Foot et fric: suite et hélas pas fin


Diable rougeTout est prêt pour la grande fête du football, qui démarrera bientôt en Russie. Fête du football, ou fête du fric? Le débat, en Belgique, tourne pour l’instant autour des droits réclamés par la RTBF pour la retransmission des rencontres des Diables Rouges sur écrans géants, installés par des villes et communes qui ne devraient avoir à se préoccuper que des mesures de sécurité à mettre en place autour de ces grands rassemblements collectifs.

Des droits pour la retransmission de matches sur des écrans géants? Un entretien accordé par Michel Lecomte, responsable de la rédaction sportive de la RTBF, à ma chaîne de télévision locale, m’a permis de comprendre le fondement de cette revendication a priori très suspecte: la chaîne publique a non seulement acquis cher et vilain auprès de la FIFA (Fédération Internationale de Football Association) le droit de retransmettre les rencontres du Mondial qui va bientôt démarrer, mais elle a également acquis les droits de retransmission pour les visions en public. Et l’argent qu’elle va réclamer aux villes, communes, ou associations qui veulent réunir du monde pour partager des émotions footballistiques, retournera pour partie à la FIFA.

Sans doute doit-on envisager le problème sous l’angle légal, notamment du droit à l’image des stars du ballon rond, par ailleurs rémunérées de manière totalement indécente à l’aune de la pénibilité de leur travail (heureusement, le footballeur professionnel n’a pas été répertorié sur la liste des métiers pénibles en ce moment en grand débat en Belgique). Mais quand on envisage les milliards que brasse la FIFA, ses pratiques mafieuses, et la corruption qui y a régné et y règne toujours (on a suffisamment glosé des conditions d’attribution du championnat du monde 2018 à la Russie, et plus encore de 2022 au Qatar), on ne peut qu’être choqué par ce harcèlement à l’égard des spectateurs sans qui cet empire financier n’existerait finalement pas.

Ppourtant, on n’en a encore rien vu, si je m’en réfère au dossier sur le football publié cette semaine dans Le Vif, où Olivier Mouton a notamment rencontré William Gaillard, consultant sportif et surtout ancien bras droit de Michel Platini à l’UEFA, ce qui en fait un observateur avisé des pratiques et des abus du football professionnel européen et mondial.

Or donc, à en croire William Gaillard, une fois réglés des problèmes de corruption qui pèsent sur les compétitions continentales («Il n’y a pas de cas prouvé à ce jour d’un trucage lors d’un des matches de la Champions League mais on a trop de cas prouvés pour les qualifications sans intérêts pour l’Europa League qui se déroulent au mois de juillet au fin fond des Balkans») les grands clubs européens passeront à la vitesse supérieure et réaliseront un projet déjà esquissé dans un passé récent: celui d’une Super League européenne, qui pourrait être composée des trente-deux clubs phares des championnats européens (dont une grosse majorité d’équipes espagnoles, italiennes, anglaises et allemandes, on imagine…) et qui sur le modèle des principaux sports aux États-Unis, serait une compétition fermée. Entendez que les clubs inscrits dans ce super-championnat européen y resteront pour l’éternité et qu’aucune formation ne pourra s’y hisser.

Mieux, cette compétition se jouerait le week-end, tandis que les championnats nationaux seraient relégués… en semaine!

Cela forcerait donc les amateurs qui se rendent chaque semaine au stade, si l’on suit bien le raisonnement, à modifier leurs habitudes et à s’imposer des rencontres entre le lundi et le jeudi! Les modifications graves sur l’organisation des différents championnats dans le monde qu’imposera l’organisation d’un Mondial hivernal au Qatar ne seraient donc, pour les spectateurs européens, que l’apéritif d’un scénario-catastrophe.

