Encore heureux, Jan Jambon a du «respect» pour le Parlement flamand


La journée de vendredi a été désastreuse pour le Parlement flamand, avec le vote par une majorité NVA-CD&V-Open VLD restée seule en séance de la déclaration de politique régionale, lue l’avant-veille par le nouveau ministre-président flamand Jan Jambon (N-VA).

L’opposition unanime, de l’extrême-droite Vlaams Belang à l’extrême-gauche, PvdA, en passant par les écologistes de Groen et les socialistes du sp.a, était sortie après une très longue suspension des débats, à la demande du chef de file des Verts, Björn Rzoska. Les élus d’opposition réclamaient l’épure budgétaire qui a sous-tendu la déclaration de politique régionale avec d’autant plus de mordant, que Jan Jambon, la veille, dans l’émission Via Politica de la VRT, avait déclaré détenir ces chiffres, «mais que l’opposition ne les obtiendrait pas, même si elle le demandait».

Björn Rzoska et les autres chefs de groupe étaient d’autant plus déterminés à les obtenir que les communes flamandes avaient déjà reçu, entre-temps, un tableau qui leur permet d’anticiper l’évolution de leurs rentrées.

Seul, l’ancien ministre N-VA flamand de l’Emploi, Filip Muyters, est intervenu au secours de ses anciens collègues, en notant que la discussion budgétaire suit généralement le débat sur la déclaration gouvernementale, et en renvoyant notamment au Parlement bruxellois (où le gouvernement n’avait pas déclaré déjà disposer d’une trajectoire budgétaire au moment de présenter ses engagements politiques, Ndlr).

Tout en témoignant de son «respect pour le Parlement», le ministre-président Jan Jambon a choqué une partie de l’auditoire en interpellant brutalement en dialecte anversoise la présidente de Groen, Meyrem Almaci, qui estimait qu’une discussion du budget, mardi prochain, comme il l’annonçait viendrait «trop tard». «Ce n’est pas quand même toi qui vas en décider» a-t-il lancé. Oubliant que dans une enceinte parlementaire, un ministre ne tutoie pas un(e) élu(e), et que les députés entre eux (elles), même s’ils ou elles se connaissent parfaitement, se vouvoient au cours des débats.

Le ministre-président a aussi donné dans un humour particulier, en affirmant qu’il foulait «aux pieds la démocratie encore plus que les nazis ou les communistes» en organisant deux débats rapprochés, un sur sa déclaration de politique régionale, et un autre sur le budget qui permettra sa mise en œuvre.

Et comme à la rentrée en séance, la présidente du Parlement, Liesbeth Homans (N-VA) avait fait approuver l’ordre du jour tel qu’établi, l’opposition est sortie.

«Devons-nous débattre ou pouvons-nous passer au vote directement?» a alors interrogé l’ancienne ministre flamande des Affaires intérieures. C’était sans compter sur la volonté des chefs de groupe de la majorité d’aller prononcer les discours creux qui ne peuvent qu’être les leurs en pareille circonstance, pour dire tout le bien qu’ils pensent du gouvernement.

Pareil débat non-contradictoire n’est guère de nature à passionner c’est vrai. Et le Jan Jambon accro du jeu (2)ministre-président, comme sa voisine, la vice-ministre-présidente CD&V, qui pensait peut-être toujours à sa compétence perdue de l’Enseignement, ne paraissaient pas vraiment à l’écoute.

Ce qui est compréhensible, mais guère excusable pour les discours compassés des chefs de groupe l’était beaucoup moins à l’égard de la seule intervention d’une élue au cours de cette séance surréaliste.

Sihame El Kaouakibi a beau être une toute jeune élue Open VLD, elle a déjà un solide Sihame El Kaouakibiparcours derrrière elle. À 33 ans, elle affiche déjà toute une série de titres (Antwerpenaar van het Jaar (2011), Vlaamse Cultuurprijs (2012), Belgium’s Outstanding Young Person (2012), Straffe Madam (2013), une des 30 fortes femmes qui ont changé le monde) et elle ne s’est manifestement pas présentée pour faire de la figuration. Son intervention, pour se dire, malgré son soutien à la déclaration gouvernementale, favorable à une société flamande ouverte, n’a pas fait lever les yeux des ministres. Elle a aussi été suivie d’un silence assourdissant, qui rappelait celui, naguère, qui pesait sur n’importe quelle prise de position du seul élu de l’Union francophone. Quelques instants plus tard, la députée libérale quittait l’hémicyle. Seule. Et déjà peut-être ébranlée par la puissance d’une particratie qui déteste toute forme de prise de parole individuelle.

