Pourquoi une majorité PS-MR est en cours d’élaboration en Wallonie


Or donc, à en croire d’éminents confrères spécialisés en politique fédérale et wallonne, vendredi dernier, sur La Première, de fortes réticences dans les bases socialiste et libérale constitueraient un problème de nature à freiner la mise en place d’une majorité PS-MR en Wallonie.

Je me garderais bien de remettre en cause la pertinence de l’analyse, mais tout de même, dès lors que le cdH a choisi la cure d’opposition (et que de critiques se seraient abattues sur Maxime Prevot si son parti avait fait acte de candidature au pouvoir, après sa déculottée électorale du 26 mai?), les hypothèses sont singulièrement réduites. Bien sûr, Thierry Bodson, le leader de l’interrégionale wallonne de la FGTB, continue à prôner une majorité PS-PTB-Ecolo, mais personne n’y croit. Notamment au PS, où aucune voix ne s’est élevée pour défendre cette hypothèse, a fait remarquer un des intervenants au débat de La Première, ce vendredi.

pexels-photo-1020315Donc, ne restent que deux hypothèses: l’alliance PS-MR en Wallonie, ouverte ou non à Ecolo. Manière de ne pas associer au pouvoir deux partis qui, quoi qu’en aient dit leurs dirigeants, et notamment le président du PS, Elio Di Rupo, dès le soir du scrutin, ont figuré parmi les battus de l’élection. Et de «mouiller» à nouveau les Verts dans une coalition où ils ne seraient pas indispensables, comme cela a déjà été le cas au niveau fédéral, en 1999, après la crise de la dioxine et le renvoi historique du CVP (devenu CD&V depuis lors) dans l’opposition, après plus de quatre décennies au pouvoir.

La perspective doit nourrir l’inquiétude chez Ecolo, d’où la nervosité de Philippe Defeyt, ce midi, au débat dominical de RTL-TVI. L’ancien coprésident des Verts a fustigé la décision «prématurée» du cdH de se mettre sur la touche, et le représentant du PS, Pierre-Yves Dermagne, a presque entonné le même refrain, ironie en plus, en rappelant que le cdH avait l’habitude de changer d’attitude. L’évocation du «tirage de prise» par l’ancien président humaniste, Benoît Lutgen, qui a conduit, sous la législature précédente, au remplacement de la majorité wallonne PS-cdH par une majorité alternative MR-cdH.

Les Verts pourront-il se permettre le luxe de refuser une participation à une majorité, alors que la thématique climatique, notamment, a pris de plus en plus d’importance, et qu’ils pourraient peser sur des décisions environnementales? Les plus pessimistes d’entre eux rappelleront l’expérience du passé: quand Ecolo n’est pas indispensable à une majorité, son poids devient très relatif. Et les décisions prises sous son influence (la sortie du nucléaire par exemple), sont rapidement annulées, une fois qu’ils sont renvoyés dans l’opposition. Car bien sûr, leurs électeurs, alors, ne leur pardonnent rien au scrutin suivant.

Le débat risque d’être chaud, entre «réalos» et dogmatiques, chez Ecolo, si PS et MR proposent l’ouverture de leur majorité. Il ne s’en manquera pour relever que, si les Verts acceptent la combinaison, l’opposition sera réservée aux seuls cdH et PTB. Et que pour les humanistes, l’occasion sera rêvée de se refaire une santé, en récupérant notamment des électeurs passés sous la bannière écologiste.

Pour le reste, PS et MR… ne sont pas aussi opposés qu’on veut bien le dire. En témoigne la négociation discrète qui vient de se produire en région verviétoise, où les deux partis se sont attribué les présidences d’intercommunale de manière impérieuse, puisque la section de Verviers-ville du MR a dû remiser ses exigences sur la présidence de l’intercommunale hospitalière.

Et puis, en province de Liège et en province de Hainaut, les deux provinces wallonnes les plus peuplées, PS et MR sont associés au pouvoir, depuis plus de trois décennies en province de Liège, sans que cette alliance soit décrite comme contre nature.

Alors, hors argument recevable sur le revers électoral, qu’est-ce qui empêcherait la reproduction de pareille majorité au niveau wallon? Une pincée de «concertation mosane» pour calmer le ban syndical; peut-être la mise à l’écart d’un ministre aussi clivant que le libéral hervien Pierre-Yves Jeholet; et les virulentes dénonciations de la campagne électorale s’effaceraient rapidement derrière un de ces «grrrrrands accord», célébrés naguère par feu Michel Daerden, au terme d’une soirée électorale bien arrosée, sur RTC, la télé régionale de Liège-Huy-Waremme.

Tout serait sans doute déjà en passe d’être réglé, s’il n’y avait l’enjeu fédéral, et le casse-tête bruxellois. Car à Bruxelles, Ecolo est sorti des urnes en deuxième position, derrière le PS, mais devant le MR. Tandis que dans le collège électoral flamand, son parti-frère, Groen, sortait en tête. Les Verts sont donc incontournables du côté francophone, sauf à imaginer une improbable association entre le PTB, le PS et le MR ou Défi. Mais un éventuel accord entre le PS et eux ne suffirait pas à dégager une majorité. Resterait dès lors à ouvrir les discussions à Défi… ou au MR. Côté flamand, entre-temps, écologistes, socialistes et…libéraux n’ont pas tarder à s’accorder.

Suivant le vieux principe que tout est dans tout, indispensable à Bruxelles, Ecolo pourrait donc s’imposer au niveau wallon avec plus de poids que son résultat arithmétique pourrait lui valoir.

Reste le fédéral, où là, une alliance des socialistes et des libéraux pourrait rassembler les deux familles politiques les plus importantes du pays… à condition que les socialistes flamands, laminés le 26 mai, ne s’associent pas à la démarche. Mais resterait encore à élargir l’attelage au CD&V. Ou alors convaincre la N-VA d’entrer dans la danse. Même si le PS donne des boutons à Bart De Wever….

