Applaudir les infirmières ne suffit pas…


Proclamer une «journée internationale des infirmières» ne suffit pas. Les applaudir comme elles l’ont été lors… de la première vague du Covid, l’année dernière, n’a pas duré. Aujourd’hui, les établissements de soin sont en manque de personnel infirmier. Et le phénomène n’est pas national: au Québec, la quête à l’étranger d’infirmier et d’infirmières ne fait que croître: de quelques centaines il y a un an ou deux, on en est à quatre mille pour cette année 2021. Avec, là comme chez nous et plus encore en France, une désertification hospitalière marquée dans certaines régions.

En Belgique, on fait de la corde raide pour l’instant. Car le métier n’exerce plus autant d’attrait qu’il y a une dizaine, une vingtaine ou une trentaine d’années.

Les causes? La pénibilité de la fonction, sans aucun doute, à la fois en matière de service et d’horaires à assurer de manière constante. Un manque de considération global, peut-être, malgré l’embellie qui s’était marquée lors de la première vague de la pandémie.

La question des rémunérations, elle, a été abordée avec l’introduction d’un nouveau modèle salarial, qui se traduit par une classification assez détaillée des fonctions, auxquelles des barèmes sont attribués.

Le but, globalement, était de revaloriser la fonction hospitalière, même si la suppression des primes pour spécialisations et expertises, maintenues pour le personnel en place, mais désormais intégrées au mécanisme barémique, ne s’est pas fait sans heurts.

Toujours est-il que la question du recrutement se posera tôt ou tard avec plus d’acuité, car à mesure que des infirmiers et infirmières s’en iront, soit vers d’autres horizons, soit à la retraite, il deviendra de plus en plus difficile, voire impossible de les remplacer.

Dans certains hôpitaux, on en est d’ailleurs déjà au recrutement d’infirmières et d’infirmiers étrangers pour remplir les cadres. Et leur intégration ne se fait pas toujours sans mal, non en raison d’un défaut de formation, mais parce que les pratiques ne sont pas nécessairement les mêmes dans les pays d’où ils et elles proviennent, et celles qui sont en vigueur dans nos pays.

À plus long terme, on peut imaginer que ce recrutement à l’étranger ne fera que s’intensifier… ce qui peut poser un problème de couverture dans les pays concernés.

Il s’en trouvera peut-être, alors, pour se plaindre d’une «invasion» et dénoncer l’occupation par des étranger(e)s d’emplois «destinés aux Belges». Nous ne sommes pas à l’abri, en effet, d’une «Zemmourisation» des esprits.

Ce serait peut-être le moment de rediffuser le sketch de Fernand Raynaud sur le Franchouillard qui «n’aime pas les étrangers parce qu’ils mangent le pain des Français». Et qui parvient à obtenir le départ du seul étranger établi dans un village où on ne mange désormais plus de pain… puisque cet étranger était boulanger.

Les journalistes sportifs sous garde rapprochée ?


Une enquête qui a fait beaucoup jaser

Le documentaire « Le milieu du terrain » a rappelé les « affaires » en cours au niveau du football professionnel belge (et auxquelles l’inculpation de l’agent de joueurs Primi Zahavi a ajouté un chapitre sulfureux ce vendredi) et il a permis d’en soupçonner d’autres, comme la falsification apparente de la fin de championnat 2013-2014, qui a vu le Sporting d’Anderlecht coiffer in extremis le Standard de Liège sur la ligne d’arrivée, ou la manière étrange dont le RC Genk a arbitré un sprint final entre le même Sporting et le Club Brugeois. Au point que Michel Preud’Homme, alors entraîneur des Blauw en Zwart n’avait pas adopté son ton habituel de Calimero, après la défaite fatale de son équipe au stade de Genk, mais maniait une ironie féroce en disant qu’il demanderait à Emilio Ferrera, qui coachait l’équipe limbourgeois, sa recette pour ressusciter une équipe fantomatique face aux Mauves, huit jours plus tôt, et leur faire célébrer comme un succès majeur une victoire qui ne les décollait pas de la sixième et dernière place des playoffs.

Mais ce qui a été le plus frappant, dans les interviews de mise sur orbite de l’émission, ou dans celles qui ont suivi, c’est cet aveu de Thierry Luthers, auteur du documentaire avec Patrick Remacle, que la proximité de sa retraite avait sans doute facilité sa démarche. « Il y a dix ans, je ne l’aurais sans doute pas faite. Ou alors, j’aurais ensuite abandonné le sport » a-t-il précisé.

La question se pose donc: des journalistes sportifs, notamment en télévision, ne sont-ils pas en mesure de sortir d’un rôle de faire-valoir pour creuser des coulisses pas toujours ragoûtantes du sport en général et du football en particulier, dont ils et elles sont en charge?

Le journaliste de locale que j’ai été en début de carrière se souvient de cet ouvrage intitulé « Le journaliste local en liberté surveillée » qui décrivait les pressions exercées sur les journalistes locaux par toutes celles et tous ceux, détentrices et détenteurs d’un pouvoir politique, économique, syndical, policier ou autre, ou tout simplement par des acteurs de l’actualité locale, d’exercer des pressions ou des représailles contre celles et ceux qui parlent d’elles et d’eux, et les croisent tous les jours dans la rue.

Mais la question doit désormais être posée : les journalistes sportives et sportifs ne travaillent-ils et elles pas, eux, sous garde rapprochée permanente?

Ne pas mordre la main…

Première difficulté, qui frappe essentiellement les journalistes sportifs de télévision : la commercialisation du sport professionnel fait que les grandes compétitions font l’objet de mises aux enchères de plus en plus élevées pour les chaînes.

