L’Union Européenne doit-elle prendre parti dans la querelle ukrainienne?


Il ne se passe pas un jour sans que nos journaux télévisés nous repassent des images des manifestations «pro-européennes» qui se déroulent à Kiev pour l’instant, et qu’on diffuse de temps à autre une interview de manifestants réclamant le soutien de l’Union Européenne à l’opposition. La question mérite donc d’être posée: l’Union Européenne doit-elle prendre parti dans la querelle ukrainienne?

Ukraine-Kiev-manifestations-2013Cette première question en appelle naturellement une autre: quelle est l’ampleur du mouvement pro-européen en Ukraine? Les manifestations de Kiev sont sans aucun doute impressionnantes… mais elles se déroulent toutes à Kiev. Normal, direz-vous, c’est la capitale du pays. Argument partiellement recevable seulement: on sait que l’Ukraine est coupée en deux, et que dans une partie du pays, c’est un rapprochement avec la Russie qu’on souhaite plutôt qu’avec l’UE. Un peu compréhensible: après tout, l’Ukraine a fait partie pendant plusieurs siècles de la Russie; et ces liens «naturels» entre les deux pays se sont doublés de nombreux liens personnels et familiaux. L’opinion des pro-russes doit donc être tout autant prise en considération que celle des pro-européens.

Autre élément à prendre en considération: l’opposition actuellement dans la rue, et qui vient de refuser les postes de Premier ministre et de vice-Premier ministre proposés par le président Viktor Ianoukovitch… a occupé le pouvoir avant l’élection de ce dernier au fauteuil présidentiel. Et on ne peut pas dire que la présidence de Viktor Iouchtchenko a laissé un souvenir indélébile à la population ukrainienne. Sauf erreur de ma part, le scrutin qui a amené Ianoukovitch au pouvoir a été reconnu comme légitime. Alors, pourquoi devrait-il faire place nette? Si l’opposition veut le remplacer, elle n’a qu’à bien préparer les prochaines élections présidentielles et législatives: cela s’appelle l’alternance démocratique.

On a noté, par ailleurs, ces derniers temps, parmi les manifestants, la résurgence d’une extrême-droite aussi puante en Ukraine que partout ailleurs dans le monde. J’ai déjà évoqué dans ce blog le remarquable documentaire sur les «Einsatzgruppen» récemment diffusé par France 2, au risque de donner la nausée à toutes celles et tous ceux qui l’ont regardé. En Ukraine, les nazis n’ont pas eu besoin de chercher longtemps pour recruter des tueurs réjouis de casser du Juif et du Bolchevik. Manifestement, ils ont laissé des héritiers, aussi répugnants qu’eux.

Qu’on le veuille ou non, la géographie place l’Ukraine dans la sphère d’influence russe, et l’Union Européenne, qui doit d’abord réapprendre à se gérer elle-même, serait bien imprudente d’aller s’y pousser de manière trop ostentatoire. En cette année où on va commémorer le début de la Première guerre mondiale, il y a cent ans, il n’est pas inutile de dire que c’est la confrontation entre les influences russe et austro-hongroise dans les Balkans qui a provoqué la première grande boucherie du XXeme siècle, et par là-mêle l’horreur de la Seconde guerre mondiale. Bien sûr, on n’est plus en 1914, mais il est des réalités dont il est toujours prudent de tenir compte.

Où l’Union Européenne, par contre, doit se profiler de manière très ferme, c’est dans la défense de la liberté d’expression et des libertés démocratiques en Ukraine. C’est là qu’elle peut exercer une influence positive. Encore que, en Hongrie comme en Turquie, on a vu et on continue à voir les limites de l’exercice….

Publicités