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Et par qui l’article 25 de la Constitution est-il violé? Hélas, hélas, hélas, par de prétendus patrons de presse….


Etal vide«La presse est libre; la censure ne pourra jamais être établie; il ne peut être exigé de cautionnement des écrivains, éditeurs ou imprimeurs. Lorsque l’auteur est connu et domicilié en Belgique, l’éditeur, l’imprimeur ou le distributeur ne peut être poursuivi»: dès mes déjà lointains débuts dans la défense du journalisme libre, à l’échelon international, j’ai cité l’article 25 de la Constitution belge. En soulignant à la fois l’incroyable liberté qu’il proclamait à l’époque où il a été rédigé – en 1831! – et l’optimisme indécrottable de ses rédacteurs qui osaient croire que jamais, un gouvernement, quelle que soit sa composition, ne remettrait en cause cette liberté et ne se risquerait à établir la censure.

Sur le plan politique, cet optimisme s’est avéré: à l’exception des périodes d’occupation, pendant les deux guerres mondiales, la presse belge n’a pas eu à subir les affres de la censure. Et si la Constitution belge a fait l’objet de multiples révisions depuis sa rédaction, et plus particulièrement au cours du dernier demi-siècle, l’article 25, lui, a gardé sa forme originelle voire désuète, quand elle fait référence au «cautionnement».

Qu’une presse libre soit bénéfique même aux autorités auxquelles elle apparaît par essence suspecte, parce que si la presse est libre, elle sera crédible quand elle saluera l’action de ces autorités: c’est un message que j’ai délivré à plusieurs reprises, notamment depuis mon élection, il y aura bientôt trois ans, à la présidence de la Fédération Internationale des Journalistes (FIJ). Une pensée magistralement expriBeaumarchaismée par Beaumarchais dans une sentence, extraite du Barbier de Séville, dont le quotidien français Le Figaro a fait sa devise: «Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur». La citation m’a été souvent utile pour me défendre d’accusations de parti-pris formulées avec plus ou moins de bonne foi contre moi, dans ma pratique journalistique. J’ai développé ce plaidoyer notamment face à des chefs d’État ou de gouvernement dont le respect de la liberté de la presse ne constitue pas le principal motif de notoriété. Partant du principe que parler de liberté de la presse avec des autorités qui la respectent revient à prêcher à des convaincus…

Ce que le constituant de 1831 ne pouvait pas anticiper, c’est qu’un jour, journalistes et patrons de presse se retrouveraient peut-être toujours unis pour défendre ensemble des enjeux essentiels pour la presse, comme cela fut le cas avec la loi sur la protection des sources, au début de ce siècle, mais qu’ils s’affronteraient plus souvent sur les conditions de travail et de rémunération des journalistes: l’Association Générale des Journalistes Professionnels de Belgique n’a vu le jour, en tant que telle, qu’en 1978, alors que la création des associations de presse, qui l’ont précédée, datait de la fin du XIXeme siècle.

Ce que les parlementaires de 1831, parmi lesquels de nombreux journalistes (autres temps, autres mœurs) pouvaient encore moins imaginer, c’est qu’un jour, les médias se trouveraient intégrés dans des groupes industriels ou économiques dont l’activité principale est très éloignée de l’édition, et qui ne considèrent les médias que comme des instruments de propagande, pas comme des éléments essentiels de la démocratie. Et qu’une censure économique insidieuse supplanterait la censure politique.

Lock outEt c’est précisément alors que se profile la fin de mon mandat, à la présidence de la FIJ, que l’impensable se produit, avec la manifestation publique et impudente de cette censure insidieuse par de prétendus éditeurs de presse!

Et où cela se produit-il? Hélas, hélas, hélas, comme s’exclamait feu le général de Gaulle, en annonçant à la télévision française le putsch des généraux à Alger, c’est au sein même du journal qui m’emploie et qui (air connu) ne me rémunère pas assez à mon goût.

L’impensable s’est même produit trois fois: d’abord avec le licenciement ciblé de journalistes perçus comme trop critiques; ensuite avec la coupure de l’accès au site Web du journal et à ses réseaux sociaux à tous les journalistes du groupe; et enfin, ce mercredi 6 mars, avec la décision surréaliste (mais même dans un pays réputé pour son surréalisme, c’est de l’inédit!) prise par la direction de ne pas publier un journal que les journalistes avaient bouclé, après avoir décidé la reprise conditionnelle du travail!  L’Avenir s’est  tout de même retrouvé en librairies et dans les boîtes à lettres ce jeudi 7, après un compromis tardif, mais quoi qu’il en soit, la rupture de confiance entre la rédaction et sa direction, téléguidée par son actionnaire, ne peut être plus manifeste!

Ces dernières manœuvres ont été conduites avec la complicité d’un pseudo directeur des rédactions qui s’est encore couvert de honte en tentant de camoufler les barrières mises aux journalistes à l’accès au site web et aux réseaux sociaux du quotidien derrière une prétendue maintenance informatique, opération toujours annoncée par avance et de préférence effectuée de nuit ou en tout début de journée, manière de ne pas interrompre trop longtemps le flux de l’information. Le prétendu directeur des rédactions a par là, si besoin en était encore, confirmé le soupcon qui fait de lui le serviteur docile de ceux qui l’ont imposé à ce poste.

Ces épisodes démontrent combien la dénonciation, faite d’abord par le magazine Le Vif, de l’existence d’une «liste noire» de journalistes, coupables de trop d’indépendance par rapport à l’actionnaire Nethys, n’était pas la simple répétition d’une rumeur régulièrement répandue en cas de restructuration d’entreprises, comme me le disait encore récemment le vice-président de la Centrale Nationale des Employés.

