Je croirais à l’automobile électrique si….


Voiture électriqueAlors que le Salon de l’auto bat son plein à Bruxelles, la campagne de promotion pour la voiture électrique a pris une vigueur particulière. Est-ce le véhicule de l’avenir? J’avoue mon scepticisme, et le mot est faible. Mais je veux rester positif, et dirai que je pourrais croire à l’automobile électrique si…

 

  • la production de véhicules électriques ou hybrides ne constituait pas pour l’industrie automobile un moyen de ramener l’émission moyenne de CO2 des différents modèles mis en vente sous des niveaux qui lui vaudraient de sérieuses amendes
  • cette campagne de promotion ne rappelait pas celle qui a poussé de nombreux automobilistes à troquer leur véhicule à essence contre un véhicule diesel, souvent en dépit de toute logique, il y a quelques années, au motif qu’ils émettaient moins de CO2 et étaient donc moins nuisibles pour l’environnement
  • cette campagne promotionnelle ne rappelait pas celle qui a mis récemment en cause le moteur diesel – alors que de nombreux usagers, donc, s’étaient tournés vers cette motorisation – responsable d’émission de particules fines, nuisibles pour l’environnement et la santé.
    • cette campagne a eu des effets rapides, et dès l’an dernier, les véhicules à essence ont repris le dessus. Résultat des courses: la pollution au CO2 est repartie à la hausse en Belgique l’année passée
  • le secteur automobile dans son ensemble n’acceptait, pour les batteries électriques indispensables aux modèles électriques ou hybrides, que des métaux rares extraits dans des régions où le travail des enfants est interdit et où les mineurs reçoivent un salaire décent
    • «Plus de la moitié du cobalt mondial, que l’on retrouve dans les batteries de la plupart des véhicules électriques et des téléphones portables, vient de RDC, où 20 % du cobalt est extrait à la main, dans le cadre de ce que l’on appelle l’exploitation minière artisanale.

      Des recherches menées par Amnesty International ont montré que les mineurs congolais qui extraient le cobalt dans ces mines artisanales travaillent dans des couloirs souterrains étroits et dangereux et manipulent des minerais nocifs sans équipement de sécurité ou de protection de base. Des enfants âgés de sept ans pour les plus jeunes ont été vus en train de travailler aux côtés d’adultes jusqu’à 12 heures par jour, triant des minerais et portant de lourdes charges pour gagner l’équivalent d’un ou deux dollars. Les autorités du gouvernement chargées de garantir le respect des normes de santé et de sécurité et d’empêcher le travail des enfants ferment les yeux sur ces agissements ou ne font pas appliquer la loi.

      Les négociants et les sociétés qui achètent ces minerais le font en général sans poser de questions élémentaires à propos de l’origine des matières premières ou des conditions dans lesquelles elles ont été extraites, comme l’exigent les normes internationales. Des enfants âgés de sept ans pour les plus jeunes ont été vus en train de travail.

      C’est ainsi que du cobalt lié aux pires formes de travail des enfants et  à autres graves atteintes aux droits humains est apparu dans les chaînes d’approvisionnement internationales de fabricants de batteries qui collaborent avec certaines des plus grandes marques automobiles et électroniques du monde» a communiqué Amnesty International, le 1er mai 2018.

    • Curieusement, cette iniquité n’est jamais évoquée par les promoteurs des véhicules électriques ou hybrides. Ni par les producteurs de Smartphones. Un tel engagement permettrait une amélioration réelle des conditions de vie des «creuseurs» qui extraient ces métaux rares; et favoriseraient le développement des pays concernés.

    • Le prix des batteries électrique s’en retrouverait multiplié par cinq, dix, vingt, ou plus. Mais l’industrie automobile n’en aurait cure, puisqu’elle le répercuterait de toute manière sur les usagers. Lesquels, en y allant de leur portefeuille, poseraient consciemment un vrai geste pour la défense de la planète.
  • si le problème de la production d’électricité, nécessaire pour alimenter ces véhicules électriques ou hybrides n’était pas régulièrement ignoré ou minoré