Et ce n’est sans doute qu’un début, puisque, avec son interlocuteur, notre confrère Olivier Mouton conclut son article sur des arrêts de la cour de Justice de l’Union Européenne à Luxembourg. Moins bien célèbres que l’arrêt Bosman, qui a mis le football continental et mondial sens dessus-dessous à l’époque, ces arrêts (Tuitert et Kerstholt, et Meca-Medina) transposés au football ont pour conséquence que la FIFA ne peut s’attribuer juridiquement le monopole de l’organisation d’une coupe ou d’un championnat du monde. De même, la FIFA et ses fédérations continentales ou nationales n’ont pas le droit de sanctionner une équipe qui contrevient aux règles: là comme dans l’affaire Bosman, c’est à la justice qu’il appartient de trancher, a conclu la cour de Luxembourg.

Ces arrêts n’ont pas encore produit leurs effets dans le monde du football, mais tôt ou tard, les puissances financières qui le dirigent en tireront leurs conclusions. Et pousseront encore plus loin le mépris des amateurs qui en font le succès populaire. Plus que jamais, ce sera à eux de savoir s’ils veulent soutenir cette dérive mafieuse en continuant à se rendre dans les grands stades, ou en souscrivant des abonnements aux télés payantes qui retransmettent des compétitions dont le résultat, le plus souvent, est pratiquement connu d’avance….

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La Tredecima du Real: le foot plus que jamais noyé dans le pognon


Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse: le public et les médias espagnols (pas forcément en Catalogne, on imagine) célèbrent à l’envi la treizième conquête de la coupe «aux grandes oreilles», réussie ce samedi par le Real Madrid dans une rencontre essentiellement marquée par les bourdes du gardien allemand de Liverpool, Loris Karius, désormais appelé à figurer dans les anthologies des  buts les plus stupides au monde. Certains médias français embraient, en saluant la performance de l’entraîneur des Madrilènes: Zinedine Zidane a réussi à mener ses troupes à la victoire en Ligue des Champions pour la troisième fois d’affilée, la performance est unique!

Il ne faut pourtant pas se faire d’illusions: cette (très moyenne) finale de la reine des compétitions européennes de football a illustré, une nouvelle fois, combien l’argent a gangrené le ballon rond dans d’indécentes proportions.

Sergio RamosPrenons d’abord la blessure de l’attaquant «red» Mohamed Salah, après une demi-heure de jeu. Incident banal? Allons donc. Comme par hasard, c’est dans un contact avec Sergio Ramos que l’attaquant égyptien s’est retrouvé gravement atteint, au point que sa participation au Mondial est sérieusement compromise.

En termes judiciaires, on dirait de Sergio Ramos qu’il est un tueur patenté bien protégé. On ne compte plus les adversaires que le rugueux défenseur madrilène a blessés, sans subir à chaque fois les foudres arbitrales, et des sanctions dont la rigueur s’alourdirait au fil de ses comparutions devant les instances sportives européennes.

Rien de tout cela pour lui, et pour cause: il joue au Real Madrid. Un grand non pas seulement d’Espagne mais d’Europe. Et qui bénéficie à ce titre des protections dues à son rang: rappelons-nous, récemment le coup de réparation accordé aux Madrilènes à l’ultime minute face à la Juventus de Turin, pour une faute d’un défenseur italien qu’on n’a jamais pu réellement établir de manière formelle. La pénalité a permis au Real d’échapper miraculeusement à une possible élimination honteuse dans son propre stade, et surtout, après la déroute de Barcelone à l’AS Rome, de maintenir en demi-finale de la Ligue des Champions, un club espagnol, représentant une des fédérations les plus puissantes d’Europe, mais aussi les plus friquées. Au même titre, peut-être que la Premier League britannique, ce qui explique peut-être pourquoi c’est un club anglais qui disputait hier soir la finale contre les Madrilènes.

Quand l’étoile de Ramos pâlira, et qu’il  se retrouvera peut-être dans un club moins huppé, il apprendra vite à ses dépens que l’adage de La Fontaine se décline aussi dans le football actuel: selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous feront blanc ou noir…

Loris KariusCette finale, Liverpool a commencé à la perdre avec la sortie sur blessure de son buteur égyptien. Mais le Real l’a surtout emportée avec la complicité, involontaire on le suppose, du gardien allemand des Reds, Loris Karius.

