Jusqu’à quand les assassins de journalistes resteront-ils impunis?


Le journalisme d’investigation a une nouvelle fois payé un lourd tribut à son indépendance d’esprit et à la liberté d’expression ce week-end: le corps de la journaliste bulgare Victoria Marinova (TVN), violée et étranglée, a été retrouvé ce samedi soir à Roussé, tandis qu’en Turquie, tout indique que Jamal Khashoggi, journaliste saoudien critique qui collabore notamment avec le Washington Post, à lui aussi été assassiné. Entré mardi dernier au consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul, il n’a plus réapparu depuis lors, et sa mort a publiquement été évoquée par les autorités judiciaires turques qui enquêtent sur sa disparition et laissent entendre qu’il aurait été tué dans l’enceinte même du consulat. L’Arabie Saoudite dément et affirme que Jamal Khashoggi est ressorti libre de son consulat à Istanbul mais n’a pu fournir la preuve de cette assertion. Le consulat doit pourtant enregistrer entrées et sorties, et s’il est équipé de caméras de surveillance, il ne serait pas difficile de démontrer ce qui est affirmé.

Les noms de Victoria Marinova, à coup sûr, et de Jamal Khashoggi plus que probablement vont ainsi s’ajouter à la sinistre liste des 72 journalistes et collaborateurs de presse répertoriés par la Fédération Internationale des Journalistes depuis le début de cette année, et au scandale de leur mort violente s’ajoutera sans doute le scandale de l’impunité dont bénéficient leurs assassins. Les récents progrès faits en Slovaquie dans l’enquête sur l’assassinat de Jan Kuciak et de sa fiancée n’est en effet que l’arbre qui cache la forêt. Selon des chiffres dévoilés par la FIJ lors d’un colloque sur l’impunité il y aura bientôt deux ans, neuf assassinats de journalistes sur dix restent impunis dans le monde. À Malte, par exemple, les commanditaires de l’assassinat de Daphné Caruana restent inconnus, et on n’est pas certains que ce sont bien ses meurtriers qui sous les verrous.

Une des raisons qui expliquent cette situation scandaleuse tient sans doute dans le fait que des assassinats de journalistes ne sont pas considérés d’office comme une atteinte à la liberté de la presse, à laquelle tant d’États se disent attachés, du moins en théorie. Si des enquêteurs doivent travailler au départ sur toutes les hypothèses possibles, pourquoi ne pas privilégier l’attaque contre la journaliste critique plutôt que l’agression sexuelle dans un cas comme celui de Victoria Marinova?

La création au niveau de chaque État d’équipes de magistrats spécialisés dans les attaques de journalistes aiderait aussi à systématiser des enquêtes qui pourraient conduire plus souvent à l’arrestation d’assassins et de leurs donneurs d’ordres.

L’indifférence favorise aussi cette impunité, à commencer par celle des journalistes eux-mêmes : hors les médias bulgares et peut- être de la région, hors les médias turcs et quelques médias arabes dont Al Jazeera, victime, il faut s’en souvenir, d’une demande de fermeture formulée par une coalition menée par… l’Arabie Saoudite, AUCUN des multiples journaux télévisés que j’ai vus ce week-end (France, Belgique, Allemagne, USA, Espagne) n’ont mentionné ou fait un gros titres des « affaires » Marinova ou Khashoggi! Comme si cela ne nous concernait pas, nous, journalistes qui avons la chance de vivre dans un monde où la principale menace sur notre liberté ne venait que d’actionnaires ou de gros clients publicitaires plus que de politiques. Personne ne peut pourtant se croire vraiment à l’abri, et la solidarité professionnelle doit être notre outil essentiel de résistance.