    • Un bel exemple d’enfumage a été donné récemment par le patron d’Engie. «L’augmentation de consommation liée à la voiture électrique ne représenterait que 3%, selon nos prévisions. Ça n’aurait pas un effet important par rapport à la consommation globale» a posé Philippe Van Troeye. (https://www.lavenir.net/cnt/dmf20200106_01427507/1-million-de-voitures-c-est-3pct-de-l-electricite)  Le calcul est basé sur le nombre d’un million de voitures électriques à l’horizon 2030, soit 20% d’un parc automobile belge qui, au 1er août dernier, se chiffrait à 5.889.210 voitures privées. Mais, surtout si la campagne de promotion ne fait que s’intensifier au fil des ans, la proportion ne se limitera pas à un cinquième du parc automobile. Et même dans ce cas de figure, sauf à prolonger des centrales nucléaires, Engie convient qu’il faudrait… des centrales au gaz en plus. Donc des unités de production polluantes. On tourne donc en rond… même si on peut être sûr qu’en cas de hausse de la consommation due à l’augmentation du parc de véhicules électriques, il ne faudra pas attendre longtemps pour voir formuler des demandes de prolongation de la durée de vie de centrales nucléaires dont la mise à l’arrêt est censée démarrer en 2025…
      • Soit dit au passage, le 3% de consommation supplémentaire à l’horizon 20130 ne doit pas être sous-estimé comme le font les dirigeants d’Engie: quand la consommation d’électricité, certains soirs d’hiver, sera maximale, 3% supplémentaires pourraient représenter le point de rupture, et la grande panne maintes fois annoncée surviendrait enfin.
  • Si le problème du recyclage des batterie électriques était enfin débattu avec honnêteté.
    • On ignore si le propriétaire de la Tesla accidentée dont aucun ne voulait a trouvé solution à son problème. À part sur  Euronews (https://fr.euronews.com/2019/11/21/autriche-une-tesla-dont-personne-ne-veut), on n’a guère vu cette nouvelle répercutée.
    • On n’en est bien sûr qu’au début de l’expérience des véhicules électriques, et des filières de recyclage doivent encore se mettre en place, et se perfectionner, mais dans l’état actuel des choses, le taux de recyclage reste effectivement très bas, et l’opération est aléatoire
      • «Sans recyclage, le risque serait, qu’à terme, des accumulateurs abandonnés de cette technologie (NB: au lithium) soient emportés par des incendies, créant d’importantes fumées irritantes et toxiques, susceptibles de contenir du fluorure d’hydrogène. Le lithium est un métal qui attaque les tissus organiques. Il réagit avec l’oxygène, l’azote et la vapeur d’eau contenus dans l’air pour former une substance, elle aussi, particulièrement corrosive» peut-on lire sur un site spécialisé ( https://www.automobile-propre.com/dossiers/recyclages-batteries-voitures-electriques/). «Fondre totalement la chaîne de recyclage des batteries de traction embarquées dans les voitures électriques et hybrides avec celui des autres accumulateurs n’est pas forcément la meilleure solution. C’est pourquoi des structures spécialisées sont nées», poursuit le même site. Il est plus loin question de la mise en place d’un «démonstrateur industriel en amont du recyclage»,, et ,  «d’allongement de la durée de vie» des batteries, «en partenariat avec les constructeurs automobiles concernés», et d’«applications de stockage tampon» qui permettent «de baisser globalement la pollution générée par les batteries, depuis l’extraction des matières premières jusqu’au recyclage final». L’impression qui se dégage de tout cela, c’est que, si on atteint une proportion d’un cinquième du parc automobile belge en électrique à l’horizon 2030, le problème du recyclage se posera tout de suite de manière très très aiguë.

  • si parallèlement à cette promotion de l’électrique ou de l’hybride, des alternatives au moins aussi respectueuses de l’environnement, étaient développées avec autant d’intensité.

 

 

    • Pompe à CNGLe gaz naturel comprimé (CNG) est d’ores et déjà opérationnel. Il est notoirement moins cher et moins polluant que les carburants fossiles. Problème: les modèles disponibles sont rares. Et trouver un point d’approvisionnement relève pour l’instant de la chasse au trésor!

 

 

    • Batterie à hydrogèneL’hydrogène n’émet ni C02, ni particules fines, mais simplement de la vapeur d’eau. Là aussi, les modèles sont rares et hyper chers. Et on ne compte que… deux stations d’approvisionnement en Belgique.
      • Le caractère inflammable de l’hydrogène  (cf. la tragédie du Hindenburg, gonflé au dihydrogène en 1937, a été la première catastrophe filmée en direct) de l’hydrogène est régulièrement mis en cause (mais l’essence elle-même, ou le diesel, sont eux aussi hautement inflammable…) de même que ses effets corrosifs. Mais tout cela semble poser des problèmes moins insolubles que le recyclage des batteries au lithium ci-dessus.

Voilà la question exposée. Je peux être convaincu par le véhicule électrique. Il ne reste «plus qu’à…»

Janvier crucial pour les Éditions de l’Avenir et pour le pluralisme de la presse quotidienne francophone belge


La fin de janvier marquera le début d’un nouvel épisode dans l’histoire tourmentée, depuis quelques années, des Éditions de l’Avenir: ainsi que son administrateur-délégué ad interim, Renaud Witmeur, l’a déclaré à la fois dans une interview et devant les administrateurs d’Enodia, à la fin décembre, Nethys va les mettre en vente.

Les Editions de l'AvenirCette opération rencontrera à la fois une demande mainte fois répétée du personnel du journal, et les exigences des parlementaires wallons: après s’être dégagée des quotidiens du sud de la France, dans des conditions qui demandent toujours à être éclaircies, et après avoir mis fin à l’expérience calamiteuse d’Ilico, un site d’info en ligne dont la finalité n’a jamais été clairement définie, la filiale de l’intercommunale Enodia, l’ex-Publifin, va se dégager de ses activités de presse en Belgique en remettant sur le marché non seulement les Éditions de l’Avenir, mais aussi L’Avenir Advertising, la société éditrice du toutes-boîtes publicitaire Proximag, et la société L’Avenir Hebdo, éditrice de Moustique et de Tele Pocket. La question qui reste en suspens est de savoir si cette vente sera globale, ou si elle se fera par appartements.

Pour autant, l’opération demande à être menée avec beaucoup de doigté, à la fois pour éviter de nouvelles pertes massives d’emplois, pour maintenir le pluralisme de la presse écrite quotidienne en Belgique francophone, et pour donner aux Éditions de l’Avenir des perspectives de développement dans un marché entamé méchamment par l’emprise publicitaire des GAFAM (Google, Amazone, Facebook, Microsoft) que le pouvoir politique européen devra tôt ou tard, et idéalement plus tôt que tard, frapper au portefeuille, en réaction à leur politique scandaleuse d’évasion fiscale.

Une vente d’entreprise s’accompagne en effet souvent de mesures de «rationalisation», comme on le dit pudiquement pour éviter la brutalité du terme «licenciements».

