Le moment de relancer le projet européen


Passer le cap des soixante ans, cela se célèbre d’habitude dans la joie, je l’ai expérimenté moi-même. L’Europe, qui commémore ce week-end la signature du traité de Rome, il y a tout juste six décennies, a choisi plutôt de procéder dans la discrétion, et c’est très regrettable. Si les Britanniques ont décidé de prendre la porte de sortie, ils étaient tout de même près de 80000, hier, à défiler à Londres pour redire leur opposition à une décision obtenue, rappelons-le, à l’issue d’une campagne où les partisans du «Brexit» n’ont pas hésité à dire ce qui n’est pas, pour m’exprimer en termes diplomatiques. Les Néerlandais, aux dernières législatives, se sont mobilisés en masse, comme les Autrichiens à leur élection présidentielle, pour faire barrage à l’hurluberlu de Geert Wilders et ses thèses à la fois europhobes et xénophobes. Des thèses que Marine Le Pen utilise également en France, et si cette barjo est apparemment en voie de figurer au deuxième tour du scrutin présidentiel, c’est pour s’y faire battre.

UE 1Bref, contrairement à ce que pourrait croire l’europessimisme ambiant, l’idée européenne est toujours bien ancrée dans la mentalité des peuples européens, soixante ans après le départ de la folle aventure initiée par les Schuman, De Gasperi, Adenauer, Spaak et consorts.

En France, pour revenir à elle, malgré les campagnes négatives non seulement de Marine Le Pen, mais aussi de Nicolas Dupont-Aignan, François Asselineau, ou Jean-Luc Mélenchon, une très large majorité continue à soutenir l’euro, et à ne pas vouloir d’un retour au franc. Ce qui, soit dit au passage, témoigne d’un réalisme économique élémentaire. Faut-il encore que cet euro joue le rôle qu’on est en droit d’attendre d’une monnaie commune: à contre-courant des économistes chantres de la sortie de l’euro, qui rêvent de réutiliser les outils surannés de la dévaluation et de la concurrence fiscale entre pays concurrents, Patrick Artus et Marie-Paule Virard, dans un livre vivifiant, suggèrent une réouverture de la libre circulation du capital, qui permettrait aux épargnants des pays où les montants en dépôt atteignent des sommets historiques d’investir dans les pays en manque de capital. Ou la création d’un «Fonds de stabilisation» autofinancé, susceptible d’intervenir temporairement en faveur d’États-membres en difficultés.

Cette vitalité de l’idée européenne n’autorise  en effet pas les dirigeants européens de l’Union à se contenter de «s’agiter comme des cabris en criant « Europe, Europe, Europe »» comme le disait, dans son style inimitable, un général de Gaulle qui s’était laissé convaincre de parler de cabris plutôt que «d’enfants de choeur qui ont abusé du vin de messe» pour ne pas choquer son électorat catholique. Car très nombreux sont ceux, en Europe, qui veulent l’Union Européenne, mais qui ne veulent pas de «cette Europe-là».

UE 2Les chefs d’États et de gouvernements des Vingt-sept ont d’abord pour tâche de mener à bien les négociations de divorce d’avec le Royaume-Uni, dont la sortie de l’Union, j’en reste convaincu, est plutôt bénéfique pour le projet européen en soi. Mais au-delà, ils doivent surtout redonner consistance au projet européen.

Comment? Les pistes de réflexion ne manquent pas. Idéalement, un fédéralisme plus poussé sans doute, mais, manifestement les esprits ne sont pas mûrs pour une Europe politiquement plus intégrée. Il reste donc à travailler dans les domaines du possible.

La voie des «coopérations renforcées» existe déjà: l’euro, ou l’espace Schengen en sont des exemples. D’autres secteurs peuvent ainsi voir les pays les plus engagés dans le projet européen -et les Six d’origine ont peut-être une responsabilité particulière en la matière- définir de nouveaux champs d’action.

