Devons-nous jeter nos radios à la poubelle?


Cela fait quelque semaines déjà qu’une campagne de publicité, en radio, fait la promotion de la DAB+ et annonce la fin prochaine de la bande FM. Résultats des courses: les revendeurs ont déjà fourgué des tas de nouvelles radios à des auditeurs en mal de cadeaux de fin d’année, ou, peut-être, angoissés à l’idée de perdre bientôt leur chaîne favorite.

DAB+Ce matraquage publicitaire pour promouvoir la DAB+ s’est même traduit par un spot où les chaînes, qui se font une concurrence féroce et revendiquent la place de n°1 après chaque mesure d’audience, se sont associées, par animateurs-vedettes ou prétendus tels interposés, pour en plaider la cause.

Il y a toutefois plusieurs bémols à apporter à cette campagne.

Pour des raisons économiques et écologiques tout d’abord: on ne peut obliger tous les auditeurs à jeter aux ordures leurs radios actuelles pour les remplacer par des récepteurs convertis à la nouvelle norme. Et annoncer la fin de la bande FM dans cette perspective procède de la manoeuvre déloyale. Après tout, l’irruption de la bande FM elle-même n’a sonné la fin ni des ondes longues, ni des ondes moyennes, ni des ondes courtes. Même si, au bout de plusieurs décennies, elle y a considérablement réduit l’offre d’écoute.

Et puis, on a beau parer la DAB+ de toutes les qualités possibles, il y a quand même un problème. Pour en bénéficier dans mon véhicule, je peux attester d’une chose: la qualité du son est incontestablement meilleure par ce canal que par la bande FM classique. À condition… de le réceptionner. Car le DAB+ est beaucoup plus volatil que la bande FM, et il arrive fréquemment que, quand une source n’est plus disponible, pour des raisons physiques par exemple, la chaîne inaudible le soit toujours en bande FM.

Ainsi donc, la campagne publicitaire actuelle incite-t-elle en partie les usagers à acheter un chat dans un sac! La sagesse populaire enseigne qu’il est prudent, dans ce cas, de s’abstenir. Ou de vérifier au préalable le pelage du chat!

Décidément, il n’est pas de bon bec que de Paris


La vitalité d’Hélène Carrère d’Encausse, la célèbre historienne spécialiste de la Russie, mais surtout la secrétaire perpétuelle de l’Académie française, faisait plaisir à voir, samedi soir au «28 Minutes» d’Arte. À voir la manière pétillante dont cette nonagénaire s’exprime, on s’en prend à rêver à la jeunesse éternelle. Et puis, elle a fait au cours de cette émission une annonce qui semblait enfin annoncer que la vénérable Académie était entrée au XXIeme siècle: son célèbre Dictionnaire est désormais accessible en ligne, et modernité oblige, le site qui l’héberge permet de vérifier les variations de la signification des mots au fil des siècles: toutes les versions du dictionnaire de l’Académie sont en effet ainsi disponibles.

Le wallon vu par l'AcadémiePlein de curiosité, je me suis donc rendu ce dimanche sur le site du célèbre Dictionnaire, dont la consultation se fait par recherches de mots, et non par un défilé de pages. Et j’ai testé un adjectif que je connais bien: wallon. Hélas, hélas, hélas, comme le disait le général de Gaulle en condamnant le putsch du «quarteron de généraux» à Alger, j’ai bien dû constater qu’au quai Conti, on ramène toute la francophonie à l’Hexagone, et que, pour immortels qu’ils soient, les Académiciens souffrent décidément de myopie!

Or donc, pour ces éminences, le wallon ne serait qu’un «dialecte français».

Qu’en termes peu choisis cette chose-là est dite. Et quelle ignorance. Le wallon n’est pas un «dialecte» et encore moins un «dialecte du français», c’est une langue romane, issue du latin au même titre que le roumain, l’italien, l’espagnol, le portugais ou… le français. Comme l’a un jour très joliment dit Julos Beaucarne, le chanteur et poète wallon, le wallon est «le latin venu à pied du fond des âges».

Sa grammaire et son vocabulaire diffèrent fondamentalement du français, même si la méconnaissance malheureusement croissante du wallon font qu’il se «francise» de plus en plus. Mais tout de même, les francophones, de France, de Navarre, ou d’ailleurs, pourraient-ils comprendre des mots comme «språtchi, «pirlotche», «ète», «fawe» ou «si dispièrter» (*)?

Au moins, ce dernier mot serait-il probablement compris en Espagne, où quelqu’un qui se réveille… se desperta!

Il n’est de bon bec que de Paris, disait-on jadis. Il semble bien qu’aujourd’hui, les becs parisiens ont perdu de leur sens du goûter.

