La reprise en main de la rédaction de «L’Avenir» s’annonce

La reprise en main de la rédaction de «L’Avenir» s’annonce


À la fin juillet dernière, l’administrateur-délégué des Éditions de l’Avenir réaffirmait sa conviction que Nethys, l’actionnaire du quotidien, «tiendrait tous ses engagements» à son égard.

Tous? Les promesses d’investissement qui ont convaincu les permanents syndicaux, il y a quelques mois, à marquer leur accord sur un plan social drastique, en cours d’application, tardent à se matérialiser. Par contre, les craintes exprimées par la rédaction, d’une reprise en main destinée à la priver de son indépendance rédactionnelle, viennent de prenre une nouvelle dimension avec le recrutement, annoncé en ce début août, par le conseil d’administration du journal.

Annonce recrutement (1)A priori, cette annonce rencontre une revendication fondamentale de la rédaction, répétée à de nombreuses reprises depuis le début du conflit qui l’oppose à son actionnaire.

Ce conflit, pour rappel, a débuté il y a plus d’un an, avec la désignation d’un directeur des rédactions, qui était apparue comme une manière, pour Nethys, de contourner un accord sur l’indépendance rédactionnelle, qui l’obligeait à consulter la rédaction, pour assurer le remplacement de Thierry Dupiéreux. Le rédacteur en chef, lassé des pressions dont il faisait l’objet et qui avaient eu des conséquences négatifs sur sa santé, avait fini en effet par jeter l’éponge…

 

Les représentants légitimes des journalistes – délégués de l’Association des Journalistes Professionnels (AJP) et mandataires de la Société des Rédacteurs (SDR), dont les mandats respectifs avaient été reconduits l’année précédente- avaient vainement protesté cette dérive, et réclamé le retour à une direction de la rédaction execée par un(e) rédacteur/trice en chef qui bénéfie de leur confiance.

S’en est alors suivie une très longue négociation avec la direction, qui voulait baliser les fonctions du/de la rédacteur/trice en chef et du directeur des rédactions, ce à quoi la SDR et l’AJP n’étaient pas opposées, pourvu que les prérogatives de la rédaction en chef soient maintenues.

Cette négociation a été émaillée d’incidents majeurs, comme, récemment, l’interdiction faite aux délégués de l’AJP et de la SDR de se réunir durant leurs heures de services; d’utiliser les outils de l’entreprise pour s’adresser à leurs membres, ou encore les entraves mises à l’intervention de la secrétaire générale de l’AJP dans les locaux de la rédaction. D’où la grève qui a empêché la parution du journal pendant une journée en juillet, puis une nouvelle manifestation des journalistes auprès des politiques wallons, lors de l’inauguration de la dernière Foire de Libramont.

Au début août, on croyait possible le retour de la sérénité, prôné par la direction mais démenti par ses actes, avec un quasi accord sur les définitions de fonction, et l’annonce du recrutement imminent du/de la rédacteur/trice en chef.

Annonce recrutement (2)Las, à peine l’annonce publiée, il faut bien le constater: le but de la manœuvre est de remettre au pas une rédaction de «L’Avenir», coupable d’avoir couvert avec trop d’indépendance les débats suscités au Parlement wallon par les dérives de la gestion de Nethys.

Si la desciption de fonction mentionne effectivement le rôle de «garant de l’indépendance de la rédaction des Éditions de l’Avenir», de la future ou du futur rédacteur/trice en chef de «L’Avenir», la demande qui lui est faite de «revoir les conventions rédactionnelles existantes» limite la portée de cet engagement.

Car en fait de «conventions rédactionnelles», on pense immédiatement à la convention sur l’indépendance rédactionnelle, dont on devine que l’actionnaire voudrait se débarrasser au plus tôt. Ou la convention salariale, qu’il s’est efforcé en vain d’ignorer lors de la négociation du récent plan social. Sachant bien que des journalistes moins bien rémunéré(e)s sont plus exposé(e)s à la pression.