À la fin de ce mois, par ailleurs, la FIJ ramènera le scandale de l’impunité devant l’Assemblée générale des Nations-Unies à New York en invitant les États à appuyer un projet de texte contraignant en la matière. Là aussi, il y aura de l’indifférence voire de la réticence à surmonter. Certains pays, heureusement, ont déjà annoncé leur appui, j’ose espérer que la Belgique, qui a fait dès le début de la liberté de la presse une valeur fondamentale de sa démocratie, se joindra à eux. Les contacts pris sont prometteurs…

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Le franssai simplifier, je n’ême pa


Or donc, la dernière idée à la mode est de supprimer l’accord du participe passé avec «avoir», au motif que la règle est désuète, ou plutôt, trop compliquée à comprendre. Trop compliquée, vraiment? Il ne me paraît pourtant pas d’une complexité effroyable de se souvenir que le participe passé conjugué avec «avoir» s’accorde en genre et en nombre avec le complément d’objet direct qui le précède. Mieux, la simple application de ce principe unique permet, dans la foulée, de conjuguer sans faute les verbes pronominaux, et d’écrire ainsi correctement «elle s’est dit» ou «elle s’est rendu compte», mais «elle s’est regardée dans le miroir».

Bien sûr, une langue vivante n’est par définition pas figée: les cruciverbistes, en particulier, s’en rendent bien compte, qui se voient proposer des mots disparus depuis longtemps de notre vocabulaire: céans, oncques, etc.

Cette évolution ne se limite pas à la suppression ou à l’apparition de mots; elle passe aussi par des réformes périodiques de la grammaire. Faut-il encore que ces réformes ne portent pas atteinte au génie de la langue: «les oiseaux que j’ai vus manger» ne subissent pas le sort funeste des «oiseaux que j’ai vu manger».  Que la réforme évoquée ces derniers jours voie le jour, et le français perdra une part de sa finesse. Or on sait qu’avec l’apprentissage d’une langue, vient l’apprentissage d’un mode de pensée.

Et puis quoi? Parce qu’une règle semble trop difficile à apprendre, il faudrait la supprimer? Mutatis mutandis, on pourrait donc décider que, puisque le trafic automobile génère des accidents, il suffit d’imposer le… 0 kilomètre à l’heure pour réduire une fois pour toutes à néant le nombre de tués sur nos routes. D’autant que, dans la foulée, on voit mal pourquoi il faudrait conserver la distinction entre l’infinitif et le participe passé: pourquoi devrait-on plus avant distinguer «chanté» de «chanter». Pourquoi demain ne pas célébrer le «chanteur qui a bien chanter» pour «boire à sa santé (ou sa santer»? Et dans la foulée, pourquoi ne pas faire un sort à ces conjugaisons compliquées des auxiliaires «être» et «avoir»? Pour se coller encore plus sur l’anglais, on pourrait se contenter de deux formes des deux auxiliaires pour toutes les personnes. Voire faire mieux encore que les anglophones, et n’en conserver qu’une seule? «J’être», «tu être», «il ou elle être», «nous être», «vous être» et «ils être» par exemple? Encore quelques évolutions de ce style, est on en reviendra au b.a-ba, la langue des «barbares» comme disaient les Grecs antiques, pour se gausser…

L’illogisme d’un défenseur de la logique

J’apporte un petit complément à ce texte, à la suite de l’appui total à la suppression de l’accord du participe passé employé avec «avoir»  apporté ce week-end par le linguiste Jean-Marie Klinkenberg, président du Conseil de la langue française et de la politique linguistique, dans le journal qui, air connu, m’emploie et ne me rémunère pas assez à mon goût. Parce que «à l’oral, plus personne ne fait cet accord, et à l’écrit, on constate que cela se fait aussi de moins en moins» affirme, péremptoirement, ce brillant linguiste. Ah bon ? Le postulat ainsi démontré peut nous entraîner fort loin: si le vol à la tire se multiplie, deviendra-t-il légal pour la cause?

«Nous avons un enseignement fondé sur le dressage, poursuit-il. On pourrait l »axer davantage sur la réflexion et dégager du temps pour mieux comprendre la grammaire et l’étymologie. Quand un carrefour est dangereux, on y fait des aménagements. On ne dit pas aux gens : « Entraînez-vous à passer en faisant des sauts périlleux! »»

Passons sur l’ironie: quand un carrefour est dangereux, on y installe aussi des panneaux de signalisation pour y rappeler les règles élémentaires du code de la route qui y prévalent; on y place parfois des caméras pour repérer les contrevenants, et des policiers s’y postent aussi pour verbaliser.