Le conflit en cours aux Éditions de l’Avenir est un conflit social, mais il est bien plus que cela. Raison pour laquelle les syndicats, habitués à régler des problèmes sociaux, n’ont pas compris que la réticence des journalistes à accepter les conditions de départ offertes aux candidat(e)s à une préretraite qui ne veut plus dire son nom ou au départ volontaire, ne portait pas seulement sur des conditions financières ignorant leur convention de travail et de rémunération propre, mais surtout sur le respect de leur statut et de leur indépendance.

C’est sans doute faute d’avoir suffisamment pris la mesure de cet enjeu que les organisations syndicales ont rompu unilatéralement une convention de collaboration vieille d’une dizaine d’années, qui les liait à l’Association des Journalistes Professionnels et à la Société des Rédacteurs, restées seules pour défendre les droits matériels et l’indépendance des journalistes. Ce qui leur vaut l’appui massif des journalistes de L’Avenir. La direction du groupe l’a bien compris, qui refuse désormais de négocier avec les représentants légitimes de la rédaction, et tente de contourner l’obstacle en se remettant à table avec les syndicats: à eux, cette fois, de ne plus se laisser abuser!

Les dénégations maladroites encore opposées par l’administrateur-délégué des Éditions de l’Avenir, Jos Donvil, notamment dans Le Soir de ce mercredi, sur l’existence de cette «liste noire» de journalistes à éliminer, n’abusent donc plus personne. Notamment quand il se contente de dire qu’il ne «connaît pas» les journalistes prêts au départ à la préretraite ou au départ volontaire qui se sont fait connaître après le week-end d’ultimes négociations du 17 février, et dont le nombre suffisait à réduire à néant la nécessité de quatre licenciements secs pour atteindre le nombre exigé par le plan social en cours d’application.

On se souviendra qu’il y a quelques mois à peine, alors qu’il n’était encore «que» l’administrateur-délégué en charge du pôle TelCo de Nethys, le même Jos Donvil avouait n’avoir aucune compétence en matière de presse. Il l’a solidement démontré ensuite, par exemple en défendant mordicus devant une commission réunie du Parlement wallon et du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le choix d’un grand format du journal, opéré par le conseil d’administration contre l’avis de la rédaction et de la grande majorité des lecteurs de L’Avenir. Jos Donvil, aujourd’hui, prétend avoir toujours été partisan du petit format, plébiscité par les lecteurs: on sait quel poids accorder à ses affirmations à géométie variable.

L’enjeu de tout ce qui se joue depuis quelques jours aux Éditions de l’Avenir dépasse, de loin, la nécessité d’appliquer un plan social pour redresser la situation financière d’une entreprise de presse.

Les réactions de solidarité exprimées par les société de journalistes des autres médias francophones, les témoignages d’encouragement prodigués par de nombreux lecteurs l’indiquent clairement: c’est l’existence d’une presse libre et critique, qui est en cause.

Il appartient au pouvoir politique d’en tirer les conséquences avec d’autant plus de vigueur que, dans le cas de l’actionnaire de L’Avenir, Nethys, et de son intercommunale faîtière Publifin, dont le changement de nom en Enodia n’a pas effacé le souvenir des dérives, le pouvoir wallon avait pris une série de recommandations, dont bien peu ont été respectées. À commencer par celle qui voulait imposer des conseils d’administration indépendants, aux filiales privées de Publifin, pardon, d’Enodia. La composition du conseil d’administration des Éditions de l’Avenir (et la manière dont il se réunit et prend ses décisions) montre qu’on est loin du compte.

Si toutes ces possibilités de faire échec à la volonté déclarée de l’actionnaire des Éditions de l’Avenir échouent, il me restera toujours une ultime ressource: en qualité d’ancien président de la Fédération Internationale des Journalistes, je pourrai presser celle ou celui qui me succédera en juin à cette fonction d’interpeller les autorités belges, communautaires et wallonnes, pour leur expliquer qu’une presse libre peut bénéficier aux autorités en place dans la mesure où elle est libre de les critiquer. Et donc de gagner en crédibilité, même quand elle approuve leur action…

Le bout du tunnel reste lointain…

Le déroulement des événements, depuis la rédaction de ce billet, n’a guère permis de faire évoluer les choses. D’abord parce que les syndicats, une nouvelle fois, non seulement se sont engouffrés tête baissée dans le piège qui leur était tendu, et n’ont négocié que le volet social d’un problème bien plus large , mais qu’en plus, ils ignoré leur propre pratique en signant un accord sur la réintégration, à des conditions très discutables, des trois journalistes injustement licenciés, avant de le soumettre à une assemblée générale du personnel. Ils auraient été mieux inspirés, en l’occurrence, de se souvenir de la manière dont leurs dirigeants procèdent, avec le projet d’AIP négocié au sein du « Groupe des Dix »….

Cette assemblée s’est déroulée de manière très fraîche pour eux: journalistes et non-journalisets ont rappelé aux négociateurs syndicaux que, habituellement, un projet d’accord est soumis à l’approbation du personnel. Et que, quel que soit le résultat du vote, c’est forts de la confiance de leurs mandants que les délégués et permanents peuvent retourner auprès de la direction pour signer l’accord… ou s’atteler à le renouveler.

Et puis manque toujours un engagement ferme sur l’indépendance rédactionnelle, sérieusement mise à mal par le « lock-out » opéré par la direction, une grande et triste première pour la presse belge. Dans la foulée, l’assemblée générale a mandaté à la quasi unanimité l’Association des Journalistes Professionels (AJP) et la Société des Rédacteurs (SDR) pour aller négocier ce volet de leurs revendications.

A priori, tout semblait s’engager favorablement: la direction générale avait accueilli les représentants de la rédaction, pris note de leurs remarques, et annoncé un nouveau rendez-vous pour ce vendredi 8 mars dans la matinée. Puis, comme il y a quelques semaines, la mécanique s’est grippée. Le rendez-vous a été reporté à lundi, au-delà du week-end. Officiellement parce que tous les acteurs étaient fatigués? Ou bien parce qu’il faut laisser le temps à Liège de dicter ses conditions?