Le rude plan social dont les Éditions de l’Avenir viennent de sortir a durement frappé la rédaction, et sa finalité, comme nous l’avons déjà expliqué ici, n’était pas uniquement économique. Bien sûr, il s’agissait de ramener les finances de l’entreprise dans le vert, mais les licenciements ciblés auxquels l’opération a donné lieu, en dépité des démentis hypocrites exprimés par un management désormais déconsidéré, montraient bien que l’indépendance journalistique était également ciblée.

Ce plan social exécuté, d’autres rationalisations étaient envisagées, qui allaient frapper les secteurs administratif et commercial: des regroupements à Liège, siège de Nethys, étaient planifiés, et des emplois, inévitablement, allaient être sacrifiés dans l’opération.

Une vente des Éditions de l’Avenir, à quelque repreneur que ce soit, s’il s’agit d’un des deux autres groupes de presse quotidienne en Belgique francophone, débouchera inévitablement sur de tels doubles emplois. Ce n’est pas forcément le seul scénario envisageable: il y a cinq ans, personne n’attendait Tecteo dans un secteur, auquel d’autres investisseurs, belges ou étrangers, pourraient s’intéresser.

Mais restons dans l’hypothèse de reprise belgo-belge, sous forme de regroupement au sein du paysage médiatique francophone. Et  si c’est un repreneur plutôt que l’autre qui décroche la timbale, c’est sans doute à un bain de sang social qu’il faut s’attendre, dont non seulement les services administratif et commercial feront les frais, mais également la rédaction, à nouveau. Car la reprise postulera la fermeture immédiate ou à court terme de certaines des éditions régionales du groupe.

Un autre scénario de reprise se traduirait par des pertes d’emplois plus limitées, qui ne nécessiteraient pas nécessairement un plan social en tant que tel, et sur le papier, il présente l’avantage d’ancrer le pluralisme de la presse quotidienne francophone en Belgique, en favorisant sa recomposition en deux groupes de force plus ou moins égale. Mais le tableau n’est pas aussi idyllique qu’il en a l’air.

Il pose tout d’abord la question de la pérennité financière du nouvel ensemble ainsi créé, par l’adjonction au repreneur de partenaires financiers privés, qui en attendront peut-être un retour sur investissement rapide. Et il pose, malgré tout aussi, mais en termes différents, la question du pluralisme de la presse. Car la pratique qui existe déjà en son sein est celle d’un partage large d’informations, politiques économiques ou sportives, qui fait que deux quotidiens que tout séparait au départ ne s’expriment désormais plus que d’une seule voix.

CorelioUn parallèle vécu personnellement illustre le propos. Il y a quelques années, pour traiter de la politique aéroportuaire et du transport aérien, il y avait quelques journalistes spécialisés en Flandre, dont l’un travaillait pour le Nieuwsblad, au sein du groupe Corelio, dont faisaient partie à l’époque les Éditions de l’Avenir.

De l’eau a depuis lors passé sous les ponts de l’Escaut et de la Meuse. Corelio a revendu les Éditions de l’Avenir à Tecteo en 2013, et s’est mué en Mediahuis, qui regroupe le Standaard, le Nieuwsblad, la Gazet van Antwerpen, et le Belang van Limburg. Le confrère est resté, d’autres ont été sacrifiés dans l’opération. Et par la suite, ses articles ont non seulement été publiés dans les quotidiens jumelés, le Standaard et le Nieuwsblad, mais aussi dans les quotidiens anversois et limbourgeois. Selon son inspiration, ses préférences, ou ses convictions, son opinion sur quelque problème que ce soit, a ainsi prévalu dans la moitié de la presse néerlandophone. Sans que plus aucun débat ne s’y ouvre, par exemple sur le survol de la zone du canal à Bruxelles, sur le développement de Ryanair à Bruxelles-National, ou sur l’intégration de Brussels Airlines dans la Lufthansa.

Voilà les risques liés à la vente des Éditions de l’Avenir à la fin de ce mois. Une vente qu’il faudra donc entourer de garde-fous, pour limiter les impacts à la fois sur l’emploi, et sur le pluralisme de la presse.

Un contrefeu classique, dans le cas d’un rapprochement entre journaux complémentaires, pourrait être dans la conception de rédactions transversales, sportive, économique, culturelle, politique, sociale, etc. Des sujets pourraient être plus richement couverts par des rédactions ainsi renforcées, avec, selon le cas, des articles différents selon les titres qui s’adressent à des publics différents, ou, dans un nombre limité de cas, des articles identiques déclinés dans différents journaux. L’objection à pareille mise en place sera vraisemblablement économique, mais la résistance la plus importante sera plus probablement psychologique: elle obligera à faire travailler ensemble des journalistes qui ne sont pas jusqu’ici vraiment concurrents, mais qui travaillent dans des quotidiens à la personnalité marquée, et à qui il faudra apprendre à vivre et à penser en commun.

Une autre recette plus ancienne consiste en la création d’une Fondation, chargée de défendre l’esprit d’un quotidien.

La référence classique, en Belgique, est la Fondation Hoste, côté flamand, qui veille à ce que les développements du Laatste Nieuws respectent les idéaux libéraux des fondateurs. Pareille tâche est évidemment plus aisée dans un contexte d’expansion, où le quotidien qu’elle protège, joue un rôle moteur. Dans un contexte défensif, où des impératifs économiques seront opposés à toute velléité de défendre un périmètre maximal, elle risque très vite de faire long feu.