Revenons au sujet. L’enseignement de Jean-Marie Klinkenberg, j’en suis sûr, n’a pas été fondé sur le «dressage». Et il a parfaitement raison de plaider une meilleure compréhension de la grammaire: c’est la façon la plus simple de faire comprendre cette règle simple qui est l’accord du participe passé employé avec «avoir». «Erreur d’un moine copiste du Moyen Age?», comme l’affirment les détracteurs de la règle. Argument ô combien spécieux: si cette erreur, à supposer qu’elle soit à l’origine de cet accord, n’avait pas correspondu à une logique, elle n’aurait pas traversé le temps. Et quand Jean-Marie Klinkenberg plaide la logique, qu’il m’explique donc comme je devrai interpréter la phrase « les oiseaux que j’ai vu manger», si l’accord du participe passé employé avec «avoir» avec le complément d’objet direct qui le précède disparaît: les oiseaux dont il me parlera mangeaient-ils… ou étaient-ils mangés? La nuance apportée par l’accord du participe passé est d’importance, on en conviendra. Encore plus  si on évoque les «manifestants que j’ai vu matraquer».

Autre exemple, bien plus significatif encore, cité sur Facebook par mon confrère et ami Luc Brunclair, chroniqueur (je n’utilise pas la qualification ironique qu’il se donne lui-même) judiciaire verviétois plein d’expérience, «la mort de cet homme que j’ai tant désirée» n’a pas du tout la même signification que «la mort de cet homme que j’ai tant désiré». Une démonstration limpide de la logique, chère à Jean-Marie Klinkenberg, qui soutient la règle de l’accord du participe passé utilisé avec avoir. Qu’on supprime cet accord, et il sera impossible de distinguer une proposition de l’autre. Sauf à… réinventer une règle?

Apprendre en s’amusant

Grammapire impertinenteOui, l’enseignement ne doit pas être un dressage. Oui, l’apprentissage de la grammaire peut être amusant. Pas convaincu(e)s? Je vous renvoie à la  «La grammaire impertinente» de ce cher Jean-Louis Fournier un ouvrage à la fois hilarant et sérieux, qui aide à retenir les règles les plus biscornues de notre langue. Une fois que vous en aurez terminé, il vous restera à parcourir «L’arithmétique impertinente», et dans la foulée, vous deviendrez un redoutable calculateur, ou une redoutable calculeuse, pardon, calculatrice.

Une fois que vous tiendrez ces ouvrages en mains, vous ne pourrez plus les laisser tomber. Et vous le verrez, même des exercices de grammaire deviennent très amusants. Le défi est bien plus passionnant que de supprimer des règles, au motif qu’elles sont difficiles à apprendre!

Et s’il reste malgré tout des rétifs, peut-être peuvent-ils espérer retrouver des enseignantes de grande qualité, prêtes à payer de leur personne, comme par le passé!

Carles Puigdemont devra-t-il prononcer le célèbre « Schild en Vriend »?


La grande nouvelle politique de la semaine dernière a donc été la probable présence de l’homme politique indépendantiste catalan Carles Puigdemont sur la liste européenne de la N-VA l’an prochain.

PokemonSi l’information s’avère, en 2019, la boucle sera donc bouclée et au-delà de la solidarité nationaliste ente la formation de l’ex-président de la Generalitat et celle de celui qui est, jusqu’en octobre du moins, le bourgmestre d’Anvers sera confirmée : Carles Puigdemont est bien un homme politique de droite extrême. Et il est tout aussi patent que la coalition indépendantiste catalane est un assemblage hétéroclite de partis qui n’ont en commun que leur détestation de l’Espagne, ce qui est, on en conviendra, bien peu pour fonder une plate-forme politique cohérente.

Bart De Wever montre en même temps qu’il n’a pas la rancune tenace, car sa ville a été ravagée à la fin du XVIe siècle par la tristement célèbre «furie espagnole» et peut-être voire probablement y avait-il à l’époque des soudards catalans parmi la soldatesque assoiffée de sang, de bière et de trésors à la solde du duc d’Albe qui pillait et ravageait la cité portuaire. Mais peut-être l’historien De Wever a-t-il opéré au préalable une vérification rigoureuse de l’identité de toutes ces brutes et prouvera-t-il qu’aucun d’entre eux n’était d’origine catalane?