Et puis une interview, à paraître ce samedi, de l’administrateur-délégué, Jos Donvil, dans les colonnes du journal, ne laisse rien présager de bon. Une fois de plus – on se demande bien dans quelle école de formation des cadres ont peut bien enseigner que pour résoudre un problème, ce n’est pas avec ceux qui l’ont posé qu’on doit chercher une solution, mais avec d’autres interlocuteurs – il y annonce refuser toute négociation avec l’AJP « qui n’est pas un syndicat » et avec laquelle il n’entend donc que « discuter ».

L’expérience du plan social, qui ne s’est désembourbé qu’après un dimanche de négociation avec les représentants des journalistes, ou celle, toute fraîche, des licenciements brutaux opérés (Jos Donvil dénonce une « grève sauvage », sans envisager que semer le vent amène souvent à récolter la tempête!) ne lui auraient donc rien enseigné?

Quant au « lock-out », dénoncé par la Fédération Européenne des Journalistes devant le conseil de l’Europe, Jos Donvil le… nie tout simplement.

« Quand un chauffeur des camion est en grève, il n’a pas besoin des clés du véhicule », explique-t-il. Mais l’accès au site web et aux réseaux sociaux du journal ont été coupés pendant deux jours, y compris ce mercredi quand les journalistes avaient décidé de la reprise du travail, sous la menace d’une nouvelle grève le vendredi, si rien ne changeait. Raison pour laquelle la direction n’a pas rouvert les robinets, argumente l’administrateur-délégué de L’Avenir.

C’est bien cela l’objet de l’alerte lancée au Conseil de l’Europe: au moment où les journalistes voulaient reprendre leur travail, c’est bien la direction qui les en a empêchés. C’est ce qu’on appelle un lock-out, tout simplement.

Tel M. Jourdain, qui faisait de la prose sans le savoir, Jos Donvil aurait-il mis en oeuvre le premier lock-out de l’histoire de la presse belge sans s’en rendre compte?

Une solidarité propre aux journalistes

Une solidarité propre aux journalistes


Il a été (évidemment) question du conflit aux Édition de l’Avenir, ce samedi, à l’assemblée générale de l’Association des Journalistes Professionnels (AJP). Le conflit social, toujours en cours, et surtout la manière exemplaire dont les journalistes du groupe l’ont mené (et continuent à le faire) a été saluée, notamment par le vote unanime d’une motion de soutien.

Le vote de cette motion a traduit la solidarité de tou(te)s les journalistes francophones et germanophones, quel que soit le média pour lequel ils ou elles travaillent,  pour vote-de-la-motion-de-soutienleurs consœurs et confrères confrontés à une vague de licenciements dont les effets restent à mesurer. Il reflète aussi une spécificité d’une profession, que les organisations syndicales classiques ont décidément grand peine à prendre en compte.Le conflit aux Éditions de l’Avenir a effectivement été marqué, ces derniers jours, par la dénonciation unilatérale par les organisations syndicales de l’accord de coopération qui les liait, depuis une bonne dizaine d’années, à l’AJP et à la société des rédacteurs (SDR). Ce front commun, forgé lors d’un précédent social, avait permis, à l’époque, de limiter les dégâts. Il n’avait pas fonctionné sans heurts, mais avait tenu bon jusqu’ici.Pourquoi a-t-il pris fin?Un plan social aussi brutal que celui mis en œuvre par Nethys aux Éditions de l’Avenir crée inévitablement des tensions en interne.

Mais la restructuration d’un journal a des aspects spécifiques, que les deux organisationssyndicales en lice n’ont pu, ou n’ont voulu, prendre en compte, dans un débat pollué dès le départ par la proximité de l’une d’entre elles, avec les dirigeants de l’actionnaire principal.

La portée du débat politique et médiatique engagé sur le sort des Éditions de l’Avenir a Motion de soutienainsi manifestement échappé aux responsables syndicaux en charge du dossier.

«La restructuration de NLMK à Clabecq suscite elle aussi pas mal de remous» a expliqué l’un d’entre eux. Le constat est exact. Mais les causes de ces remous sont différentes. Dans ce cas-ci, c’est la combativité des sidérurgistes, que j’ai bien connue lorsque je couvrais la restructuration de la sidérurgie liégeoise, qui fait déborder le conflit du cadre strict des entreprises concernées. Mais lectrices ou lecteurs de journal ont avec leur quotidien une relation personnelle voire philosophique avec son quotidien, qu’ils n’ont pas avec la canette de boisson achetée dans leur grande ou moyenne surface habituelle ou avec leur voiture.Il y a de nombreuses années, j’avais visité l’usine de Wolfburg, en Allemagne, siège central de Vokswagen, où on m’avait montré l’emboutissement de tôles à flans soudés (c’est-à-dire une tôle dont l’épaisseur varie selon les endroits où on la mesure) dont j’avais assisté à la production, quelques heures auparavant, en région liégeoise. Le service de communication de Cockerill-Sambre, à l’époque, avait parfaitement fait son travail. Mais ce constat ne m’a pas poussé, pour la cause, à changer de marque de voiture. Et quand j’achète une canette, je ne vérifie pas si l’acier dont elle est faite a été produite à Liège, à Charleroi, à Gand, à Fos-sur-mer ou en Chine. Essayez, par contre, de convaincre une lectrice ou un lecteur de quotidien de changer de journal: il vous faudra des trésors d’imagination pour vaincre sa réticence!