Des rencontres au déroulement… insolite

Difficile, dans ces conditions, pour les journalistes qui travaillent pour ces chaînes, de s’appesantir sur les à-côtés peu ragoûtants voire illégaux de ces compétitions, voire même de souligner la médiocrité du spectacle ainsi proposé : la sagesse populaire n’enseigne-t-elle pas qu’on ne mord pas la main qui vous nourrit?´La limite a sans doute été atteinte lors de ces rencontres suspectes évoquées ci-dessus quand les journalistes sur antenne s’étonnaient de la facilité une équipe empilait des buts, ou sur l’aveuglement d’un arbitre qui semblait frappé de cécité devant des coups de réparation évidents…

Ces journalistes sportif(ve)s sont d’autant plus mal armé(e)s qu’ils (elles) ne sont pas soutenu(e)s en interne: il y a de nombreuses années, quand s’était instaurée la pratique d’interviewer des entraîneurs ou des joueurs de football devant des panneaux couverts de publicités pour les « parrains » des divers championnats, des cameramen avaient réagi en cadrant leur image sur le visage de la personne interviewée. Le rappel à l’ordre leur a rapidement été signifié par… leur propre hiérarchie. Il n’y a plus jamais eu personne pour regimber…

Un chauvinisme de mauvais aloi

Le sport est (aussi) affaire de passions. Il suffit pour s’en convaincre de se rappeler la foule acclamant les Diables Rouges au retour de Russie,ou, pour les plus anciens, celle qui fêtait leurs prédécesseurs revenant du Mexique en 1986, ou qui s’enthousiasmaient pour les exploits d’Eddy Merckx sur les routes du Tour de France.

L’exercice, pour les journalistes sportif(ve)s tient alors, où devrait tenir de l’équilibrisme: montrer à leur public qu’ils participent à cette émotion collective, tout en gardant suffisamment de recul pour ne pas y céder et garder les deux yeux bien ouverts.

Là aussi, certain(e)s oublient très vite leur devoir critique de journalistes. Lors du Mondial en Afrique du Sud, j’avais épinglé sur ce blog l’attitude des journalistes de la télé publique espagnole qui avaient commenté la finale victorieuse de l’Espagne revêtus du maillot de la Roja. Et parmi ces « journalistes » figurait la compagne de l’époque (qui l’est peut-être toujours par ailleurs) du gardien espagnol, Iker Casillas. Le baiser qu’ils avaient échangé devant les caméras avant qu’elle l’interviewe avait tué la crédibilité journalistique, avais-je écrit à l’époque.

La défaite historique du Brésil contre l’Allemagne avait laissé des traces à Rio de Janeiro….

Sans aller dans de tels excès, notre presse sportive d’héroïsme tombe un peu dans les mêmes travers quand un commentateur parle de « nos Diables rouges » parlant des joueurs de l’équipe nationale de football. J’ai déjà évoqué la sobriété, en recul elle aussi, des journalistes de la télé publique allemande qui, en pleine victoire historique contre le Brésil en 2016 (1-7), se montraient pour leur part heureux de ce résultat historique, mais s’interrogeaient déjà encours de match sur l’ampleur tout à fait extravagante du score.

Les journalistes télés ne sont pas seuls à céder à ce travers: un chef de service sportif se serait plaint, il y a un certain temps, d’un journaliste qui n’était pas suffisamment « supporter » dans le suivi d’un club….

Autre situation particulièrement délicate pour certain(e)s journalistes sportif(ve)s, les « pantouflages » avec des clubs sportifs, par exemple sous forme de participation voire de prise en charge de leur bulletin ou magazine: de quelle autonomie bénéficient-ils (elles) encore à l’égard de ces clubs?

Un journalisme déprécié

À leur décharge, les journalistes sportif(ve)s ne se sentent pas toujours soutenu(e)s à l’intérieur de leurs rédactions : combien de rédactrices et de rédacteurs en chef ou de responsables de rédaction ne sont-ils (elles) pas totalement ignorant(e)s du contenu des pages sportives de leur publication?

Étonnez-vous après cela que les rédactions sportives constituent des espèces d’États dans l’État, qui fonctionnent de manière quasi-autonome?

Des directions de médias elles-mêmes ont une vision singulièrement tronquée de l’information sportive qu’elles considèrent de manière aseptisée, comme une pure information de délassement, qui requiert dès lors plus une animation qu’une véritable couverture journalistique. Comme si le sport, et notamment le sport professionnel, et en particulier les grandes compétitions internationales, n’avaient pas des aspects éminemment politiques, économiques, judiciaires ou sanitaires ?

Faut-il rappeler que la reconnaissance de la Chine populaire par les États-Unis, il y a un demi-siècle, a été amorcée par… un match de tennis de table entre pongistes des deux pays. Et que dire de l’attribution du Mondial 2022 au Qatar, dont on sait dans quelles conditions elles se sont déroulées, et qui bouleversera le football mondial, jusque dans ses sphères les plus populaires, parce qu’il se déroulera exceptionnellement en janvier et en février?

Uniformisation

Les journalistes sportif(ve)s donnent, il est vrai, parfois eux-mêmes et elles-mêmes les verges pour se faire battre. En concédant par exemple que des enquêtes dans les coulisses d’un sport comme « Le milieu du football » sont nécessaires, mais… qu’elles n’enlèvent rien à leur amour du sport, comme si un sport parfaitement vierge de toute dérive était toujours la règle, et les magouilles l’exception!

Il leur arrive aussi souvent de… se refuser à aller visiter ces coulisses, préférant laisser à des collègues spécialisés en judiciaire, économie, ou politique le privilège de s’y aventurer. Histoire de ne pas se retrouver en marge de dirigeants qui leur distillent périodiquement une information orientée et qui s’y entendent pour créer une solidarité factice? Au prologue de « l’affaire Bosman » qui allait mettre par terre l’organisation du football européen sans la remplacer par un système moins critiquable, le président du RFC Liégeois de l’époque croyait mettre les journalistes qui suivaient son club dans sa poche en faisant appel à leur attachement au sport, avant d’annoncer qu’à la surprise générale, Jean-Marc Bosman s’adressait à la Justice pour forcer un transfert qui lui était refusé

Où les journalistes sportif(ve)s subissent par contre une évolution qui procède de la dépréciation de l’information sportive évoquée ci-dessus, c’est quand ils et elles vivent la fusion d’équipes et de pages dont le résultat, à terme, sera que dans toute la presse quotidienne belge francophone, il risque de n’y avoir plus que deux versions de l’information sportive. Un peu comme, dans la défunte Union soviétique, la « Pravda » (« La Vérité ») et les « Izvestia » (« Les Nouvelles ») tentaient de faire croire à un véritable pluralisme de l’information…

Le choix de la traction hippomobile en 2035?