L’étude McKinsey, commandée en son temps par l’ancien ministre wallon de l’Économie et communautaire des Médias Jean-Claude Marcourt, aujourd’hui président malgré lui du Parlement wallon, ne peut non plus être ignorée. Le document recommandait une mutualisation des moyens pour l’ensemble des quotidiens francophones de Belgique. Le centre d’impression de Rossel à Nivelles, où sont déjà imprimés les quotidiens du groupe L’Avenir, pourrait jouer ce rôle… pourvu qu’il puisse assurer l’ensemble des tirages, alors qu’il est déjà au bord de la saturation. Et surtout qu’il sorte du giron du groupe de presse actuellement dominant en Belgique francophone.

Reste la solution originale, à laquelle le personnel des Éditions de l’Avenir s’est attelé depuis plusieurs mois: celle d’une coopérative associant ce personnel aux lecteurs du quotidien, à des investisseurs locaux ou régionaux, et à des spécialistes des médias.

Les administrateurs d’Enodia et de Nethys ont déjà convenu de donner un rôle crucial à cette coopérative dans un processus de vente qui, par là même, sortira des schémas classiques. Le personnel politique lui-même, et notamment la nouvelle ministre communautaire des Médias, a manifesté son intérêt pour une initiative qui, pour ancienne qu’elle soit par sa forme, ouvre peut-être une voie nouvelle pour assurer l’avenir de la presse écrite quotidienne en Belgique francophone. Et surtout pour lui permettre d’explorer de nouvelles pistes de développement.

Pour la découvrir: https://www.notreavenir.coop/devenir-cooperateur/ Tous les soutiens sont utiles. Dès la part de base, à 50 euros. La contribution requiert un effort, certes. Mais, au regard d’autres dépenses, elle reste bien modeste, non?

Devons-nous jeter nos radios à la poubelle?


Cela fait quelque semaines déjà qu’une campagne de publicité, en radio, fait la promotion de la DAB+ et annonce la fin prochaine de la bande FM. Résultats des courses: les revendeurs ont déjà fourgué des tas de nouvelles radios à des auditeurs en mal de cadeaux de fin d’année, ou, peut-être, angoissés à l’idée de perdre bientôt leur chaîne favorite.

DAB+Ce matraquage publicitaire pour promouvoir la DAB+ s’est même traduit par un spot où les chaînes, qui se font une concurrence féroce et revendiquent la place de n°1 après chaque mesure d’audience, se sont associées, par animateurs-vedettes ou prétendus tels interposés, pour en plaider la cause.

Il y a toutefois plusieurs bémols à apporter à cette campagne.

Pour des raisons économiques et écologiques tout d’abord: on ne peut obliger tous les auditeurs à jeter aux ordures leurs radios actuelles pour les remplacer par des récepteurs convertis à la nouvelle norme. Et annoncer la fin de la bande FM dans cette perspective procède de la manoeuvre déloyale. Après tout, l’irruption de la bande FM elle-même n’a sonné la fin ni des ondes longues, ni des ondes moyennes, ni des ondes courtes. Même si, au bout de plusieurs décennies, elle y a considérablement réduit l’offre d’écoute.

Et puis, on a beau parer la DAB+ de toutes les qualités possibles, il y a quand même un problème. Pour en bénéficier dans mon véhicule, je peux attester d’une chose: la qualité du son est incontestablement meilleure par ce canal que par la bande FM classique. À condition… de le réceptionner. Car le DAB+ est beaucoup plus volatil que la bande FM, et il arrive fréquemment que, quand une source n’est plus disponible, pour des raisons physiques par exemple, la chaîne inaudible le soit toujours en bande FM.

Ainsi donc, la campagne publicitaire actuelle incite-t-elle en partie les usagers à acheter un chat dans un sac! La sagesse populaire enseigne qu’il est prudent, dans ce cas, de s’abstenir. Ou de vérifier au préalable le pelage du chat!

Éditions de l’Avenir: les 2% qui révèlent l’intention


Les masques sont tombés, ce lundi, aux Éditions de l’Avenir avec la fin de non-recevoir brutale opposée par la direction, obéissant aux ordres venus d’en haut, à la demande de l’Association des Journalistes Professionnels d’application d’une convention de travail et de rémunération des journalistes du groupe. Cette demande aurait eu pour effet d’améliorer de… 2% l’offre faite aux journalistes susceptibles de partir en RCC (Régime de chômage avec complément d’entreprise) et donc de rendre possible l’exécution du plan social signé par les syndicats il y a quelques semaines. Le refus de la direction témoigne, en dépit des dénis répétés de Nethys, l’actionnaire unique des Éditions de l’Avenir (EdA), de sa volonté de licencier des journalistes ciblés, notamment ceux qui ont relaté les débats nés des graves dysfonctionnements relevés tant au sein de Nethys que de son actionnaire public, l’intercommunale Publifin aujourd’hui rebaptisée Enodia.

L’existence d’une telle «liste noire» a été évoquée, il y a de nombreuses semaines déjà, par l’hebdomadaire «Le Vif»; elle a été démentie rapidement et à plusieurs reprises tant par la direction des Éditions de l’Avenir que par l’actionnaire principal de la société. Tout laisse entendre que sa réalité sera démontrée dès lundi prochain, quand la même direction des EdA transmettra au ministère de l’Emploi, une liste de cinquante noms, dont une majorité de personnes visées par un licenciement «sec», essentiellement des journalistes, dans l’espoir de faire reconnaître l’entreprise comme entreprise en restructuration.