Autre critère interpellant: la limitation de l’accès à la fonction à des candidat(e)s qui peuvent «faire valoir une expérience réussie de minimum 10 années dans une fonction identique dans le milieu de la presse» restreint singulièrement le champ de recrutement dans le paysage médiatique francophone. Car on imagine mal une rédactrice en chef ou un rédacteur en chef flamand débarquer à la tête d’un groupe de presse wallon, quand bien même son administrateur-délégué et son directeur général soient issus tous deux du nord du pays, avec les méthodes de gestion qui y président.

On se gardera bien de préjuger le choix qui sera finalement opéré, mais si l’on considère  les candidat(e)s potentiel(le)s dans notre petite presse d’héroïsme, il en est un qui remplit les critères, Thierry Dupiéreux, dont on devine d’emblée qu’il n’aura pas spécialement envie de se replonger dans le marasme qu’il a connu. Du côté de La Libre, ou du Soir, il existe peut-être l’un(e) ou l’autre candidat(e) qui pourrait correspondre au profil, mais à la réticence, peut-être de se perdre «en province», s’ajoutera-t-il sans doute une hésitation à se jeter dans pareille pétaudière, sans aucune assurance… d’avenir, puisque la revente du pôle TelCo de Nethys, dont font partie les Éditions de l’Avenir, font partie.

Annonce recrutement (3)À cela s’ajoute le fait que le délai laissé pour poser sa candidature (la fin de ce mois, alors que l’offre de recrutement est publiée en plein milieu des vacances d’été!), et les responsables à qui les actes de candidature doivent être adressés.

L’administrateur-délégué et le président du conseil d’administration, quoi de plus normal, nous direz-vous? Rien, sans doute. Mais alors, pourquoi avoir laissé au directeur général le soin de négocier pied à pied le contenu des définitions de fonction, si ce n’est pour enfumer la rédaction? Et surtout, pourquoi avoir limité au 30 août la validité de l’annonce?

De tout cela, il semble clairement ressortir que l’annonce est taillée sur mesure pour Michel Marteau, administrateur de L’Avenir Hebdo, conseiller de Stéphane Moreau (qui a, mais en vain, tenté naguère de l’imposer à la tête de Nice Matin) et surtout ancien rédacteur en chef de La Dernière Heure-Les Sports, puis du Soir Magazine, puis, plus récemment de Sud-Presse. Ce qui, par un «heureux hasard», lui fait plus de dix ans d’exercice de la fonction requis par l’annonce.

Seul petits bémols: c’est d’une «expérience réussie» qu’il est question. Et on demande au/à la candidat(e), de privilégier le «travail en équipe» et la « concertation».

Ce n’est pas vraiment en ces termes que nous avons entendu parler de la gestion des rédactions que Michel Marteau a dirigées au cours de ces dernières années.

Au contraire, c’est plutôt le soulagement des consœurs et des confrères concerné(e)s qui nous est parvenu, au moment où leur rédacteur en chef leur annonçait son départ.

À titre personnel, je me souviens par exemple de la réaction énergique qu’avait dû avoir l’AJP, que Je présidais encore, pour l’empêcher de procéder au licenciement pour faute grave du chef d’édition de La Dernière Heure-Les Sports à Liège, simplement parce que ce dernier lui avait objecté, que seul à la rédaction en fin d’année, il ne lui était pas possible de partir au débotté pour la Suisse, pour enquêter sur la chute en montagne d’une jeune gamine flamande qui s’était gravement blessée.

Pour la période où il a dirigé Sud-Presse, le bilan est statistique: entre 2012 et 2018,  101 des 239 plaintes adressées au conseil de déontologie journalistique ciblaient le groupe dirigé par Michel Marteau.

Nethys massacre L'Avenir à coups de marteauQue l’on ne se méprenne pas: chaque plainte n’a pas débouché sur un avis négatif de l’instance de régulation de la presse belge.

Mais la fréquence même des plaintes, ou leur nature (respect de la vérité; respect de la vie privée; méthodes loyales pour obtenir l’information, etc.) , et la liste des avis négatifs qui ont été rendus témoignent à suffisance du manque d’égard manifesté, alors, par Michel Marteau pour les prescrits déontologiques de la presse belge et internationale.

