Je croirais à l’automobile électrique si….


Voiture électriqueAlors que le Salon de l’auto bat son plein à Bruxelles, la campagne de promotion pour la voiture électrique a pris une vigueur particulière. Est-ce le véhicule de l’avenir? J’avoue mon scepticisme, et le mot est faible. Mais je veux rester positif, et dirai que je pourrais croire à l’automobile électrique si…

 

  • la production de véhicules électriques ou hybrides ne constituait pas pour l’industrie automobile un moyen de ramener l’émission moyenne de CO2 des différents modèles mis en vente sous des niveaux qui lui vaudraient de sérieuses amendes
  • cette campagne de promotion ne rappelait pas celle qui a poussé de nombreux automobilistes à troquer leur véhicule à essence contre un véhicule diesel, souvent en dépit de toute logique, il y a quelques années, au motif qu’ils émettaient moins de CO2 et étaient donc moins nuisibles pour l’environnement
  • cette campagne promotionnelle ne rappelait pas celle qui a mis récemment en cause le moteur diesel – alors que de nombreux usagers, donc, s’étaient tournés vers cette motorisation – responsable d’émission de particules fines, nuisibles pour l’environnement et la santé.
    • cette campagne a eu des effets rapides, et dès l’an dernier, les véhicules à essence ont repris le dessus. Résultat des courses: la pollution au CO2 est repartie à la hausse en Belgique l’année passée
  • le secteur automobile dans son ensemble n’acceptait, pour les batteries électriques indispensables aux modèles électriques ou hybrides, que des métaux rares extraits dans des régions où le travail des enfants est interdit et où les mineurs reçoivent un salaire décent
    • «Plus de la moitié du cobalt mondial, que l’on retrouve dans les batteries de la plupart des véhicules électriques et des téléphones portables, vient de RDC, où 20 % du cobalt est extrait à la main, dans le cadre de ce que l’on appelle l’exploitation minière artisanale.

      Des recherches menées par Amnesty International ont montré que les mineurs congolais qui extraient le cobalt dans ces mines artisanales travaillent dans des couloirs souterrains étroits et dangereux et manipulent des minerais nocifs sans équipement de sécurité ou de protection de base. Des enfants âgés de sept ans pour les plus jeunes ont été vus en train de travailler aux côtés d’adultes jusqu’à 12 heures par jour, triant des minerais et portant de lourdes charges pour gagner l’équivalent d’un ou deux dollars. Les autorités du gouvernement chargées de garantir le respect des normes de santé et de sécurité et d’empêcher le travail des enfants ferment les yeux sur ces agissements ou ne font pas appliquer la loi.

      Les négociants et les sociétés qui achètent ces minerais le font en général sans poser de questions élémentaires à propos de l’origine des matières premières ou des conditions dans lesquelles elles ont été extraites, comme l’exigent les normes internationales. Des enfants âgés de sept ans pour les plus jeunes ont été vus en train de travail.

      C’est ainsi que du cobalt lié aux pires formes de travail des enfants et  à autres graves atteintes aux droits humains est apparu dans les chaînes d’approvisionnement internationales de fabricants de batteries qui collaborent avec certaines des plus grandes marques automobiles et électroniques du monde» a communiqué Amnesty International, le 1er mai 2018.

    • Curieusement, cette iniquité n’est jamais évoquée par les promoteurs des véhicules électriques ou hybrides. Ni par les producteurs de Smartphones. Un tel engagement permettrait une amélioration réelle des conditions de vie des «creuseurs» qui extraient ces métaux rares; et favoriseraient le développement des pays concernés.