De même si l’existence de «listes noires» est évoquée dans tous les graves conflits sociaux, elle est le plus souvent évoquée pour dénoncer les risques pris par des délégués ou par des travailleurs particulièrement engagés pour défendre l’emploi de leurs collègues.Dans le cas d’un journal, et plus précisément des Éditions de l’Avenir, elle traduisait la volonté potentielle de l’actionnaire de se débarrasser de journalistes particulièrement indépendants. Si l’existence de cette liste n’a pas (bien entendu) pas été confirmée, une allusion (indirecte) y a été faite par Stéphane Moreau lui-même: en conseil d’administration d’Enodia, le nouveau nom de Publifin, le patron de Nethys a avoué que désormais, il n’oserait plus licencier un(e)s seul(e) journaliste qui avait traité le dossier, sans être accusé de vouloir régler ses comptes.

Les motifs de l’engagement particulier des journalistes dans le conflit aux Éditions de l’Avenir a ainsi échappé aux syndicats. En témoigne notamment la manière dont ils ont ignoré volontairement une motion unanime du personnel réclamant la sortie du groupe du périmètre de Nethys. Bel exemple de démocratie syndicale, et en même temps témoignage éclatant de leur volonté de traiter la restructuration comme n’importe quelle restructuration! La préoccupation de voir Nethys assumer la responsabilité des dégâts qu’il cause était légitime; le rejet, par exemple, de toute hypothèse de «portage» par la Région wallonne, montre l’étroitesse de la réflexion syndicale sur le volet sociétal du conflit.

La défense obstinée de leurs droits par les journalistes portait sur la nature même du quotidien, et ce qui est remarquable aux Éditions de l’Avenir, c’est que les autres catégories du personnel, tout aussi attachées à leur produit, l’ont bien ressenti: des employé(e)s ont demandé, et obtenu, l’accès à la dernière assemblée générale des journalistes, organisée par l’AJP. Pour (enfin) être bien informés des derniers développements du dossier? Ou parce qu’ils étaient bien conscients que c’est à l’action des journalistes qu’ils devaient l’augmentation de 100 euros bruts par mois (cf. un billet précédent sur ce blog) pour tou(te)s les partant(e)s en RCC (régime de chômage avec complément d’entreprise), concédée par la direction aux syndicats au moment du seul jour de grève des journalistes. Espérant, en vain, désamorcer leur mouvement, heureusement conclu le dimanche suivant.

On ne peut exclure que cette perte d’audience des syndicats aux Éditions de l’Avenir ait provoqué leur raidissement. Ce n’est pas la seule entreprise, hors secteur médiatique, où ils sont pourtant confrontés à des organisations auxquelles des professionels d’un secteur font plus confiance pour défendre leurs droits. «Des organisations corporatistes», dénoncent-ils, dans une invective qui sent à la fois le médiéval et le soufre: les mouvements fascistes des années 30, du fascisme mussolinien au régime de Vichy prônaient le retour aux corporations.

L’injure est l’arme des faibles. Entre-temps, les syndicats autonomes de conducteurs de train ont réussi à s’imposer dans le débat social, au sein de la SNCB. Et chez Ryanair, on a vu la CNE bruxelloise prendre le pas des associations de pilote, tandis que le Setca restait à l’écart, au point de ne pas appuyer les grèves qui y ont imposé la négociation sociale à un patron aussi dure que Michael O’Leary.

Aux Éditions de l’Avenir, les syndicats ont, involontairement je l’espère, joué exactement la partition que Stéphane Moreau attendait d’eux. C’est incontestablement un recul. On n’en rejettera pas le bébé avec l’eau du bain pour la cause: les organisations syndicales sont et restent des acteurs essentiels de la défense des droits et du dialogue social. Mais quand leur appareil songe aussi, voire d’abord, à se défendre lui-même, ils perdent de leur crédibilité.

Cela n’échappe pas à des journalistes, habitués à la critique. Qui savent que leur union professionnelle comprend leurs préoccupations et défend leur cause. Et où ils trouvent la solidarité de celles et ceux dont ils sont habituellement des concurrents.

Éditions de l’Avenir: les 2% qui révèlent l’intention


Les masques sont tombés, ce lundi, aux Éditions de l’Avenir avec la fin de non-recevoir brutale opposée par la direction, obéissant aux ordres venus d’en haut, à la demande de l’Association des Journalistes Professionnels d’application d’une convention de travail et de rémunération des journalistes du groupe. Cette demande aurait eu pour effet d’améliorer de… 2% l’offre faite aux journalistes susceptibles de partir en RCC (Régime de chômage avec complément d’entreprise) et donc de rendre possible l’exécution du plan social signé par les syndicats il y a quelques semaines. Le refus de la direction témoigne, en dépit des dénis répétés de Nethys, l’actionnaire unique des Éditions de l’Avenir (EdA), de sa volonté de licencier des journalistes ciblés, notamment ceux qui ont relaté les débats nés des graves dysfonctionnements relevés tant au sein de Nethys que de son actionnaire public, l’intercommunale Publifin aujourd’hui rebaptisée Enodia.

L’existence d’une telle «liste noire» a été évoquée, il y a de nombreuses semaines déjà, par l’hebdomadaire «Le Vif»; elle a été démentie rapidement et à plusieurs reprises tant par la direction des Éditions de l’Avenir que par l’actionnaire principal de la société. Tout laisse entendre que sa réalité sera démontrée dès lundi prochain, quand la même direction des EdA transmettra au ministère de l’Emploi, une liste de cinquante noms, dont une majorité de personnes visées par un licenciement «sec», essentiellement des journalistes, dans l’espoir de faire reconnaître l’entreprise comme entreprise en restructuration.

Kris Peeters, ministre fédéral de l’Emploi, n’aura peut-être guère d’attention pour ce dossier: il lui serait bon de se rappeler que sa nature n’est pas essentiellement économique, mais politique, sociétale et démocratique. Et que la précipitation en la matière serait mauvaise conseillère.

Un accord incontesté

L’argumentation développée hier par le porte-parole de Nethys démontre la faiblesse du démenti qu’il a à nouveau apporté ce lundi à l’existence d’une «liste noire» de journalistes.