Que la lutte contre le réchauffement climatique doive devenir une priorité politique absolue est un fait qui ne devrait plus faire l’objet de contestations: les dérèglements observés sur la planète entière cet été soulignent l’urgence des conclusions alarmistes des experts du GIEC (Groupe d’Experts Internationaux sur le Climat). Faut-il encore ne pas confondre urgence et précipitation; générer les comportements vraiment réducteurs d’émissions de gaz à effets de serre; exiger des efforts des plus gros pollueurs et non s’acharner sur les citoyens en priorité; et veiller à ce que des effets pervers ne fassent perdre toute crédibilité aux décideurs.

La Commission européenne, on le sait, a décrété qu’à partir de 2035, plus aucun véhicule à moteur thermique, y compris les véhicules hybrides, ne pourraient être mis en vente en Europe. Fort bien, mais d’ici là, pourquoi ne pas favoriser l’usage de moteurs hybrides?

Les usagers qui roulent au CNG (gaz naturel compressé) s’inscrivent dans la logique de réduction des émissions nocives: un véhicule roulant au CNG émet en effet 11% de gaz à effets de serre et 90% d’oxydes d’azote en moins qu’un véhicule roulant au carburant fossile. Par rapport à un véhicule diesel, il émet 77% de particules fines en moins. Le problème est qu’en Belgique, les pompes permettant de s’alimenter en CNG sont rarissimes.

Pire, les pompes dont l’ouverture est annoncée depuis des mois, parfois plus d’un an, dans des stations spécialisées, sur le parking de grandes surfaces, se font désormais plus attendre que la soeur Anne de l’épouse du célèbre Barbe-Bleue, dans le conte éponyme.

Rien qu’en région liégeoise, une station à Herstal attend en vain d’être équipée depuis plus d’un an, tandis que d’autres, à Fléron et à Herve, reste désespérément en attente d’équipement elles aussi. Les usagers doivent ainsi aller faire leur plein à… Tongres. Autant dire qu’au kilomètre parcouru, les réductions de pollution annoncées se… réduisent comme peau de chagrin.

L’électricité marche à reculons

Plus grave, dans sa course à la neutralité climatique pour 2050, l’Union Européenne a mis quasiment tous ses œufs dans le même panier, puisque pour les particuliers, son option prioritaire, sinon exclusive, pour 2035, sera la généralisation des véhicules électriques.

Inutile de revenir, ici, sur les défaillance écologiques graves de ce type de véhicule, comme l’impossibilité de recycler ses batteries, ou le recours à des minéraux rares, et donc en voie rapide d’extinction, nécessaire à la production de ces batteries: nous les avons déjà évoquées. Comme nous avons dénoncé à de multiples reprises les conditions inhumaines dans lesquelles des mineurs artisanaux, dont de nombreux enfants, doivent extraire ces minéraux rares en Afrique centrale, souvent au péril de leur vie, et pour des salaires de misère: l’Union Européenne, qui rappelle ses valeurs, notamment à ceux de ses États-membres qui ne les respectent pas scrupuleusement ou semblent s’en écarter, paraît nettement moins combative lorsqu’il s’agit d’en faire bénéficier des populations africaines. Quant à l’industrie automobile, si elle avait la moindre préoccupation humanitaire, on l’aurait sur depuis longtemps.

Beaucoup moins écologiques qu’on ne l’affirme généralement; grevée d’un bilan sociétal désastreux, la voiture électrique, par ailleurs, est d’un coût inabordable pour de nombreux usagers européens. Sans doute la Commission spécule-t-elle sur le fait qu’une production massive, à l’approche de 2035, en fera baisser le coût, mais ce postulat est loin d’être démontré.

Et puis la voiture électrique est particulièrement peu efficace en termes de… mobilité. En témoigne notamment cette histoire rapportée dernièrement par l’hebdomadaire satirique français Le Canard Enchaîné: celle d’un automobiliste à la conscience écologique extrêmement affûtée, et qui a choisi un véhicule 100% électrique, précédant ainsi de près de 15 ans le vœu de la Commission.

Oui, oui, vous l’avez bien lu, pour parcourir 260 kilomètres, avec une automobile électrique censée disposer d’une autonomie de 340 kilomètres, un usager français a dû rouler pendant… sept heures, au lieu des trois habituellement nécessaire pour franchir la distrance. Car l’autonomie annoncée ne précise pas qu’il est interdit d’utiliser la climatisation du véhicule, même si la température s’élève à 50° C à l’ombre. Et omet de préciser qu’en cas de bouchons sur le trafic, cette autonomie se réduit comme peau de chagrin.

Cet usager a donc parcouru la distance à la vitesse phénoménale de 37,14 kilomètres à l’heure. Si l’on veut bien admettre qu’à pareille «vitesse», les risque d’accidents graves sont particulièrement réduits, on ne peut s’empêcher de frémir à l’idée du trafic automobile, à l’horizon 2035, quand la voiture électrique, imposée par la Commission, régnera en grande maîtresse sur les réseaux européens!

Autre témoignage éclairant qui m’a été transmis: https://www.facebook.com/TestAchats/posts/10160720054843275

Si l’évolution se poursuit de la sorte, il serait peut-être finalement opportun d’en revenir à la traction hippomobile, et à rétablir les relais-postes de jadis, où on procédait au changement d’attelage, beaucoup plus rapide, en l’occurrence, qu’un rechargement de batterie électrique. La vitesse se réduirait sans doute quelque peu, mais pas dans des proportions aussi graves que celles subies par le malheureux automobiliste, dont les convictions écologiques ont dû être sérieusement ébranlées par l’épisode.

En attendant, on continue à véhiculer le dogme selon lequel un moteur à hydrogène serait capable d’équiper des poids lourds, des bus ou des autocars, sans parvenir à démontrer qu’il ne serait pas plus efficace encore pour des véhicules individuels. Et la condamnation à mort des véhicules hybrides reste sans appel.

Au fait, des statistiques démontent combien la pollution des grands tankers ou des énormes paquebots qui continuent à sortir des chantiers navals est bien plus importante que le trafic automobile. Mais bizarrement, c’est uniquement sur ce dernier que tombent les foudres de l’Union Européenne. Si vous avez une explication logique à ce comportement, je serais heureux d’en être informé….

