’Inter, et la Juventus); et espagnols: le Real et l’Atletico Madrid, et Barcelone.

Intéressant à noter: les clubs allemands, on pense surtout au Bayern de Munich et à Dortmund, indispensable à la compétition fermée que ces clubs veulent mettre sur pied, ne sont pas associés à l’initiative. Non plus que le Paris Saint-Germain, dont les responsables ont déjà fait savoir qu’ils n’y sont pas favorables.

Le nombre de clubs d’Outre-Manche à la base de l’initiative le montre clairement: il s’agit pour l’Angleterre d’assurer sa main-mise sur ce championnat hypothétique.

Leur but, sans doute, est de se partager entre eux le droits de télévision faramineux que pareille compétition pourrait susciter. Même s’ils toléreraient, par bonté d’âme, quelques formations qui pourraient, à l’occasion, participer à ce championnat de pacotille sur invitation. Histoire de «mouiller» quelques autres fédérations?

Les plus endettés

Ce qu’il faut noter tout d’abord, c’est que les clubs qui osent ainsi proposer de mettre tout le football européen en marge de leur compétition sont parmi les clubs les plus endettés de la planète. Manchester City, Manchester United, Liverpool, Tottenham, Arsenal, Chelsea, le Real Madrid, Barcelone, ou l’AC Milan, pour ne parler que de ces clubs sont aux mains soit d’oligarques richissimes, soit de capitaux arabiques, soit de consortiums internationaux, dont la préoccupation majeure est d’obtenir un retour sur investissement.

C’est ainsi, notamment qu’un derby milanais, a été délocalisé et s’est joué, naguère, à une heure totalement indue pour les tifosi, mais qui permettait une retransmission télévisée en Chine, où les recettes générées intéressaient éminemment les propriétaires des clubs.

Voilà donc le genre de compétition auquel rêvent les fantoches qui dirigent ces clubs au nom des capitaux qui les contrôlent!

L’hypothèse a déjà fait réagir: les commentateurs du Match of the Day 2, dimanche soir, sur la BBC, ne cachaient ainsi pas leur hostilité à un projet qui dénaturerait complètement la Premier League, et qui ne permettrait plus, par exemple, à un club comme Leicester, un récent champion-surprise, de tenter sa chance en Ligue des Champions.

Autre réaction, celle des supporters de Leeds qui a suggéré qu’on ne mentionne plus les noms de ces clubs renégats en télévision, ce qui a donné lieu à quelques périphrases amusantes, ce lundi, dans La Tribune, l’émission sur commandite de La Une.

Le président de la Fédération allemande de football, Christian Seifert, a lui aussi réagi très négativement, et même le Premier ministre britannique, Boris Johnson, dont on ne connaît pas les affinités sportives, s’y est déclaré hostile.

L’UEFA également a fait connaître son opposition au projet, en menaçant de suspensions non seulement les clubs qui participeraient à pareille compétition, mais aussi les joueurs qui y prendraient part. Ce serait parfait, si la fédération européenne, et la FIFA, l’instance mondiale du football, pouvaient se prévaloir d’une réelle indépendance par rapport à l’argent. Peut-être récoltent-elles aujourd’hui ce qu’elles ont semé…