«L’AJP, explique-t-il, conteste un accord intervenu un décembre dernier dans le cadre du plan de restructuration (NB: enfin un aveu: jusque-là, la direction parlait toujours hypocritement de «plan de redéploiement») de L’Avenir, approuvé par 84% du personnel».

Premier enfumage: l’Association des Journalistes Professionnels ne conteste pas cet accord, dont le personnel n’avait approuvé que le principe, mais pas le contenu.

Elle a simplement demandé que, dans le cadre de ce plan, la direction des EdA applique les dispositions de la convention de travail et de rémunération des journalistes qu’elle a délibérément choisi d’ignorer. Comme, pour rappel, elle avait choisi de contourner un autre accord, sur la nomination d’une rédactrice ou d’un rédacteur en chef, pour imposer un directeur des rédactions frappé par une motion de défiance générale.

La demande de l’AJP ne remet donc pas en cause cet accord. Elle ne vise pas non plus à obtenir pour les journalistes un quelconque privilège: revendiquer le repect d’un accord social est un droit. Par surcroît, l’application de cette convention améliorerait un fifrelin (2%: un total de 180000 euros sur un coût global de 9 millions) l’offre faite aux journalistes susceptibles de partir en RCC et aiderait donc à atteindre l’objectif des 50 équivalents temps-plein (ETP) que le plan social a fixé. Le refus de la direction témoigne clairement de sa volonté de passer par des licenciements ciblés. De quoi accréditer l’idée d’une «liste noire».

Qui est qui?

«Les dispositions de cet accord ont été négociées entre la direction des Éditions de l’Avenir et les syndicats et en aucun cas avec Nethys»  ajouté le porte-parole.

Qu’en termes pesés cette chose-là est dite: oui, la direction des Éditions de l’Avenir a négocié l’accord. Mais pas de manière autonome. Sous contrôle de son conseil d’administration, d’abord, présidé par Pol Heyse, dirigeant de Nethys et quasi-exclusivement composé de représentants de Nethys, actionnaire unique de l’entreprise!

Alors, on peut jouer sur les mots. Mais la réalité du pouvoir au sein des Éditions de l’Avenir est évidemment chez Nethys. S’il n’en fallait qu’une preuve supplémentaire, son administrateur-délégué est… salarié de Nethys. Les multiples suspensions de séance, au cours des négociations, sollicitées par la direction qu’on devinait demander ses instructions à Liège, en est une autre. Et la preuve cardinale en est le maintien à son poste d’un directeur des rédactions imposé par Stéphane Moreau, administrateur-délégué de Nethys, qui entend le maintenir contre vents et marées, et malgré les avis contraires de la direction même des EdA!

Le porte-parole de Nethys est payé pour tenter de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Mais la ficelle utilisée, là, est vraiment trop grosse. Et son démenti sur l’existence d’une «liste noire» de journalistes tombe à plat. Heureusement, dans la vie réelle, le nez de celles et ceux qui disent ce qui n’est pas ne s’allonge pas, comme celui de Pinocchio!

Où notre contradicteur a parfaitement raison, par contre, c’est quand il rappelle que le plan social a été négocié entre la direction des EdA et les syndicats, avec des délégués de l’AJP présents au titre seulement d’observateurs. L’AJP n’a donc pas signé cette convention, négociée à la hussarde, et sous une pression du temps tout à fait artificielle (l’intention de licencier a été annoncée le 24 octobre, et tout devait être bouclé pour le 21 décembre: cette négociation aurait pu, ou plutôt dû, être entamée au moins trois mois plus tôt!). L’eût-elle fait, comme elle avait été invitée à le faire chez Rossel, par exemple, une clause discriminatoire à l’égard des journalistes n’y aurait pas été maintenue. Faute d’atteinte de l’objectif de 50 EQT, y lit-on, il sera procédé à des licenciements… de journalistes.

Et après cela, on nous baladera encore en prétendant qu’il n’existe pas de liste préétablie? Mieux vaut lire ou entendre cela que d’être sourd ou aveugle, dira-t-on. Pas sûr…

L’échec de Teresa May expose l’imbroglio britannique


Une défaite «catastrophique» a ironisé le chef de l’opposition travailliste, Jeremy Corbyn, en commentant le rejet massif, par 432 voix contre 202, du projet d’accord négocié par la Première ministre conservatrice, Teresa May, avec l’Union Européenne, pour encadrer le départ du Royaume-Uni, à l’horizon du 29 mars prochain.

La rebuffade est il est vrai très sévère. Et si le Parlement britannique n’avait pas instauré une procédure de motion de censure, pour renverser le gouvernement, Teresa May, en d’autres temps, n’aurait eu de choix que de démissionner immédiatement. La Première ministre n’a sans doute obtenu qu’un sursis. Et elle n’a pas eu tort, en commentant le résultat du vote, de constater qu’il n’indiquait «aucune solution» au problème des Britanniques qui reste entier, à l’approche du Brexit.

Pas tellement simple de démonter le puzzle!

Le no-deal apparaît en effet comme l’issue de plus en plus vraisemblable. Avec toutes les difficultés que cette sortie entraînera, notamment du côté de l’Irlande du Nord. Car on voit mal quel nouveau lapin Teresa May pourrait sortir de son chapeau d’ici à lundi prochain pour renverser la vapeur. Et quelle concession supplémentaire elle pourrait arracher à l’Union Européenne pour convaincre les sceptiques au sein de la Chambre des Communes.

C’est que son échec résulte de la conjonction de deux oppositions: celle des partisans d’un Brexit pur et dur, incarnés par son ancien ministres des Affaires étrangères, Boris Johnson, dont la coiffure hirsute semble le disputer originalité à celle du président des Etats-Unis, Donald Trump. Et celle des opposants au Brexit, qui veulent absolument le maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union Européenne. Cette tendance est majoritaire en Écosse: les nationalistes écossais l’ont déjà rappelé bruyamment au sein du Parlement britannique. Les lendemains du Brexit pourraient être douloureux pour le Royaume (Dés)uni!