    • Le prix des batteries électrique s’en retrouverait multiplié par cinq, dix, vingt, ou plus. Mais l’industrie automobile n’en aurait cure, puisqu’elle le répercuterait de toute manière sur les usagers. Lesquels, en y allant de leur portefeuille, poseraient consciemment un vrai geste pour la défense de la planète.
  • si le problème de la production d’électricité, nécessaire pour alimenter ces véhicules électriques ou hybrides n’était pas régulièrement ignoré ou minoré

    • Un bel exemple d’enfumage a été donné récemment par le patron d’Engie. «L’augmentation de consommation liée à la voiture électrique ne représenterait que 3%, selon nos prévisions. Ça n’aurait pas un effet important par rapport à la consommation globale» a posé Philippe Van Troeye. (https://www.lavenir.net/cnt/dmf20200106_01427507/1-million-de-voitures-c-est-3pct-de-l-electricite)  Le calcul est basé sur le nombre d’un million de voitures électriques à l’horizon 2030, soit 20% d’un parc automobile belge qui, au 1er août dernier, se chiffrait à 5.889.210 voitures privées. Mais, surtout si la campagne de promotion ne fait que s’intensifier au fil des ans, la proportion ne se limitera pas à un cinquième du parc automobile. Et même dans ce cas de figure, sauf à prolonger des centrales nucléaires, Engie convient qu’il faudrait… des centrales au gaz en plus. Donc des unités de production polluantes. On tourne donc en rond… même si on peut être sûr qu’en cas de hausse de la consommation due à l’augmentation du parc de véhicules électriques, il ne faudra pas attendre longtemps pour voir formuler des demandes de prolongation de la durée de vie de centrales nucléaires dont la mise à l’arrêt est censée démarrer en 2025…
      • Soit dit au passage, le 3% de consommation supplémentaire à l’horizon 20130 ne doit pas être sous-estimé comme le font les dirigeants d’Engie: quand la consommation d’électricité, certains soirs d’hiver, sera maximale, 3% supplémentaires pourraient représenter le point de rupture, et la grande panne maintes fois annoncée surviendrait enfin.
  • Si le problème du recyclage des batterie électriques était enfin débattu avec honnêteté.
    • On ignore si le propriétaire de la Tesla accidentée dont aucun ne voulait a trouvé solution à son problème. À part sur  Euronews (https://fr.euronews.com/2019/11/21/autriche-une-tesla-dont-personne-ne-veut), on n’a guère vu cette nouvelle répercutée.
    • On n’en est bien sûr qu’au début de l’expérience des véhicules électriques, et des filières de recyclage doivent encore se mettre en place, et se perfectionner, mais dans l’état actuel des choses, le taux de recyclage reste effectivement très bas, et l’opération est aléatoire
      • «Sans recyclage, le risque serait, qu’à terme, des accumulateurs abandonnés de cette technologie (NB: au lithium) soient emportés par des incendies, créant d’importantes fumées irritantes et toxiques, susceptibles de contenir du fluorure d’hydrogène. Le lithium est un métal qui attaque les tissus organiques. Il réagit avec l’oxygène, l’azote et la vapeur d’eau contenus dans l’air pour former une substance, elle aussi, particulièrement corrosive» peut-on lire sur un site spécialisé ( https://www.automobile-propre.com/dossiers/recyclages-batteries-voitures-electriques/). «Fondre totalement la chaîne de recyclage des batteries de traction embarquées dans les voitures électriques et hybrides avec celui des autres accumulateurs n’est pas forcément la meilleure solution. C’est pourquoi des structures spécialisées sont nées», poursuit le même site. Il est plus loin question de la mise en place d’un «démonstrateur industriel en amont du recyclage»,, et ,  «d’allongement de la durée de vie» des batteries, «en partenariat avec les constructeurs automobiles concernés», et d’«applications de stockage tampon» qui permettent «de baisser globalement la pollution générée par les batteries, depuis l’extraction des matières premières jusqu’au recyclage final». L’impression qui se dégage de tout cela, c’est que, si on atteint une proportion d’un cinquième du parc automobile belge en électrique à l’horizon 2030, le problème du recyclage se posera tout de suite de manière très très aiguë.

  • si parallèlement à cette promotion de l’électrique ou de l’hybride, des alternatives au moins aussi respectueuses de l’environnement, étaient développées avec autant d’intensité.

 

 

    • Pompe à CNGLe gaz naturel comprimé (CNG) est d’ores et déjà opérationnel. Il est notoirement moins cher et moins polluant que les carburants fossiles. Problème: les modèles disponibles sont rares. Et trouver un point d’approvisionnement relève pour l’instant de la chasse au trésor!