Plus sérieusement, si on peut s’étonner de la manœuvre, elle est a priori légitime :le scrutin est européen et Carles Puigdemont est citoyen européen (du moins aussi longtemps que la réussite éventuelle de son projet indépendantiste ne forcera pas la Catalogne à entamer un long et difficile processus d’adhésion à l’Union européenne): il est donc éligible sur tout le territoire de l’Union. Mais à supposer qu’il soit élu, il lui faudra alors démissionner de son mandat de député catalan, et donc quitter la scène politique catalane: bizarre, vous avez dit bizarre?

Sa qualité d’Européen le dispense même, a expliqué la semaine dernière le constitutionnaliste Christian Behrendt, de l’université de Liège, à mon excellent collègue Albert Jallet, de toute obligation linguistique, et cela paraît déjà plus insolite. Car il bénéficiera ainsi d’une discrimination à l’égard de citoyens belges, qui, pour se présenter sur une liste flamande devraient pouvoir prononcer le célèbre «Schild en Vriend» qu’on serait curieux d’entendre dans la bouche de l’homme politique catalan à coiffure de Playmobil: avec l’accent catalan, l’expression en deviendrait peut-être amusante…

Il reste par contre une question sans réponse : pour se présenter au scrutin européen dans le collège linguistique flamand, Carles Puigdemont devrait résider sur le heilige Vlaamse grond. Il lui reste quelques mois pour ce faire, d’accord, mais cela le forcera à quitter la luxueuse villa qu’il occupe à Waterloo… et dont on serait tout de même curieux de savoir qui règle le plantureux loyer mensuel!

Ce qu’on aimerait savoir de Carles Puigdemont


Carles Puigdemont, l’homme politique indépendantiste catalan, a soigné son retour en Belgique ce samedi. Sa journée avait été dûment planifiée, avec notamment une conférence de presse qui lui permettrait de proclamer son crédo, puis son retour dans la luxueuse villa de Waterloo, qu’il a transformée (avec l’accord de son propriétaire?) en Casa de la Republica, et devant laquelle une bonne centaine de personnes ont organisé une manifestation de soutien (avec l’autorisation de la bourgmestre de Waterloo, Florence Reuter?) et chanté leur soutien à la cause indépendantiste catalane.

Pokemon à la retebePetite précision liminaire: Carles Puigdemont a évidemment le droit de défendre la cause de l’indépendance catalane, et il est proprement scandaleux que, dans un pays qui fait partie de l’Union européenne, des partisans de cette cause se retrouvent détenus. Cette détention résulte de l’aveuglement de l’ancien Premier ministre conservateur espagnol, Mariano Rajoy, qui a tourné le  dos au dialogue avec les partis catalans mis en place par son prédécesseur socialiste, Jose Luis  Rodriguez Zapatero, et a conduit à l’affrontement frontal entre les autorités centrales espagnoles et des partis indépendantistes majoritaires dans l’assemblée parlementaire catalane, mais pas en voix. Cet affrontement a culminé avec la tenue, en Catalogne, d’un référendum sur l’indépendance de la région tenu dans un climat de violence le 1er octobre 2017; les poursuites judiciaires à l’encontre des initiateurs des organisateurs de ce référendum; l’incarcération d’un certain nombre d’entre eux; et la fuite à l’étranger d’autres, dont Carles Puigdemont, réfugié en Belgique.

Paradoxalement, l’ancien président de la Catalogne devrait… remercier Mariano Rajoy de son obstination: elle lui permet aujourd’hui de se donner aujourd’hui l’image d’un réfugié politique. Image toutefois relative: après son arrestation en Allemagne, et l’autorisation limitée donnée par la justice allemande à son extradition vers l’Espagne, le mandat d’arrêt international lancé contre lui a été retiré. Il reste inculpé en Espagne, ce qui est hautement discutable. Mais il est donc libre, grâce à la justice allemande, d’aller et de venir comme bon lui semble.

M. Puigdemont se drape donc dans la dignité de la démocratie bafouée. Démocratie qu’il pratique de manière autoritaire à l’intérieur de son propre parti: les membres de la direction de son parti, la Convergence Démocratique de Catalogne favorables à un dialogue avec le nouveau gouvernement socialiste espagnol, ont été limogés et remplacés par des autonomistes purs et durs, bien dans la ligne de l’occupant de la luxueuse villa waterlootoise. Cette remise au pas témoigne bien, au passage, du degré d’autonomie dont dispose le président actuel de la Generalitat, Quim Torra, venu saluer le «grand homme», ce samedi, à Bruxelles.