Cet imbroglio est le résultat d’une campagne référendaire où les arguments mensongers ont fleuri du côté des partisans du Brexit, où le débat n’a jamais abordé les problèmes de fond que soulèverait une sortie de l’Union Européenne, et où, surtout, aucune majorité spéciale n’avait été fixée pour obtenir une réponse claire des électeurs.

Il apparaît aujourd’hui qu’un nouveau référendum donnerait sans doute un résultat inverse, et ils sont de plus en plus nombreux à le réclamer au Royaume-Uni. Mais l’organiser reviendrait à alimenter le moulin de ces opposants obsessionnels à l’Europe, qui l’accusent de ne pas respecter des votes démocratiques en organisant à chaque fois des votes contraires!

Le constat, qui se vérifie aujourd’hui au Royaume-Uni, et qui pourrait se manifester demain dans une Catalogne où le débat sur l’indépendance ne sort jamais des poncifs émotionnels, c’est qu’une décision aussi importante ne peut dépendre d’une majorité aussi étroite et hasardeuse que la majorité plus une voix. Seul, un référendum fixant un seuil de participation (75 à 80%), et exigeant une majorité spéciale (75 à 80%) peut garantir l’adhésion d’une frange majoritaire de l’électorat à un projet essentiel. Et dès lors indiquer clairement aux élus le sens dans lequel ils doivent travailler. Faute de cette clarté, Teresa May continuera à naviguer dans le brouillard. Avant immanquablement d’être renversée, par des élus qui ne parviendront pas plus qu’elle à sortir de l’imbroglio actuel.

Bart De Wever abandonne les Anversois pour (tenter de) redonner du «peps» à la Flandre


Bart De Wever a donc voulu frapper fort: à peine réinstallé dans le fauteuil mayoral d’Anvers, le président de la N-VA s’est annoncé candidat à la présidence du gouvernement flamand, et dans la foulée a «poussé» Jan Jambon, pourquoi se gêner, comme candidat Premier ministre fédéral.

Au moins les choses seront-elles plus claires après les élections de mai prochain: en mettant ainsi les mains dans le cambouis, Bart De Wever n’apparaîtra plus, comme cela a été régulièrement le cas au cours de la législature qui s’achève, une espèce de shadow Premier ministre, prêt à semer la zizanie quand le fédéral semblait trop ronronner à son goût.

Il n’empêche, son annonce est d’abord une trahison de ses engagements à l’égard des Anversois, dont il a sollicité le vote, en octobre dernier, comme candidat bourgmestre.

La comparaison avec Paul Magnette, à cet égard, est significative: le bourgmestre de Charleroi figurera sur la liste européenne du PS en mai. Mais pour défendre ses idées, car le message est clair: il ne siégera pas au Parlement européen, même s’il y est élu, malgré cette posture assez particulière, mais il restera mayeur de Charleroi comme il s’y était engagé en octobre. Au contraire des électeurs carolorégiens, les électeurs anversois, aujourd’hui, doivent se sentir cocus…

Que Bart De Wever se profile en tant que candidat ministre-président flamand est significatif de trois choses. Il avoue ainsi d’abord son incapacité à construire une coalition fédérale avec des partis francophones, surtout si le PS, ce qui reste à démontrer, réussit la «remontada» qu’a annoncée, avec une certaine forfanterie, son président, Elio Di Rupo, lors de la séance des vœux du parti.

En principe, au niveau flamand, le président de la N-VA aura moins de mal à conclure… à condition que son parti se rende à nouveau incontournable. Et s’il s’engage de la sorte, c’est peut-être parce qu’il craint que le reflux de son parti au profit du Vlaams Belang, amorcé aux récentes élections communales, ne s’amplifie, ce qui permettrait peut-être la formation d’une coalition dont la N-VA serait exclue. En montant en ligne, le bourgmestre anversois qui reste un des hommes politiques les plus populaires de Flandre, espère bien enrayer le mouvement.

Le troisième constat est que Geert Bourgeois, renvoyé à l’Europe, n’a pas réussi à donner à son gouvernement une visibilité suffisante en Flandre, où au fil des ans, l’électeur commence à se rendre compte que, contrairement à ce que proclamait un slogan en vogue il y a quelques années, ce que la Flandre fait elle-même, elle ne le fait pas forcément mieux. Le déclin de son enseignement, qui commence à inquiéter le corps enseignant, en est un signe.

Le gouvernement Bourgeois n’est pas le premier à souffrir de ce manque de visibilité. Dans le passé, les gouvernements Peeters, Leterme, ou Somers ont souffert du même handicap. Tandis que le gouvernement wallon parvenait, par exemple, à donner à son «Plan Marshall» une notoriété nationale, voire internationale, le document VIA (Vlaanderen in Actie) de son pendant flamand restait confiné, lui, dans une désolante confidentialité.

Il n’est pas indifférent non plus de constater que les prédécesseurs de Geert Bourgeois, Kris Peeters et Yves Leterme, sont ensuite «montés» au gouvernement fédéral. Comme si, par un étrange paradoxe, les dirigeants de la région la plus autonomiste du pays considéraient toujours le fédéral comme un niveau de pouvoir supérieur.

Bart De Wever espère peut-être renouer, à la tête du gouvernement flamand, avec l’engouement qu’avait suscité, à la fin des années 90, l’équipe Van den Brande, avec son célèbre slogan Vlaanderen 2002 qui annonçait, ou semblait promettre, une quasi indépendance de la Flandre pour le sept centième anniversaire de la Bataille des Eperons d’Or. L’élan romantique a fait long feu, les Flamands de 2019 ne croient plus au père Noël…

Quatorze ans après les mêmes questions… sans réponses


donald-trumpOn se rassure comme on peut, en se disant que le président Donald Trump se différenciera forcément du candidat Donald Trump. Parce que la fonction fait l’homme; parce qu’il sera entouré d’une équipe; et parce qu’il devra tenir compte d’un Congrès dont la majorité républicaine n’est pas forcément la sienne. Tout cela est sans doute vrai, mais un fait est plus important qu’un lord maire: les États-Uniens ont élu, mardi, un butor, raciste et machiste, à la tête de leur pays. Comme pour rappeler cet aphorisme attribué à Winston Churchill: la démocratie est le pire des systèmes… à l’exception de tous les autres.