L’ancien gardien de Mayence a donné un double coup de pouce spectaculaire à la victoire des Madrilènes. Et en le voyant jouer de la sorte, on ne peut s’empêcher de se demander ce qui a poussé l’entraîneur allemand de Liverpool, Jürgen Klopp, à lui donner subitement une priorité absolue sur le malheureux Simon Mignolet, confiné sur le banc, et qui aura vu avec des sentiments mêlés son rival se rendre ainsi ridicule aux yeux de la planète entière. Solidarité entre compatriotes exilés au Royaume-Uni? Volonté absolue de prouver qu’il a raison, d’un entraîneur qui a fait venir un gardien et qui veut, en dépit de toute logique, démontrer que c’est le meilleur gardien, puisque c’est lui qui l’a engagé? Si tel est le cas, Klopp devrait démissionner et quitter le club. Et sa pratique s’apparente étrangement à celles de potentats locaux qui prennent le contrôle d’une toute petite équipe, et veulent y faire régner leur loi, au gré de leurs caprices. À moins que, horresco referens, il y ait là aussi une histoire de gros sous: soit que l’ancien entraîneur du Borussia Dortmund, qui commence à cumuler les défaites en finale de compétitions où il amène le club qu’il dirige, confonde, comme certains confrères, son rôle avec celui de manager de joueurs, ce qui est interdit. Soit que la direction, ennuyée d’avoir deux gardiens dont aucun ne prend l’ascendant sur l’autre – encore qu’en voyant jouer Karius ce samedi, on se dit qu’il n’y a pas photo entre Mignolet et lui! – lui aurait donné instruction de faire jouer l’un plutôt que l’autre, afin de pouvoir le refiler à un autre club contre argent sonnant et trébuchant en fin de saison? Si cette dernière hypothèse est la vraie, on plaint les dirigeants de Liverpool: après sa prestation en finale de la Ligue des Champions, Loris Karius proposerait même ses services à un club faiblard de IVeme provinciale, il n’est pas sûr qu’on lui ferait confiance!

PlatiniDernière manifestation de la gangrène qui mine le football: les aveux de Michel Platini, récemment au micro de l’indéboulonnable Jacques Vendroux.

L’ancien président de l’UEFA, qui vient d’être blanchi par la justice suisse des accusations de corruption lancées contre lui dans la foulée de l’éviction de Sepp Blatter de la présidence de la FIFA, dont le Français espérait s’emparer dans la foulée, espère du coup faire lever la suspension dont il fait l’objet dans le football mondial. Ce n’est pas gagné d’avance: si, sur le plan judiciaire, on ne peut rien lui reprocher, le 1,8 million d’euros qu’il a encaissé pour un travail indéterminé, sans le moindre contrat écrit, continuent à jeter un doute sur sa moralité. Et ce ne sont pas ses propos au micro de Vendroux qui nous déferont de cette impression: avec l’air réjoui d’un maquignon qui a réussi à refiler à un naïf une haridelle qu’il lui a présentée comme un vainqueur possible du Grand Prix de Chantilly, Michel Platini a avoué que des «petites magouilles» (sic) avaient permis à la France, en 1998, d’éviter le Brésil avant la fin du championnat du monde qu’elle a organisé. Et qu’elle a remporté en triomphant en finale, d’un Brésil étrangement passif.

Invité de l’émission «C à vous la suite», l’ex-international français et champion du monde de 1998 Bixente Lizarazu, a qualifié ces paroles de maladroites et expliqué que le calendrier des matches du championnat du monde français avait été établies en suivant les dispositions d’un règlement très précisément établi, et qui s’applique à chaque Mondial. Il n’empêche, les propos de Platini sont très clairs. Ils devraient aider à ouvrir les yeux des trop nombreux supporters qui restent attachés à leur club professionnel, et ne sont pas seulement les dindons de la farce: c’est eux qui nourrissent la bête!

Les regrets de Bruno Dayez et non ceux de Marc Dutroux


En termes commerciaux, on dirait qu’il y a tromperie sur la marchandise. «Marc Dutroux va écrire une lettre aux parents de ses victimes» a-t-on annoncé la semaine écoulée. La phrase a déjà déclenché des torrents de commentaires, sur la sincérité ou non des regrets que l’assassin de Julie et de Mélissa, d’An et Eefje, mais aussi, ne l’oublions pas, de son complice Bernard Weinstein, pourrait formuler.