Quoique confortablement logé en terre wallonne, Carles Puigdemont a lancé un vibrant hommage à la N-VA, le seul parti qui le soutienne vraiment en Belgique, ou plus précisément en Flandre: connaissant les options idéologiques de la N-VA, on peut imaginer que le positionnement du tenant de l’indépendance catalane n’en est pas très éloigné. Cela confirme, mais ce n’est pas une surprise, le caractère hétéroclite de la coalition indépendantiste catalane… auquel répond le caractère hétéroclite de la coalition anti-indépendantiste en Catalogne. On serait au passage curieux de savoir si c’est la N-VA qui règle le loyer «modeste» (4400 euros par mois!) de la Casa de la Republica catalane en terre brabançonne. La question n’a peut-être pas été posée à Carles Puigdemont, il n’a jamais jugé utile de donner la précision. Il serait tout de même intéressant de savoir si l’ex-président de la Generalitat possède une fortune personnelle qui lui permet de soutenir cette dépense. Et si ce n’est pas le cas, d’où lui viennent ses appuis financiers.

Reste aussi une question sans réponse: des partis indépendantistes majoritaires dans une assemblée, par la grâce d’une répartition des sièges judicieusement organisée, mais qui n’ont pas une majorité en voix, sont-ils légitimes pour organiser un référendum sur l’indépendance d’une région, dont, soit dit au passage,  les conditions de participation et de résultat (majorité spéciale? À quel niveau?) ne sont nullement fixées? Le martyr de la démocratie doit encore progresser sur le chemin de la démocratie…

Rendez-vous en 2038 avec… le Grand Jojo


Pourquoi gâcher notre plaisir? Avouons-le, nous avons «eu bon» comme on dit chez nous, ce vendredi soir, avec cette victoire historique de la petite Belgique sur le grand Brésil. J’ai d’autant plus savouré personnellement qu’en début d’après-midi, en conversation avec un collègue, je me trouvais fort généreux en accordant 25% de chances de se qualifier aux Diables Rouges. Thierry Luthers, le Johnny Halliday de la RTBF, et encyclopédie du football contemporain, ne disait rien d’autre, en début de soirée, quand sur VivaCité (j’ai suivi la première demi-heure du match à la radio, en voiture, comme au temps lointain de mon enfance), il se basait sur sa raison pour annoncer un score de 4-2 en faveur des Auriverde.

Belgique-BrésilLes Diables Rouges nous ont donné tort à tous les deux, et il ne m’est sans doute jamais arrivé d’être aussi heureux d’avoir eu tort!

Ils l’ont fait parce qu’ils ont disputé un match parfait, et c’est une excellente nouvelle.

Une moins bonne nouvelle pour eux, maintenant, c’est que les voilà obligés de… répéter deux fois ce match parfait: une première fois ce prochain mardi, face à une France qu’il faudra «bouger», d’autant que, jusqu’ici, elle n’a pas été défavorisée par les dieux du foot: coup de réparation accordé après intervention du VAR lors de son premier match, alors qu’elle piétinait; complicité du gardien uruguayen qui coupe bras et jambes à ses coéquipiers ce vendredi.

Le grand défi, pour Roberto Martinez, qui prend de plus en plus des allures d’Aimé Jacquet en 1998, ne sera pas tellement de motiver son équipe pour ce match contre les Coqs: non seulement, il s’agit d’une demi-finale de coupe du monde, mais en plus, ce match est un véritable derby. Et par surcroît, des Diables (Hazard, Batshuayi, Meunier, même si celui-ci ne sera pas de la fête ce mardi), ont joué en Ligue 1, et, pour eux, il y aura aussi la volonté de se montrer devant le public qui a été le leur. C’est paradoxalement pour la… finale, le cas échéant, que l’entraîneur catalano-britannico-espagnol de l’équipe belge devra se montrer persuasif. Car il faut bien avouer que les adversaires potentiels actuels de l’autre groupe (Russie, Croatie, Suède et même Angleterre) n’ont tout de même pas le même «pep’s» que le Brésil ou la France!