Mais le manque d’attention de Jan Jambon procédait d’une autre préoccupation: en pleine séance du Vlaams Parlement, le nouveau ministre-président était absorbé par une Jan Jambon champion au jeupartie d’Angry Birds sur son smartphone, comme le révélera la caméra indiscrète de la VRT qui enregistrait ce débat d’investiture historique.

Encore heureux qu’auparavant, il avait exprimé son respect de l’institution! Le crédit qu’on peut lui accorder sur ce point doit-il s’étendre désormais à son engagement solennel de ranger la Flandre parmi le peloton de tête des régions européennes? En tout cas, l’épisode dans son ensemble a déjà de quoi nourrir largement l’anti-politisme ambiant!

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L’Organisation Internationale de la Francophonie n’est pas réservée aux seuls Francophones


«Le français, rien que pour les Francophones»: c’est, à peine caricaturée, la position de Geert Bourgeois. La présence de la Belgique, État trilingue, à l’Organisation Internationale de la Francophonie donne apparemment des boutons au ministre-président N-VA flamand, qui entend qu’à l’avenir, ce soit la Communauté française de Belgique qui y siège. «Communauté française de Belgique», et pas «Fédération Wallonie-Bruxelles»: cette dénomination, elle, lui donne de l’urticaire et il veut la faire proscrire. En rappelant, à juste titre-là, que seule la première appellation est constitutionnelle et légale.

bourgeois-300x218Si l’on suit donc le raisonnement de Geert Bourgeois, l’OIF ne peut donc s’adresser qu’aux seuls 270 millions de Francophones dans le monde. Parmi lesquels, donc, les Wallons, et comme le disait Julos Beaucarne, «volà pouqwê no s’tons fîrs d’èsse Walons».

La prise de position de Geert Bourgeois témoigne, à tout le moins d’un certain culot: à quel titre pourrait-il imposer à une organisation son mode de fonctionnement et son périmètre d’activité?

L’Organisation Internationale de la Francophonie regroupe, pour rappel, 80 États et gouvernements dans le monde (57 États-membres et 23 observateurs) «qui procèdent du partage d’une langue, le français, et de valeurs universelles».

Tous ces États, loin s’en faut, ne sont pas exclusivement francophones. La présence de certains d’entre eux au sein de l’OIF peut même étonner, je le concède: la population francophone du Qatar, le dernier arrivé, doit être assez limitée. Mais la promotion de la langue française «et de la diversité culturelle et linguistique» ne peut, par définition, se limiter aux territoires exclusivement francophones. La nouvelle secrétaire générale de l’Organisation, Michaelle Jean, ne vient-elle pas du Canada, pays bilingue par excellence? Le Rwanda, où l’anglais occupe une place prépondérante dans l’administration depuis l’instauration du pouvoir actuel, y a tout autant sa place. Et tant d’autres. Pour tous ces pays, faire partie de la Francophonie est à la fois un atout et une chance de diversité linguistique: ils sont heureux du soutien que l’Organisation internationale peut apporter aux initiatives francophones sur leur territoire.

La remarque de Geert Bourgeois est donc particulièrement inappropriée. Elle ne surprend pas: la promotion de la diversité linguistique ne figure en effet pas au programme de la N-VA. Sa vision d’une Région, qu’il espère voir devenir un pays, linguistiquement homogène, est par ailleurs particulièrement irréaliste: hors le français que les flamingants abhorrent, bien d’autres langues sont parlées sur le territoire flamand. Au fait, si le rêve d’une Flandre indépendante, que la N-VA caresse, devait se réaliser un jour, il lui faudrait bien, pour adhérer à l’Union Européenne et entrer au Conseil de l’Europe, adopter la convention-cadre sur la protection des minorités, car elle ne pourrait plus invoquer, comme elle le fait actuellement pour la Belgique, les protections particulières dont bénéficie  la minorité francophone. Et donc, par là, autoriser la Communauté française de Belgique à soutenir des initiatives culturelles en Flandre, comme elle peut le faire actuellement sur toute la planète… sauf au nord de la frontière linguistique.

Une réaction à nouveau désastreuse pour l’image de la Flandre

Si Geert Bourgeois avait suggéré qu’à l’avenir, un vice-Premier francophone assiste d’office aux assemblées de l’OIF, on l’aurait bien volontiers suivi. Comme on suppose que les Québécois en ont assez de voir un Stephen Harper, qui, lui, baragouine plutôt qu’il ne parle le français, y représente le Canada, il m’est arrivé, sur ce blog, de fustiger la présence à un sommet de la Francophonie d’un Premier ministre flamand s’exprimant en français sans maîtriser les subtilités de la langue.