Marc Dutroux 2017Le titre de l’article du Vif, dans lequel le nouvel avocat du «monstre de Marcinelle» a manifestement conservé ses entrées, même si sa chronique judiciaire en a été brutalement éjectée, il y a quelques années, entretient la même ambiguïté: «Dutroux: « bientôt une lettre aux parents des victimes »» peut en effet laisser supposer que le détenu le plus haï de Belgique se prépare à prendre la plume.

Ce sera une «lettre à quatre mains», avait-on dit cette semaine, ce qui relativisait déjà la portée des éventuels regrets de Dutroux. Quand on lit bien l’interview de Bruno Dayez par Thierry Denoël, dans le Vif, on s’aperçoit que ce ne sera pas le cas:  «Bruno Dayez annonce (…) qu’une lettre sera bientôt envoyé aux victimes ou aux parents de victimes , dans laquelle il exprimera, pour Marc Dutroux et avec son aval, les remords que celui-ci éprouve par rapport à ce qui s’est passé en 1996» écrit notre confrère. C’est donc bien l’avocat qui tiendra la plume. Pour s’exprimer au nom de son client? Le côté manipulateur de ce dernier a déjà souvent été évoqué. Et s’il ne signe pas la lettre, dans quelle mesure l’engagerait-elle, lui?

Pour nourrir des remords par rapport à des actes posés, il faut par ailleurs d’abord reconnaître ces actes. «Il me reproche de ne pas contester certains faits dont il a été  jugé coupable» précise Bruno Dayez, interrogé sur la réaction de Dutroux à son précédent ouvrage, déjà évoqué sur ce site, qui réclamait la remise en liberté du quintuple assassin.

«Il a sa vérité qui, comme pour beaucoup de condamnés, ne correspond pas forcément à celle du jugement dont il a fait l’objet» poursuit l’avocat. La banalisation du propos noie la réalité du dossier: les faits contestés par Dutroux, et pour lesquels il a été condamné, c’est notamment le martyre de Julie et Mélissa, enfermées dans la cage machiavélique qu’il avait aménagée dans la cave de sa maison de Sars-la-Buissière, et qu’il a en vain tenté d’imputer à son ex-épouse, Michèle Martin, qui les y aurait laissées mourir de faim, pendant que lui, déjà, était derrière les barreaux. Si c’est toujours cela «la vérité» de Dutroux par rapport au jugement qui l’a condamné, inutile de rédiger à sa place une lettre de regrets hypocrites!

Le vrai propos de Bruno Dayez, derrière cette annonce médiatique, c’est de remettre en valeur son combat – ses détracteurs diraient: de se remettre en valeur, en évoquant son combat – contre la détention perpétuelle, qu’il veut abolir, et pour laquelle il espère «faire cause commune» avec l’ancienne garde des Sceaux française, Christiane Taubira, récemment honorée d’u doctorat honoris causa par l’ULB, qui a fait beaucoup moins parler de lui que celui attribué par Ken Loach.

L’aveu le démontre: Bruno Dayez se sert donc à nouveau du cas Dutroux pour tenter de faire progresser une cause basée sur une vue rousseauiste de l’homme, naturellement bon. Ne lui en déplaise pourtant, il est des criminels irrécupérables, que l’on condamnait jadis à la peine de mort, heureusement abolie en Belgique comme dans de nombreux pays, mais qu’on ne peut laisser vivre en liberté. Dutroux est de ceux-là, et la seule perspective raisonnable et acceptable et de le laisser finir ses jours en prison, n’en déplaise à son avocat, qui n’est sans doute pas son dernier avocat. Cette détention doit certes se dérouler dans des conditions décentes, pour lesquelles Bruno Dayez a le devoir et le droit de se battre. Mais choisir ce dossier pour mener son absurde combat abolitionniste, c’est à la fois erroné et indécent