Kris Peeters, ministre fédéral de l’Emploi, n’aura peut-être guère d’attention pour ce dossier: il lui serait bon de se rappeler que sa nature n’est pas essentiellement économique, mais politique, sociétale et démocratique. Et que la précipitation en la matière serait mauvaise conseillère.

Un accord incontesté

L’argumentation développée hier par le porte-parole de Nethys démontre la faiblesse du démenti qu’il a à nouveau apporté ce lundi à l’existence d’une «liste noire» de journalistes.

«L’AJP, explique-t-il, conteste un accord intervenu un décembre dernier dans le cadre du plan de restructuration (NB: enfin un aveu: jusque-là, la direction parlait toujours hypocritement de «plan de redéploiement») de L’Avenir, approuvé par 84% du personnel».

Premier enfumage: l’Association des Journalistes Professionnels ne conteste pas cet accord, dont le personnel n’avait approuvé que le principe, mais pas le contenu.

Elle a simplement demandé que, dans le cadre de ce plan, la direction des EdA applique les dispositions de la convention de travail et de rémunération des journalistes qu’elle a délibérément choisi d’ignorer. Comme, pour rappel, elle avait choisi de contourner un autre accord, sur la nomination d’une rédactrice ou d’un rédacteur en chef, pour imposer un directeur des rédactions frappé par une motion de défiance générale.

La demande de l’AJP ne remet donc pas en cause cet accord. Elle ne vise pas non plus à obtenir pour les journalistes un quelconque privilège: revendiquer le repect d’un accord social est un droit. Par surcroît, l’application de cette convention améliorerait un fifrelin (2%: un total de 180000 euros sur un coût global de 9 millions) l’offre faite aux journalistes susceptibles de partir en RCC et aiderait donc à atteindre l’objectif des 50 équivalents temps-plein (ETP) que le plan social a fixé. Le refus de la direction témoigne clairement de sa volonté de passer par des licenciements ciblés. De quoi accréditer l’idée d’une «liste noire».

Qui est qui?

«Les dispositions de cet accord ont été négociées entre la direction des Éditions de l’Avenir et les syndicats et en aucun cas avec Nethys»  ajouté le porte-parole.

Qu’en termes pesés cette chose-là est dite: oui, la direction des Éditions de l’Avenir a négocié l’accord. Mais pas de manière autonome. Sous contrôle de son conseil d’administration, d’abord, présidé par Pol Heyse, dirigeant de Nethys et quasi-exclusivement composé de représentants de Nethys, actionnaire unique de l’entreprise!

Alors, on peut jouer sur les mots. Mais la réalité du pouvoir au sein des Éditions de l’Avenir est évidemment chez Nethys. S’il n’en fallait qu’une preuve supplémentaire, son administrateur-délégué est… salarié de Nethys. Les multiples suspensions de séance, au cours des négociations, sollicitées par la direction qu’on devinait demander ses instructions à Liège, en est une autre. Et la preuve cardinale en est le maintien à son poste d’un directeur des rédactions imposé par Stéphane Moreau, administrateur-délégué de Nethys, qui entend le maintenir contre vents et marées, et malgré les avis contraires de la direction même des EdA!

Le porte-parole de Nethys est payé pour tenter de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Mais la ficelle utilisée, là, est vraiment trop grosse. Et son démenti sur l’existence d’une «liste noire» de journalistes tombe à plat. Heureusement, dans la vie réelle, le nez de celles et ceux qui disent ce qui n’est pas ne s’allonge pas, comme celui de Pinocchio!

Où notre contradicteur a parfaitement raison, par contre, c’est quand il rappelle que le plan social a été négocié entre la direction des EdA et les syndicats, avec des délégués de l’AJP présents au titre seulement d’observateurs. L’AJP n’a donc pas signé cette convention, négociée à la hussarde, et sous une pression du temps tout à fait artificielle (l’intention de licencier a été annoncée le 24 octobre, et tout devait être bouclé pour le 21 décembre: cette négociation aurait pu, ou plutôt dû, être entamée au moins trois mois plus tôt!). L’eût-elle fait, comme elle avait été invitée à le faire chez Rossel, par exemple, une clause discriminatoire à l’égard des journalistes n’y aurait pas été maintenue. Faute d’atteinte de l’objectif de 50 EQT, y lit-on, il sera procédé à des licenciements… de journalistes.

Et après cela, on nous baladera encore en prétendant qu’il n’existe pas de liste préétablie? Mieux vaut lire ou entendre cela que d’être sourd ou aveugle, dira-t-on. Pas sûr…

Le franssai simplifier, je n’ême pa


Or donc, la dernière idée à la mode est de supprimer l’accord du participe passé avec «avoir», au motif que la règle est désuète, ou plutôt, trop compliquée à comprendre. Trop compliquée, vraiment? Il ne me paraît pourtant pas d’une complexité effroyable de se souvenir que le participe passé conjugué avec «avoir» s’accorde en genre et en nombre avec le complément d’objet direct qui le précède. Mieux, la simple application de ce principe unique permet, dans la foulée, de conjuguer sans faute les verbes pronominaux, et d’écrire ainsi correctement «elle s’est dit» ou «elle s’est rendu compte», mais «elle s’est regardée dans le miroir».

Bien sûr, une langue vivante n’est par définition pas figée: les cruciverbistes, en particulier, s’en rendent bien compte, qui se voient proposer des mots disparus depuis longtemps de notre vocabulaire: céans, oncques, etc.

