L’Europe s’est-elle résignée à l’extrême-droite?


Les sondages l’avaient annoncé: Fratelli d’Italia, la formation d’extrême-droite présidée par Giorgia Meloni, est sortie en tête des suffrages en Italie, ce dernier week-end. Forte de sa coalition avec la Lega, de Matteo Salvini qu’on sent impatient de rejeter à nouveau à la mer, et à une mort probable, les migrants qui abordent dans les ports italiens; et avec Forza Italia, le parti créé par un Silvio Berlusconi qui, à 85 ans, prend de plus en plus des airs de momie de cire, elle va donc devenir la première femme à présider un gouvernement en Italie. Pour le meilleur… et pour le pire?

Pour la première fois depuis l’éviction du Duce en 1943, et malgré sa Constitution qui proscrit le fascisme, l’Italie va ainsi être dirigée par une authentique facho!

Certes, Giorgia Meloni a lissé son discours au cours de la récente campagne électorale. Mais France 3 a opportunément ressorti l’interview d’une jeune militante d’extrême-droite de 19 ans, qui avait été réalisée à Rome, en 1996. La jeune Giorgia Meloni, parce c’était bien d’elle qu’il s’agissait, pas encore teinte en blonde peroxydée, y professait son admiration pour Benito Mussolini, «un bon politicien, parce que tout ce qu’il a fait, il l’a fait pour l’Italie», clamait la militante de l’Alianza Nazionale.

La jeune militante d’Alianza Nazionale Giorgia Meloni ne cachait pas son admiration pour Benito Mussolini

On ne sait à quoi elle faisait allusion. À l’assassinat de Giacomo Matteoti? Bon pour l’Italie? Aux crimes de guerre commis par l’Italie fasciste en Éthiopie, avec l’utilisation massive de gaz de combat? Profitables à l’Italie? Aux lois anti-juives? Positives pour l’Italie? Au soutien au coup d’État militaire du général Franco en Espagne? Bénéfique pour l’Italie? Ou à l’alliance avec l’Allemagne hitlérienne? La ruine de l’Italie, en 1944, oppose le démenti le plus formel à cette opinion.

Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, m’objectera-t-on. Sur ce plan, Giorgia Meloni doit être une dirigeante géniale, car, entre ses récents discours, et ses prises de position lors de la campagne électorale, hors son hostilité à l’invasion de la Russie par l’Ukraine, elle a singulièrement changé de caps!

Reste à savoir dans quelle mesure, ses dernières prises de position sont sincères. Au Parlement européen, les élu(e)s de son parti se sont surtout distingué(e)s par leur opposition aux textes pénalisant les discriminations basées sur le sexe, l’orientation sexuelle ou le genre, mais aussi à un texte prônant… l’égalité salariale entre hommes et femmes. Et en matière d’immigration, elle ne le cède en rien à Matteo Salvini, dont le recul a été proportionnel à la progression de Fratelli d’Italia: c’est peut-être la seule bonne nouvelle (relative) de ce scrutin.

Sa récente profession de foi européenne procède, elle, sans doute surtout de la crainte de voir l’Italie perdre les larges subsides européens qui lui sont promis, pour renflouer une économie lourdement frappée par la pandémie de Covid-19.

Stigmatiser l’Italie n’aurait toutefois guère de sens dans une Europe où le Rassemblement National, en France, a été présent au deuxième tour de l’élection présidentielle en 2017 comme en 2019, et surtout, à l’occasion des récentes élections législatives, a envoyé un nombre record de députés au Palais Bourbon.

L’alliance nouée par les démocrates-chrétiens avec le parti du défunt Jörg Haider en Autriche avait scandalisé l’Europe en 1999

L’Europe ne stigmatisera pas l’Italie comme elle l’avait fait de l’Autriche, en 1999, quand pour la première fois, l’extrême-droite avait été associée au pouvoir lorsque le chancelier Wolfgang Schüssel (ÖVP) avait fait alliance avec le défunt leader du FPÖ, Jörg Haider, poussant notamment le commissaire européen belge, Louis Michel, à proposer le boycott de l’Autriche comme lieu de vacances. Le pays, alors, avait été placé «sous surveillance» européenne. Et lorsque, en 2002, Jean-Marie Le Pen, leader du Front National, s’était qualifié à la surprise générale pour affronter Jacques Chirac au second tour de l’élection présidentielle française, les foules étaient descendues dans la rue, et la gauche avait sans équivoque donné un mot d’ordre pour lui barrer la route.

Mais depuis lors, le Fidesz de Viktor Orban s’est imposé à Budapest, et y a systématiquement rogné les libertés publiques. La Pologne s’est ingéniée à museler l’indépendance de son pouvoir judiciaire. Les Pays-Bas ont connu la percée de Pim Fortuyn et aujourd’hui de Thierry Baudet. Au Danemark, le Parti populaire a soutenu des gouvernements de 1997 à 2011 et de 2015 à 2019, et a surtout réussi à faire partager ses idées nauséabondes en matière d’immigration. Et dernièrement, en Suède, les mal-nommés Démocrates de Suède ont fait un triomphe électoral et se préparent à gouverner avec la droite classique.

Comment comprendre cette banalisation de l’extrême-droite en Europe? C’est sans doute en partie parce que les repères politiques se sont largement estompés, spécialement dans des démocraties comme la nôtre où les gouvernements doivent se reposer sur des coalitions.

La conception «utilitaire» de la politique de nombre d’électrices et d’électeurs qui ne votent plus en fonction d’une vision de la société, mais pour que les élu(e)s solutionnent «leurs» problèmes, et les sanctionnent donc d’office d’un scrutin à l’autre, parce que cette tâche est hors de leur portée, peut également intervenir.

Mais ce qui était vrai en Autriche en 1999, et l’est toujours dans l’Italie de 2022, ce qui banalise aussi l’extrême-droite, c’est la complaisance d’une droite classique (Wolfgang Schüssel à l’époque, Silvio Berlusconi aujourd’hui; ou des élus LR en France, qui courent derrière le Rassemblement National dans l’espoir de lui ravir ses électeurs), qui réchauffe elle-même «le ventre fécond d’où est sorti la bête immonde», comme l’écrivait Bertolt Brecht.