Inondations catastrophiques dans la vallée de la Vesdre: revoir le passé pour baliser l’avenir


Alors que les vallées de la Vesdre, de la Hoegne ou de l’Ourthe portent encore, pour un temps encore assez long, les stigmates des inondations catastrophiques de la mi-juillet, une enquête judiciaire vise à désigner des responsabilités humaines dans ce désastre, et une commission d’enquête parlementaire est réclamée pour analyser les failles éventuelles du système d’alerte, de la gestion des barrages, et de l’orgàisation des secours.

Souvent, le barrage d’Eupen est pointé du doigt, pour n’avoir pas suffisamment délesté avant le début des pluies diluviennes qui ont fait rage sur l’ensemble du bassin, quand bien même pareil délestage préalable aurait sans doute déjà gonflé le flot. Il appartiendra aux analystes de s’exprimer à ce propos.

Inondations périodiques

Mais face à pareille catastrophe, il est aussi utile de se repencher sur le passé, notamment pour voir si le déchaînement des éléments que nous avons connus le mois dernier était inédit, et si les barrages, à partir du moment où ils ont été construits, ont été utilisés à bon escient pour réduire l’impact des inondations.

C’est ce qu’a fait l’excellent historien Paul Delforge, sur le site de l’institut Jules Destrée, et cr texte (http://www.institut-destree.eu/wa_files/2021-08-10_paul-delforge_barrage-vesdre.pdf?fbclid=IwAR3y2vDMwWjKX2gZ_27FhJIVKLTwcNMubVoBJytCLU0vlz9eD1fAYlLvolw) mérite à coup sûr l’examen.

On y apprend, notamment, que les inondations de la vallée de la Vesdre, pour n’être peut-être pas aussi dévastatrices que celles de cet été, ne sont absolument pas exceptionnelles.

« De la vaste documentation qu’il a rassemblée sur les périodes les plus anciennes, Remacle J. Detrooz remarquait déjà en 1856 combien les crues avaient été nombreuses dans l’Histoire, celle du 15 janvier 1643 ayant particulièrement marqué les esprits » écrit notamment Paul Delforge.

« Le 10 août 1498, précise-t-il, le pont en bois de Hodimont fut entraîné par les eaux. Il fut alors remplacé par un pont en pierre (pont des Récollets). Le 2 juillet 1723, la Vesdre qui s’est gonflée d’un coup fond avec tant de violence sur la digue du moulin qu’elle parvient à l’entraîner. La manufacture de la laine cesse toute activité faute d’eau dans le canal ; la même catastrophe se reproduit deux ans plus tard, rapporte un autre chroniqueur. Les 11, 12, 13 décembre 1740, des crues extraordinaires font déborder les rivières. Il y a plusieurs morts. Au début du XIXe siècle, la Vesdre se déchaîne encore à plusieurs reprises, par exemple en 1826, provoquant de forts dégâts sur la route de la Vesdre en construction. Le souvenir des débordements de 1803 (montée des eaux de trois mètres en une demi-heure à Dolhain) reste vivace quand se succèdent trois inondations majeures (montée du niveau d’un mètre et demi en quatre à cinq heures) le 2 mars 1843, le 15 août 1844 et surtout le 31 janvier 1850 », poursuit l’historien. La rapidité de la montée du flot en 1803 notamment n’est pas sans évoquer les événements récents.

Un but précis de régulation!

Surtout, rappelle Paul Delforge, les barrages, et plus particulièrement celui de la Gileppe (photo), n’ont pas été construits dans un souci de maîtrise des inondations , ni non plus de distribution d’eau potable, qui est aujourd’hui leur fonction essentielle, mais dans un souci de régulation du débit, afin d’assurer en été un niveau d’eau suffisant à la florissante industrie lainière verviétoise, établie le long de la Vesdre.

Plus tard, en l’une ou l’autre occasion, il a ensuite été constaté que le stockage de millions de mètres cubes permettait d’éviter ou d’atténuer l’impact d’inondations, mais ce n’était nullement le but premier des ouvrages d’art, insiste l’historien.

Autre élément à noter: des écologistes avant l’heure ont incriminé, au XIXeme siècle, l’assèchement des marais de l’Hertogenwald, qui ne jouaient plus ainsi leur rôle « d’éponge naturelle » et un procès sera même intenté à l’État belge par une commune de la vallée, après une inondation. En vain d’ailleurs…

Paul Delforge rappelle aussi qu’un système de pompage a permis de maîtriser les crues de la Meuse, après l’inondation historique de 1926, dont des bâtiments du centre de la Cité Ardente portent encore la trace. Rien de tel n’a été prévu pour la vallée de la Vesdre, et dans celle de l’Ourthe, comme nous l’avons noté, le projet de barrages écrêteurs n’a jamais été concrétisé. Trop cher estimait-on à l’époque. Le coût des indemnisations à assumer aujourd’hui forcera peut-être à revoir certaines positions…

Une écologie punitive n’aidera pas à venir à bout du réchauffement climatique


Les événements tragiques des dernières semaines, inondations catastrophiques et incendies de forêt qui se multiplient à travers le monde, ont donné un poids encore plus dramatique au rapport des experts du GIEC qui ont rappelé que les efforts actuels ne suffisent pas à enrayer le réchauffement climatique et que, quand bien même le feraient-ils, les effets du réchauffement actuel ne se dissiperaient pas du jour au lendemain.

Des efforts auraient effectivement dû être entrepris il y a une vingtaine d’années, notamment quand feu Jacques Chirac, en 2002, prononçait cette phrase maintes fois rappelée lors du IVeme Sommet de la Terre: « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs »

« Chichi » avait le sens de la formule… mais on peut lui reprocher, à lui et aux dirigeants de l’époque, de s’être limité au constat.

Aujourd’hui, notamment sous l’impulsion des manifestations des jeunes pour le climat, la prise de conscience est beaucoup plus large, notamment au niveau des citoyens. Combien n’ont-ils pas investi dans une meilleure isolation de leur habitation, dans le choix d’appareils de chauffage moins gourmands, dans l’installation de panneaux photovoltaïques ou dans la préférence accordée aux boissons en bouteilles de verre plutôt qu’en bouteilles de plastique.

