Un centre d’impression de journaux rentablisé… au détriment de l’info et de l’environnement


Depuis quelques mois, les journaux du groupe qui (air connu) m’emploie et ne me rémunère pas assez à mon goût sont donc imprimés sur les rotatives du centre d’impression du groupe Rossel à Nivelles. Situation paradoxale qui voit ainsi des journaux concurrents imprimés au même endroit, mais jusqu’à présent, les craintes que la rédaction de «L’Avenir» avait exprimées, de voir cet accord technique, après des accords publicitaires, préfigurer des échanges rédactionnels ne se sont heureusement pas (encore?) matérialisées.

Journaux belges francophones

Mieux, le choix du format berlinois qui avait été annoncé par la direction a finalement été abandonné au profit du demi-berlinois, plébiscité par les lecteurs, qui se sont tous montrés satisfaits de ce revirement (dont de nombreux intervenants s’attribuent la paternité, avec une certaine suffisance…) et c’est tant mieux.

Mais, comment dire, le partage de ce centre d’impression, qui était déjà au bord de la saturation avant qu’il accueille la production des journaux des Éditions de l’Avenir, ne va pas sans inconvénients que n’avait nullement prévu le rapport McKinsey réclamé par Jean-Claude Marcourt, ministre PS communautaire des Médias, au début de son mandat. De quoi, soit dit au passage, démontrer une fois de plus que l’omniscience des consultants n’est qu’un mythe.

Ce regroupement a en effet eu effet de réduire singulièrement les heures de bouclage (entendez: les heures ultimes où on peut rentrer les toutes dernières informations) non seulement des journaux du groupe «L’Avenir», mais aussi de ceux du groupe Sud-Presse et du «Soir», où, en tout cas pour certaines éditions, l’heure limite a ainsi été «rabotée», nous dit-on, d’une heure à une heure et demie. En clair, donc, c’est l’offre d’informations de toute une série de journaux francophones qui est réduite chaque matin, afin de permettre à chaque lecteur de recevoir son quotidien dans sa boîte à lettres, ce qui n’est pas évident pour tous, ainsi qu’on va le voir.

La seule exception, relative, se produit lors de soirée sportives, où la compétition belge permet un tirage légèrement plus tardif, mais au prix, en tout cas pour les journaux du groupe «L’Avenir» d’un regroupement d’éditions, très diversement accepté par les lecteurs.

Tous les lecteurs des journaux imprimés à Nivelles ne sont par ailleurs pas logés à la même enseigne: depuis la mi-décembre, les abonnés fouronnais de l’édition de la Basse-Meuse de «La Meuse» ne se voient plus servir chaque jour leur quotidien favori dès potron-minet. Et leurs récriminations n’arrivent pas vraiment à faire changer les choses.

C’est que, transfert (toujours contesté) des Fourons dans la province de Limbourg en 1962 n’aidant en l’occurrence pas, les quotidiens des groupes Sud-Presse et Rossel destinés à ces irréductibles Francophones doivent en effet être transportés par la route de Nivelles à Paal (Beringen), où les quotidiens du groupe Mediahuis, dont fait partie le groupe Concentra, éditeur du Belang van Limburg, est prié de les joindre aux colis de journaux du quotidien phare de la province de Limbourg destiné à la vallée du Foron ou de la Voer, selon le clan linguistique auquel on appartient. Alors, arrivée régulièrement tardive du coursier nivellois, ou relative mauvaise volonté du distributeur? Les lecteurs de l’édition de la Basse-Meuse de «La Meuse» font en tout cas régulièrement l’amère expérience d’un service déficient. L’arrivée à… la fin de cette année d’une plieuse supplémentaire au centre d’impression de Nivelles résoudra-t-elle leur problème ? Personnellement je ne crois hélas plus au père Noël. Et le transit des journaux par Paal restera d’actualité.

Offre d’informations réduite, quotidiens non servis: le regroupement à Nivelles de l’impression des quotidiens des Éditions de l’Avenir, de Sud-Presse et du groupe Rossel a aussi des retombées écologiques négatives. Car pour faire place aux journaux du groupe «L’Avenir» dans un centre d’impression déjà au bord de la saturation, les dirigeants du groupe Rossel ont pris, au début décembre, la décision de leur faire place, en transférant l’impression de L’Echo, et du Grenz Echo, quotidiens dont Rossel est l’actionnaire à 50% du premier, et unique du second, à… Lokeren. Ce qui veut dire que, chaque jour, l’impression du seul quotidien germanophone se fait cinquante kilomètres plus loin, encore, de la capitale de la Communauté du même nom, qu’auparavant!