À l’inverse, depuis le «dimanche noir» de 1991, en Flandre, le «cordon sanitaire» tendu au tour du Vlaams Blok puis du Vlaams Belang par les formations démocratiques, a réussi jusqu’ici à empêcher l’extrême-droite flamande de venir polluer à l’excès le paysage politique belge. Mais il y a lieu de rester vigilant. Après les dernières élections, Bart De Wever, le président à vie (?) de la N-VA, a courtisé son rival d’extrême-droite avant de se raviser. Et les sondages donnent la première place au Vlaams Belang en Flandre, si les élections étaient pour demain. Même s’il sort en tête des urnes, en 2026, le cordon sanitaire s’imposera pourtant plus que jamais!





Muerte de un periodista de al-Jazeera: Israel añada la hipocresía al crimen


Según un informe del ejército israelí, existe una « gran posibilidad » de que Shireen Abu Akleh, la periodista estrella de Al Jazeera, fuera « alcanzada accidentalmente por los disparos del ejército israelí el 11 de mayo contra sospechosos identificados como pistoleros palestinos ».

Esta tranquilizadora conclusión es el resultado de un estudio « cronológico » de la secuencia de acontecimientos que condujeron a la muerte del periodista de la televisión qatarí; un análisis de los « sonidos » y « vídeos » grabados en el lugar de los hechos; y un análisis balístico de la bala mortal, realizado en presencia de representantes del « Comité de Coordinación de Seguridad de Estados Unidos para Israel y la Autoridad Palestina ».

Matada accidentalmente?

Toda esta verborrea pretende ahogar la palabra esencial de este comunicado: ¡Shireen Abu Baker fue asesinada ac-ci-dental-mente! Por lo tanto, nadie es responsable de su muerte. ¡Y el soldado que le disparó no será procesado!

Si no fuera trágico, tal construcción sería perfectamente risible. Sobre todo, avergüenza al Estado de Israel, que, después de haber hecho todo lo posible para eludir su responsabilidad en este asesinato y este crimen contra la libertad de prensa, se regodea ahora en la hipocresía, esperando salir impune.

Inicialmente, las autoridades israelíes afirmaron que Shireen Abu Akleh había muerto en un intercambio de disparos entre una facción palestina y soldados de las FDI. Pero no hubo suerte, la multitud de testigos en el lugar y los primeros elementos de la investigación demostraron que no hubo ningún disparo palestino: fue deliberadamente que los soldados israelíes dispararon contra una multitud desarmada en el campo de refugiados de Jenin. Volver a hablar hoy de « pistoleros palestinos » es, por tanto, una información errónea.

El resultado de la investigación, que Israel se negó a permitir que la llevara a cabo un organismo internacional, demostraría posteriormente que Shireen Abu Akleh fue efectivamente asesinada por una bala israelí. No sólo no hubo intercambio de disparos, sino que no fue alcanzada por una posible bala palestina, como intentó sugerir inicialmente el ejército israelí.

Las trágicas imágenes de la periodista de Al Jazeera mostraban también que llevaba un casco y un chaleco antibalas claramente marcado como « Prensa ».

Así que ahora intentar hacer creer al mundo que un francotirador israelí le disparó « accidentalmente » es el colmo del cinismo: toda esta logorrea tiene como objetivo ocultar el hecho de que un testigo embarazoso fue eliminado deliberadamente el 11 de mayo.

A modo de recordatorio, el funeral de la desafortunada Shireen Abu Akleh dio lugar a una musculosa intervención de la policía israelí, que no tuvo la decencia de permitir que se celebrara la ceremonia en medio del dolor de la familia y la legítima indignación de quienes la acompañaron en su último viaje.

En los días siguientes a la trágica muerte del periodista estrella de Al Jazeera, se alzaron voces pidiendo una investigación internacional sobre el incidente. Israel se negó a hacerlo y luego trató de evadir la responsabilidad de la tragedia.

Con el paso de las semanas, quedó claro que no sería posible eludir la responsabilidad del ejército israelí: el informe de hoy es su último intento de evitar que el asesino de un periodista sea llevado ante los jueces.

El asesinato de Shireen Abu Akleh se sumará así a la larga lista de asesinatos impunes de periodistas: como recordatorio, nueve de cada diez asesinatos de periodistas quedan impunes en el mundo, según los informes de la Unesco. Periodistas anónimos para periodistas famosos como Ana Politkovskaya, Daphne Caruana Galizia, Jamal Kashoggi y ahora Shireen Abu Akleh.

Para evitar que los Estados eludan sus responsabilidades, como intenta hacer Israel con este informe tranquilizador y engañoso, la Federación Internacional de Periodistas ha sugerido una resolución para ser votada por la Asamblea General de la ONU, que consideraría cualquier asesinato de un periodista como un crimen contra la libertad de prensa, y crearía un organismo internacional que podría investigar, o hacer responsables a los Estados, de las investigaciones sobre los asesinatos de periodistas. Todavía estamos esperando que las principales democracias, especialmente en Europa, apoyen este texto…

Death or an al-Jazeera journalist: Israel adds hypocrisy to the crime


According to an Israeli army report, there is a « strong possibility » that Shireen Abu Akleh, the star journalist of al-Jazeera, was « accidentally hit by Israeli army fire on 11 May targeting suspects identified as Palestinian gunmen ».

This soothing conclusion follows a « chronological » study of the sequence of events that led to the Qatari TV reporter’s death; an analysis of « the sounds » and « the videos » recorded at the scene; and a ballistic analysis of the fatal bullet, carried out in the presence of representatives of the « US Security Coordination Committee for Israel and the Palestinian Authority« .

Killed accidentally?

All this verbiage is intended to drown out the essential word of this communication: Shireen Abu Baker was killed ac-ci-dental-ly! No one is therefore responsible for her death. And the soldier who shot her will not be prosecuted!

If it were not tragic, such a construction would be perfectly laughable. Above all, it shames the State of Israel, which, after having done everything to escape responsibility for this murder and this crime against press freedom, is now wallowing in hypocrisy, hoping to get away with it.

Initially, the Israeli authorities claimed that Shireen Abu Akleh died in an exchange of fire between a Palestinian faction and IDF soldiers. But no luck, the multitude of witnesses on the spot, and the first elements of the investigation had shown that there had been no Palestinian shooting: it was deliberately that the Israeli soldiers had fired on an unarmed crowd in the Jenin refugee camp. To speak again today of « Palestinian gunmen » is therefore misinformation.

The outcome of the investigation, which Israel refused to allow to be conducted by an international body, would later show that Shireen Abu Akleh was indeed killed by an Israeli bullet. Not only was there no exchange of fire, but she was not hit by a possible Palestinian bullet, as the Israeli army was initially trying to suggest.

The tragic images of the al-Jazeera journalist also showed that she was wearing a helmet and a bullet-proof waistcoat clearly marked « Press ».