En matière de Défense, par exemple, pour renouer, soit dit au passage, avec un des projets initiaux des pères de l’Europe. Alors que les États-Unis de Donald Trump manifestent leur volonté de se désengager financièrement de l’Otan, le moment est peut-être venu de remettre l’ouvrage sur le métier. Pour créer une armée européenne? Sans aller aussi loin, on peut envisager une intégration plus poussée des armées des différents États-membres, un peu sur le modèle bénéluxien de coopération militaire. Un des avantages de pareille intégration, avec éventuellement des spécialisations nationales -des pays comme l’Autriche, la République tchèque ou l’Australie qui n’ont nul besoin de flotte de guerre pourraient se concentrer sur des tâches spécifiques; des petits pays pourraient investir en commun dans le renforcement de leur capacité aérienne; d’autres s’engager dans la défense cybernétique au profit de tous – serait de limiter les investissements requis par chacun des États-membres. Et de ne pas laisser à la seule France le poids de la sécurité européenne dans certaines régions du monde, en Afrique notamment.

Un des problèmes urgents à gérer ensemble est aussi celui des migrants, dont il reste scandaleux de laisser le poids aux seuls pays méditerranéens, et en particulier à la Grèce et à l’Italie. L’impuissance de l’Union Européenne à faire respecter le programme de répartition a minima qu’elle avait défini est consternant: elle a les moyens de faire respecter ses décisions, par exemple en privant les pays réticents des programmes de solidarité entre États-membres auxquels ils ont actuellement accès.

Le manque de démocratie dont souffre l’Europe devrait être rencontré par une augmentation du poids du Parlement dans la prise de décision, ce qui postule une réduction des pouvoirs de la Commission et du Conseil européen, du moins dans certains domaines spécifiques. L’instauration d’un référendum européen, sur le modèle défini dans le défunt projet de Constitution européenne renforcerait également le caractère démocratique de l’Union.

Les pistes de réflexion ne manquent pas; il est urgent de les agiter. Car c’est de l’avenir des jeunes Européens qu’il est question.  Et ces jeunes Européens, nés avec l’euro, participants aux divers programmes d’échange Erasmus, n’ont que faire des solutions passéistes proposées par les souverainistes et autres europhobes de tous acabits. On se souvient, après le vote en faveur du Brexit, de la colère des jeunes Britanniques, accusant leurs aînés de leur avoir volé l’espoir…

L’Union Européenne a soixante ans, et ce n’est pas pour elle le début d’une retraite anticipée. C’est au contraire l’âge de la maturité. Et l’occasion de se redonner une nouvelle jeunesse!

Les leçons de démocratie de M. Erdogan: l’hommage du vice à la vertu!


ErdoganDécidément, si on doit en croire M. Recep Tayyip Erdogan, l’Europe n’est plus peuplée que de «nazis»! Après les Allemands, qu’il avait ainsi décrit avec beaucoup de «delikatesse», ce sont les Néerlandais qui ont fait l’objet, ce week-end, de la vindicte du président turc, au motif qu’ils ont à leur tour refusé à des ministres turcs, pour des motifs d’ordre public, le droit de venir faire campagne dans leur pays en faveur du «oui» au référendum constitutionnel, destiné à renforcer les pouvoirs du Bonaparte du Bosphore!

Le Premier ministre des Pays-Bas, Mark Rutte, a opportunément rappelé que son pays, comme tant d’autres, avait été occupé par les nazis durant la Seconde guerre mondiale -au cours de laquelle, rappelons-le, la Turquie, alliée de l’Allemagne impériale durant le premier conflit mondial, a passé avec l’Allemagne hitlérienne un… pacte d’amitié, signé le 18 juin 1941, quatre jours avant l’attaque allemande contre la Russie soviétique- et que Rotterdam avait été été écrasée sous les bombes en mai 1940. Au lieu des excuses exigées par le chef de la «démocrature» turque, ce sont les Pays-Bas qui sont en droit de lui en demander, pour cette qualification injurieuse, a déclaré Mark Rutte.

En attendant, des tensions ont éclaté aux Pays-Bas, à la suite de cet incident… ce qui est de nature à justifier a posteriori l’interdiction faite aux ministres turcs de venir faire campagne sur le sol néerlandais.

D’ailleurs, au-delà des injures de M. Erdogan, la question qui se pose est de savoir s’il est d’usage pour des pays démocratiques de laisser se dérouler chez eux une campagne électorale qui ne les concerne pas. Bien sûr, il arrive que des candidat(e)s à l’élection présidentielle française fassent étape en Belgique. Le référendum marocain sur la révision constitutionnelle de 2012 avait fait, lui aussi, l’objet de réunions en Belgique. Mais jamais ces visites et rassemblements n’ont pris l’ampleur des meetings électoraux turcs.