Mais sur un plan plus général, la sortie de son ministre-président donne une nouvelle fois l’image d’une Flandre racrapotée sur elle-même, hostile à toute ouverture sur le monde. Pareille attitude, bien plus qu’une prétendue influence francophone sur les instances internationales et européennes ont fait à la Flandre une réputation extrêmement négative en Europe. Elle a conduit le Conseil de l’Europe à condamner plusieurs fois sont attitude à l’égard des Francophones de Flandre. Dans tout le monde francophone, cette perception négative, désormais, est encore plus ancrée.

Une ministre qui dégrade encore un peu plus l’image de la Flandre


Ainsi donc, Liesbeth Homans, ministre flamande des Affaires intérieures, veut imposer une amende aux occupants d’appartements sociaux qui ne parlement pas le néerlandais?

Que voilà une idée qu’elle est bonne. Mais comment les agents constatateurs repéreront-ils les récalcitrants qui ne pratiquent pas la langue de Vondel? Va-t-on leur demander d’interroger un par un tous les locataires de Flandre? Ils ne sont pas près d’en finir, les pôvres. Et pourquoi pas distribuer aux personnes qui résident dans les appartement sociaux un lion de Flandre de couleur rouge, qu’il leur suffirait de coudre sur leurs vêtements pour bien montrer qu’ils ne peuvent, ou ne veulent parler le néerlandais? Le comptage serait bien plus rapidement effectué!

(Très mauvaise) plaisanterie mise à part, la groupie de Bart De Wever vient de dégrader encore un peu plus l’image de la Flandre en Europe! On sait que le Conseil de l’Europe, plus d’une fois, a sourcillé devant les initiatives des gouvernements flamands précédents, par exemple pour réserver en priorité aux habitants néerlandophones des communes de la périphérie bruxelloise des immeuble à vendre, pour son refus de ratifier la Convention sur la protection des minorités, ou encore pour l’obligation faite aux candidats locataires d’appartements sociaux d’«apprendre» le néerlandais.

Ce fameux wooncode, les autorités flamandes de l’époque l’avaient défendu en brandissant l’arme de l’intégration («Il n’est pas normal que les occupants d’appartements sociaux doivent être accompagnés de leurs enfants, scolarisés à l’école primaire, pour comprendre un simple document administratif»). Ils avaient rappelé l’obligation faite par l’Allemagne à tous les candidats à l’immigration de se mettre à l’apprentissage de l’allemand. Et ils avaient surtout insisté  sur le fait que cette (forte) demande d’apprendre le néerlandais ne comportait aucune obligation de résultat.

téléchargementLiesbeth Homans, aujourd’hui, franchit le pas: il ne faut pas se contenter d’apprendre la moedertaal, il faut aussi la parler. Et qui n’en est pas capable devra payer une amende, punt aan de lijn!

Quel sera le test imposé pour mesurer le degré de connaissance linguistique des occupants d’appartements sociaux? On suggère le célèbre «Schild en vriend» qui permettra de séparer facilement le bon grain et l’ivraie.

Aux uns, les félicitations du jury; aux autres l’amende: un traitement différencié qui porte un nom bien néerlandais: l’apartheid.

Quant les diverses autorités européennes feront part de leur préoccupation, Liesbeth Homans et les siens se draperont sans doute une nouvelle fois dans leur dignité outragée, et imputeront cette incompréhension à l’influence des Francophones sur le Conseil de l’Europe, le Parlement européen, et la Commission. En oubliant peut-être que la commissaire européenne belge… est flamande?

Avec Bart De Wever, les Flamands ont leur Poutine. Ou leur Kabila?