So now to try to make the world believe that an Israeli sniper shot her « accidentally » is the height of cynicism: all this logorrhoea is aimed at hiding the fact that an embarrassing witness was deliberately eliminated on 11 May.

As a reminder, the funeral of the unfortunate Shireen Abu Akleh gave rise to a muscular intervention by the Israeli police, who did not have the decency to allow the ceremony to take place amidst the pain of the family and the legitimate indignation of those who accompanied her on her last journey.

In the days following the tragic death of al-Jazeera’s star journalist, voices were raised calling for an international investigation into the incident. Israel refused to do so, and then tried to evade responsibility for the tragedy.

As the weeks went by, it became clear that it would not be possible to evade responsibility for the Israeli army: today’s report is its last attempt to prevent a journalist’s murderer from being brought before judges.

The murder of Shireen Abu Akleh will thus join the long list of unpunished murders of journalists: as a reminder, nine out of ten murders of journalists go unpunished in the world, according to Unesco reports. Anonymous journalists for famous journalists such as Ana Politkovskaya, Daphne Caruana Galizia, Jamal Kashoggi and now Shireen Abu Akleh.

To prevent states from shirking their responsibilities, as Israel is trying to do with this soothing and misleading report, the International Federation of Journalists has suggested a resolution to be voted on by the UN General Assembly, which would consider any murder of a journalist as a crime against press freedom, and would create an international body that could investigate, or hold states accountable for, investigations into the murders of journalists. We are still waiting for the major democracies, especially in Europe, to support this text…

Mort d’une journaliste d’al-Jazeera: Israël revêt le crime d’hypocrisie


Ainsi donc, selon un rapport de l’armée israélienne, il y a «une forte possibilité» que Shireen Abu Akleh, journaliste vedette d’al-Jazeera, ait été, le 11 mai dernier, «touchée accidentellement par un tir de l’armée israélienne qui visait des suspects identifiés comme des hommes armés palestiniens».

Cette conclusion lénifiante fait suite à une étude «chronologique» de la séquence des événements qui ont conduit à la mort de la journaliste de la chaîne qatarie; à une analyse «des sons» et «des vidéos» enregistrées sur place; et à une analyse balistique de la balle mortelle, menée en présence de représentants du «Comité de coordination sécuritaire des Etats-Unis pour Israël et l’Autorité palestinienne».

Tuée accidentellement?

Tout ce verbiage a pour but de noyer le mot essentiel de cette communication: Shireen Abu Baker a été tuée ac-ci-dent-elle-ment! Personne n’est donc responsable de sa mort. Et le soldat qui l’a descendue ne sera donc pas poursuivi!

Si ce n’était tragique, pareille construction serait parfaitement risible. Elle fait surtout honte à l’État d’Israël, qui, après avoir tout fait pour échapper à la responsabilité de ce meurtre et de ce crime contre la liberté de la presse, se vautre aujourd’hui dans l’hypocrisie, en espérant s’en tirer à très bon compte.

Pour rappel, au départ, les autorités israéliennes avaient affimé que Shireen Abu Akleh était décédée au cours d’un échange de tirs entre une faction palestinienne et des soldats de Tsahal. Mais pas de chance, la multitude de témoins sur place, et les premiers éléments de l’enquête avaient montré qu’il n’y avait pas eu de tir palestinien: c’est délibérément que les soldats israéliens avaient fait feu sur une foule désarmée au camp de réfugiés de Jenine. Reparler aujourd’hui «d’hommes armés palestiniens» relève donc de la désinformation.

Les suites de l’enquête, qu’Israël a refusé de voir menée par une instance internationale, allaient montrer ensuite que Shireen Abu Akleh a bel et bien été tuée par une balle israélienne. Non seulement, il n’y avait pas eu d’échange de tirs, mais elle n’a pas été atteinte par un tir palestinien éventuel, comme l’armée israélienne tentait de le faire entendre au départ.

Les images tragiques de la journaliste d’al-Jazeera montraient par ailleurs qu’elle portait un casque et un gilet pare-balles portant clairement l’indication «Press».

Alors aujourd’hui tenter de faire croire au monde qu’un sniper israélien l’aurait abattue «accidentellement» relève du plus parfait cynisme: toute cette logorrhée vise à cacher le fait qu’une témoin gênante a été volontairement éliminée, le 11 mai dernier.

Pour rappel aussi, les obsèques de la malheureuse Shireen Abu Akleh ont donné lieu à une intervention musclée des forces de l’ordre israéliennes, qui n’ont pas eu la décence de laisser se dérouler la cérémonie dans la douleur de la famille et dans l’indignation légitime de celles et ceux qui l’accompagnaient dans son dernier voyage.

Dès les jours qui ont suivi la mort tragique de la journaliste vedette d’al-Jazeera, des voix s’étaient élevées pour réclamer une enquête internationale sur cet événement. Israël l’avait refusée avant de tenter, pied à pied, d’éluder sa responsabilité dans le drame.

Au fil des semaines, il lui est apparu qu’il ne lui serait pas possible d’éluder la responsabilité de l’armée israélienne: le rapport d’aujourd’hui est son ultime tentative pour éviter qu’un assassin de journaliste soit traduit devant des juges.

Le meurtre de Shireen Abu Akleh va ainsi rejoindre la longue liste des assassinats impunis de journalistes: pour rappel, neuf assassinats de journalistes sur dix restent impunis dans le monde, selon les rapports de l’Unesco. Journalistes anonymes, pour journalistes célèbres qui ont noms Ana Politkovskaïa, Daphne Caruana Galizia, Jamal Kashoggi et désormais Shireen Abu Akleh.

Pour éviter que des États puissent échapper à leurs responsabilités, comme Israël tente de le faire avec ce rapport lénifiant et mensonger, la Fédération Internationale des Journalistes a suggéré un texte de résolution à faire voter par l’assemblée générale des Nations-Unies, qui considérerait tout assassinat de journaliste comme un crime contre la liberté de la presse, et créerait un organe international susceptible d’enquêter, ou de demander aux États de rendre compte sur les enquêtes diligentées dans le cas de meurtres de journalistes. On attend toujours que les grandes démocraties, notamment européennes, soutiennent ce texte…

Rien de tel que le pétrole pour effacer toute trace de sang


Un hôte particulier est reçu à dîner à l’Élysée, ce jeudi soir, par le président de la République française, Emmanuel Macron: avec le prince héritier d’Arabie Saoudite, Mohammed ben Salmane, la conversation roulera sans doute sur la demande des pays occidentaux, États-Unis en tête, formulée à ce pays gros exportateur de pétrole, pour qu’il augmente la production, et contribue ainsi à faire chuter les prix du baril de brut. Manière de faire baisser les prix de l’essence, du gaz, et du pétrole à la pompe, qui contribuent lourdement à la hausse des prix et à l’envol de l’inflation actuels.