On a les vieux élus qu’on… élit


En ce mois de mai où les célébrations du cinquantenaire de mai 1968 se multiplient, un autre demi-siècle a été fêté, ces derniers jours, au Parlement flamand: les cinquante ans de vie parlementaire de Herman De Croo ont été salués. L’événement n’est pas passé inaperçu, côté francophone: l’ancien ministre de l’Éducation, encore nationale à l’époque; des PTT (Postes, Télégraphes, Téléphone); des Transports et des PTT puis des Transports et du Commerce extérieur; et ci-devant président de la Chambre et de l’Open vld a été l’hôte de Jeudi en Prime, sur la Une, avant de repasser dans Un Samedi d’enfer, sur la Première.

Herman 1Il faut dire que l’homme est un bon client: néerlandophone, il parle le français avec autant d’aisance et de subtilité, mais beaucoup plus d’humour, qu’un Yves Leterme, par exemple (vous vous rappelez, celui qui fut un jour Premier ministre et qui confondit Brabançonne et Marseillaise?) – «je le parle mieux que beaucoup de francophones» a-t-il rigolé au micro d’Un samedi d’enfer… avec raison – et surtout, depuis longtemps, il est l’auteur de bons mots empreints de férocité. L’un des premiers à avoir assis sa réputation date de l’époque où était à l’l’Éducation nationale, entre avril 1974 et 1977. Conspué par des manifestants qui lui lançaient «De Croo, salaud; le peuple aura ta peau!», il répliqua en souriant qu’il était heureux de ne pas s’appeler Bertouille, comme son pendant francophone libéral, André Bertouille.

Mais la question qui se pose, et qui a été posée à Herman De Croo, dans Un Samedi d’enfer, c’est surtout de savoir si à 80 ans bien sonnés, l’ancien bourgmestre de Brakel, en Flandre Orientale, ne devrait pas enfin faire place à un élu plus jeune, plus en phase avec les problèmes de notre temps: après tout, quand il a fait ses débuts à la Chambre, le 31 mars 1968, Paris vivait encore bien paisiblement: les barricades du Quartier latin y restaient à construire. Et pareille longévité suggère qu’un mandat politique est un mandat professionnel, ce qu’il ne devrait jamais être.

Herman 2Avec l’habileté qui le caractérise, Herman De Croo s’en est sorti par une pirouette: «vous imaginez le montant de la retraite parlementaire que j’ai fait épargner à l’État belge?» a-t-il plaisanté.

Mais c’est en narrant une anecdote de campagne électorale qu’il a incidemment posé la question de fond: alors qu’il se représentait à ses électeurs, il y a cinq ans, certains de ses auditeurs, narrait-il, lui ont suggéré qu’il était trop vieux désormais pour siéger. «Je leur ai demandé leur âge, expliquait-il, et certains avaient également 75 ans. Je leur ai suggéré qu’ils ne devraient plus avoir le droit de voter à leur âge, et ils se sont récriés. Et je leur ai donc dit que s’ils avaient toujours le droit de vote, j’avais toujours celui de me présenter».

Fixer un âge maximal pour pouvoir se présenter aux suffrages des électeurs poserait sans doute un grave problème constitutionnel, car cela reviendrait à priver une personne d’un de ses droits fondamentaux.l Rejeter une candidature sur base de l’âge, même légalement, reviendrait à pratiquer une discrimination, à laquelle la Cour européenne des droits de l’Homme ne resterait vraisemblablement pas insensible.

Une parade plus envisageable à cette «professionnalisation» de la vie politique serait peut-être la limitation du nombre de mandats, dont il est régulièrement question. Mais pareil obstacle pourrait aussi être contourné, grâce au nombre d’assemblées parlementaires dont est doté notre petit pays d’héroïsme. De la Chambre au Sénat, ou au parlement wallon ou bruxellois, et au parlement de la Communauté française, sans oublier le Parlement européen, même une limitation stricte du nombre de mandats n’empêcherait sans doute pas une longévité politique, qui sans atteindre le niveau «mathulasemesque» de celle de Herman De Croo, ne s’en révélerait pas moins impressionnante.