 

 

    • Batterie à hydrogèneL’hydrogène n’émet ni C02, ni particules fines, mais simplement de la vapeur d’eau. Là aussi, les modèles sont rares et hyper chers. Et on ne compte que… deux stations d’approvisionnement en Belgique.
      • Le caractère inflammable de l’hydrogène  (cf. la tragédie du Hindenburg, gonflé au dihydrogène en 1937, a été la première catastrophe filmée en direct) de l’hydrogène est régulièrement mis en cause (mais l’essence elle-même, ou le diesel, sont eux aussi hautement inflammable…) de même que ses effets corrosifs. Mais tout cela semble poser des problèmes moins insolubles que le recyclage des batteries au lithium ci-dessus.

Voilà la question exposée. Je peux être convaincu par le véhicule électrique. Il ne reste «plus qu’à…»

Janvier crucial pour les Éditions de l’Avenir et pour le pluralisme de la presse quotidienne francophone belge


La fin de janvier marquera le début d’un nouvel épisode dans l’histoire tourmentée, depuis quelques années, des Éditions de l’Avenir: ainsi que son administrateur-délégué ad interim, Renaud Witmeur, l’a déclaré à la fois dans une interview et devant les administrateurs d’Enodia, à la fin décembre, Nethys va les mettre en vente.

Les Editions de l'AvenirCette opération rencontrera à la fois une demande mainte fois répétée du personnel du journal, et les exigences des parlementaires wallons: après s’être dégagée des quotidiens du sud de la France, dans des conditions qui demandent toujours à être éclaircies, et après avoir mis fin à l’expérience calamiteuse d’Ilico, un site d’info en ligne dont la finalité n’a jamais été clairement définie, la filiale de l’intercommunale Enodia, l’ex-Publifin, va se dégager de ses activités de presse en Belgique en remettant sur le marché non seulement les Éditions de l’Avenir, mais aussi L’Avenir Advertising, la société éditrice du toutes-boîtes publicitaire Proximag, et la société L’Avenir Hebdo, éditrice de Moustique et de Tele Pocket. La question qui reste en suspens est de savoir si cette vente sera globale, ou si elle se fera par appartements.

Pour autant, l’opération demande à être menée avec beaucoup de doigté, à la fois pour éviter de nouvelles pertes massives d’emplois, pour maintenir le pluralisme de la presse écrite quotidienne en Belgique francophone, et pour donner aux Éditions de l’Avenir des perspectives de développement dans un marché entamé méchamment par l’emprise publicitaire des GAFAM (Google, Amazone, Facebook, Microsoft) que le pouvoir politique européen devra tôt ou tard, et idéalement plus tôt que tard, frapper au portefeuille, en réaction à leur politique scandaleuse d’évasion fiscale.

Une vente d’entreprise s’accompagne en effet souvent de mesures de «rationalisation», comme on le dit pudiquement pour éviter la brutalité du terme «licenciements».

Le rude plan social dont les Éditions de l’Avenir viennent de sortir a durement frappé la rédaction, et sa finalité, comme nous l’avons déjà expliqué ici, n’était pas uniquement économique. Bien sûr, il s’agissait de ramener les finances de l’entreprise dans le vert, mais les licenciements ciblés auxquels l’opération a donné lieu, en dépité des démentis hypocrites exprimés par un management désormais déconsidéré, montraient bien que l’indépendance journalistique était également ciblée.

Ce plan social exécuté, d’autres rationalisations étaient envisagées, qui allaient frapper les secteurs administratif et commercial: des regroupements à Liège, siège de Nethys, étaient planifiés, et des emplois, inévitablement, allaient être sacrifiés dans l’opération.

Une vente des Éditions de l’Avenir, à quelque repreneur que ce soit, s’il s’agit d’un des deux autres groupes de presse quotidienne en Belgique francophone, débouchera inévitablement sur de tels doubles emplois. Ce n’est pas forcément le seul scénario envisageable: il y a cinq ans, personne n’attendait Tecteo dans un secteur, auquel d’autres investisseurs, belges ou étrangers, pourraient s’intéresser.