Emmanuel Macron avait été l’hôte de Mohammed ben Salmane en décembre; il lui rend la «politesse» ce jeudi soir à l’Élysée

Ce n’est pas la première rencontre entre le chef de l’État français et le prince héritier saoudien: en décembre dernier, le locataire de l’Élysée s’était rendu à Djeddah, où il avait déjà chaleureusement serré la main de son hôte, encore dégoulinante du sang du journaliste saoudien dissident Jamal Khashoggi, assassiné et dépecé dans le bâtiment du consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul, le 2 octobre 2018.

À l’issue de cette rencontre tout de même interpellante, Emmanuel Macron avait déclaré que «tous les sujets (avaient été) abordés, y compris le respect des droits de l’Homme». Ben voyons… et aussi peut-être l’impunité scandaleuse dont bénéficient les assassins de journalistes?

Entre-temps, cinq personnes ont été condamnées à mort pour cet horrible assassinat en Arabie Saoudite, mais la sentence a ensuite été commuée en une peine de vingt ans de prison, là où la perpétuité s’impose généralement. L’un des membres du commando de tueurs est par ailleurs décédé, officiellement dans un accident de voiture.

Des lampistes, une fois de plus, ont été châtiés pour l’assassinat d’un journaliste, tandis que les commanditaires, ou plutôt le commanditaire, restaient, eux, impunis.

L’Arabie Saoudite a, il est vrai, refusé la demande d’enquête internationale sur l’assassinat de Jamal Kashoggi. Et il y avait sans doute une raison à cela: la CIA a démontré que dans les heures qui ont précédé et qui ont suivi le massacre du journaliste saoudien, le prince héritier Mohamed ben Salmane avait adressé au moins onze messages à à son proche conseiller Saoud al-Qahtani, qui supervisait «l’opération». Même si le contenu de ces messages est resté inconnu, ils trahissent l’implication directe plus que probable du prince héritier dans l’assassinat de Jamal Kashoggi, critique de ses initiatives de modernisation cosmétiques de son pays ainsi que de la guerre meurtrière que mène l’Arabie Saoudite au Yémen, dans l’indifférence générale.

En juin 2019, l’Organisation des Nations-Unies (ONU) a, elle, indiqué avoir «des preuves crédibles» de l’implication de Mohammed ben Salmane dans le forfait.

À l’époque, l’héritier du trône saoudien avait été placé au ban des nations. Mais depuis lors, bien de l’eau a coulé sous les ponts, et le pétrole ne coule plus suffisamment dans les pipelines.

Alors, toute honte bue, les chefs d’État de nos belles démocraties oublient leurs grands principes, et s’en vont, les unes après les autres, serrer la main princière, couverte du sang du journaliste. Emmanuel Macron s’y était exercé en décembre de l’année dernière; le président états-unien, Joe Biden, vient de lui emboîter le pas lors de sa récente tournée au Proche-Orient, dont le but avéré était de persuader les pays de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) d’ouvrir plus larges les vannes.

Mais la réception de ce soir à l’Élysée est une «première»: c’est la toute première fois que le commanditaire (fortement) présumé de l’assassinat de Jamal Kashoggi est l’hôte d’un pays européen.

Sans doute, «tous les sujets y compris le respect des droits de l’homme» y seront-ils à nouveau brièvement abordés, entre la poire et le fromage?

Il en est un autre qui pourrait aussi être envisagé: le pouvoir de nettoyage du sang des produits pétroliers!

Une journaliste à la tête de la diplomatie belge: un pari plus que risqué


Hadja Lahbib, l’ancienne présentatrice du JT de la RTBF, n’aura pas vraiment eu le temps de se préparer à sa nouvelle fonction de ministre des Affaires étrangères : quelques jours à peine après l’annonce décoiffante de sa nomination au poste prestigieux de ministre des Affaires étrangères du royaume de Belgique, elle a participé ce lundi à un conseil européen des ministres des Affaires étrangères, où les sujets cruciaux, à commencer par la guerre en Ukraine, ne manquaient pas.

Un week-end studieux pour la nouvelle ministre

Elle s’y est préparée tout le week-end, a-t-elle expliqué à ses ex-collègues qu’elle a autorisés à l’accompagner ce lundi matin, un peu comme pour se faire pardonner d’avoir décliné leur invitation à venir s’expliquer sur le plateau, qu’elle connaît bien, du journal télévisé de la chaîne publique, le soir de sa désignation-surprise.

Elle s’y est préparée comme une étudiante préparant un examen délicat à l’université: la réflexion nous est venue lorsque nous l’avons vue parmi ses homologues des Vingt-Sept, un peu comme une candidate face à un jury central.

On imagine qu’elle ne sera pas sortie des clous qui lui avaient été tracés au cours de ce conseil des ministres européens des Affaires étrangères.

Un apprentissage nécessaire pour la «bleue» du conseil européen des ministres des Affaires étrangères

Si, sur la guerre en Ukraine, une relative discrétion de la nouvelle cheffe de la diplomatie belge peut se concevoir sous forme d’un alignement strict sur les positions de l’Union Européenne, ce pourrait se révéler beaucoup plus gênant sur le dossier congolais, dont il devait aussi être question lors de ce Sommet. Car, en République Démocratique du Congo, c’est la Belgique qui est censée donner le la à l’Europe. Or, dans toutes les qualités invoquées par le président du MR, Georges-Louis Bouchez, pour justifier son choix détonant, il n’a pas été question du Congo, sauf erreur…

Selon un vieux proverbe wallon, un nouveau balai balaie toujours mieux qu’un ancien. On ne risquera pas la comparaison : celle dont la biographie ne rappelle pas ses débuts de stagiaire au siège liégeois de RTL-TVI, devra faire ses preuves d’ici à la fin de la législature, pour démontrer qu’elle est à sa place à la tête d’une département qui a connu, dans le temps, des figures comme Paul-Henri Spaak, Pierre Harmel, Louis Michel, et Didier Reynders, et, à l’échelle européenne, un Jean Rey, éminent président de la Commission, avant Herman van Rompuy et Charles Michel, présidents du Conseil. Sans oublier Guy Verhofstadt: l’ancien Premier ministre libéral flamand est une des figures de proue du Parlement.