On avouera qu’en termes d’efficacité, mais aussi en termes de lutte contre le réchauffement climatique, à l’heure où des jeunes manifestent de semaine en semaine pour exprimer leur inquiétude à ce propos, il y a là un très mauvais exemple!

Décidément, la rédaction des Éditions de l’Avenir avait tout juste, quand elle réclamait l’impression des quotidiens du groupe à Charleroi, à un jet de journal de Namur. Là comme ailleurs, son actionnaire, décidément bien souvent mal embouché, aurait eu intérêt à écouter ses journalistes…

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Un acte criminel qui en dit long


Étrange sentiment qui a été le mien, hier, en découvrant dans les dépêches d’agences la nouvelle de l’attentat dont a été victime Emmanuel de Mérode: il y a à peine plus d’un mois, j’avais pu, avec d’autres journalistes belges, rencontrer le conservateur du Parc naturel de Virunga, au Nord-Kivu, lors de la visite sur place du ministre belge de la Coopération, Jean-Pascal Labille, et du commissaire européen au Développement, Anders Piebalgs.

Emmanuel de MérodeL’essentiel, bien sûr, est qu’Emmanuel de Mérode a pu être secouru à temps, et que les balles qui l’ont frappé à l’abdomen et au thorax ont pu être extraites. Et que les nouvelles diffusées par l’hôpital Heal Africa, de Goma, soient rassurantes: on parle d’espoir de guérison. Et le transfert en Belgique du conservateur du Parc naturel est déjà envisagé, pour lui permettre de poursuivre sa convalescence.

Cet attentat n’en est pas moins hautement significatif, et particulièrement inquiétant. Le Parc naturel de Virunga, le plus grand du monde, classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979, est en effet particulièrement convoité: les groupes armés y braconnent et s’y approvisionnent en bois, mais surtout, les gisements pétroliers qui y ont été découverts attisent la convoitise.

Lors de notre visite sur place, au début mars, les défenseurs de l’environnement avaient longuement décrit les manœuvres de la société britannique Soco, détentrice d’un mystérieux permis gouvernemental, qui a décidé, manifestement de se lancer dans l’exploitation du pétrole dans le périmètre du Parc, au risque (vraisemblable) d’entraîner sa déclassification. Ils nous avaient expliqué les menaces de mort dont certains d’entre eux avaient été victimes, qui les avaient contraint à un exil temporaire. Ils avaient fait part de l’attitude ambiguë des autorités congolaises: des soldats en armes «encadraient» des «séances d’information» à la population sur l’intérêt de l’exploitation pétrolière. Ils avaient rappelé que la pêche dans le lac Édouard rapporte quelque 38 millions de dollars par an à l’économie et à la population congolaises.

Après les avoir entendus, Anders Piebalgs avait dénoncé le «double langage» des autorités à ce propos, et postulé un «pacte environnemental et un pacte avec la population locale» si on voulait aller de l’avant.

Entre-temps, en Ouganda, les plans sont prêts pour la construction d’une raffinerie de pétrole, et personne, sans doute, n’est enclin à écouter les paroles équilibrées du commissaire européen. Soit dit au passage, le Royaume-Uni fait (toujours) partie de l’Union Européenne, et la Commission serait fondée à lui demander des comptes sur le comportement de la société britannique Soco, même s’il s’agit d’un opérateur privé. Et la Belgique pourrait, elle aussi, l’interpeller, en réclamant une enquête sur l’attentat dont a été victime le conservateur, qui, selon le député MR François-Xavier de Donnéa, venait de déposer un dossier «compromettant» pour la compagnie pétrolière auprès du procureur de la République à Goma. Rien n’a décidément bien changé depuis l’époque où des milieux britanniques dénonçaient à juste titre les exactions prêtées aux colons de Léopold II, dans le but inavoué de tenter de faire passer sous bannière britannique une colonie dont la richesse ne leur avait pas échappé…

En visant Emmanuel de Mérode, les commanditaires de cet attentat, quels qu’ils soient, ont voulu manifester à la société civile du Nord-Kivu qu’ils ne reculeraient devant rien pour satisfaire leur appât du gain. Raison de plus pour l’Union Européenne de s’impliquer à ce niveau. On peut comprendre qu’un pays comme la République Démocratique du Congo ait besoin d’exploiter ses ressources naturelles, même si on a déjà eu plus d’une fois l’occasion de vérifier, spécialement au Nord et au Sud-Kivu, qu’elle ne bénéficie en rien du pillage de ses ressources, par des compagnies et pays étrangers. Faut-il donc que cette exploitation des gisements pétroliers potentiels (pas nécessairement dans le périmètre du Parc) s’exerce sous stricte surveillance. La population de la RDC, et spécialement celle des Nord et Sud-Kivu, a le droit de l’exiger. Et nous, le devoir de la soutenir.