En ces temps où n’importe qui se prétend journaliste sur le Web, et où la seule chance pour les journalistes professionnel(le)s est de défendre la qualité de l’information qu’ils/elles fournissent, pour assurer leur avenir (ce n’est pas pour rien que le récent congrès de la FIJ à Tunis, que j’ai eu l’honneur de présider, a actualisé l’antique «Déclaration des devoirs et des droits» des journalistes), il y a là, si notre soupçon que l’offre de recrutement a été rédigée pour ne pouvoir correspondre qu’à une seule candidature, de quoi encore plus s’inquiéter pour le devenir des Éditions de l’Avenir, et pour l’indépendance de leur rédaction.

Et le dessin publié à la une du 16 février dernier – celle du «numéro pirate» (sic) qui a tant irrité l’actionnaire – pourrait se révéler ainsi… doublement prophétique.

La rentrée risque donc, une nouvelle fois, d’être chaude à «L’Avenir», où on observera avec intérêt l’évolution des négociations entre PS, Ecolo, et MR pour la formation d’une nouvelle majorité wallonne. En leur rappelant la motion unanime du Parlement, qui, en novembre 2018, postulait la sortie des Éditions de l’Avenir du giron de Nethys.

Il serait urgent de la concrétiser, car la confiance des lecteurs risque de s’éroder de plus en plus. Surtout s’ils sont témoins de la remise au pas redoutée…

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Jusqu’à quand les assassins de journalistes resteront-ils impunis?


Le journalisme d’investigation a une nouvelle fois payé un lourd tribut à son indépendance d’esprit et à la liberté d’expression ce week-end: le corps de la journaliste bulgare Victoria Marinova (TVN), violée et étranglée, a été retrouvé ce samedi soir à Roussé, tandis qu’en Turquie, tout indique que Jamal Khashoggi, journaliste saoudien critique qui collabore notamment avec le Washington Post, à lui aussi été assassiné. Entré mardi dernier au consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul, il n’a plus réapparu depuis lors, et sa mort a publiquement été évoquée par les autorités judiciaires turques qui enquêtent sur sa disparition et laissent entendre qu’il aurait été tué dans l’enceinte même du consulat. L’Arabie Saoudite dément et affirme que Jamal Khashoggi est ressorti libre de son consulat à Istanbul mais n’a pu fournir la preuve de cette assertion. Le consulat doit pourtant enregistrer entrées et sorties, et s’il est équipé de caméras de surveillance, il ne serait pas difficile de démontrer ce qui est affirmé.

Les noms de Victoria Marinova, à coup sûr, et de Jamal Khashoggi plus que probablement vont ainsi s’ajouter à la sinistre liste des 72 journalistes et collaborateurs de presse répertoriés par la Fédération Internationale des Journalistes depuis le début de cette année, et au scandale de leur mort violente s’ajoutera sans doute le scandale de l’impunité dont bénéficient leurs assassins. Les récents progrès faits en Slovaquie dans l’enquête sur l’assassinat de Jan Kuciak et de sa fiancée n’est en effet que l’arbre qui cache la forêt. Selon des chiffres dévoilés par la FIJ lors d’un colloque sur l’impunité il y aura bientôt deux ans, neuf assassinats de journalistes sur dix restent impunis dans le monde. À Malte, par exemple, les commanditaires de l’assassinat de Daphné Caruana restent inconnus, et on n’est pas certains que ce sont bien ses meurtriers qui sous les verrous.

Une des raisons qui expliquent cette situation scandaleuse tient sans doute dans le fait que des assassinats de journalistes ne sont pas considérés d’office comme une atteinte à la liberté de la presse, à laquelle tant d’États se disent attachés, du moins en théorie. Si des enquêteurs doivent travailler au départ sur toutes les hypothèses possibles, pourquoi ne pas privilégier l’attaque contre la journaliste critique plutôt que l’agression sexuelle dans un cas comme celui de Victoria Marinova?

La création au niveau de chaque État d’équipes de magistrats spécialisés dans les attaques de journalistes aiderait aussi à systématiser des enquêtes qui pourraient conduire plus souvent à l’arrestation d’assassins et de leurs donneurs d’ordres.