C’est ce qu’on lui souhaite et pour elle et pour le pays. Il serait dramatique que l’erreur de casting du tonitruant président du Mouvement Réformateur soit aussi désastreuse que quand il avait préféré Jacqueline Galant aux Communications, ignorant l’expertise d’un François Bellot, rappelé ensuite d’urgence pour réparer les erreurs de la bourgmestre de Jurbise…

Peut-être l’alors député-bourgmestre de Rochefort payai-il sa méconnaissance totale du néerlandais?

Sur ce plan, Hadja Lahbib, complètement inconnue au nord du pays, n’est guère plus performante. Si, lors de la conférence de presse qui a dévoilé son nom, elle a prononcé quelques mots d’introduction dans la langue de Vondel, en interview, après deux ou trois phrases hésitantes en néerlandais, elle a poursuivi en français, en avouant, au micro de la VRT, qu’elle devrait s’améliorer sur ce plan. Et l’interview qu’elle a donnée à la même chaîne publique flamande, après le conseil des ministres européens, elle l’a prononcée… en français.

Bien sûr, son mentor, Georges-Louis Bouchez, est moins performant qu’elle en la matière, mais quand on est à la tête de la diplomatie belge, c’est là une lacune impardonnable. Les récents prédécesseurs libéraux de Hadja Lahbib parlaient parfaitement le néerlandais (Didier Reynders) ou en avaient une connaissance approfondie (Louis Michel). Philippe Goffin et Sophie Wilmès, eux, tiraient plus ou moins bien leur plan…

L’autre aspect de cet enrôlement-surprise au MR, c’est évidemment pour les libéraux d’aligner une figure de proue issue de l’immigration à Bruxelles, lors des prochaines élections législatives fédérales.

Ce sera l’occasion pour Hadja Lahbib d’acquérir la légitimité démocratique qui lui manque, puisque comme Mathieu Michel au fédéral , et Adrien Dolimont à la Région, l’ancienne journaliste de la RTBF ne dispose d’aucun mandat électif. En France, à l’inverse, le président de cette République couronnée, Emmanuel Macron, avait expliqué avant les dernières législatives que les ministres non-réélu(e)s devaient se retirer. Et des têtes sont tombées…

Bien sûr, selon le prescrit constitutionnel, « le Roi nomme et révoque les ministres », et rien n’est dit à propos de la nécessité pour les ministres d’être des élu(e)s du peuple. Mais en l’occurrence, le président du MR se substitue au Roi, et le pli qui est le sien de choisir des ministres en dehors des assemblées élues fait désordre à l’heure où les partis éprouvent de plus en plus de difficultés à dénicher des candidat(e)s, surtout au niveau local. Il fut un temps où on faisait ses dents au niveau communal avant de siéger au Parlement pour devenir ensuite ministre. Georges-Louis Bouchez préfère renverser la table. L’exercice peut être périlleux…

Du côté de Hadja Lahbib, qui se disait « ni de droite ni de gauche » (mais bien au contraire?), il faudra rapidement aussi sortir de l’ambiguïté voire de l’hypocrisie, car on ne doute pas que sa désignation ne se double d’une promesse d’adhésion au MR. Ce qu’elle a déjà amorcé ce lundi en parlant de « libéralisme du centre » une notion assez neuve en politique. On verra si elle fera florès…

La ministre se rappellera-t-elle la journaliste?

Observateurs de la vie politique, les journalistes ont depuis toujours l’envie de passer de l’autre côté de la barrière. Si la Constitution belge, depuis l’origine, a érigé la liberté de la Presse comme un de ses principes fondamentaux, c’est tout simplement parce que… de nombreux journalistes, qui avaient souffert de la censure hollandaise, siégeaient dans la Constituante de 1830-1831. Cette proximité a subsisté longtemps, mais, depuis le début des années 1960, et la création légale en Belgique du titre de journaliste professionnel(le), elle avait progressivement disparu. Mais pas complètement: lors des débuts dans le journalisme de l’auteur de ce blog, il s’est retrouvé, à Huy-Waremme face à un sénateur, puis un député appelé Frédéric François. Non pas le chanteur, mais, à l’époque, le défunt ancien grand reporter et commentateur de la RTB qui n’était pas encore RTBF, venu défier sur ses terres, sous les couleurs du PSC, qui n’avait pas encore cédé le témoin au cdH et encore moins aux Engagés, le tout puissant bourgmestre socialiste de Waremme, Edmond Leburton, qui n’avait pas encore été victime du régionalisme qui a prévalu au sein du PS. Ces derniers temps, de plus en plus de journalistes ont été tentés par la politique… ce qui postulait dans leur chef l’abandon de leur profession, sauf à la RTBF, où certain(e)s peuvent toujours bénéficier de congés politiques. Josy Dubié, au Parlement fédéral, et son frère, Jean-Claude Defossé, au Parlement bruxellois se sont engagés chez Ecolo, mais sont sortis, surtout le second, assez déçus de leurs expériences parlementaires respectives. Jean-Paul Procureur et Anne Delvaux ont connu des fortunes diverses au cdH, et particulièrement l’ancienne présentatrice, elle aussi, du JT, débarquée à Liège dans des circonstances douloureuses pour elle.

Le MR,lui, a surtout recruté des ancien(ne)s journalistes, tant du côté de la chaîne privée, et avec un certain bonheur, puisque Frédérique Ries s’est imposée comme un députée européenne active, tandis que Florence Reuter a fini par hériter, à Waterloo, du mandat mayoral délaissé par Serge Kubla, empêtré dans une affaire judiciaire. Michel De Maegd, dernière recrue en date de RTL-TVI, siège, lui, au Parlement fédéral. Mais, alors que la RTB, pas encore F, passait pour un repaire de journalistes d’extrême-gauche dans les années 70, c’est là que les libéraux francophones ont réussi à convaincre Olivier Maroy, à la Région, et désormais Hadja Lahbib, de s’engager sous leur bannière. Élu, puis réélu, Olivier Maroy n’a jamais oublié ses débuts journalistiques: dans le long conflit qui l’a opposée à son ancien actionnaire Nethys, la rédaction de «L’Avenir» a toujours trouvé en lui une oreille très attentive. On espère que la nouvelle ministre des Affaires étrangères imitera cet exemple, et qu’au contraire de ses deux plus récents prédécesseurs, elle accordera toute son attention au projet de la Fédération Internationale des Journaliste (FIJ) de Déclaration à soumettre à l’assemblée générale des Nations-Unies pour lutter contre l’impunité scandaleuse dont bénéficient toujours neuf assassins de journalistes sur dix dans le monde…

Un premier faux-pas qu’il sera difficile d’effacer

Bien sûr, la toute nouvelle ministre belge des Affaires étrangères a fait part à son homologue ukrainien, Dmytro Kouleba, de l’«indéfectible solidarité» de la Belgique avec son pays agressé par la Russie de Vladimir Poutine. Et elle a exprimé le souhait de se rendre «bientôt» à Kiev, où, expliquait ce jeudi soir la VRT, elle ne sera accueillie que si elle présente des excuses complètes pour l’impair qu’elle a commis en se rendant de manière «illégale» pour les autorités ukrainiennes, en Crimée, annexée par la Russie en 2014.