« Ne faites plus ceci, ne faites plus cela! »

Cela ne suffit évidemment pas, et la pression sur les citoyens lambda s’intensifie,

Une pression essentiellement négative : interdiction des voitures thermiques d’ici à 2035 et obligation d’acheter des voitures électriques bien plus chères, dont le caractère non-polluant est loin d’être démontré; promotion de la mobilité douce, comme si tout le monde pouvait se convertir au vélo (à nouveau électrique, tiens, tiens…) et comme si la pratique de la bicyclette aux Pays-Bas ou au Danemark, où aucune bosse ne bouche l’horizon, était tout aussi aisée au fond des Ardennes ou dans les rues les plus escarpées de certaines de nos cités.

D’autres gourous s’immiscent même dans la vie privée des personnes en exigeant une réduction de la consommation de viande (avec des contrôles aléatoires dans les cuisines particulières ?) voire la limitation du nombre d’enfants par famille, comme le professait Malthus jadis, ou comme l’a imposée la Chine communiste dans un passé récent.

Pareille écologie punitive n’a aucune chance de convaincre. Par ailleurs, cette pression sur les citoyen(ne)s qui vise à les rendre responsables principaux du réchauffement climatique est particulièrement inique.

Les plus gros pollueurs sont en effet industriels et étatiques, et à ce niveau-là, la pression, non des experts du GIEC, mais de ces multiples gourous de l’environnement, se fait de plus en plus discrète.

Réduire la navigation des super-tankers, bien plus polluants que la circulation automobile, et donc réduire drastiquement les échanges internationaux comme le suggèrent certains? D’accord mais en n’oubliant pas que certains de ces échanges permettent à des gens plus pauvres se survivre ? La lutte contre le réchauffement peut-elle s’accommoder d’une paupérisation croissante?

Renoncer à la voiture, fort bien, à condition d’organiser des transports en commun autrement efficaces et moins chers pour les usagers. Donc en leur consacrant des moyens, qu’il faudra bien trouver. Par des impôts dédicacés ? Il faudra alors bien expliquer les objectifs pour convaincre… comme cela n’a pas été fait pour l’augmentation du prix du gasoil chez nos voisins français. On n’a entendu personne, alors, défendre face à déferlante des gilets jaunes une mesure destinée à entrainer un changement de comportement. Une mesure punitive, à nouveau… On ne comprend par ailleurs pas pourquoi, par exemple, nos autorités n’ont pas déjà imposé une consigne sur les canettes en métal, et les petites bouteilles de plastique: cela épargnerait déjà de sérieux frais de ramassage et de dépollution.

Instaurer des taxes à l’entrée de l’Union Européenne pour les produits en provenance de pays qui ne respectent pas nos normes sociales et climatiques ? Pourquoi pas mais de telles taxes appliquées aveuglément ne frapperont-elles pas durement des pays pauvres, incapables sans aide de pays riches à enclencher le moteur de la lutte contre le réchauffement ?

Pour éteindre l’incendie qui consume notre maison commune, chacun doit apporter sa contribution, comme on le voit face aux inondations ou aux grands incendies meurtriers de forêts. Mais il appartient aux autorités d’organiser les services de lutte, les particuliers, eux, n’ont que leurs seaux ou leurs tuyaux d’arrosage pour tenter d’enrayer les flammes…

Des liasses de dollars ont suffi à sécher les larmes de Messi


Les dernières illusions qu’on pouvait nourrir sur les valeurs du football se sont depuis longtemps dissipées, sous l’effet des dossiers de corruption qui ont entraîné la chute de l’ancien président de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA), Sepp Blatter et de son homologue européen, Michel Platini; des confidences de ce dernier sur les manipulations du tirage au sort de la phase finale du Mondial 1998 en France, de la désignation « bizarre » du président actuel de la FIFA, Gianni Infantino, ou de l’attribution contre monnaies sonnantes et trébuchantes du Mondial 2022 au Qatar. Et le spectacle, ce mercredi, de Leo Messi, qui s’est dit super-heureux de rallier le Paris Saint-Germain avec lequel il entend gagner la Ligue des Champions, deux jours après avoir versé force larmes, en confirmant son départ du FC Barcelone, son club de coeur depuis plus de vingt ans, ajoute un chapitre peu navrant à cette descente aux enfers.

Il faut dire que ce « pauvre » Leo avait de quoi se réjouir : les financiers qataris (encore eux!) qui ont décidé il y a quelques années de faire gagner la coupe aux grandes oreilles au club parisien, mais se sont toujours plantés depuis lors, ont cassé leur tirelire pour offrir à la star vieillissante un contrat de deux saisons avec option pour une troisième, à des conditions qui, même s’il a réduit son salaire de moitié, restent«intéressantes»: près de 40 millions de dollars l’an, hors primes et bénéfices sur les produits dérivés. Pareille liasse de dollars est de nature à sécher les larmes les plus abondantes, voire des larmes de crocodile

La comédie du fair-play financier

C’est dire le pognon que la vedette argentine a amassé au cours de ses années de gloire à Barcelone. Au mépris des pseudo-règles du fair-play financier d’ailleurs, dont la Ligue espagnole semble s’être brusquement souvenue, cette année, pour de mystérieuses raisons. Au point que même s’il avait décidé, sous l’effet d’une lubie passagère, de désormais se produire gratuitement au Camp Nou, cela n’aurait pas suffi à ramener les finances du club dans les clous.

Voilà qui démontre bien que, comme nous l’avons déjà écrit, Barcelone, et le Real Madrid, en Espagne, à l’instar de Manchester City, de Chelsea, ou d’Arsenal au Royaume-Uni, ou de… Paris Saint-Germain en France, soutenus par des fonds souverains ou par des mécènes aux fortunes immenses et parfois douteuses, sont parmi les clubs les plus endettés au monde… mais ils ne sont pas inquiétés au contraire de formation plus modestes sur lesquelles le couperet national s’abat sans pitié.

Par un heureux hasard, Paris Saint-Germain a pu s’attacher les services de Messi parce que, en France, sous prétexte de Covid, l’application des règles de fair-play financier qui avaient naguère empêché le PSG de transférer le moindre joueur, a été postposée de deux ans. On ne peut mieux dire que ce fair-play financier est une comédie, ou mieux, une mascarade..

Un pari risqué

Cela dit le pari… parisien reste risqué. D’abord parce que Leo Messi a 34 ans, et que même s’il reste affûté, il est sans doute plus fragile qu’il ne l’était il y a dix ans.