L’indifférence favorise aussi cette impunité, à commencer par celle des journalistes eux-mêmes : hors les médias bulgares et peut- être de la région, hors les médias turcs et quelques médias arabes dont Al Jazeera, victime, il faut s’en souvenir, d’une demande de fermeture formulée par une coalition menée par… l’Arabie Saoudite, AUCUN des multiples journaux télévisés que j’ai vus ce week-end (France, Belgique, Allemagne, USA, Espagne) n’ont mentionné ou fait un gros titres des « affaires » Marinova ou Khashoggi! Comme si cela ne nous concernait pas, nous, journalistes qui avons la chance de vivre dans un monde où la principale menace sur notre liberté ne venait que d’actionnaires ou de gros clients publicitaires plus que de politiques. Personne ne peut pourtant se croire vraiment à l’abri, et la solidarité professionnelle doit être notre outil essentiel de résistance.

À la fin de ce mois, par ailleurs, la FIJ ramènera le scandale de l’impunité devant l’Assemblée générale des Nations-Unies à New York en invitant les États à appuyer un projet de texte contraignant en la matière. Là aussi, il y aura de l’indifférence voire de la réticence à surmonter. Certains pays, heureusement, ont déjà annoncé leur appui, j’ose espérer que la Belgique, qui a fait dès le début de la liberté de la presse une valeur fondamentale de sa démocratie, se joindra à eux. Les contacts pris sont prometteurs…

La preuve par Ahmet Şik: la répression de la liberté de la presse en Turquie cible toute voix critique


La libération, ce vendredi, de sept collaborateurs du quotidien turc Cumhuriyet est une bonne nouvelle pour les intéressés: après des mois de détention, la liberté recouvrée a un goût particulièrement savoureux. Mais cette bonne nouvelle n’est pas complète. D’abord parce que ces journalistes ne sont remis en liberté que sous condition, et ils devront à nouveau comparaître devant le tribunal où, avec d’autres, ils sont accusés de soutien au mouvement Fethullah Gülen, accusé par le président turc – sans preuves jusqu’à présent- d’avoir planifié la tentative de coup d’État avortée du 15 juillet 2016, et aussi d’appui au PKK, le parti des travailleurs du Kurdistan, toujours considéré comme un mouvement terroriste par Ankara, mais aussi, de manière un peu plus interpellante, par l’Union Européenne.

Mais surtout, les principales figures du journal restent emprisonnées: le patron de Cumhuriyet, Akin Alatay; son rédacteur en chef, Murat Sabuncu; le chronique francophone Kadri Gürsel; et le journaliste d’investigation Ahmet Şik. Et ce dernier a même été menacé de poursuites additionnelles par le procureur, parce qu’il s’était montré trop critique du gouvernement en présentant sa défense devant le tribunal, ce mercredi! On ne pouvait mieux dire que ce qui est visé, par ces procès de journalistes (comme par ceux de magistrats, d’avocats, d’universitaires, de syndicalistes, etc.) ce n’est aucunement une participation de près ou de loin à la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016, mais ce sont toutes les voix critiques du pouvoir AKP!

AhmetLe cas d’Ahmet Şik est significatif à cet égard. Il y a plusieurs années déjà, ce journaliste particulièrement dérangeant avait goûté aux délices des geôles turques, parce qu’il avait développé une thèse sur l’infiltration des rouages de l’État turc par le mouvement Fethullah Gülen! Il faut dire qu’alors, l’AKP de Recep Tayyip Erdogan et le mouvement Gülen étaient les meilleurs alliés du monde! En visite à Istanbul, à l’époque, pour apporter mon soutien aux journalistes détenus, j’avais rencontré Ahmet Şik, tout juste sorti de prison, et une sénatrice française, membre du Conseil de l’Europe, venue assister aux procès de journalistes alors, hélas, déjà monnaie courante: j’avais expliqué à notre interlocutrice politique qu’il m’était impossible de certifier que la théorie d’Ahmet Şik était vraie, mais que ce qui était en jeu, c’était la possibilité pour les journalistes de défendre des points de vue, à tort ou à raison.