Cette évolution ne se limite pas à la suppression ou à l’apparition de mots; elle passe aussi par des réformes périodiques de la grammaire. Faut-il encore que ces réformes ne portent pas atteinte au génie de la langue: «les oiseaux que j’ai vus manger» ne subissent pas le sort funeste des «oiseaux que j’ai vu manger».  Que la réforme évoquée ces derniers jours voie le jour, et le français perdra une part de sa finesse. Or on sait qu’avec l’apprentissage d’une langue, vient l’apprentissage d’un mode de pensée.

Et puis quoi? Parce qu’une règle semble trop difficile à apprendre, il faudrait la supprimer? Mutatis mutandis, on pourrait donc décider que, puisque le trafic automobile génère des accidents, il suffit d’imposer le… 0 kilomètre à l’heure pour réduire une fois pour toutes à néant le nombre de tués sur nos routes. D’autant que, dans la foulée, on voit mal pourquoi il faudrait conserver la distinction entre l’infinitif et le participe passé: pourquoi devrait-on plus avant distinguer «chanté» de «chanter». Pourquoi demain ne pas célébrer le «chanteur qui a bien chanter» pour «boire à sa santé (ou sa santer»? Et dans la foulée, pourquoi ne pas faire un sort à ces conjugaisons compliquées des auxiliaires «être» et «avoir»? Pour se coller encore plus sur l’anglais, on pourrait se contenter de deux formes des deux auxiliaires pour toutes les personnes. Voire faire mieux encore que les anglophones, et n’en conserver qu’une seule? «J’être», «tu être», «il ou elle être», «nous être», «vous être» et «ils être» par exemple? Encore quelques évolutions de ce style, est on en reviendra au b.a-ba, la langue des «barbares» comme disaient les Grecs antiques, pour se gausser…

L’illogisme d’un défenseur de la logique

J’apporte un petit complément à ce texte, à la suite de l’appui total à la suppression de l’accord du participe passé employé avec «avoir»  apporté ce week-end par le linguiste Jean-Marie Klinkenberg, président du Conseil de la langue française et de la politique linguistique, dans le journal qui, air connu, m’emploie et ne me rémunère pas assez à mon goût. Parce que «à l’oral, plus personne ne fait cet accord, et à l’écrit, on constate que cela se fait aussi de moins en moins» affirme, péremptoirement, ce brillant linguiste. Ah bon ? Le postulat ainsi démontré peut nous entraîner fort loin: si le vol à la tire se multiplie, deviendra-t-il légal pour la cause?

«Nous avons un enseignement fondé sur le dressage, poursuit-il. On pourrait l »axer davantage sur la réflexion et dégager du temps pour mieux comprendre la grammaire et l’étymologie. Quand un carrefour est dangereux, on y fait des aménagements. On ne dit pas aux gens : « Entraînez-vous à passer en faisant des sauts périlleux! »»

Passons sur l’ironie: quand un carrefour est dangereux, on y installe aussi des panneaux de signalisation pour y rappeler les règles élémentaires du code de la route qui y prévalent; on y place parfois des caméras pour repérer les contrevenants, et des policiers s’y postent aussi pour verbaliser.

Revenons au sujet. L’enseignement de Jean-Marie Klinkenberg, j’en suis sûr, n’a pas été fondé sur le «dressage». Et il a parfaitement raison de plaider une meilleure compréhension de la grammaire: c’est la façon la plus simple de faire comprendre cette règle simple qui est l’accord du participe passé employé avec «avoir». «Erreur d’un moine copiste du Moyen Age?», comme l’affirment les détracteurs de la règle. Argument ô combien spécieux: si cette erreur, à supposer qu’elle soit à l’origine de cet accord, n’avait pas correspondu à une logique, elle n’aurait pas traversé le temps. Et quand Jean-Marie Klinkenberg plaide la logique, qu’il m’explique donc comme je devrai interpréter la phrase « les oiseaux que j’ai vu manger», si l’accord du participe passé employé avec «avoir» avec le complément d’objet direct qui le précède disparaît: les oiseaux dont il me parlera mangeaient-ils… ou étaient-ils mangés? La nuance apportée par l’accord du participe passé est d’importance, on en conviendra. Encore plus  si on évoque les «manifestants que j’ai vu matraquer».

Autre exemple, bien plus significatif encore, cité sur Facebook par mon confrère et ami Luc Brunclair, chroniqueur (je n’utilise pas la qualification ironique qu’il se donne lui-même) judiciaire verviétois plein d’expérience, «la mort de cet homme que j’ai tant désirée» n’a pas du tout la même signification que «la mort de cet homme que j’ai tant désiré». Une démonstration limpide de la logique, chère à Jean-Marie Klinkenberg, qui soutient la règle de l’accord du participe passé utilisé avec avoir. Qu’on supprime cet accord, et il sera impossible de distinguer une proposition de l’autre. Sauf à… réinventer une règle?

Apprendre en s’amusant

Grammapire impertinenteOui, l’enseignement ne doit pas être un dressage. Oui, l’apprentissage de la grammaire peut être amusant. Pas convaincu(e)s? Je vous renvoie à la  «La grammaire impertinente» de ce cher Jean-Louis Fournier un ouvrage à la fois hilarant et sérieux, qui aide à retenir les règles les plus biscornues de notre langue. Une fois que vous en aurez terminé, il vous restera à parcourir «L’arithmétique impertinente», et dans la foulée, vous deviendrez un redoutable calculateur, ou une redoutable calculeuse, pardon, calculatrice.

