La noblesse ne se trouve pas là où on le croit


«L’affaire Delphine» (Boël) fait à nouveau l’actualité cette semaine, et elle la refera encore la semaine prochaine, avec la suite du procès civil intenté par l’artiste uccloise pour faire reconnaître son lien parental, probable mais pas prouvée jusqu’ici, avec Albert II. Le dossier est encore très loin d’être clos, car les recours s’annoncent et les pièges procéduriers feront le bonheur des plaideurs de haut vol qui s’affrontent, à huis clos, dans cette affaire.

220px-Delphine_Boël_cropLa démarche de la fille, toujours considérée comme telle à l’état-civil, de Jacques Boël, et de Sybille de Sélys-Longchamps est compréhensible sous l’angle humain. Se voir rejetée par quelqu’un qui a été très proche d’elle, et dont elle pense qu’il l’est encore bien plus, est difficile à accepter. Si sa demande ne vise qu’à faire reconnaître publiquement la paternité d’Albert II, on la comprend entièrement. Mais s’y mêlent, hélas, de basse questions matérielles, liées à l’héritage futur de l’ancien monarque. Delphine Boël gagnerait en crédibilité, et en considération, si elle déclarait publiquement qu’en cas de paternité avérée de l’ancien chef de l’État, elle renonce par avance à tout héritage de sa part. Ainsi, elle ferait disparaître les vilains soupçons qui s’attachent à sa démarche.

L’attitude d’Albert II, elle-même, apparaît assez consternante dans ce dossier: au moment des révélations de Mario Danneels, qui faisait état de l’existence d’une fille naturelle de l’ancien roi, il y a douze ans, il avait, dans son discours de fin d’année suivant, implicitement reconnu les faits. Or, aujourd’hui, il s’obstine dans une bataille procédurière qui semble perdue d’avance. On comprend mal cette obstination. Après tout, ce genre de situation se rencontre souvent dans notre société, et, au début du XXIeme siècle, qu’en coûterait-il à l’arrière-petit-neveu de Léopold II d’admettre, comme ce dernier l’avait fait, en épousant et anoblissant in extremis leur mère, qu’il a une descendance hors mariage? Son arrrière-arrière-grand-père, Léopold Ier, avait lui aussi notoirement un enfant illégitime. La descendance du prince Charles, oncle d’Albert II, ancien régent du royaume, et mort célibataire, est, elle aussi connue. Il est bien tard, sans doute pour procéder de la sorte, mais cela resterait possible, et témoignerait d’un comportement humain éminemment respectable.

On n’en dira pas autant de Sybille de Sélys-Longchamp, rangée aux côtés de sa fille, et qui s’est répandue, il y a quelques semaines, dans les médias, sur sa relation avec celui qui était alors toujours le prince Albert, donnant à ce sujet des détails dignes de «France Dimanche» ou de la collection Arlequin. Mme de Sélys-Longchamps, il y a une trentaine d’année, n’a pas été étouffée par les scrupules pour tromper son mari et entretenir une relation adultérine avec un prince qu’elle savait par ailleurs marié et père de famille. Là aussi, me direz-vous, c’est une situation banalement affligeante, mais le respect de la parole donnée était, paraît-il, une valeur cardinale dans cette classe nobiliaire qui a su conserver des privilèges pourtant abolis la nuit du 4 août 1792 en France. Le suivi de cette décision n’a manifestement pas été assuré avec suffisamment de vigilance. Mais peut-être, pour une représentante d’une famille de hobereaux hesbignons, le fait de se retrouver dans un lit princier représentait-il une forme de promotion?

La noblesse, pourtant, existe. Pas dans cette faune à particule, qui se regarde le nombril, mais dans notre environnement immédiat. Elle est chez cet homme qui retrouve son amour de jeunesse, abandonnée avec plusieurs enfants, avec lesquels il construira une vraie relation «paternelle» et qu’il placera à égalité avec l’enfant qu’il aura avec sa compagne retrouvée. Elle est chez ce jeune couple modeste, qui élève cinq enfants, dont le mari se prépare à adopter les trois premiers, qui ne sont pas de lui, afin que leur famille ne recèle aucune différence. Ceux-là sont des anonymes; ils ne font pas la une des médias  mais sur le plan de la noblesse, ils ont des leçons à donner!

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