Faut-il les accepter? Expert en matière d’immigration, Hassan Bousetta recommande de les autoriser, en faisant preuve de vigilance démocratique. Et donc de ne pas tolérer des réunions publiques qui portent atteinte aux valeurs de la démocratie: liberté d’expression, liberté d’opinion, liberté syndicale, liberté de réunion, etc.

Or, en matière de démocratie, le président turc a-t-il quelque leçon que ce soit à donner aux pays européens qu’il vilipende? Faut-il rappeler ici la répression de la presse qu’il exerce depuis de nombreuses années? Est-il utile de revenir sur la vaste campagne d’exclusion initiée depuis juillet dernier, sous couvert d’une légitime réaction à la tentative de coup d’État qui s’est produite dans son pays? Croit-il qu’on a oublié qu’il a fait procéder à une large campagne de libération de délinquants de droit commun pour faire place, dans ses geôles, à des hommes de presse, à des responsables politiques démocratiquement élus, à des syndicalistes, à des enseignants, à des syndicalistes, à des fonctionnaires, à des militaires, etc., tous massivement accusés de faire partie d’un complot visant à l’abattre?

Il y a néanmoins une leçon à tirer des excès de langage inexcusables du président turc: sa grande nervosité résulte peut-être de l’incertitude qui continue à peser sur le résultat de ce référendum, en dépit de la campagne massive et univoque menée en Turquie en faveur de cette dérive césariste d’une démocratie décidément bien fragile. Et à mesure que subsistera cette incertitude, les écarts de langage de M. Erdogan risquent de se multiplier. Pour mieux illustrer l’adage selon lequel l’injure est l’argument des faibles. Et l’aphorisme selon lequel l’hypocrisie est l’hommage du vice à la vertu….

Soixante ans après, François Hollande oublie les fondateurs de l’Europe


HollandeLes péripéties mouvementées de la campagne électorale présidentielle française (qui n’est pas encore officiellement ouverte…) ont fait passer à l’arrière-plan, le week-end dernier, le mini-sommet européen réuni à Versailles par le président sortant de la République française, François Hollande, qui recevait à Versailles la chancelière allemande, Angela Merkel; le président du conseil italien, Paolo Gentiloni; et le premier ministre espagnol Mariano Rajoy.

Au menu de cette rencontre, la relance du projet européen… auquel François Hollande ne
sera plus associé dans deux mois à Merkelpeine  et dont Angela Merkel elle-même pourrait être écartée, au bénéfice de Martin Schulz, en septembre: depuis l’arrivée de l’ancien président du Parlement européen à la tête du parti social-démocrate allemand, pour défier l’inamovible chancelière, le vent politique semble en effet tourner outre-Rhin.

On sait par ailleurs la fragilité de la position de Mariano Rajoy, rejeté dans les urnes par Rajoyune grande majorité d’Espagnols, et dont le gouvernement de coalition apparaît bien bancal. Et la position de Paolo Gentiloni, qui a pris le relais de GentiloniMatteo Renzi en Italie, après l’échec de ce dernier au référendum sur la réforme constitutionnelle qu’il proposait, n’est guère plus stable…

Cela n’enlève sans doute rien aux réflexions que les quatre interlocuteurs auront échangées, en vue de la célébration, à la fin mars du soixantième anniversaire de la signature du traité de Rome, acte fondateur d’une Union Européenne qui a bien besoin, aujourd’hui, d’un nouveau souffle que le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, s’efforce lui aussi de ranimer, sans trop de succès, il faut bien l’avouer.

Les récentes propositions de l’ancien Premier ministre luxembourgeois et celles des acteurs du mini-sommet de Versailles se rencontrent notamment sur l’idée d’une Europe qui pourrait se développer à deux vitesses, avec des règles qui s’imposent à l’ensemble des Vingt-Sept, et des coopérations plus poussées qui pourraient se mettre en place entre un nombre plus restreint d’États-membres: rien de bien neuf là-dedans, au fond, puisque l’espace Schengen n’englobe qu’une partie du territoire de l’Union Européenne, et que l’euro n’est pas la monnaie de tous ses composants.

Pour retrouver sa crédibilité, l’Union Européenne devrait peut-être avant tout appliquer ses propres règles. Ainsi, par exemple, en refusant à la Hongrie de Viktor Orban, qui vient de reprendre à l’égard des candidats à l’asile, une mesure d’enfermement contraire à toute la législation européenne, des crédits liés à la solidarité entre États-membres.