Le piquant, c’est qu’aujourd’hui, par ses attaques contre le mouvement Fethullah Gülen, le pouvoir turc donne entièrement raison à Ahmet Şik: de retour à Istanbul, en août 2016, pour une manifestation en faveur de la liberté de la presse, j’avais souligné que le journaliste aurait dû recevoir non seulement des excuses pour sa détention abusive, mais un prix pour la qualité de son investigation journalistique!

Quelques semaines plus tard, je répétais le propos devant le ministre turc des Affaires européennes, M. Omer Celik, et devant l’ambassadeur de Turquie à Bruxelles, M. Mehmet Hakan Olcay: il m’était alors répondu que si Ahmet Şik avait été précédemment détenu, c’était précisément à cause de l’influence du mouvement Fethullah Gülen en coulisses; d’autres avaient évoqué l’affaire Ergenekon, ce complot présumé au sein de l’armée qui avait permis une purge du corps des officiers généraux. Purge insuffisante, apparemment, à en juger par ce qui s’est passé le 15 juillet 2016…

Aujourd’hui, les masques sont tombés: la nouvelle arrestation d’Ahmet Şik , celles de ses collègues de Cumhuriyet et celles de multiples journalistes turcs procèdent toujours du même mauvais procédé: la criminalisation du métier de journaliste. Elles ont toujours le même but: faire taire toute voix critique au pays de M. Recep Tayyip Erdogan. Le problème pour ce dernier, c’est que, comme Ahmet Şik l’a jeté au tribunal au moment de repartir pour sa prison, ce vendredi, les journalistes turcs critiques resteront toujours debout. Ils sont l’honneur de notre profession!

Demain, la FIJ rase gratis


Accès à l'info

Le comité exécutif de la FIJ (ExCom) s’est donc réuni ce week-end, avec, en principe, un ordre du jour chargé à débattre. Un point essentiel de cet ordre du jour aurait dû être la question du renouvellement (ou du non-renouvellement) du contrat de la secrétaire générale de la Fédération, puisque ce contrat sera échu dans six petites semaines, à la fin de cette année. Et on sait le rôle crucial du secrétariat de la FIJ pour son développement. Et bien, qu’on le croie ou non, les membres de l’ExCom n’ont tout simplement… pas débattu de cette question.

On peut s’interroger sur les raisons de cette abstention. Car, après tout, si le comité administratif (Admin) de la FIJ avait négligé d’inscrire ce point à l’ordre du jour, ce qui est tout de même assez incompréhensible, rien n’empêchait n’importe quel membre de l’ExCom de l’y ajouter en début de séance. Apparemment, personne n’y a songé. Ce qui nous conduit à penser que cette décision se prendra une fois plus à huis clos, par les membres de l’Admin, voire pire, par certains membres de l’Admin…

P1010794La situation financière de la FIJ, elle, a été discutée. Et il semble qu’elle soit catastrophique. Avant le congrès de la FIJ à Dublin, en juin dernier, un membre du précédent comité exécutif de la Fédération avait déjà tiré la sonnette d’alarme, mais en vain. Il semble bien maintenant que le congrès de Dublin n’a pas été seulement chaotique dans son déroulement, mais désastreux sur le plan financier. Mais bien sûr, les comptes de cette année ne seront soumis qu’au prochain congrès de la FIJ, en 2016. Et donc cela ne préoccupe pas outre mesure son comité exécutif, et en particulier son président irrégulièrement réélu, qui, ne l’oublions pas, a entamé sa très (trop?) longue carrière au sein du comité administratif de la FIJ par des mandats de trésorier. Il sait donc mieux que tout autre que, quand il quittera ses fonctions en 2016, bien peu seront en mesure de contester sa gestion financière.

Un dernier point : le président de la Fédération Européenne des Journalistes (FEJ), Mögens Blicher-Bjerregaard, a accepté une mission de médiation entre la FIJ (ou plus précisément : entre le président irrégulièrement réélu de la FIJ) et le DJV allemand, qui avait quitté le congrès de Dublin en dénonçant le caractère irrégulier de l’élection à la présidence. À mon sens, le président de la FEJ n’aurait pas dû accepter cette mission, car il va ainsi être confronté au deuxième syndicat en importance de sa fédération, qui entretient une polémique déjà longue avec la FIJ sur son manque de transparence, financière notamment. Il appartenait donc aux responsables de la FIJ de résoudre ce problème.