« Se peut-il que la venue d’un footballer au sein d’une équipe vaille qu’on lui sacrifie une somme égale à la recette brute de cinq ou six rencontres de championnat? (…) Nous ne pouvons nous empêcher de nous demander si, dans le cadre d’un transfert semblable, un club de football possède la moindre assurance quant au capital énorme qu’il engage? » écrivait un grand journaliste sportif belge, Jacques Lecoq, en mai 1948, commentant le transfert sensationnel du défenseur tongrois Willy Saeren au RFC Liégeois. Pour la première fois, un montant d’un million de francs belges (25000 euros!) et le déménagement d’une tribune démontable de Rocourt à la cité d’Ambiorix avait été engagé…

Aujourd’hui, les 25000 euros sont presque engagés pour un préminime talentueux, et des assurances couvrent des transferts tels que celui de Leo Messi, amorti aussi par les ventes de produits dérivés qui battent déjà leur plein.

Reste qu’en football, il ne suffit pas toujours de réunir les joueurs les plus talentueux pour former une équipe irrésistible. Et si les supporters parisiens rêvent déjà tout haut, des hypothèques diverses peuvent compromettre l’entreprise.

Si le gardien de but de la Squadra Azzurra, Gianluigi Donnarumma, est tout jeune et promis à un grand avenir, le recrutement de Sergio Ramos, devant lui, n’est pas forcément placé sous le sceau de l’avenir: le Real Madrid n’a rien fait pour retenir son emblématique défenseur, désormais âgé de 35 ans.

Avec Messi qui compte 34 années au compteur, et Angel Di Maria, lui aussi trentenaire, le PSG joue sur l’expérience mais aussi avec le feu: Ramos est d’ailleurs déjà blessé.

Ensuite, si Neymar et Messi affichent leur joie de se retrouver, il reste à les faire jouer ensemble et avec Mbappé. Ce n’est pas forcément gagné…

On dira bien sûr que des joueurs de talent arrivent toujours à jouer ensemble. C’est ce que disaient aussi les supporters de l’équipe de France, il y a quelques semaines, en rêvant qu’une ligne d’attaque composée de Mbappé, Benzema et Griezmann entraînerait d’office les champions du monde au titre européen.

On sait ce qu’il en est advenu: si Benzema et Griezmann ont marqué des buts, Mbappé est resté silencieux, hors un but remarquable face à l’Allemagne, annulé par l’interprétation tatillonne du VAR qui prévaut pour les hors-jeux, contre l’esprit même du jeu.

Si Messi est à Paris pour marquer des buts, que laissera-t-il à Neymar et à Mbappé, dont on disait il y a quelques semaines, il souhaitait quitter le PSG…? Et comment l’entraîneur, Maurizio Pocchetino, gérera-t-il de possibles conflits d’ego?

Messi ou pas Messi, il ne suffira pas au PSG de paraître pour vaincre. Et même s’il finit par vaincre, ce sera sans gloire, car plus que jamais, ce sera le succès du pognon-fou. Celui qui transforme les joueurs les plus renommés en pions qui s’échangent au fil des bonnes fortunes financières ou des déboires des clubs auxquels l’attachement qu’ils leur expriment (Messi à Barcelone ou Lukaku à l’Inter qu’il vient de quitter à la grande fureur des tifosi qui brûlent désormais celui qu’ils adulaient) n’a plus aucune valeur.

Le « roi Leo » aurait vraiment été un roi, si, juché sur son tas d’or, il était retourné par exemple dans son club d’origine, pour y former gratuitement ou pour une bouchée de pain, les futurs Messi des années 2030. On peut toujours rêver… sauf dans le monde du football

Les «barrages écrêteurs» envisagés il y a un quart de siècle ont-ils été trop vite enterrés?


Les inondations catastrophiques qui ont ravagé les vallées de la Vesdre, de la Hoegne, et de l’Ourthe ont dépassé par leur ampleur toutes celles qu’on avait connues auparavant. Alors que les régions sinistrées pansent encore leurs plaies, des politiciens locaux avides de publicité (et jaloux de celles que se sont attirées à titres divers les bourgmestres de Limbourg, Olne et Trooz?) ont déjà lancé une polémique visant le ministre wallon du Climat, Philippe Henry, en attribuant les dégâts considérables causés par ces inondations à la seule gestion du barrage d’Eupen.

Le propos, ici, n’est pas de défendre le vice-ministre-président écolo du gouvernement wallon, mais avant de lancer cette polémique, les politiciens locaux concernés auraient peut-être dû se rappeler les quantités inédites d’eau que les cieux en colère ont déversées simultanément sur tous les bassins hydrographiques de la région, et opérer un calcul, sur base de ces précipitations au mètres carré et dè nombre de mètres carrés considérés, pour avoir une idée des millions de litres qui se sont ainsi déversés dans les rivières en furie! Là se trouve sans doute la première cause des ravages qu’elles ont provoqués.

Il n’empêche qu’il faudra revenir sur la gestion des barrages; et qu’il conviendra de redéfinir diverses normes en matière de constructions. Tout en se souvenant que si on interdit de reconstruire aux abords des rivières, et qu’on oblige les habitants concernés à aller s’établir ailleurs, on bétonnera par définition de nouvelles zones, dans lesquelles l’eau ne pourra plus s’infiltrer, et dévalera d’autant plus vite les pentes des vallées pour se déverser dans la Vesdre, la Hoegne, le Wayai, l’Ourthe ou l’Amblève.

Il faudra donc penser à une batterie de mesures… comme c’était déjà le cas, il y a plus d’un quart de siècle, quand des inondations à répétition se produisaient dans la vallée de l’Ourthe, sans causer des dommages du niveau inédit que nous avons connus ces dernières semaines.

Le ministre wallon des Travaux de l’époque, feu Jean-Pierre Grafé, avait sorti l’idée de créer des « barrages écrêteurs» sur l’Ourthe. Ces ouvrages, dont il avait vu des exemplaires dans la vallée de la Lippe en Allemagne, laissent passer la rivière en période d’étiage normal, mais dès que le niveau des eaux monte de manière anormale, ils les retiennent et inondent des zones définies par avance.

Lancée en 1993, et examinée par la commission de l’Ourthe, l’idée avait progressé dès l’année suivante, avec des crues, qui avaient suscité la réalisation de travaux classiques comme des rehaussements de murs de quais; le redressement de coudes de rivières; ou l’enlèvement d’un dos rocheux contrariant l’écoulement des eaux.