Ce voyage, l’ancienne journaliste puis réalisatrice de la RTBF, l’a effectué en 2021. Et, néophyte en politique, elle a été prise de court par l’attaque du chef de groupe de la N-VA au Parlement fédéral, Peter De Roover, qui a rapidement accumulé les éléments accablants sur ce périple. Hadja Lhabib est en effet passée par Moscou pour se rendre en Crimée, dont l’annexion, non reconnue par la communauté internationale, a valu à la Russie ses premières sanctions, il y a huit ans. Ce déplacement, a-t-il ajouté, était destiné à prendre part à un festival culturel dont l’une des sociétés organisatrices est présidée par Katerina Tikhonova, l’une des filles du président russe Vladimir Poutine. Et il aurait été financé, en partie du moins, par Gazprom, la société étatique gazière russe, que le locataire du Kremlin utilise comme arme économique contre l’Union Européenne, pour son soutien à l’Ukraine, a ajouté Georges Dallemagne, député des «Engagés».

La RTBF a finalement décidé de ne pas pousser le projet plus avant, parce que la nécessaire indépendance journalistique n’était pas garantie. Cela n’avait pas empêché Hadja Lahbib de se répandre sur la Première, dans une interview radio, où il ressortait de ses propos que la Crimée est bien russe. (https://www.facebook.com/100003668988302/videos/572743527225033/). Ce sont ces propos, tout autant que le caractère «illégal» de son voyage qui valent aujourd’hui à la ministre des Affaires étrangères l’irritation des autorités ukrainiennes.

«En faisant le tour de mes réseaux sociaux, vous avez visiblement raté le fait que j’étais journaliste avant de devenir ministre» a répliqué Hadja Lahbib à Peter De Roover. Étrange défense que celle-là: une journaliste de qualité -et on peut supposer que l’ancienne présentatrice du JT de la RTBF est une journaliste de qualité- pouvait-elle ignorer l’annexion de la Crimée par la Russie, le fait que cette annexion ne soit pas reconnue par la communauté internationale, et que l’Union européenne, et donc la Belgique, a pris dès 2014 des sanctions contre la Russie en réplique à ce coup de force! Ignorait-elle donc qu’un état de guerre de fait existait déjà entre l’Ukraine et la Russie? Que les associations de journalistes, et notamment la Fédération Européenne des Journalistes, menaient des actions, soutenues par l’Europe, afin de faire se rapprocher des journalistes russe et ukrainien(ne)s pour les encourager à adopter une démarche professionnelle et respectueuse de la déontologie de la profession, plutôt que de céder aux trompettes de la propagande? Sans doute, la réalisatrice de la RTBF n’était-elle pas attentive à ces efforts? Son voyage, en tout cas, témoignait, même pour une journaliste ou une réalisatrice en charge de l’actualité culturelle, d’une singulière légèreté, qui démontre combien hasardeux était le choix du président du MR, Georges-Louis Bouchez, pour en faire une ministre des Affaires étrangères! Au fait, en octobre 1938, se serait-elle rendue à Vienne, pour y faire l’éloge de la culture allemande?

Voyager en avion, l’aventure estivale!


Cette saison estivale 2022 qui devait marquer, pour les compagnies aériennes, l’amorce de la reprise, après deux années de vaches très maigres dues à la pandémie de Covid-19, est progressivement en train de virer au cauchemar: après la grève qui a cloué au sol les appareils de Brussels Airlines, du 23 au 25 juin dernier, ce sont les pilotes et le personnel de cabine de Ryanair qui ont débrayé les 24, 25 et 26 juin.

Et ce n’est pas fini: puisque le patron de la compagnie low-cost irlandaise, Michael O’Leary, se refuse à toute discussion, ses pilotes vont remettre cela ces prochains 23 et 24 juillet. Les annulations de vols risquent à nouveau de se succéder en cascade!

Cet été qui devait marquer le redémarrage du tourisme aérien est décidément bien perturbé

La Belgique n’est pas le seul pays frappé: partout en Europe, des mouvements sociaux perturbent le secteur: la France, l’Espagne, le Royaume-Uni notamment, sont tour à tour frappés. Le personnel aérien, qui a accepté de se serrer la ceinture pendant deux ans, réclame le retour à la normale; les compagnies, qui n’ont pas encore renoué avec le profit, n’y sont pas encore prêtes. La solution, chez Brussels Airlines, a été la suppression de quelque 700 vols cet été.

Est-ce la raison pour laquelle un appareil qui opérait deux rotations sur Porto ce dimanche n’a pas redécollé de la cité lusitanienne pour ramener des voyageurs dans la capitale belge, et en ramener d’autres vers le Portugal? Officiellement, c’est de maladie frappant plusieurs membres de l’équipe de cabine qu’il a été question. «Nous n’avons aucune raison de mettre cette parole en doute. Mais, faute de personnel suffisant, on ne peut faire voler un avion», nous a-t-on expliqué chez Brussels Airlines.

Les passagers en attente à Bruxelles se sont vu conseiller de rentrer chez eux, et il leur a été remis un formulaire leur permettant de postuler les indemnités dues en vertu de la directive européenne sur les droits des passagers aériens (https://europa.eu/youreurope/citizens/travel/passenger-rights/air/index_fr.htm).

«Pendant la période estivale, il n’y a pas pas d’appareil « de réserve » qui peut pallier une défaillance de ce type», nous a-ton également précisé. «Comme la plupart des appareils sont complets, il est difficile par ailleurs de recaser les passagers sur un autre vol. C’est pourquoi nous conseillons aux voyageurs qui ont leur résidence en Belgique de rentrer chez eux, dans l’attente d’une solution de rechange. Pour les passagers qui n’ont pas de résidence en Belgique, la compagnie offre un séjour à l’hôtel», conformément au prescrit de la réglementation européenne… que toutes les compagnies, notamment low-cost, n’appliquent pas alors que le texte s’impose à elles également.