Et si la manière la plus simple d’éviter que des élus transforment leur mandat électif en mandat professionnel, était… de ne plus les réélire au bout d’un certain temps?

Si Herman De Croo siège depuis un demi-siècle au Parlement, fédéral puis flamand, c’est tout simplement parce qu’il a été à chaque fois réélu. Plutôt que de pester contre l’absence de renouvellement du personnel politique, l’électeur a l’arme utile pour le forcer: son bulletin de vote!

Un déficit de candidat(e)s pour les communales


Les élections communales du 14 octobre prochain ont fait l’objet de débats variés en Flandre, ces derniers temps, avec par exemple, l’annonce de la présence puis celle du retrait d’un candidat juif orthodoxe sur la liste CD&V conduite par le vice-Premier ministre Kris Peeters. Mais la nouvelle qui a fait l’objet du plus grand nombre de commentaires a été celle qui faisait état de la difficulté d’un certain nombre de listes à se constituer, en raison, disait-on, de l’obligation, en vertu du principe de la tirette, d’alterner un candidat et une candidate. Sous-entendu, par manque de femmes prêtes à s’engager en politique.

Je n’ouvrirai pas ce débat ici. À la fois parce que la difficulté à trouver des candidates est sans doute réelle, mais aussi parce que la nécessité de quotas a été prouvées, pour imposer une… tendance vers la parité en politique. De là à penser que le moment est venu d’imposer la parité dans les collèges communaux, il y a un pas qui me paraît prématuré de franchir.

Elections communalesCar plus que le manque de femmes prêtes à s’engager en politique, c’est plutôt de difficultés à trouver des citoyennes et des citoyens désireux de s’engager qu’il faudrait parler.

Le phénomène est beaucoup plus répandu qu’on ne le pense, même si, dans un grand nombre de villes et de grosses communes, les partis traditionnels parviennent encore sans trop de mal à présenter des listes complètes. Il n’empêche, dans un grand nombre de cas, des fusions de listes se préparent en coulisses, qui seront souvent imposées par l’impossibilité pour des formations en lice il y a six ans de constituer une liste complète, alternant par surcroît des candidats masculins et féminins.

C’est que s’engager pour une mandature communale représente un investissement personnel important au bénéfice de la collectivité: il ne s’agit pas de folklore, comme sur la photo illustrant ce billet, mais d’un engagement à long terme, qui ne se limite pas à la participation à un conseil communal par mois, mais implique du travail en coulisses, en préparation de dossiers, ou en réunion de commissions par exemple, sans compter une présence de terrain, pour garder le contact avec les électrices et les électeurs, sans (nécessairement) d’arrière-pensée électorale.

Le regroupement des forces aura, diront certains, l’avantage d’éviter l’éparpillement des votes qui, après les élections législatives aux Pays-Bas ou en Allemagne notamment, ont rendu la constitution de majorités tellement difficile. Mais la multiplication de listes incomplètes traduira en même temps un malaise politique et sociétal plus large. Car la désaffection des volontaires, nombre d’associations sans but lucratif l’ont éprouvée depuis longtemps. À l’heure où le Web permet des mobilisations de masse, l’engagement personnel, lui, se délite de plus en plus…

L’URBSFA renonce à Damso: victoire féministe ou censure par le fric?


Le conseil des femmes francophones de Belgique (CFFFB) s’est réjoui, par la voix de sa nouvelle présidente, du «lâchage» par l’URBSFA du rappeur Damso, choisi à l’origine pour composer «l’hymne» (ce terme est-il approprié?) qui devait accompagner les Diables Rouges au cours du prochain Mondial de football en Russie. «Il y avait un vrai problème pour entendre nos arguments, a commenté Sylvie Lausberg. Mais la sollicitation des sponsors par écrit, la semaine dernière, a permis de changer la donne, notamment sous l’impulsion de la CEO de Proximus Dominique Leroy».

Diables rougesCelle qui a succédé récemment à Viviane Teitelbaum a, en l’occurence, démontré qu’elle avait parfaitement saisi l’impact de la position du CFFB sur les pontes de l’Union Belge de footbal, mais aussi qu’elle maîtrise parfaitement la langue de bois politique, en faisant croire que c’est une victoire féministe malgré tout, puisque l’intervention de Dominique Leroy aurait été décisive dans le revirement spectaculaire de ceux dont la gestion du football national se fait de plus en plus à l’aveugle.