Quelle que soit son issue, ce Mondial russe sera marqué, côté belge francophone, par le «Je l’avais dit, bordel!» de Philippe Albert, qui sera poursuivi par son exclamation comme le «Golgolgolgol» de Roger Laboureur, en 1986, l’a accompagné jusqu’à ce jour. Au point que le Grand Jojo l’a reprise, dans son hymne aux Diables pour cette campagne de Russie.

Comme, statistiquement, la Belgique arrive en demi-finales du Mondial tous les 32 ans, on peut donc déjà prédire qu’en 2038, voire en 2042, pour le Mondial qui se jouera sur la lune, le Grand Jojo reprendra ce «Je l’avais dit, bordel!» dans la chanson qu’il écrira alors pour les Diables rouges de cette époque. Oui, j’ai bien dit le Grand Jojo, car le bonhomme est increvable. Et je compte bien, alors, pour l’entendre. En espérant à nouveau «avoir bon» au spectacle de notre équipe nationale.

Foot et fric: suite et hélas pas fin


Diable rougeTout est prêt pour la grande fête du football, qui démarrera bientôt en Russie. Fête du football, ou fête du fric? Le débat, en Belgique, tourne pour l’instant autour des droits réclamés par la RTBF pour la retransmission des rencontres des Diables Rouges sur écrans géants, installés par des villes et communes qui ne devraient avoir à se préoccuper que des mesures de sécurité à mettre en place autour de ces grands rassemblements collectifs.

Des droits pour la retransmission de matches sur des écrans géants? Un entretien accordé par Michel Lecomte, responsable de la rédaction sportive de la RTBF, à ma chaîne de télévision locale, m’a permis de comprendre le fondement de cette revendication a priori très suspecte: la chaîne publique a non seulement acquis cher et vilain auprès de la FIFA (Fédération Internationale de Football Association) le droit de retransmettre les rencontres du Mondial qui va bientôt démarrer, mais elle a également acquis les droits de retransmission pour les visions en public. Et l’argent qu’elle va réclamer aux villes, communes, ou associations qui veulent réunir du monde pour partager des émotions footballistiques, retournera pour partie à la FIFA.

Sans doute doit-on envisager le problème sous l’angle légal, notamment du droit à l’image des stars du ballon rond, par ailleurs rémunérées de manière totalement indécente à l’aune de la pénibilité de leur travail (heureusement, le footballeur professionnel n’a pas été répertorié sur la liste des métiers pénibles en ce moment en grand débat en Belgique). Mais quand on envisage les milliards que brasse la FIFA, ses pratiques mafieuses, et la corruption qui y a régné et y règne toujours (on a suffisamment glosé des conditions d’attribution du championnat du monde 2018 à la Russie, et plus encore de 2022 au Qatar), on ne peut qu’être choqué par ce harcèlement à l’égard des spectateurs sans qui cet empire financier n’existerait finalement pas.

Ppourtant, on n’en a encore rien vu, si je m’en réfère au dossier sur le football publié cette semaine dans Le Vif, où Olivier Mouton a notamment rencontré William Gaillard, consultant sportif et surtout ancien bras droit de Michel Platini à l’UEFA, ce qui en fait un observateur avisé des pratiques et des abus du football professionnel européen et mondial.

Or donc, à en croire William Gaillard, une fois réglés des problèmes de corruption qui pèsent sur les compétitions continentales («Il n’y a pas de cas prouvé à ce jour d’un trucage lors d’un des matches de la Champions League mais on a trop de cas prouvés pour les qualifications sans intérêts pour l’Europa League qui se déroulent au mois de juillet au fin fond des Balkans») les grands clubs européens passeront à la vitesse supérieure et réaliseront un projet déjà esquissé dans un passé récent: celui d’une Super League européenne, qui pourrait être composée des trente-deux clubs phares des championnats européens (dont une grosse majorité d’équipes espagnoles, italiennes, anglaises et allemandes, on imagine…) et qui sur le modèle des principaux sports aux États-Unis, serait une compétition fermée. Entendez que les clubs inscrits dans ce super-championnat européen y resteront pour l’éternité et qu’aucune formation ne pourra s’y hisser.

Mieux, cette compétition se jouerait le week-end, tandis que les championnats nationaux seraient relégués… en semaine!