Mais restons dans l’hypothèse de reprise belgo-belge, sous forme de regroupement au sein du paysage médiatique francophone. Et  si c’est un repreneur plutôt que l’autre qui décroche la timbale, c’est sans doute à un bain de sang social qu’il faut s’attendre, dont non seulement les services administratif et commercial feront les frais, mais également la rédaction, à nouveau. Car la reprise postulera la fermeture immédiate ou à court terme de certaines des éditions régionales du groupe.

Un autre scénario de reprise se traduirait par des pertes d’emplois plus limitées, qui ne nécessiteraient pas nécessairement un plan social en tant que tel, et sur le papier, il présente l’avantage d’ancrer le pluralisme de la presse quotidienne francophone en Belgique, en favorisant sa recomposition en deux groupes de force plus ou moins égale. Mais le tableau n’est pas aussi idyllique qu’il en a l’air.

Il pose tout d’abord la question de la pérennité financière du nouvel ensemble ainsi créé, par l’adjonction au repreneur de partenaires financiers privés, qui en attendront peut-être un retour sur investissement rapide. Et il pose, malgré tout aussi, mais en termes différents, la question du pluralisme de la presse. Car la pratique qui existe déjà en son sein est celle d’un partage large d’informations, politiques économiques ou sportives, qui fait que deux quotidiens que tout séparait au départ ne s’expriment désormais plus que d’une seule voix.

CorelioUn parallèle vécu personnellement illustre le propos. Il y a quelques années, pour traiter de la politique aéroportuaire et du transport aérien, il y avait quelques journalistes spécialisés en Flandre, dont l’un travaillait pour le Nieuwsblad, au sein du groupe Corelio, dont faisaient partie à l’époque les Éditions de l’Avenir.

De l’eau a depuis lors passé sous les ponts de l’Escaut et de la Meuse. Corelio a revendu les Éditions de l’Avenir à Tecteo en 2013, et s’est mué en Mediahuis, qui regroupe le Standaard, le Nieuwsblad, la Gazet van Antwerpen, et le Belang van Limburg. Le confrère est resté, d’autres ont été sacrifiés dans l’opération. Et par la suite, ses articles ont non seulement été publiés dans les quotidiens jumelés, le Standaard et le Nieuwsblad, mais aussi dans les quotidiens anversois et limbourgeois. Selon son inspiration, ses préférences, ou ses convictions, son opinion sur quelque problème que ce soit, a ainsi prévalu dans la moitié de la presse néerlandophone. Sans que plus aucun débat ne s’y ouvre, par exemple sur le survol de la zone du canal à Bruxelles, sur le développement de Ryanair à Bruxelles-National, ou sur l’intégration de Brussels Airlines dans la Lufthansa.

Voilà les risques liés à la vente des Éditions de l’Avenir à la fin de ce mois. Une vente qu’il faudra donc entourer de garde-fous, pour limiter les impacts à la fois sur l’emploi, et sur le pluralisme de la presse.

Un contrefeu classique, dans le cas d’un rapprochement entre journaux complémentaires, pourrait être dans la conception de rédactions transversales, sportive, économique, culturelle, politique, sociale, etc. Des sujets pourraient être plus richement couverts par des rédactions ainsi renforcées, avec, selon le cas, des articles différents selon les titres qui s’adressent à des publics différents, ou, dans un nombre limité de cas, des articles identiques déclinés dans différents journaux. L’objection à pareille mise en place sera vraisemblablement économique, mais la résistance la plus importante sera plus probablement psychologique: elle obligera à faire travailler ensemble des journalistes qui ne sont pas jusqu’ici vraiment concurrents, mais qui travaillent dans des quotidiens à la personnalité marquée, et à qui il faudra apprendre à vivre et à penser en commun.

Une autre recette plus ancienne consiste en la création d’une Fondation, chargée de défendre l’esprit d’un quotidien.

La référence classique, en Belgique, est la Fondation Hoste, côté flamand, qui veille à ce que les développements du Laatste Nieuws respectent les idéaux libéraux des fondateurs. Pareille tâche est évidemment plus aisée dans un contexte d’expansion, où le quotidien qu’elle protège, joue un rôle moteur. Dans un contexte défensif, où des impératifs économiques seront opposés à toute velléité de défendre un périmètre maximal, elle risque très vite de faire long feu.