Des projets précis de «barrages écrêteurs» étaient également évoqués: une digue de 27 mètres, susceptible de retenir 10 millions de m3 sur l’Ourthe Occidentale, était envisagée en amont du confluent d’Engreux; et une autre de 13,5 mètres devait pouvoir en retenir 11,8 millions en amont de Durbuy. Un autre barrage écrêteur était également en projet sur l’Amblève, et le site de Stoumont, à l’aval du complexe de Coo, semblait tenir la corde.

En voyant les millions de mètres cubes d’eau qui auraient ainsi pu être «stockés» la semaine dernière, on se prend à penser que bien des tourments auraient ainsi pu être évités…

Déjà à l’époque, toutefois, des voix s’élevaient contre le projet. En suggérant des mesures alternatives comme la plantation de feuillus; la revalorisation de zones humides; ou l’aménagement de certains méandres. Ce qui, a priori, n’était pas contradictoire en soi…

Ce qu’on peut imaginer, par contre, c’est qu’aucune Commune ne souhaitait se voir attribuer des zones inondables pour retenir les eaux de l’Ourthe en cas de crue grave de la rivière. Le phénomène NIMBY («Not in my backyard») était déjà bien connu à l’époque; il se manifeste toujours aujourd’hui, par exemple sur les projets d’implantations d’éoliennes.

L’astuce, là, passera par le changement de titulaire du ministère wallon des Travaux. Michel Lebrun, en charge de l’Aménagement du territoire, était du même parti que feu Jean-Pierre Grafé, et s’il s’est chargé d’enterrer le projet de son prédécesseur, il y a mis les formes. En invoquant la nécessité, d’abord, d’une unanimité de tous les spécialistes appelés à se prononcer sur le sujet. C’était déjà une manière de refermer discrètement la porte. Puis en invoquant des arguments techniques sans trop y rechercher de solutions. Et en estimant le coût des travaux du premier barrage planifié, à Grandhan, en province de Luxembourg, absolument trop élevé.

Les barrages écrêteurs n’ont donc jamais vu le jour sur l’Ourthe et l’Amblève. En Brabant Wallon, à l’inverse, des projets de «zones d’immersion temporaire» sont à l’étude ou en cours de réalisation. En Allemagne, ils ont fait leur preuve depuis de nombreuses années.

Le moment est peut-être venu de les ressortir du placard où on les avait enfermés. En résolvant les questions techniques présentées comme fondamentales, il y a vingt-cinq ans. Et en réévaluant la question du coût de leurs réalisations, à l’aune des dégâts actuellement constatés dans les différentes vallées concernées, dont le coût sera sans commune mesure avec celui de création de retenues d’eau dans des zones inondables préalablement définies…

Le flop passéiste de Bart De Wever


Alors qu’en ce jour de Fête nationale, les secouristes, notamment venus de Flandre et plus spécialement d’Anvers, se sont encore activés pour venir en aide aux victimes des inondations catastrophiques de la semaine dernière en Wallonie, le bourgmestre de la ville portuaire, et président de la N-VA, Bart De Wever, s’est signalé par une interview dont il espérait sans doute qu’elle ferait le buzz, et où il explique qu’il préférerait mourir, le jour le plus lointain on le suppose, en citoyen du sud des Pays-Bas qu’en citoyen belge. En fait de buzz,il a surtout fait un flop, en tentant de ressusciter une tendance politique passéiste, qui remonte… aux origines mêmes de la Belgique, qui se sont réincarnées dans un mouvement pro-fasciste dans les années 30, et qui est en contradiction avec les statuts mêmes de la Nieuwe Vlaamse Alliantie.

Orangisme

L’enseignement de l’Histoire de Belgique étant devenu quasi-confidentiel, il n’est peut-être pas inutile de rappeler que les territoires qui composent les Pays-Bas et la Belgique actuels ont été réunis à plusieurs reprises dans le passé.

Comme l’a rappelé Bart van Loo, dans son récent phénoménal succès de librairie Les Téméraires, c’est aux… ducs de Bourgogne qu’on doit, au début du XVe siècle, la première organisation des futures Dix-sept provinces, qui se déchireront au milieu du XVIe siècle, avec la sécession des provinces du nord, devenues protestantes, sous la direction de Guillaume d’Orange -un autre titre issu du Sud de la France!- tandis qu’elle les provinces du sud, restées catholiques, étaient maintenues sous la férule espagnole.

À la chute de Napoléon, après Waterloo, le 18 juin 1815, c’est cet ensemble que les puissances de l’époque, tenteront de ressusciter, pour créer un solide État-tampon au nord de la France.

Quinze ans plus tard, la révolution belge fait sauter cette chimère en éclats. Des facteurs religieux ont joué -toujours l’opposition entre le sud catholique et le nord protestant- mais aussi des facteurs linguistiques déjà, avec la prépondérance accordée au néerlandais alors que la bourgeoisie du sud parle le français et les Wallons, le wallon. Et aussi les restrictions aux libertés publiques qui provoqueront l’alliance des libéraux et des catholiques.

La gestion bornée du roi Guillaume Ier a pourtant favorisé l’essor économique du sud. Le développement de l’industrie lainière à Verviers, la création d’une sidérurgie moderne en région liégeoise, doivent tout à John Cockerill, venu y implanter à la demande du roi les outils qui ont lancé la révolution industrielle au Royaume-Uni,

Les milieux économiques ne sont pas tous heureux de la scission entre Belgique et Pays-Bas. Pendant une quinzaine d’années, notamment à Gand qui avait aussi bénéficié d’un bel essor à cette époque,les « orangistes » appellent toujours une réunification de leurs vœux. Avant d’accepter le fait belge, où la Wallonie connaît une expansion rapide.

Verdinaso

La domination de la bourgeoisie francophone en Flandre, puis le bouleversement de la Première Guerre mondiale, avec notamment la Flamenpolitik, mise en place par l’occupant pour diviser cet État minuscule qui avait osé s’opposer au puissant empire allemand, bouleverseront le paysage politique et donneront naissance à un mouvement politique néo -fasciste et antisémite, qui remettra à l’honneur l’idée d’une fusion entre les Pays-Bas et la Belgique, ou à tout le moins entre les Pays-Bas et la Flandre.