Mais s’il est question de relancer l’Union Européenne en s’appuyant sur des coopérations renforcées, s’il s’agit de célébrer le soixantième anniversaire du traité de Rome, il est tout de même assez étonnant que François Hollande, surtout s’il rêve d’un fonction de président du conseil, oublie qu’il y avait… six pays signataires pour mettre l’Europe sur rails. Et que les pays du Benelux, puisque c’est d’eux qu’il sagit, continuent, en agissant souvent de conserve, à jouer un rôle moteur au sein de l’Union. Ne pas les associer à la réflexion témoignerait-il, dans le chef du président sortant et bientôt sorti de la République française, d’une forme d’amnésie ou de dédain? Dans l’un et l’autre cas, il s’agit d’une maladresse, voire d’une faute. D’autant qu’on ne peut dire que, sous sa présidence, la relance du mythique moteur franco-allemand européen s’est fait attendre. En vain….

Alerte, la censure fait son apparition aux USA!


Les masques sont tombés à la Maison-Blanche: après les attaques ad hominem de Donald Trump, contre des journalistes trop critiques qui avaient notamment osé évaluer correctement les foules venues assister à sa prestation de serment, un nouveau pas a été franchi ce vendredi: des médias ont été interdits d’entrée au point de presse de son porte parole, Sean Spicer.

censure-aux-usaCNN, le New York Times, le Los Angeles Times, la BBC et Politico ont été au nombre des médias ainsi frappés d’interdits professionnels par le chef d’un État qui, jusqu’à ce jour, pouvait être qualifié de plus grande démocratie du monde.

La meilleure réponse à apporter à pareil obscurantisme est la solidarité professionnelle: le boycott de la conférence de presse par les journalistes du Time Magazine ou de The Associated Press a parfaitement répliqué à l’outrage ainsi fait à la liberté de la presse: leur solidarité est l’honneur de la profession.

Les représentants de Breitbart News (dont le patron fait partie de l’administration Trump: bonjour l’indépendance!) et de One American News Network (OAN), autorisés, eux, à gagner la salle de presse, s’y sont précipités. Sans surprise. ABC News et CBS les ont malheureusement imités. On sait désormais qu’il ne faut pas compter ces médias au rang des défenseurs de la liberté de la presse; cela n’empêchera pas la solidarité professionnelle de leur bénéficier, le jour où, à leur tour, ils subiront des mécomptes.  Car tôt ou tard, certains d’entre eux feront l’objet de l’ire du satrape de la Maison-Blanche.

Cela a été le cas, notamment, l’an dernier, en Turquie, quand des médias qui avaient approuvé précédemment les mesures répressives à l’égard de certains de leurs confrères prises par le gouvernement Erdogan ont, à leur tour, vu leurs journalistes emprisonnés et leurs bureaux fermés, dans le cadre de la répression à grande échelle du coup d’État avorté de la mi-juillet.

Aux États-Unis, on n’en est pas (encore?) là. Mais en refusant l’accès au point de presse, tel, naguère, les dirigeants médiocres d’un club de football professionnel belge, les responsables de la Maison-Blanche ont franchi un premier pas vers la censure. Il est plus que temps de les arrêter!

La double imposture de Zuhal Demir


Portant le foulard rouge de son père, ancien mineur, à la main, Zuhal Demir n’a pas raté sa prestation de serment.La nouvelle secrétaire d’État à la Lutte contre la pauvreté, à l’Egalité des chances, aux Personnes handicapées, et à la Politique scientifique, chargée des Grandes villes, adjointe au ministre de la Sécurité et de l’Intérieur (excusez du peu!) a ainsi magistralement évité toute question gênante quant à son positionnement idéologique. Et partant, de son aptitude à exercer la fonction.

zuhal-demir-2La remplaçante d’Elke Sleurs, débarquée du gouvernement fédéral et envoyée à Gand pour suppléer le président de la Chambre, Siegfried Bracke, pris la main dans le pot de confiture, a par ailleurs réussi à subjuguer la presse flamande, et dans la foulée les médias francophones qui ont servilement reproduit les portraits de la nouvelle excellence dressés par leurs confrères du nord du pays, voire même ce vendredi soir certain(s) chroniqueur(s) de la sirupeuse émission «On refait le monde», sur Bel-RTL, grand(s) connaisseur(s) autoproclamé(s) de la Flandre: ils ont longuement glosé sur les décolletés plongeants de la nouvelle secrétaired’État, lors d’une séance de photos insolite dans les couloirs de la Chambre; et, comme leurs confrères et consoeurs de la presse écrite, ils ont cru pouvoir s’extasier sur le beau coup réussi par la N-VA en plaçant au gouvernement un pur produit de l’intégration réussie.