Avec cette élection qu’aucun sondage n’avait annoncé, le 8 novembre 2016 rejoint le 21 avril 2002 dans l’histoire des cauchemars politiques. Et comme au jour où Jean-Marie Le Pen avait bouleversé la France en se hissant au deuxième tour de l’élection présidentielle de cette année-là, au détriment de Lionel Jospin, on entend des questions auxquelles quatorze années de distance n’ont toujours pas apporté de réponses: comment de tels individus dépourvus de toute crédibilité peuvent-ils se hisser aux portes du pouvoir, ou, pour Trump, au pouvoir lui-même? Pourquoi les politiques et les médias n’ont-ils pas compris la colère, ou le désespoir populaire, qui conduit à pareil extrême? Comment un fossé s’est-il creusé entre la population et celles ou ceux qui entendent la diriger?

Pour ce qui est des médias, la réponse n’est peut-être pas trop malaisée à apporter: elle va d’un désinvestissement général dans les rédactions, qui a réduit de plus en plus les initiatives de reportages sur le terrain, à l’accélération de l’information qui, à l’ère du Web, s’est faite au détriment de l’enquête en profondeur. Avec aussi une pratique courante, entre journalistes et mandataires politiques, de moins en moins souvent sollicités par les journalistes sur des thèmes choisis par ceux-ci, mais qui accordent en fonction de plans de communication dûment établis des entrevues sur des thèmes qu’ils ont eux-même déterminé. Et puis une «pipolisation» de l’information: les péripéties des aventures des fumeuses soeurs Kardashian étaient sans doute mieux connues des électeurs américains que le détail des programmes des deux principaux candidats à la présidence qu’ils devaient départager, et qui se sont surtout échinés à s’étriper.

Côté politique, on épingle, comme il y a quatorze ans, la distance de plus en plus grande entre électeurs et élus; la professionnalisation de la fonction politique; l’incapacité de certains à quitter l’exercice du pouvoir, ou l’accaparement de mandats politiques par de véritables dynasties. Les nouveau venus ont souvent du mal à forcer les portes d’un milieu qui apparaît décidément inaccessible.

Le rejet de ces «dynasties» a sans doute fait le succès de Donald Trump: Jeb Bush, le cadet de la famille, a été éliminé dans les tout premiers rounds de la primaire républicaine. Et Hillary Clinton a vraisemblablement payé à la fois le fait que, depuis 1992, elle fait partie du paysage politique, et le fait qu’elle ait brigué à distance la succession de son propre époux.

À ne pas négliger, non plus, l’écart entre les promesses et les actes politiques: la pratique des coalitions, chez nous, rend inévitable pareille distanciation. On est néanmoins curieux de voir si Donald Trump respectera, lui, de ses engagements électoraux, de la construction d’un mur à la frontière mexicano-américaine à la relance de l’exploitation du pétrole de schiste ou  à la taxation douanière des produits d’importation. S’il le fait, le monde sera plongé dans l’inquiétude; s’il ne le fait pas, il commettra à l’égard de ses électeurs la faute qu’il a imputée, précisément, à ses adversaires dans la course à la Maison-Blanche

Il faudra peut-être aussi, pour expliquer l’échec de la candidate démocrate, mesurer l’impact de la révélation de l’avantage indu qui lui a été accordé au cours de la campagne des primaires, quand, avant un débat qui devait l’opposer à Bernie Sanders, son inattendu rival, elle a été informée par la présidente par interim du parti de deux questions qui allaient leur être posées le lendemain. On s’étonnera après cela qu’une bonne part des jeunes que Bernie Sanders avait réussi à mobiliser, avec des propositions lui aussi largement démagogiques, ne se soient plus dérangés pour venir voter ce mardi.

On ne doit pas enfin éluder la responsabilité des électeurs eux-mêmes: le distinguo classique entre des candidats ou des partis racistes ou xénophobes et leur électorat est un trompe-l’oeil: comment peut-on prétendre que les électeurs qui accordent leur soutien à ces candidats et à ces formations ne partagent pas eux-mêmes peu ou prou leur racisme et leur xénophobie?

Tout cela pourrait-il se produire chez nous? Chez nos voisins français, on imagine déjà 2002 en pire, avec une possible élection à la présidence de Marine Le Pen, pourtant héritière politique de son père, et elle aussi au coeur d’une «dynastie» qui n’entend pas partager son pouvoir.

Pas sûr que la comparaison fasse raison. Mais les récents propos du commissaire européen Oettinger sur le refus de la Région wallonne de signer le Ceta,le traité de libre-échange canado-européen, ou le commentaire du président de la Commission, Jean-Claude Juncker, à propos du mécanisme de ratification des traités dans notre pays ont irrité même des Wallonnes et des Wallons qui n’avaient pas soutenu la position de la majorité PS-cdH. Il n’en faut pas plus pour détruire l’image des dirigeants de l’Union Européenne aux yeux de l’opinion. Un peu comme l’establishment américain s’est déconsidéré auprès de son électorat.

Certes,selon la formule célèbre, quand le gouvernement n’a plus la confiance du peuple, il suffit de dissoudre le peuple. Mais la réaction de celui-ci est, à l’instar des éruptions volcaniques périodiques, d’une violence rare. Et quand pareille explosion se produit, comme en ce 8 novembre 2016, chacun se lance dans une grande introspection. Sans réponse. Jusqu’au prochain séisme politique sans doute…