La question se complique encore pour Mögens Blicher-Bjerregaard, de la tension renouvelée entre le syndicat norvégien des journalistes et le président irrégulièrement réélu de la FIJ, qui a menacé le syndicat de poursuites judiciaires si on « continuait à lui jeter de la boue ». Il visait par là des articles sur la crise au sein de la FIJ, parus dans le magazine et sur le site web du syndicat norvégien.

Une fois de plus, les discussions vont donc se dérouler à huis clos. Alors que pourtant, en mai dernier, à Verviers, celui qui était alors premier vice-président de la FIJ avait pris l’engagement que la Fédération allait se montrer plus transparente, face aux syndicats européens réunis en assemblée générale. Tout juste y a-t-il quelques problèmes techniques à résoudre, avait-il annoncé. Ces problèmes semblent s’éterniser. De quoi donner à cette promesse des allures de « Demain, on rase gratis »…

Ce ne serait pourtant guère difficile. Il suffirait par exemple de renvoyer aux syndicats-membres, comme cela se faisait naguère, les procès verbaux des réunions du comité exécutif de la FIJ. Et ses comptes audité, chaque année.

Évidemment, cela conduirait des syndicats-membres à poser des questions peut-être dérangeantes, car ils seraient tout de suite informés de la non-discussion du renouvellement du contrat de la secrétaire générale, ou de la situation financière catastrophique de la Fédération. Une chose, décidément, est de postuler la transparence ; une autre est de la pratiquer…

La FIJ donne une piètre image d’elle-même


Le comité exécutif de la Fédération Internationale des Journalistes se réunit pour la toute première fois ce week-end, dans un contexte de crise. Depuis le congrès chahuté de Dublin, les divisions sont en effet plus marquées que jamais au sein de la Fédération. Après un syndicat canadien, c’est le syndicat uruguayen des journalistes qui a claqué la porte, tandis que les Néerlandais suspendaient leurs relations avec la FIJ. Les Norvégiens, eux, ont décidé d’en rester membres, tout en affichant leur perte de confiance dans le président irrégulièrement réélu de la Fédération : la visite que ce dernier a faite, en septembre, aux syndicats scandinaves, réunis à Stockholm, n’a manifestement pas répondu à leurs attentes.

BoumelhaMais, ces derniers jours, le climat s’est à nouveau détérioré entre le syndicat norvégien et le président irrégulièrement réélu, qui, manifestement, n’a pas apprécié un article hautement documenté sur les dissensions internes de la FIJ, paru dans le magazine d’information du syndicat des journalistes norvégiens. Il a joué à Caliméro, s’affirmant « diabolisé »…

Bitter war within IFJComme si cela ne suffisait pas, l’arrestation temporaire à Ceylan de deux employées du bureau de la FIJ en Australie a déclenché dans l’île une vive polémique, où le président irrégulièrement réélu de la FIJ est à nouveau mis en cause.

Difficile de se prononcer sur le fond de cette histoire. Mais de la lecture de la lettre du syndicat uruguayen, et du récit publié par le syndicat norvégien, il apparaît clairement que les accords de coulisses ont présidé aux élections successives de celui qui occupe depuis Dublin irrégulièrement la présidence de la fédération. Bien sûr, je ne suis pas dupe : depuis ma première participation à un congrès de la FIJ, à Recife, en 1998, j’ai pu observer que des « coalitions » se formaient, à l’occasion de l’élection. Et on pourrait m’objecter qu’à Dublin, j’étais le candidat d’une alliance groupant, notamment, les syndicats allemands et scandinaves. La différence était que je n’avais pas sollicité ces soutiens, n’y n’avais a fortiori formulé des promesses à l’égard de ces alliés. Mon adversaire, lui, semble être passé maître dans cet art, et d’avoir pratiqué à merveille l’adage selon lequel les promesses n’engagent que ceux qui y croient.

Ce serait anecdotique si tant de journalistes, dans le monde, n’étaient confrontés à des situations dramatiques, et que ces divisions de la FIJ, dont le président irrégulièrement réélu est lourdement responsable, doivent leur apparaître consternantes. Et si, surtout, si rien ne change, ces divisions n’étaient pas appelées à s’amplifier dans les trois années à venir, pour paralyser plus que jamais la FIJ…

Informed? Informé? Informado?