Dans le même temps, Brussels Airlines se voyait obligée d’offrir le même service aux passagers belges qui auraient dû rentrer de Porto: quand on vous disait que cette saison estivale était loin d’être celle du redémarrage idéal…

Les passagers ainsi privés d’une escapade ou de vacances dans le nord du Portugal se sont vu ou se verront proposer un autre vol ou un remboursement si cette alternative ne comble pas leur attente.

D’autres, qui avaient par exemple un séjour réservé à l’hôtel, ou qui devaient participer à une croisière fluviale sur le Douro «peuvent faire jouer leur assurance en annulation» conclut-on chez Brussels Airlines. Autant dire, donc, que les voyageurs aériens, surtout en cette période agitée, ont intérêt à être bien assurés en la matière. À moins qu’ils soient passés par une agence de voyage sympa, mais qui se passerait volontiers de pareille tuile, après avoir également subi la pandémie, puis les retombées de la guerre en Ukraine!

Le ciel, décidément, reste plombé pour l’instant! L’occasion de découvrir d’autres façons de voyager, peut-être moins énergivores?

La Flandre réfléchit à son tour à des «barrages écrêteurs»


Un an pile après les inondations catastrophiques qui ont frappé la Wallonie, et plus particulièrement les bassins de la Vesdre, de la Hoëgne, et de l’Ourthe, le gouvernement régional flamand s’est vu remettre un rapport d’expertise, qui préconise les mesures à prendre afin d’éviter au nord du pays une catastrophe de même type, et dont elle n’est pas à l’abri.

Parmi les mesures proposées, une vieille idée, déjà proposée il y a plus d’un quart-de-siècle pour la vallée de l’Ourthe, régulièrement victime des caprices de la rivière, par le défunt ministre wallon et liégeois des Travaux, Jean-Pierre Grafé (PSC, qui n’était pas encore devenu le cdH puis Les Engagés).

Le principe d’un tel ouvrage est simple: en situation normale, il laisse s’écouler l’eau de manière tout à fait naturelle. Et dès que les précipitations gonflent le cours, il retient une partie du trop-plein et inonde une zone définie par avance. Une fois les éléments calmés, l’eau ainsi retenue s’évacue lentement, comme l’eau s’évacue d’un évier.

La solution a déjà été mise en œuvre il y a longtemps dans diverses régions françaises. Mais en Wallonie, la suggestion de Jean-Pierre Grafé ne s’est jamais concrétisée. Pourquoi? Essentiellement par l’impossibilité de définir des zones volontairement inondables. Sans doute parce que aucun propriétaire ne souhaitait voir ses pâtures mises régulièrement sous eau.

L’implantation d’un barrage écrêteur permet de choisir la zone à inonder en cas de montée importante des eaux…

La Flandre mettra-t-elle en œuvre le projet de Jean-Pierre Grafé? Lydia Peeters, la ministre libérale flamande des Travaux publics et de la Mobilité, s’est montrée fort prudente. Il faudra, a-t-elle déclaré, examiner le rapport d’expertise et envisager chacune des mesures préconisées afin d’éviter à la Flandre un cataclysme semblable à celui qui a frappé la Wallonie l’an dernier.

S’agissant des barrages écrêteurs, les propriétaires flamands risquent fort de se montrer aussi frileux que leurs alter ego wallons. À moins que les événements de la mi-juillet 2021 aient fait changer la perspective?

En Wallonie, dans la vallée de la Vesdre notamment, des zones naguère habitées vont être déclarées inconstructibles, et les personnes sinistrées, malgré les dédommagements importants qui leur seront versés, risquent d’avoir des difficultés à retrouver des logements équivalents, dans un environnement proche. Au fait, le moment de ressortir des tiroirs l’idée de barrages écrêteurs ne serait-il pas opportun?

Et si la Flandre administrait bien ses compétences avant d’en réclamer de nouvelles?


La «Fête nationale flamande» du lundi 11 juillet a vu les porte-voix de la N-VA se succéder pour réclamer, ô surprise, plus de compétences pour la Flandre.

C’est le ministre-président flamand, Jan Jambon, qui a ouvert le feu à la veille du grand jour, avec un discours où, comme la plupart de ces prédécesseurs avant lui, il a plaidé pour un élargissement des compétences régionales, après les élections fédérales, régionales et communautaires de 2024. Puis, le 11 juillet même, sous les lambris de l’Hôtel de ville de Bruxelles, pardon, de «Brussel», Liesbeth Homans, la présidente du Vlaams Parlement, est allée un pas plus loin en réclamant des compétences accrues dès à présent, sous forme de «gains rapides» censés appâter les régionalistes wallons, un peu sur l’air du «Demain, on rase gratis»…

Le refrain est connu, mais l’air ne fait pas la chanson, pas même celle de la danse endiablée que la président du parti nationaliste flamingant, Bart De Wever, a effectuée avec la future ex-députée de son parti Valérie Van Peel, qui quittera bientôt la politique, devant les caméras des télévisions flamandes, il y a une semaine. Non sans une charge contre le gouvernement Vivaldi, minoritaire au sein du groupe linguistique flamand, chargé de tous les péchés d’Israël par le bourgmestre d’Anvers.

Conner Rousseau: «gérons d’abord bien les compétences qui sont les nôtres»

D’ailleurs, au sortir de l’Hôtel de ville bruxellois, on a relevé la réaction de Conner Rousseau, le président de Vooruit, l’ex-parti socialiste flamand, qui se demandait pourquoi réclamer de nouvelles compétences, alors que la Flandre, soulignait-il, se montre incapable de bien gérer les domaines qui lui sont déjà acquis, comme le logement par exemple. Le Premier ministre fédéral, Alexander De Croo (Open vld), flamand lui aussi, expliquait que ce qu’il fallait surtout au pays et à ses entités fédérées, ce sont des responsables politiques prêts à travailler ensemble. Pour rappel, l’Open vld fait partie de la coalition flamande dirigée par Jan Jambon.

Les agriculteurs flamands sont remontés contre leur ministre de l’Environnement, Zuhal Demir…

Les agriculteurs flamands, eux, sont peut-être moins convaincus que ce que la Flandre fait elle-même, elle le fait mieux. Car l’accord sur la limitation des déversements d’azote, défendu becs et ongles par la ministre N-VA de l’Environnement, Zuhal Demir, leur reste en travers de la gorge. C’est la raison pour laquelle ils sont récemment descendus dans les rues, quelques jours avant leurs collègues néerlandais, qui ont bloqué les autoroutes du plat pays pour exprimer leur rejet d’un accord identique outre-Moerdijk.