Cela forcerait donc les amateurs qui se rendent chaque semaine au stade, si l’on suit bien le raisonnement, à modifier leurs habitudes et à s’imposer des rencontres entre le lundi et le jeudi! Les modifications graves sur l’organisation des différents championnats dans le monde qu’imposera l’organisation d’un Mondial hivernal au Qatar ne seraient donc, pour les spectateurs européens, que l’apéritif d’un scénario-catastrophe.

Et ce n’est sans doute qu’un début, puisque, avec son interlocuteur, notre confrère Olivier Mouton conclut son article sur des arrêts de la cour de Justice de l’Union Européenne à Luxembourg. Moins bien célèbres que l’arrêt Bosman, qui a mis le football continental et mondial sens dessus-dessous à l’époque, ces arrêts (Tuitert et Kerstholt, et Meca-Medina) transposés au football ont pour conséquence que la FIFA ne peut s’attribuer juridiquement le monopole de l’organisation d’une coupe ou d’un championnat du monde. De même, la FIFA et ses fédérations continentales ou nationales n’ont pas le droit de sanctionner une équipe qui contrevient aux règles: là comme dans l’affaire Bosman, c’est à la justice qu’il appartient de trancher, a conclu la cour de Luxembourg.

Ces arrêts n’ont pas encore produit leurs effets dans le monde du football, mais tôt ou tard, les puissances financières qui le dirigent en tireront leurs conclusions. Et pousseront encore plus loin le mépris des amateurs qui en font le succès populaire. Plus que jamais, ce sera à eux de savoir s’ils veulent soutenir cette dérive mafieuse en continuant à se rendre dans les grands stades, ou en souscrivant des abonnements aux télés payantes qui retransmettent des compétitions dont le résultat, le plus souvent, est pratiquement connu d’avance….

La Tredecima du Real: le foot plus que jamais noyé dans le pognon


Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse: le public et les médias espagnols (pas forcément en Catalogne, on imagine) célèbrent à l’envi la treizième conquête de la coupe «aux grandes oreilles», réussie ce samedi par le Real Madrid dans une rencontre essentiellement marquée par les bourdes du gardien allemand de Liverpool, Loris Karius, désormais appelé à figurer dans les anthologies des  buts les plus stupides au monde. Certains médias français embraient, en saluant la performance de l’entraîneur des Madrilènes: Zinedine Zidane a réussi à mener ses troupes à la victoire en Ligue des Champions pour la troisième fois d’affilée, la performance est unique!

Il ne faut pourtant pas se faire d’illusions: cette (très moyenne) finale de la reine des compétitions européennes de football a illustré, une nouvelle fois, combien l’argent a gangrené le ballon rond dans d’indécentes proportions.

Sergio RamosPrenons d’abord la blessure de l’attaquant «red» Mohamed Salah, après une demi-heure de jeu. Incident banal? Allons donc. Comme par hasard, c’est dans un contact avec Sergio Ramos que l’attaquant égyptien s’est retrouvé gravement atteint, au point que sa participation au Mondial est sérieusement compromise.

En termes judiciaires, on dirait de Sergio Ramos qu’il est un tueur patenté bien protégé. On ne compte plus les adversaires que le rugueux défenseur madrilène a blessés, sans subir à chaque fois les foudres arbitrales, et des sanctions dont la rigueur s’alourdirait au fil de ses comparutions devant les instances sportives européennes.

Rien de tout cela pour lui, et pour cause: il joue au Real Madrid. Un grand non pas seulement d’Espagne mais d’Europe. Et qui bénéficie à ce titre des protections dues à son rang: rappelons-nous, récemment le coup de réparation accordé aux Madrilènes à l’ultime minute face à la Juventus de Turin, pour une faute d’un défenseur italien qu’on n’a jamais pu réellement établir de manière formelle. La pénalité a permis au Real d’échapper miraculeusement à une possible élimination honteuse dans son propre stade, et surtout, après la déroute de Barcelone à l’AS Rome, de maintenir en demi-finale de la Ligue des Champions, un club espagnol, représentant une des fédérations les plus puissantes d’Europe, mais aussi les plus friquées. Au même titre, peut-être que la Premier League britannique, ce qui explique peut-être pourquoi c’est un club anglais qui disputait hier soir la finale contre les Madrilènes.