Une fois que vous tiendrez ces ouvrages en mains, vous ne pourrez plus les laisser tomber. Et vous le verrez, même des exercices de grammaire deviennent très amusants. Le défi est bien plus passionnant que de supprimer des règles, au motif qu’elles sont difficiles à apprendre!

Et s’il reste malgré tout des rétifs, peut-être peuvent-ils espérer retrouver des enseignantes de grande qualité, prêtes à payer de leur personne, comme par le passé!

Irresponsabilité en cascade


La responsabilité en cascade est un principe bien connu des journalistes belges, qui, depuis l’adoption de la première Constitution, en 1831, protège la liberté de la presse, en posant que «si l’auteur est connu ou domicilié en Belgique», ni l’éditeur, ni l’imprimeur, ni le distributeur de journaux (à l’époque, c’était la seule forme de presse), ne pourront être poursuivis. En 1993, c’est un vertu de ce principe de droit que l’hebdomadaire «Charlie Hebdo» sera bloqué dans notre pays, pour avoir titré «Le roi des cons est mort», à l’occasion du décès du roi Baudouin, le 31 juillet. Les autorités politiques et judiciaires de l’époque n’avaient pas le sens de l’humour, et n’avaient peut-être pas perçu l’allusion aux blagues belges qui circulaient à l’époque en France.

Pourquoi cette évocation? Parce que la dégradation du climat social dans notre pays, et singulièrement en Wallonie, me semble procéder d’une… irresponsabilité en cascade, à laquelle personne ne semble plus échapper.

Grève au finishOr donc, les cheminots en grève, sauvage puis couverte par leurs syndicats, depuis mercredi dernier, viennent de déposer un nouveau préavis de grève, pour ces mercredi, jeudi et vendredi. Avec une revendication inchangée: le retrait de la décision de mettre en relation l’octroi de leurs jours de crédit aux journées de travail effectivement prestées.

Cette  revendication est d’autant plus difficile à faire passer dans le grand public, que, dans le privé, cette liaison entre récupérations et prestations est automatique dans tous les secteurs. Mais aussi parce que, depuis dimanche, on sait que les cheminots ont accepté cette liaison pour le passage de leur semaine de travail de 40 à 38 heures, mais pas pour la réduction de leur durée hebdomadaire de travail de 38 à 36 heures: le secrétaire général de la CGSP-Cheminots, Michel Abdissi, n’a en tout cas pas contredit l’ancien patron de la SNCB, Étienne Schouppe, sur ce point, dimanche, sur le plateau de «Ce n’est pas tous les jours dimanche» sur RTL TVI!

Les cheminots peuvent encore se faire comprendre des usagers, quand ils disent se battre pour le maintien d’un service public de qualité sur le rail. Ils n’en jouent pas moins un jeu dangereux: comme l’a rappelé le nouveau ministre MR de la Mobilité, François Bellot, la Belgique n’a obtenu qu’une exception limitée dans le temps au principe de libéralisation du rail dans notre pays, à la condition de démontrer que la solution nationale est plus efficace que la libéralisation.

Les cheminots expliquent à juste titre qu’ils ont déjà fait preuve d’un effort notable de productivité ces dernières années. Mais la paralysie prolongée du rail, wallon en tout cas, ne plaide pas en leur faveur. Et si plus aucun obstacle ne s’oppose à la libéralisation, ce ne sont pas tant des acteurs privés qui débouleront chez nous, comme ceux que le ministre Open vld de la Coopération, Alexander De Croo a évoqués de manière provocatrice… et donc très peu responsable, évoqués aujourd’hui. Mais des transporteurs, type la SNCF et la Deutsche Bundesbahn, voire les NS (Nederlandse Spoorwegen), tout aussi publics que notre paralysée SNCB.

Bus du TecLes chauffeurs du TEC, qui vont à nouveau débrayer ce mercredi, auront plus de difficultés à se dépeindre comme d’aussi rigoureux défenseurs du transport public, tant leurs grèves à répétition leur ont donné l’image, depuis des années, de gréviculteurs prêts à démarrer pour un oui ou pour un non.

Le mouvement a été initié par le TEC de Liège-Verviers, où on évoquait, ce mardi, la possibilité de prolonger la grève de ce mardi sans doute jusqu’à la fin de semaine. Cela ne redorera pas son blason: il y a plus de vingt ans déjà que les relations sociales sont parties en quenouille au TEC Liège-Verviers, et rien ne semble en mesure de les rétablir durablement.

Tout cela pose, mais pas là uniquement, la question de la gestion syndicale en elle-même. Je l’ai déjà exprimé en un précédent billet, un(e) leader syndical(e) est là, d’abord et avant tout, pour porter les revendications de ses mandataires. Et, parfois, pour déclencher une grève, arme ultime afin de débloquer une situation. Mais la responsabilité syndicale est aussi d’analyser la situation. De savoir jusqu’où on peut faire triompher le point de vue de ses mandataires. De se rappeler qu’un accord est toujours fait de compromis de part et d’autre. Et de pouvoir arrêter une grève quand elle cesse de servir l’objectif fixé.

Négocier un pré-accord, puis annoncer qu’on le présentera à «la base», mais qu’on ne le défendra pas, ne témoigne pas d’un grand sens des responsabilités. Car soit on estime qu’on a atteint dans ce pré-accord le maximum de ce qu’on pouvait espérer, et il faut alors aller l’expliquer. Soit on se rend compte qu’il reste encore une marge de progression… et on ne conclut pas un pré-accord. Présenter un pré-accord à «la base» sans le défendre, c’est paver la voie à un rejet, derrière lequel il est ensuite facile de s’abriter. On y gagne rarement en crédibilité.