Le problème est ancien, et les différents gouvernements flamands qui se sont succédé se sont renvoyé la patate chaude, mais l’heure est à la prise de décision, dit et répète Zuhal Demir. Car le parti nationaliste flamingant veut lui aussi se convertir à l’écologie en ces temps où le réchauffement climatique préoccupe tous les esprits. Or, si l’agriculture flamande s’est largement industrialisée au fil des décennies, avec notamment une multiplication des porcheries à grande échelle, elle est de ce fait devenue de plus en plus polluante. La solution? Venir, pendant longtemps, épandre du lisier en Wallonie («Ce que la Flandre fait elle-même, elle le fait mieux»), une pratique qui, dit-on, n’est pas encore tout à fait éteinte, malgré les interdictions wallonnes en la matière.

Le problème, c’est que Zuhal Demir veut faire fermer des installations… et que le CD&V, membre de la majorité flamande, ne veut pas de toutes ces fermetures. Car les démocrates-chrétiens, au plus bas dans les sondages, ne peuvent se mettre leur base agricole à dos.

Le débat est loin d’être clos, chez nos voisins du nord, qui viennent à peine de régler un autre grave problème de pollution, celui posé par l’entreprise 3M dans la banlieue anversoise, dont les rejets en PFOS autour de son usine de Zwijndrecht avaient été mis au jour par les travaux de l’Oosterwel, qui doit compléter le ring anversois. Après des mois de tergiversations, 3M a enfin récemment accepté de prendre en charge la dépollution des sols.

Dans ce contexte difficile, il est évidemment plus aisé de détourner la colère de la base, en incriminant, soit la majorité fédérale, soit la structure de l’État. Mais lorsque les flonflons de la fête du 11 juillet seront éteints, on souhaite bien du plaisir à Jan Jambon, pour rétablir la sérénité dans son équipe, et sortir du casse-tête de l’accord sur la réduction des déversements d’azote…

Un ultime épisode qui ne rend pas sa crédibilité à l’Union belge de football


Le dernier acte d’un mauvais vaudeville s’est clôturé en ce début de semaine, devant les instances de l’Union belge de football, dont la crédibilité a encore pris un nouveau coup tant le coup était prévisible.

Pour rappel, ainsi qu’expliqué dans un billet précédent, le RFC Liégeois, premier champion de Belgique de l’histoire du football belge, a été, il y a quelques semaines, le seul club à terminer en tête de son championnat à ne pas accéder à l’étage supérieur. Les «Sang et Marine» ont été contraints, pour atteindre la division IB, de passer par un tour final avec Dender, Knokke et Dessel Sports, en dépit du fait que ces deux derniers clubs, faute de licence pour gagner l’étage supérieur, ne pouvaient pas monter.

Seuls, Dender et le Club Liégeois étaient donc concernés par ce tour final, et la solution sportive la plus logique aurait sans doute été de leur faire disputer deux rencontres pour se départager, voire une belle pour trancher définitivement la question. Mais c’était sans doute trop simple, et cette compétition boîteuse a quand même eu lieu. Elle a paru définitivement tourner à l’avantage du matricule 4 quand Dender, à l’avant-dernière journée, est venu se faire battre à Rocourt. Mais là aussi, il fallait un caillou dans la chaussure.

Le coup de Jarnac est venu au lendemain de ce succès en principe décisif, quand le «sportcomité» (j’utilise à dessein sa dénomination flamande) de l’Union belge a renversé une décision antérieure, et a infligé un… score de forfait aux «Rouge et Bleu» pour une erreur administrative qui, lors d’une rencontre de championnat, leur avait fait inscrire sur une feuille d’arbitre un jeune joueur de 22 ans et quelques jours, alors qu’il ne pouvait en avoir que 21. Une sanction administrative avait d’abord frappé le RFC Liégeois; le «sportcomité» renversait le classement à son détriment, juste avant la dernière journée du tour final: le procédé était cousu de câble blanc.

La direction du Club Liégeois, par la voix de son avocat de président, Jean-Paul Lacomble, annonçait immédiatement un recours, appuyé de quatorze moyens de droit, dont l’un portait sur le caractère tardif de la réclamation de… Dender contre cette erreur administrative. Devant n’importe quelle institution judiciaire, ce retard aurait suffi à repousser ce recours, mais pas au «sportcomité».

Restait un ultime espoir aux Liégeois: aller s’imposer à Knokke, lors de la dernière journée en tablant sur un très improbable échec de Dender face à Dessel Sports. Mais le moral n’y était plus: malgré une domination écrasante, les «Sang et Marine» se sont inclinés à la Côte, tandis qu’un seul petit but suffisait à Dender pour s’adjuger une promotion indue ou en tout cas bien peu sportivement acquise.

Il suffisait alors d’effacer la trace de ce forfait: c’est ce que l’Union belge a fait, en début de semaine, en donnant… raison au Club Liégeois, et en annulant d’autant plus aisément le score de forfait qu’il ne lui permettait pas de récupérer sa première place. Ayant ainsi gain de cause, les dirigeants du matricule 4 n’ont désormais plus aucune raison de s’adresser à la justice civile, pour demander compensation pour le préjudice incontestable ainsi subi…

Tout cela est évidemment cousu de câble blanc: cette dernière décision des instances de la fédération belge achève de les décrédibiliser au sud du pays, où on n’oubliera pas les accusations de corruption lancées jadis contre l’AS Eupen par le KV Mechelen et Waasland Beveren, qui avaient eux-mêmes tenté «d’arranger» leur rencontre sans subir la sanction prévue en pareil cas; la manière dont l’Excelsior Virton a été «truandé» en division II, ou IB si vous préférez, et aujourd’hui cette maladroite tentative de mettre le couvercle sur une colère qui reste vive.

On plaint le nouveau président de l’Union belge de football, qui ne vient pas du sérail, et qui a évoqué dès sa première interview les nombreux «défis» auxquels il doit faire face, du stade Roi Baudouin au football féminin, sans oublier le foot professionnel et le football amateur. Tiens, il n’a pas parlé de la corruption endémique dans le football belge, dont la fédération ne semble plus se soucier, dans l’attente de la sanction judiciaire. Ni, non plus, de cette étrangeté qui a vu un seul champion ne pas accéder à l’étage supérieur…