Que Zuhal Demir ait réussi son intégration est un fait. Cela ne l’empêche pas d’avoir signé une double imposture, la première en acceptant sa nomination, la seconde en s’exhibant à sa prestation de serment, le foulard rouge de son père, ancien mineur, mais surtout ancien délégué syndical FGTB dans les mines du Limbourg. Car la nouvelle membre du gouvernement fédéral n’a rien d’une militante ouvrière: elle déteste le mouvement syndical en général, le monde socialiste en particulier, et elle a en horreur la concertation, qui constitue la colonne vertébrale des relations sociales dans  notre pays.

zuhal-demir-3Il ne fallait pourtant pas aller bien loin pour retrouver trace de ses prises de position extrémistes, que ne renierait pas une Marine Le Pen en France, voire un Donald Trump aux États-Unis. Interrogée par notre excellent confrère François Brabant, alors pour le «Vif» en 2013, elle accusait ainsi les partenaires sociaux «d’être responsables du statu-quo. Du chômage qui augmente, et des faillites qui font de même».

zuhal-demir-4L’attaque contre le Parti socialiste était tout aussi virulente, et sa remarque sur le chômage en disait long sur son progressisme: «deux ans au maximum, alors que c’est six mois ou un an dans la plupart des pays européens».

Bon, d’accord, Zuhal Demir est de droite extrême direz-vous, et c’est son droit le plus strict. Où cela devientbeaucoup plus inquiétant, par contre, c’est quand on liste ses nombreuses attributions de secrétaire d’État: intégration sociale, lutte contre la pauvreté et économie sociale; on imagine ce que cela peut donner avec sa conception de la concertation sociale et du sort à réserver aux chômeurs.

Mme Demir a aussi notamment en charge la protection des droits fondamentaux des étrangers; la lutte contre la traite des êtres humains; l’égalité entre les femmes et les hommes ou aussi le dialogue interculturel.

Son dialogue, avec les candidats à l’immigration, risque d’être assez bref. Du style «Vous n’avez rien à faire ici!»

Pour s’en convaincre, il suffit de s’en référer, à nouveau,  à l’interview qu’elle azuhal-demir-5accordé à François Brabant en 2013: «il y a trop d’étrangers en Belgique» déclarait alors à notre confrère ce pur produit de l’intégration réussie. «Entre 1992 et 2000, 400000 personnes sont arrivées. Pareille immigration implique le financement de programmes d’intégration, la construction d’écoles, soulignait-elle. Notre système n’est pas prévu pour accueillir pareille masse. Et la conséquence (de cette immigration massive) est que beaucoup d’enfants accumulent des retards soclaires, qu’ils maîtrisent mal la langue, et qu’ils ne trouvent pas leur place sur le marché du travail».

zuhal-demir-1En clair, Zuhal Demir, et c’est sa deuxième et plus grande imposture, estime que l’ascenseur social dont elle a bénéficié… ne peut resservir pour les immigrés de la génération suivant la sienne!

On peut imaginer, demain, sa réaction face aux malheureux «réfugiés économiques», dont de plus en plus de Belges pensent qu’il faut les renvoyer illico à la misère immense qu’ils fuient: on n’a pas les moyens de vous intégrer! Avec son compère Theo Francken à la manœuvre à l’Asile et la Migration, le tour sera vite joué: permis de séjour refusé; et moyens de subsistance déniés; les malheureux n’auront qu’à retraverser la Méditerranée et aller mourir tranquillement de faim dans leur pays d’origine!

Déjà à l’attaque

En tout cas, la nouvelle secrétaire d’État n’a pas perdu de temps, puisque dès son entrée en fonction, elle s’en est prise à Unia: l’ancien centre fédéral pour l’Égalité des chances, a-t-elle affirmé, prolongeant les attaques de Lisbeth Homans, une autre grande «humaniste» de la N-VA, qui ne défendrait que «les personnes allochtones». Des personnes dont son père aurait fait partie, il y a quelques décennies, donc?