Créé par Joris Van Severen, qui connaîtra une mort tragique à Abbeville dans le chaos de l’invasion nazie en mai 1940, le Verdinaso (Verbond van dietsche nationaal solidaristen ) puise son inspiration dans le fascisme mussolinien et les idées d’extrême-droite de l’Action française. Ce « groupement des nationaux-solidaristes » propose la création d’un État autoritaire, qui rassemblerait les Pays-Bas, la Flandre, et la Flandre française.

Joris Van Severen qualifiera ainsi la révolution belge de 1830 de « petite émeute brabançonne » et de « regrettable incident dans notre histoire séculaire », suscitée selon lui par… des Français présents à Bruxelles.

La mort de Van Severen et l’occupation nazie auront raison du Verdinaso qui se divisera et finira par être absorbé par le VNV (Vlaamsch Nationaal Verbond) dont l’objectif de départ est l’indépendance de la Flandre et qui se se discréditera dans une collaboration de plus en plus poussée avec l’occupant nazi.

Contradiction

Avec sa sortie incongrue de ce jour de Fête nationale belge, le président de la N-VA, rompt avec l’héritage politique lointain de son parti qui, par le truchement de la défunte Volksunie, se rattache à la thèse indépendantiste du VNV et non à la philosophie rattachiste du Verdinaso.

En s’exprimant de la sorte, Bart De Wever est d’ailleurs en contradiction avec les statuts du parti qu’il préside et qui affirment toujours que son objectif est l’indépendance de la Flandre. Ce qui pose nécessairement problème à toute formation politique francophone qui entre en négociation avec la N-VA.

S’il persiste, il lui faudrait proposer une modification statutaire qui provoquerait sans nul doute un vif débat, voire une scission dans ses rangs.

Sans compter qu’il lui faudrait aussi convaincre les Néerlandais convoler avec les Flamands, ce qui n’est pas gagné d’avance.

Football-panique

Mais Bart De Wever veut-il vraiment franchir ce pas?

Son interview semble plutôt trahir le « football-panique » qui saisit la N-VA devant le triomphe électoral annoncé pour les fachos du Vlaams Belang, partisans eux aussi de l’indépendance flamande, et avec lesquels le mayeur anversois a exclu récemment toute hypothèse d’alliance après l’échéance électorale de 2024.

Ces derniers jours, c’est l’idée d’un accord à négocier avec le PS francophone qu’il avait ressortie de sa boîte, pour donner à l’État belge la forme confédérale qu’il appelait alors de ses vœux.

La vague de solidarité nationale qui déferle depuis plusieurs jours sur le pays, à l’approche de la Fête nationale, l’a sans doute poussé à une nouvelle sortie, pour attirer l’attention sur lui. Quitte à donner l’impression de naviguer au jugé, au fil des événements.

Un peu comme un poulet qui court sans tête. Et ne va par définition plus très loin.

Et on voudrait que la politique intéresse quelqu’un?


Édifiante histoire que celle racontée, ce jour, dans «L’Avenir Verviers» par mes anciens collègues: un agriculteur, à qui, à la suite de travaux routiers, s’est vu exproprier une bande de 13 mètres de long sur 1,3 de large, pour conduire les eaux de pluie à un bassin d’orage de quelque 3000 mètres carrés, attend depuis neuf ans d’être indemnisé! (https://www.lavenir.net/cnt/dmf20210712_01596950/neuf-ans-qu-il-attend-d-etre-indemnise)

Retard normal de l’administration? Le délai paraît fort long, et pour cause, à l’intéressé, qui s’est adressé à l’ancien bourgmestre de sa commune. Lequel, à l’en croire lui a d’abord expliqué qu’il fallait attendre le versement de subsides, puis a incriminé une notaire, qui n’aurait pas fait mesurer précisément ce fameux bassin d’orage. N’étant pas tombé de la dernière… pluie, l’agriculture a contacté cette notaire, qui lui a expliqué que pour faire mesurer ce bassin, il fallait que la commune lui fasse parvenir de l’argent pour payer le géomètre, et que cette somme devait donc être provisionnée. Ce qui n’a jamais été fait.

Le temps passant, l’agriculteur, qui n’est pas seul dans le cas, s’est à nouveau inquiété. Il s’est alors entendu dire qu’il ne toucherait… rien. Ce qui reviendrait à dire qu’un pouvoir public peut s’approprier gratuitement un bien privé?

Un changement de titulaire au fauteuil mayoral aidant, l’homme est revenu à la charge. Et la nouvelle détentrice de l’écharpe mayorale lui a expliqué… n’être au courant de rien.

Être bourgmestre ne se limite pas à ceindre une écharpe lors de cérémonies…

On veut bien la croire sur parole. Mais dans sa fonction, n’aurait-on pu attendre d’elle qu’elle consulte le dossier, ou interroge le service concerné, pour donner une réponse plus précise au contribuable qui l’avait interpellée? Car entre-temps, comme il le précise, l’agriculteur reçoit chaque année de l’administration fiscale une taxe foncière sur un bien dont il a perdu une partie de la jouissance…

Les politiques se plaignent régulièrement du désintérêt des citoyen(ne)s et notamment des jeunes pour la politique et pour la chose publique. Ce qui n’empêche pas nombre d’entre eux de s’accrocher à des mandats, dont l’augmentation sérieuse des rémunérations, il y a quelques années, était censée leur permettre de s’attacher à la chose publique. Elle semble au contraire, pour un certain nombre d’entre elles et eux, s’apparenter à une rente de situation.

Le vote obligatoire en Belgique évite de connaître la désaffection catastrophique dans les urnes qu’a encore connue la France à l’occasion du dernier scrutin régional. Avec pour résultat que les décisions prises par des mandataires aussi mal élu(e)s sont de plus en plus contestées par des citoyen(ne)s qui n’ont plus envie d’exprimer leur suffrage. Mais le taux d’abstention va croissant chez nous aussi. Et même s’il faudra bien se traîner jusqu’aux isoloirs, pour les moins concerné(e)s d’entre eux, comment voudrait-on que les électrices et les électeurs s’intéressent encore à la chose politique, quand les élu(e)s manifestent pareille indifférence à leur endroit?