NUJ.orgThe NUJ Code of Conduct is exemplary: it lists the ethical duties each journalist is expected to comply. You could then expect the NUJ self respects its own Code. Suprisingly enough, the report on the disputed and irregular presidential election which took place at the IFJ Congress in Dublin seems to forget at least this Code’s second bullet-point.

On the NUJ Website, only part of the truth is exposed: the news mention indeed that the (irregularly) reelected IFJ President had an opponent, whom he beat by 191 votes to 173. But you’ll seek in vain any mention of the 5 voting bulletins in excess that were found in the ballot box.

But the best is yet to come: in the 1 June issue of «Informed» (!), the NUJ Newsletter to its members, under the title «Victory for Jim at IFJ world congress», you don’t even read that the (irregularly) reelected IFJ president had an opponent! And of course, nothing is written about the bulletins in excess…

Would you really describe such «information» as «honestly conveyed, accurate, and fair»?

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Le «Code de conduite» de la NUJ est exemplaire: il dresse la liste de tous les devoirs déontologiques auxquels les journalistes sont supposés se conformer. On en déduit donc que la NUJ elle-même respecte son propre code. Or, très étonnamment, il faut bien constater que la relation qu’elle donne de l’élection présidentielle disputée (et irrégulière) qui s’est déroulée lors du dernier congrès de la FIJ à Dublin ne répond pas au moins au deuxième principe énoncé dans ce code.

Ainsi, le site Web de la NUJ n’expose qu’une partie de la vérité: l’article relatif à cette élection mentionne effectivement que le président (irrégulièrement) réélu de la FIJ l’a emporté de justesse (191 voix contre 178) face à son opposant, mais il «oublie» bizarrement de mentionner les 5 bulletins de vote excessifs retrouvés dans l’urne.

Mais le meilleur est à venir: dans le numéro daté du 1er juin 2013 d’«Informed» (!), la lettre d’information de la NUJ à ses membres, l’article intitulé «Victoire pour Jim au congrès mondial de la FIJ», il n’est plus question, ni d’un opposant, ni des bulletins de vote en excès.

Peut-on vraiment dire de cette «information» qu’elle est «honnêtement reproduite, précise, et équilibrée»?

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El código de conducto de la NUJ es ejemplar: da la lista de lors principios éticos que cada uno (una) periodista debe respetar. Se puede entonces suponer que la NUJ mesma respete sus proprios principios. Pero de manera muy extraña, hay que constatar que la relación que da de la disputada (y irregular) elección presidencial que tuvo lugar durante el reciente Congreso de la FIP en Dublin no respeta a lo menos uno de estos principios.

La relación en el sitio Web de la NUJ señala solamente parte de la verdad: explica ya que el (irregularmente) reelegido presidente de la FIP tuvo un adversario que venció con 191 votos contra 178. Pero «olvida» lors 5 boletines de voto in exceso que fueron encontrados en la urna.

Pero lo mejor esta en el numero del 1 de Junio de «Informed» (!) , la carta de información de la NUJ a sus proprios miembros. Sobre el titulo «Victoria para Jim en el Congreso mondial de la FIP», no hay ninguna mención ni de un adversario, ni de lors boletines de voto in exceso.

Se puede decir veramente de esta información que es «honestamente reproducida, precisa y equilibrada»?

Esclerosa y dividida la FIP es amenazada de implosion


El momento ha llegado de hacer el balance del congreso de la FIP en Dublin. Y para la Federación Internacional de los Periodistas, es muy preocupante. No me refiero aquí a la irregularidad de la elección para la Presidencia sino al desarrollo de esta reunión impecablemente organizada por la NUJ de Irlanda pero que resulto mas caótica que el Congreso de Cadiz en 2010.