Contrairement à ce qu’on a pu lire dans la presse flamande, dans la presse francophone «suiveuse», ou qu’on a pu entendre chez les chroniqueurs de Bel-RTL, un peu trop dissipés par l’image glamour de la nouvelle secrétaire d’État, ce n’est donc pas un symbole de l’intégration que la N-VA a voulu faire monter au gouvernement fédéral, mais une militante convaincue, qui appliquera avec férocité la politique de rejet que le parti de Bart De Wever prône! Autant savoir à qui les ONG préoccupées d’accueil et d’intégration vont avoir à faire…

Juger les politiques sur leurs actes… politiques


Rude journée pour Marie-Martine Schyns: la ministre communautaire de l’Enseignement a dû à plusieurs reprises s’excuser, et reconnaître que son comportement n’avait pas été approprié. Sa faute? L’excellence hervienne a été contrôlée à deux reprises en un an en état d’alcoolémie au volant; son permis lui a été retiré, et, du coup, une information judiciaire a été ouverte contre elle au Parquet général de Bruxelles, révélaient ce matin nos confrères de «Sud Presse». Dans la foulée, dans le climat d’antipolitisme ambiant, les appels à la démission de la ministre se sont mutipliés, certains citant en exemple une ministre suédoise d’origine bosnienne: pincée avec 0,2 gr d’alcool dans le sang, soit juste le niveau nécessaire pour constituer le délit en Suède, Aida Hadzialic, elle aussi en charge de l’Enseignement secondaire et de la Formation des adultes, s’est retirée de la scène politique.

marie-martine-schynsPour balayer toute équivoque, disons-le, Marie-Martine Schyns a eu tort de dépasser la dose d’alcool autorisée au volant. Comme son collègue fédéral des Classes moyennes, Willy Borsus, il y a quelques semaines. Lequel, comme elle ces jours-ci, s’était confondu en excuses: en cette période où l’antipolitisme est à la mode, les ministres doivent ajouter l’exemplarité aux compétences qu’on attend d’eux…

L’une comme l’autre feront face aux sanctions qui frapperont leur comportement infractionnel. Comme le commun des mortels, et c’est très bien comme cela.

Et puis après, aurions-nous tendance à dire? Pour inadéquat qu’ait été le comportement de l’une et de l’autre, convenait-il de les épingler comme ils l’ont été? Hasard ou non, c’est le jour même où les mésaventures de Marie-Martine Schyns étaient rendues publiques que la cour européenne des droits de l’Homme, dans un arrêt remarquablement motivé, comme à l’habitude, établissait le droit à la vie privée d’une chanteuse mexicaine établie en Espagne, Paulina Rubio, dont l’homosexualité supposée et l’usage présumé de drogue, notamment, avaient été évoquée dans trois émissions de commérage de télés espagnoles. Contrairement aux juges ibériques qu’elle avait saisis, et qui avaient en particulier relevé que l’artiste elle-même avait dévoilé des pans de sa vie privée, y revenir, en son absence et donc sans lui offir de possibilité de réplique, dans des émissions de télé, ne relevait pas de l’intérêt public supérieur que requiert «l’intrusion» dans la vie privée de personnes, mêmes publiques.

willy-borsusSi on transpose l’analyse aux écarts constatés tant dans le chef de Willy Borsus que dans celui de Marie-Martine Schyns, force est de relever que, dans les deux cas, les incidents évoqués se sont produits dans le cadre de leur vie privée.

Leur qualité de personnalités publiques imposait-elle de révéler ces faits désagréables pour eux?

Si l’un ou l’autre avait excipé de sa fonction ministérielle pour échapper au constat, ou à la sanction des faits, la question ne se serait pas posée. De même si, pour leurs déplacements privés, l’une ou l’autre avait eu recours aux services d’un chauffeur, rémunéré avec l’argent de la collectivité. Et a fortiori si l’un ou l’autre avait été impliqué dans un accident de circulation imputable à leur consommation d’alcool.

Quod non, comme disent les juristes. Par surcroît, dans les deux cas, on ne peut-on dire que l’alcoolémie établie dans le chef des deux excellences concernées a eu la moindre influence sur l’exercice de leur fonction: on n’est pas dans les cas d’ivresse patentés qui, en leur temps, ont caractérisé feu les ministres Alain Van der Biest ou Michel Daerden. Leur abus d’alcool, à l’époque, a pu expliquer certaines dérives de gestion dans leur chef. Voire pire.