Comme d’autres l’ont fait avant moi, et avec beaucoup plus de talents, moi qui n’avais jamais écouté Damso jusqu’ici, je constate à tout le moins que l’affaire a valu au rappeur d’origine congolaise une publicité incomparable.

Faut-il prendre au premier, au second, ou au énième degré les paroles vulgaires qu’on retrouve dans son «oeuvre»? Des multiples échanges que j’ai entendus à ce sujet ne me permettent pas de trancher: chacun(e), selon l’endroit d’où il (elle) se trouve a à ce propos un avis définitif.

Que les dirigeants de l’Union belge de football réagissent plus aux ordres de leurs «parraineurs» qu’aux souhaits des sympathisants des Diables rouges n’est pas vraiment une surprise non plus: des refontes annoncées du championnat de première division à leur remarquable indifférence à la recrudescence des chants racistes dans les stades de football, on les savait pénétrés des problèmes urgents auxquels les clubs et l’équipe nationale doivent faire face.

Mais c’est bien plus l’initiative de ces «parraineurs» qui doit nous interpeller aujourd’hui. Sous couvert de respectabilité, Proximus et ABInbev sont intervenus ici pour condamner un artiste avant même d’avoir entendu l’œuvre qu’il était supposé produire en soutien de la campagne russe des Diables Rouges. Ce qui n’empêche pas Proximus, notamment, de parrainer certains concerts où se produit le même Damso. Sa réaction annonce-t-elle que, demain, l’opérateur téléphonique n’accordera plus son soutien à cet artiste en raison du contenu de son œuvre? En clair, dans notre pays où l’article 25 de la Constitution, cher à tous les journalistes, proclame depuis 1831 que «la censure ne pourra jamais être établie», une censure artistique va-t-elle être instaurée en Belgique? Le précédent, en tout cas, est dangereux: demain, c’est un peintre qui sera sanctionné pour ses peintures «obscènes»; après-demain une écrivaine qui sera vilipendée pour ses publications «perverses»…

Entre-temps, les pontes de notre football n’hésiteront pas, à l’été, à se rendre en Russie, puis, à l’hiver 2022, à rallier le Qatar, imposant au passage à tous les pratiquants du foot en Belgique une improbable refonte de la compétition, pour complaire aux émirs du désert. Comme le disait aujourd’hui avec un humour féroce le dessinateur Sondron, dans le quotidien qui (air connu) m’emploie et ne me rémunère pas assez à mon goût, «C’est plus facile de virer un rappeur pour ses textes sur les femmes qu’un pays organisateur pour son non-respect des droits de l’Homme».

Mauvais avocat ou excellent publicitaire?


L’éditeur du dernier livre de Bruno Dayez peut-il se frotter les mains? A priori, on pourrait le penser : alors que la Foire du livre s’annonce, cet ouvrage est celui dont on a le plus parlé, soutenu qu’il a été par une stratégie de communication savamment étudiée, qui en a réservé la primeur à certains médias écrits (dont «Le Vif» qui a pourtant brutalement remercié son auteur comme chroniqueur judiciaire, il y a une dizaine d’années). Mais l’éditeur a peut-être du souci à se faire: on en a tellement parlé… en mal, que le succès de librairie risque d’être fort limité, à moins que ceux que la perspective de la remise en liberté, toute théorique, de Marc Dutroux hérisse l’achètent pour mieux y fourbir leur contre-argumentation.

Bruno DayezLa première conclusion qu’on peut en tirer, c’est que Bruno Dayez ne s’est guère comporté en brillant avocat qu’on le dit être: en choisissant un criminel manifestement irrécupérable pour théoriser sur le rôle de resocialisation que doit jouer la prison et dénoncer la peine de mort déguisée que représente la réclusion à perpétuité, le plaideur a pratiquement ruiné sa plaidoirie dès ses premiers mots.