Dans le dossier des cheminots, le retrait de la circulaire contestée de la direction semble être devenu un enjeu plus symbolique qu’autre chose. Difficile, dans ces conditions, attendre que les choses bougent encore.

Au TEC, c’est plus simple: aucune revendication spécifique ne semble avoir été invoquée: le mouvement de grève annoncés, outre le volet de confort qu’il contient, relèverait alors du bras-de-fer engagé par la CGSP et le gouvernement Michel. Qu’une grève ait, par nature, quelque chose de politique, ne doit pas surprendre; qu’elle ait une portée exclusivement politique est déjà plus discutable. L’exercice, en tout cas, est risqué: le puissant syndicat britannique des mineurs s’est laminé, en tentant de faire reculer une jeune Première ministre, dont les leaders syndicaux n’avaient pas compris qu’elle allait s’attirer le surnom de «dame de fer».

Un conflit social, je le répète, se conclut nécessairement par un compromis, où tout le monde est gagnant… ou perdant selon les points de vue. Le raisonnement vaut aussi pour le camp patronal, ou politique.

La direction de HR-Rail savait pertinemment bien qu’en appliquant une décision contestée par les syndicats après son adoption en commission nationale paritaire, en décembre dernier, elle risquait de provoquer un incendie social. Qu’elle n’ait, en l’espèce, apparemment pas préparé de position de repli semble, là aussi, singulièrement irresponsable.

Et que dire alors des acteurs du conflit dans les prisons? Côté syndical, l’encadrement du mouvement ne dégage pas une impression de maîtrise particulière. Mais on ose espérer que le ministre CD&V de la Justice, Koen Geens, n’a pas cru éteindre l’incendie, quand il a annoncé hier avoir signé un accord avec «trois syndicats sur quatre» et donc qu’il n’y avait plus matière à négociation! Que cet accord soit rejeté à plus de 90% dans les établissements pénitentiaires wallons est un fait dont le ministre ne peut pas ne pas tenir compte, d’autant que la représentativité du gouvernement  dont il fait partie est tout à fait déficitaire en Wallonie. Son annonce, dans ce contexte, manquait, elle aussi, singulièrement de responsabilité!

Koen Geens s’est déclaré prêt, encore, à rencontrer les leaders syndicaux de la FGTB et de la CSC. Mais pour qui leur dire, encore?

Reste, en dernier recours, une solution responsable, quand plus rien ne paraît pouvoir sortir une négociation de l’impasse: changer le niveau et les acteurs de la discussion. Allo, Charles Michel, Marc Goblet, ou Marie-Hélène Ska?

Une nouvelle leçon d’héroïsme


Une nouvelle fois, une jeune nous a donné à tous une leçon d’héroïsme ce week-end: en tentant de sauver la vie d’Antoine, dont le corps a été repêché dans la Meuse ce lundi, Edwige Wiliquet a risqué sa propre existence. Car sans la réaction rapide des deux ouvriers communaux hutois, qui ont eu la présence d’esprit de courir à la chambre de visite la plus proche de l’avaloir dans laquelle le flot impétueux de l’Homme sauvage, le ruisseau transformé en torrent, l’avait entraînée, elle et l’enfant du patro des Ti-Loups, dont elle est une des monitrices, on n’ose imaginer ce qui lui serait arrivé.

Edwige WiliquetSur le moment, cette brillante étudiante en médecine n’a  sans doute pas réfléchi à son geste, mais n’est-ce pas le propre des actes héroïques? Cela veut simplement dire que pour elle, ce geste était naturel.

Il ne va pas sans rappeler celui des malheureux étudiants amoureux Vicky et Alexis, morts dans l’explosion au gaz de la rue Léopold, à Liège, le 27 janvier 2010: coincés sous les décombres, ils ont indiqué un enfant à dégager, tout près d’eux, aux pompiers qui venaient à leur secours, et sont morts quelques instants plus tard, dans l’effondrement des deux immeubles.

En d’autres temps, heureusement désormais lointains, d’autres ont instinctivement porté secours, eux aussi, à des Juifs traqués par les tueurs nazis: cela leur a valu d’être proclamés  plus tard «Justes parmi les Nations».

Ce témoignage de solidarité, aux antipodes des messages de haine diffusés à foison aujourd’hui soit par les criminels islamistes, soit par les propagateurs de la xénophobie d’extrême-droite, fait chaud au cœur. Mais pour Edwige Wiliquet, et ses proches que j’ai l’honneur de connaître, c’est peut-être maintenant que l’épreuve va devenir la plus difficile. Quand elle va revivre le drame qu’elle a traversé. Quand elle va, peut-être, et bien à tort, se reprocher de ne pas avoir réussi à sauver Antoine. Voire, comme des survivants des camps de concentration, se demander pourquoi elle, elle a survécu… Puisse-t-elle bénéficier de tout le soutien psychologique dont elle aura besoin, si elle passe (ou quand elle passera) par ces stades, qui pourraient marquer chez elle le contre-coup de l’événement.

Dans un autre billet de ce blog, j’avais indiqué que la véritable noblesse se situait ainsi dans des actes de la vie quotidienne, bien plus que dans les titres héréditaires venus du passé, ou les promotions accordées annuellement par le Palais Royal. Sa modestie naturelle dût-elle en pâtir, on ne devrait plus appeler Edwige Wiliquet que «grande dame»!