Le contexte actuel de détestation de la politique a joué certainement, comme expliqué ci-dessus, dans l’exposé des faits. Avec le risque de dérive poujadiste que cette révélation emporte.

La seule question qui vaille, pour moi, à l’égard des politiques, n’en reste pas moins de savoir comment elles ou ils remplissent leur fonction. Et l’épisode me rappelle la blague classique qui consiste à proposer à un interlocuteur de faire le choix, pour diriger un gouvernement, entre un homme politique qui ne touche jamais un verre d’alcool, est fidèle à sa femme, et remplit toutes ses promesses, et un autre qui est régulièrement ivre, trompe son épouse, et fait souvent le contraire de ce qu’il avait annoncé.

La plupart du temps, le choix se porte évidemment sur le premier, un certain… Adolf Hitler. Le second s’appelait Winston Churchill. Encore heureux qu’à l’époque, le choixLe vieux lion ne se soit pas opéré en fonction de la quantité d’alcool absorbée ou refusée par l’un, au contraire de l’autre!

Et pour conclure avec Aida Hadzialic, une de ses surprises, quand elle est arrivée en Suède, a sans doute été de voir la manière différente qu’ont les Nordiques de faire la fête par rapport à ses compatriotes d’origine. Les Scandinaves sont des Européens comme tous les autres; enfin, à peu près…

Le moment est-il venu de liquider les provinces?


L’affaire Publifin n’a pas fini de susciter des remous qui touchent aujourd’hui la Flandre et plus particulièrement  Anvers et la N-VA. De quoi peut-être faire comprendre à Mme Lisbeth Homans qu’elle doit désormais tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de dire de grosses bêtises comme lorsqu’elle a qualifié de «typique de la Wallonie» une affaire de ce type.

Dans le train de mesures que le politique est occupé à adopter, souvent sous le coup de l’émotion et pas forcément pour résoudre le problème posé, la suppression des provinces est à nouveau évoquée par certains, dès lors que Publifin, ex-Tecteo, est à la base une intercommunale provinciale liégeoise et que jusqu’il y a quelques jours à peine, c’était le député provincial sérésien André Gilles qui présidait son conseil d’administration. C’est notamment le cas du bourgmestre cdH de Malmedy, Jean-Paul Bastin, qui, contre l’avis de son propre parti, propose une consultation populaire sur le sujet, lors des prochaines élections.

attachment-1Ce n’est pas la première fois que l’existence des provinces est ainsi mise en cause. Il y a quelques années déjà, sentant le vent du boulet, l’association des provinces wallonnes avait d’ailleurs demandé au constitutionnaliste liégeois Christian Behrendt une volumineuse étude qui concluait sans surprise à la nécessité de les maintenir.

Le contexte a changé depuis lors, c’est vrai, mais il conviendrait toujours d’y réfléchir à deux fois avant d’actionner le couperet sur les provinces. Car il conviendrait de définir avant cela par quoi elles seraient remplacées. Il est certes régulièrement question de nos jours de «bassins de vie» ou, comme Jean-Paul Bastin aujourd’hui, de «supracommunalités». Mais qu’est-ce qu’une «supracommunalité» sinon… une intercommunale? Or c’est précisément de la dérive d’une intercommunale échappant à tout contrôle qu’est né le scandale actuel. Il faudrait d’abord mettre en place des mécanismes de contrôle alors que le conseil provincial constitue en principe une instance de contrôle démocratiquement élue.

J’écris «en principe»: le conseil provincial s’est depuis trop longtemps mué en instance d’entérinement et si les provinces se maintiennent, il faudrait sûrement revoir en priorité le rôle des conseillers provinciaux. Mais le maintien de l’institution provinciale ne doit pas signifier l’absence d’évaluation de son rôle et du périmètre de ses compétences. En matière d’enseignement notamment, la persistance d’un enseignement provincial à côté de l’enseignement officiel se justifie-a-t-il vraiment? Et un audit strict des tâches provinciales ne permettrait-il pas de déceler de coûteuses gabegies? Si l’affaire Publifin permettait de nettoyer ces écuries d’Augias, elle n’aurait pas été inutile….