Quand l’étoile de Ramos pâlira, et qu’il  se retrouvera peut-être dans un club moins huppé, il apprendra vite à ses dépens que l’adage de La Fontaine se décline aussi dans le football actuel: selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous feront blanc ou noir…

Loris KariusCette finale, Liverpool a commencé à la perdre avec la sortie sur blessure de son buteur égyptien. Mais le Real l’a surtout emportée avec la complicité, involontaire on le suppose, du gardien allemand des Reds, Loris Karius.

L’ancien gardien de Mayence a donné un double coup de pouce spectaculaire à la victoire des Madrilènes. Et en le voyant jouer de la sorte, on ne peut s’empêcher de se demander ce qui a poussé l’entraîneur allemand de Liverpool, Jürgen Klopp, à lui donner subitement une priorité absolue sur le malheureux Simon Mignolet, confiné sur le banc, et qui aura vu avec des sentiments mêlés son rival se rendre ainsi ridicule aux yeux de la planète entière. Solidarité entre compatriotes exilés au Royaume-Uni? Volonté absolue de prouver qu’il a raison, d’un entraîneur qui a fait venir un gardien et qui veut, en dépit de toute logique, démontrer que c’est le meilleur gardien, puisque c’est lui qui l’a engagé? Si tel est le cas, Klopp devrait démissionner et quitter le club. Et sa pratique s’apparente étrangement à celles de potentats locaux qui prennent le contrôle d’une toute petite équipe, et veulent y faire régner leur loi, au gré de leurs caprices. À moins que, horresco referens, il y ait là aussi une histoire de gros sous: soit que l’ancien entraîneur du Borussia Dortmund, qui commence à cumuler les défaites en finale de compétitions où il amène le club qu’il dirige, confonde, comme certains confrères, son rôle avec celui de manager de joueurs, ce qui est interdit. Soit que la direction, ennuyée d’avoir deux gardiens dont aucun ne prend l’ascendant sur l’autre – encore qu’en voyant jouer Karius ce samedi, on se dit qu’il n’y a pas photo entre Mignolet et lui! – lui aurait donné instruction de faire jouer l’un plutôt que l’autre, afin de pouvoir le refiler à un autre club contre argent sonnant et trébuchant en fin de saison? Si cette dernière hypothèse est la vraie, on plaint les dirigeants de Liverpool: après sa prestation en finale de la Ligue des Champions, Loris Karius proposerait même ses services à un club faiblard de IVeme provinciale, il n’est pas sûr qu’on lui ferait confiance!

PlatiniDernière manifestation de la gangrène qui mine le football: les aveux de Michel Platini, récemment au micro de l’indéboulonnable Jacques Vendroux.

L’ancien président de l’UEFA, qui vient d’être blanchi par la justice suisse des accusations de corruption lancées contre lui dans la foulée de l’éviction de Sepp Blatter de la présidence de la FIFA, dont le Français espérait s’emparer dans la foulée, espère du coup faire lever la suspension dont il fait l’objet dans le football mondial. Ce n’est pas gagné d’avance: si, sur le plan judiciaire, on ne peut rien lui reprocher, le 1,8 million d’euros qu’il a encaissé pour un travail indéterminé, sans le moindre contrat écrit, continuent à jeter un doute sur sa moralité. Et ce ne sont pas ses propos au micro de Vendroux qui nous déferont de cette impression: avec l’air réjoui d’un maquignon qui a réussi à refiler à un naïf une haridelle qu’il lui a présentée comme un vainqueur possible du Grand Prix de Chantilly, Michel Platini a avoué que des «petites magouilles» (sic) avaient permis à la France, en 1998, d’éviter le Brésil avant la fin du championnat du monde qu’elle a organisé. Et qu’elle a remporté en triomphant en finale, d’un Brésil étrangement passif.

Invité de l’émission «C à vous la suite», l’ex-international français et champion du monde de 1998 Bixente Lizarazu, a qualifié ces paroles de maladroites et expliqué que le calendrier des matches du championnat du monde français avait été établies en suivant les dispositions d’un règlement très précisément établi, et qui s’applique à chaque Mondial. Il n’empêche, les propos de Platini sont très clairs. Ils devraient aider à ouvrir les yeux des trop nombreux supporters qui restent attachés à leur club professionnel, et ne sont pas seulement les dindons de la farce: c’est eux qui nourrissent la bête!