P1010794Un chivo expiatorio fue entonces designado: el secretario general de la FIP, que por fijarse en puntos de procedería, contribuyo al bloqueo del debate. La nueva dirección elegida no tardo en licenciarle. Tres años después, Aidan White ya no esta aquí y la incapacidad de la FIP en organizar su secunda elección (en realidad, la primera porque en 2007, la posibilidad de reelegir Christopher Warren, candidato a un cuarto mandato (!) era casi nula, mientras este año, parece que el presidente en función pensaba comerse a su adversario de un bocado, pero se trago una espina!) ha retrasado de manera importante la tarea del Congreso.

Esta es la responsabilidad abrumadora de los precedentes Comités Ejecutivo y Administrativo de la FIP que han preparado el agenda de este Congreso de Dublin. En el futuro, el modo de funcionar de los congresos de la FIP, como de las asambleas generales de la FEP debe ser revisto: el modelo Anglosajón pertenece al pasado.

Es normal, por ejemplo, que el programa de trabajo 2013-2016 de la FIP haya sido adoptado en unos secundos, sin ningun debate, en un ruido increíble, en los ultimos momentos del Congreso, por una mayoria indeterminada, mientras las dificultades del recuento de los votos para el Comité Ejecutivo habían ya conducido a un retraso de la hora de clausura del Congreso?

François à la tribuneEs normal que una moción crucial por el porvenir de la FIP, presentada por once sindicados-miembros para determinar las estrategias futuras de la FIP, haya sido presentada en fin de la lista de las mociones? Es normal que apenas abierta la discusión, el vicepresidente de la FIP haya presentado una gran serie de enmiendas sin presentarlas de forma escrita a los participantes supuestos evaluarlas sobre la pantalla? En la confusión, el autor (francés) de las enmiendas se consulto unos minutos con los autores de la moción como si se tratase de un negocio a concluir sobre una mesa de un bar: salieron con un consenso ignorado por la asamblea pero aprobado por el Congreso! Cuales serian las criticas feroces de los periodistas si esto hubiera ocurido en una asamblea elegida, Parlamento nacional o el consejo municipal del barrio mas modesto?

La Federación Internacional de los Periodistas peca también por falta de coherencia. Afirma luchar para la igualdad de los generos, pero en interno, no la defiende mucho: en su nuevo Comité Ejecutivo, hay tres mujeres en frente a dieciocho hombres! Algunos hablaran probablemente de falta en coraje de las mujeres. Seria olvidar a algunas consignas sobre el voto que fueron dadas para “castigar” a sindicados y asociaciones que habían apoyado a mí candidatura (a pesar de las denegaciones formuladas). Esas consignas que acabaron por “eyectar” del  Comité Ejecutivo la candidada noruega a la vicepresidencia de la FIP. Recibió, en Dublin, un bonito regalo para agradecerla del trabajo que producio durante años para beneficio de los periodistas, mujeres y hombres, en el mundo entero!

tracts énergumène (1)Y por fin los daños de la elección irregular a la presidencia de la FIP. En su discurso de clausura, el Presidente (irregularmente) reelegido de la FIP (que « olvido » de saludar al suyo competidor) anuncio su intención de tomar contacto con los sindicados que abandonaron el Congreso. Evidentemente no ha entendido que, para muchos sindicados y asociaciones miembros de la FIP, este incidente fue la gota que rebalsó el vaso. No ha entendido que perdio de modo definitivo (si todavia ya no era el caso) la confianza de un gran numero de miembros de la Federación.

Ha vencido después de una campaña electoral poco gloriosa pero su victoria electoral es una victoria pírrica. No para el, desgraciadamente pero para la FIP. La satisfacción de su apetito para el poder, o el reconocimiento social conduce la Federación al bordo de la implosión.

Y siguen la ausencia de visibilidad, la opacidad financiera, y la falta de transparencia democrática que han sido denunciadas durante el debate electoral.

Podriamos corregir esta situación? Por ahora, nadie sabe como, sino acaso con la decision del Presidente de apartarse. Acaso la organización de un segundo voto, rehusado en Dublin por la NUJ, pudiera haber bajado la tensión. Pero nada indica que vamos siguiendo esta dirección. Y siguen asesinatos, detenciones, raptos o presiones sobre periodistas por el mundo entero. Algunas mociones adoptadas en Dublin tratan de todo esto. Pero la FIP se encuentra ahora debilitada para enfrentar estos retos