La remarque vaut sur le plan culturel.

Mais à l’heure où certains professent des thèses rattachistes en assurant que la Wallonie, le cas échéant, recevrait à coup sûr un traitement réservé lors de son intégration dans la République française, il y a là comme qui dirait un sérieux bémol qui se profile.

(*) Pour les «non-Wallonophones»: «écraser»; «chaire de vérité»; «cimetière»; «hêtre»; «se réveiller»

Donald Trump préside-t-il le Standard?


 

Le président des États-Unis, Donald Trump, dont on connaît la haine qu’il a pour les journalistes indépendants occuperait-il également le fauteuil présidentiel au Standard de Liège ? C’est la question que je me pose, non à voir la cravate qu’il arbore, mais depuis que j’ai découvert, hier, la censure que le club de Sclessin impose depuis plusieurs mois aux journalistes de l’hebdomadaire Sport Magazine qu’il ne tolère plus que, contraint et forcé, dans La tribune de presse de son stade. Mais au-delà, désormais, les dirigeants du club refusent tout contact, avec eux-mêmes ou avec les joueurs, à qui ils interdisent même de répondre à des journalistes de Sport Magazine en-dehors du périmètre du stade, piétinant au passage la liberté d’expression de leurs salariés comme ils méprisent une nouvelle fois la liberté de la presse.

Le Standard de Liège est en effet un multirécidiviste en la matière. Il y a un quart de siècle environ, c’est un excellent confrère de « La Dernière Heure-Les Sports » qui avait été frappé des mêmes interdits imbéciles. Malheureusement pour les dirigeants « rouches » de l’époque, le gaillard savait se défendre et au bout de moins d’un mois, avec le soutien de ses confrères, il forçait la levée de cette sanction professionnelle.

Sport Magazine a été lui-même plus d’une fois victime de la vindicte du Standard de Liège, ou d’autres clubs professionnels, dont le Sporting de Charleroi sauf erreur de ma part. Là aussi, la solidarité professionnelle avait pu faire rapporter ces mesures… et aussi les sponsors du Sporting, inquiets de voir que les quotidiens ne publiaient plus des photos des Zèbres que s’ils ne jouaient pas au Mambourg.

À chaque fois, le prétexte invoqué est identique: les journalistes ont osé écrire quelque chose qui ne plaisait pas à la direction du club. Car c’est bien connu, les journalistes, sportifs en l’occurrence, ne sont bienvenus que quand ils passent une brosse à reluire, qui, au Standard de Liège, sert souvent à l’égard d’un vice-président-entraîneur, même quand il raconte n’importe quoi. Par exemple en reprochant à un adversaire réputé moins fort que son équipe d’avoir eu le front de prendre des précautions défensives. Voire, quand une équipe ne se laisse pas vaincre par les « Rouches » de reprocher à ses joueurs d’avoir mis trop d’engagement dans la conquête du ballon.

Ce qui inquiète, ici, c’est que le président du Standard de Liège est un homme d’affaires qui a réussi. D’accord, ce n’est pas un signe de largeur d’esprit, si on s’en réfère à l’ex-patron d’une société toujours provisoirement actionnaire du journal qui (air connu) m’emploie et ne me rémunère pas suffisamment à mon goût, et qui est par ailleurs un des sponsors du sport liégeois en général, du Standard de Liège en particulier.

Ce n’est tout de même pas une raison pour subir une forme de censure interdite depuis 1831 par l’article 25 de la Constitution, et qu’on ne s’autoriserait pas dans d’autres secteurs du journalisme, comme par exemple le journaliste politique. Du moins pas sans dommages: depuis qu’il a boycotté la plupart des médias francophones, l’image de Bart De Wever s’est dégradée en Wallonie. À l’inverse, un Théo Francken s’est moqué des attaques dont il faisait l’objet et a ainsi réussi à devenir un des hommes politiques (hélas) les plus populaires en Wallonie.

Une dernière chose: dans le passé , comme dit plus haut, la solidarité professionnelle a ramené à la raison les dirigeants de clubs les plus bornés. S’étiolerait-elle chez les consœurs et confrères sportifs? L’attaque récente, peu confraternelle, du rédacteur en chef de Sport Magazine, contre les journalistes qui avaient obtenu une interview du président du Standard de Liège, et dont il supposait qu’ils lui avaient au préalable soumis leurs questions n’a pas aidé à la susciter, évidemment.

L’association des journalistes sportives ne pourrait-elle toutefois intervenir? Voire les autorités politiques, notamment liégeoises, puisqu’elles sont sollicitées pour assurer l’ordre lors des rencontres de football?