L’insoutenable suspense a donc pris fin: avant de s’envoler pour Shanghaï, Bart De Wever a envoyé la demande de dérogation indispensable pour pouvoir briguer un quatrième mandat à la présidence de la N-VA.
zoveel-viel-bart-de-wever-echt-af_667x1000La veille encore, le bourgmestre d’Anvers jouait la comédie: il ignorait s’il allait franchir le pas; il fallait qu’il en parle avec quelques personnes… Depuis des semaines, pourtant, on sait qu’il «rempilera» en 2015. À la fois parce que le succès électoral du parti nationaliste flamand de droite extrême et sa participation aux gouvernements flamand et fédéral a exigé la montée dans les exécutifs d’un grand nombre de responsables, dont Jan Jambon et Ben Weyts, qui, sans avoir l’aura du gourou de Deurne, auraient pu prétendre à sa succession. Ensuite, comme me l’ont expliqué cette semaine les politologues gantois, Carl Devos, et bruxellois, Dave Sinardet, il y aura d’ici à 2019, date des prochaines élections, quelques couleuvres à faire avaler à l’électorat, spécialement nationaliste, de la N-VA. Et les talents oratoires de Bart De Wever seront sans doute grandement nécessaires pour calmer le dépit de celles et ceux qui espéraient voir la cause de l’indépendance flamande faire un grand bond en avant avec l’arrivée au pouvoir du parti indépendant(r)iste.
Il n’y aura d’ailleurs peut-être pas que la base nationaliste de la N-VA à calmer ainsi. La Flandre de droite a voté massivement N-VA, en croyant le mythe selon lequel sa prospérité reviendrait à tire d’ailes dès que les liens avec la Wallonie sclérosée seraient rompus. Mais dans l’attente, la N-VA au gouvernement flamand, ce sont des études supérieures nettement plus chères; ce sont des associations culturelles privées de subsides; c’est une VRT obligée de tailler dans le vif (et qui doit se demander si elle a bien eu raison de consacrer De Wever «slimste mens ter wereld», l’homme le plus intelligent du monde, il y a quelques années…) et c’est un accès durci aux logements sociaux. Tout cela pour commencer!
Bart De Wever est donc bien parti pour entamer un… quatrième mandat à la présidence de la N-VA, dont les statuts limitent pourtant à deux le nombre maximum de mandats possibles à ce post: c’est le sens de la dérogation qu’il a sollicitée, et qu’il obtiendra sans aucun doute sans coup férir. Il avait pourtant juré ses grands dieux, en devenant bourgmestre d’Anvers, le 14 octobre 2012, qu’il quitterait la présidence du parti à l’issue de son troisième mandat. En arguant que la cité portuaire mérite un mayeur à part entière…
L’homme fort du parti se justifiera sans doute en disant qu’il répond ainsi aux sollicitations qui viennent de toutes parts. On lui en donnera acte.
Vladimir_Putin_-_2006Il ne fait en l’occurrence que reproduire le comportement d’un Vladimir Poutine, qui a toutefois fait preuve de plus de subtilité que lui (mais ils ne jouent évidemment pas dans la même cour). Limité par la Constitution russe à deux mandats, le président russe a changé de fauteuil avec son président, Dmitri Medvedev, et, pendant la durée des deux mandats de ce dernier, il a inversé le rapport de forces politique entre la présidence russe et la direction du gouvernement. Puis il est gentiment revenu pour un nouveau cycle de deux mandats, en rendant à la présidence tout son éclat. Pour sans doute ensuite, inverser à nouveau les rôles… jusqu’à ce que mort s’en suive?
Joseph KabilaJoseph Kabila n’en est pas là. Mais le président congolais ne pourra, en principe, pas, au terme de son mandat (contesté), se représenter à la présidence de la République Démocratique du Congo.Mais, à son âge (43 ans), le président congolais se voit mal accéder bientôt à la retraite… et ce n’est pas Bart De Wever qui le contredira, puisque le gouvernement fédéral dont la N-VA fait partie vient de rehausser à 66 puis à 67 ans, à l’horizon 2030, l’âge de la retraite en Belgique. Joseph Kabila songe donc à une modification de la Constitution congolaise, qui lui permettrait de rempiler. Et malgré l’opposition démocratique, il serait bien capable d’arriver à ses fins.
L’opposition bolivienne ne dit rien d’autre d’Evo Morales, qui va être élu ce dimanche pour la troisième et en principe dernière fois à la tête de son pays.
Les mauvaises pratiques, décidément, sont contagieuses. Curieusement, elles semblent rarement rendre heureux ceux qui les mettent en œuvre. Et tout auréolé qu’il soit de ses succès électoraux répétés, Bart De Wever n’aura jamais l’envergure d’un Winston Churchill, qui s’est incliné devant l’impitoyable et invraisemblable verdict des urnes qui l’a renvoyé dans l’opposition, en 1945.Le vieux lion y a trouvé au contraire une nouvelle énergie pour tenter de renverser la vapeur. Et rappelé que «la démocratie est le pire des régimes, à l’exception de tous les autres». Dont celui de la démocratie dirigée, à la sauce N-VA, russe, congolaise, bolivienne, etc.