Et oui, Marc Dutroux est de ces criminels dont on ne peut attendre aucun amendement. Son passé le prouve: remis en liberté par le ministre de la Justice, Melchior Wathelet Sr, dans une procédure judiciaire en vigueur à l’époque et qui a valu au futur juge de la Cour de Justice de l’Union Européenne de Strasbourg bien des ennuis plus tard, le monstre a récidivé pour commettre des crimes dont l’horreur avait rarement été atteinte dans nos annales judiciaires. Depuis son arrestation, son procès, puis son incarcération, il n’a exprimé aucun sentiment humain: sa condamnation, à l’aune de ses actes et non pas (uniquement) de sa dangerosité, comme le réclamait Bruno Dayez à l’époque, lui a valu la réclusion à perpétuité. Et comme les jurés d’Arlon savaient, à l’époque, que même un condamné à perpétuité peut réclamer sa libération conditionnelle en cours de peine, ils avaient ajouté une mise à disposition du gouvernement pendant dix ans, afin d’empêcher le bourreau de Julie et Mélissa, d’An et Eefje, de Sabine et Laetitia, de jamais échapper à l’oeil de la justice.

Les jurés français n’ont pas hésité, eux, à infliger à Michel Fourniret, qui s’est voulu l’égal de Dutroux dans l’horreur criminelle, une réclusion perpétuelle non compressible: «l’ogre des Ardennes» mourra en prison, et là aussi, il est difficile d’imaginer que cette perspective ne soit pas la plus équitable. Par un curieux rapprochement, au moment où Bruno Dayez semait l’indignation en évoquant la libération théorique de Marc Dutroux, Fourniret, en France, reconnaissait deux enlèvements, viols et assassinats supplémentaires, qu’il avait toujours niés jusqu’ici. La preuve que, pour lui comme pour Dutroux, la perversion est perpétuelle, et que leur détention doit l’être également.

Dutroux ne sera pas le premier, ni le seul condamné à perpétuité à mourir derrière les barreaux: Andras Pandy, avant lui, y est décédé, et là aussi, personne n’aurait jamais pu envisager que le pasteur criminel qui a éliminé toute sa famille avec la complicité de sa fille aînée, sorte un jour de prison. D’autres multicriminels, comme Nestor Pirotte, sont également restés détenus jusqu’à leurs derniers jours, tandis que Freddy Horion ne peut, lui non plus, envisager sa sortie de prison un jour. Ni pour l’un, ni pour l’autre, la moindre resocialisation n’était envisageable: Nestor Pirotte, notamment, avait reçu plusieurs fois sa chance, et en avait profité pour franchir de nouveaux pas dans la criminalité.

Tous ces criminels, jadis, n’auraient pas échappé à la peine de mort. Celle-ci a heureusement été abolie. Mais de là à leur faire bénéficier de possibilités de réinsertion qu’ils ont déjà galvaudées dans le passé, il y a une marge infranchissable… sauf pour Bruno Dayez. Et en tirer  l’argument que la réclusion perpétuelle est une mort lente sonne particulièrement faux dans un tel dossier. Il est des criminels qu’on ne peut risquer de remettre en liberté, et ce sont eux, pas la société, qui sont responsables de cet état de fait;

Bruno Dayez croit-il lui même un tant soit peu à sa thèse? Aussi longtemps qu’il tenait une rubrique dans «Le Vif-L’Express», Dutroux lui a fourni à plus d’une reprise matière à dissertation. Aujourd’hui qu’il est chargé de sa défense, il a choisi, comme la plupart de ceux qui l’ont précédé, à l’exception de Julien Pierre, le tout premier défenseur du monstre de Marcinelle, d’inaugurer son mandat par un coup d’éclat qui fait parler… de lui, plus que de celui qu’il représente. Dans son rôle, il ne manquera pas, on l’imagine bien, de dire une nouvelle fois son hostilité profonde au jury populaire, ou encore son aversion pour la presse, dont il a dénoncé les profits à l’époque de l’affaire Dutroux. Une affaire, pourtant, dont il compte lui aussi faire son beurre, avec ce livre dont tout le monde parle…