L’étude McKinsey, commandée en son temps par l’ancien ministre wallon de l’Économie et communautaire des Médias Jean-Claude Marcourt, aujourd’hui président malgré lui du Parlement wallon, ne peut non plus être ignorée. Le document recommandait une mutualisation des moyens pour l’ensemble des quotidiens francophones de Belgique. Le centre d’impression de Rossel à Nivelles, où sont déjà imprimés les quotidiens du groupe L’Avenir, pourrait jouer ce rôle… pourvu qu’il puisse assurer l’ensemble des tirages, alors qu’il est déjà au bord de la saturation. Et surtout qu’il sorte du giron du groupe de presse actuellement dominant en Belgique francophone.

Reste la solution originale, à laquelle le personnel des Éditions de l’Avenir s’est attelé depuis plusieurs mois: celle d’une coopérative associant ce personnel aux lecteurs du quotidien, à des investisseurs locaux ou régionaux, et à des spécialistes des médias.

Les administrateurs d’Enodia et de Nethys ont déjà convenu de donner un rôle crucial à cette coopérative dans un processus de vente qui, par là même, sortira des schémas classiques. Le personnel politique lui-même, et notamment la nouvelle ministre communautaire des Médias, a manifesté son intérêt pour une initiative qui, pour ancienne qu’elle soit par sa forme, ouvre peut-être une voie nouvelle pour assurer l’avenir de la presse écrite quotidienne en Belgique francophone. Et surtout pour lui permettre d’explorer de nouvelles pistes de développement.

Pour la découvrir: https://www.notreavenir.coop/devenir-cooperateur/ Tous les soutiens sont utiles. Dès la part de base, à 50 euros. La contribution requiert un effort, certes. Mais, au regard d’autres dépenses, elle reste bien modeste, non?

Pour certains criminels, la perpétuité est la seule réponse


Bruno DayezC’est une nouvelle fois avec beaucoup de dignité que Gino Russo a réagi, ces jours-ci, à la récente publication par Bruno Dayez, d’un essai au titre provocateur « Pourquoi libérer Dutroux? » à peine modéré par son sous-titre « Pour un humanisme pénal ».

Le papa de Mélissa, une des victimes avec sa copine Julie Lejeune, du tueur en série a mis en ligne des images vidéo de la courte vie de sa fille, dont les dernières ont été tournées quelques jours à peine avant qu’elles ne tombent dans les griffes de celui dont l’avocat bruxellois est le dernier défenseur en date – feu Julien Pierre s’était consacré à cette tâche ô combien ingrate avec un acharnement doublé d’une grande dignité, Xavier Magnée s’est attelé ensuite devant la cour d’assises d’Arlon à une défense sans espoir…- mais qui, surtout, après avoir assassiné dans des conditions atroces son complice Bernard Weinstein, allait récidiver avec les malheureuses An Marchal et Eefje Lambrecks, puis enlever Sabine Dardenne et Laetitia Delhez.

Rappeler ces faits insupportables, c’était le but de Gino Russo, en rendant publiques des images relevant de la sphère intime d’une famille toujours marquée par le drame qui lui a été infligé. Toujours avec la dignité qui, depuis 1995, a caractérisé les parents des deux fillettes. Faut-il rappeler que, pas plus que les parents de Marc Kisteman et Corinne Malmendier, dont le second assassin, Thierry Bourgard, vient à son tour de mourir en prison, ils n’ont jamais tenu ds discours de haine qui, à l’époque, auraient provoqué en Wallonie une déferlante d’extrême-droite dont nous n’aurions pas fini de nous relever?

Celles et ceux qui ont lancé ces dernières semaines une véritable chasse à l’homme contre Michel Lelièvre, le complice de Dutroux, font honte à cette dignité. Même si on ne peut oublier les faits dont cet individu s’est rendu coupable, il a purgé sa peine et à ce titre a droit à se reconstruire. Ce qui est loin d’être gagné, si ses années de détention l’ont aidé à prendre la mesure des crimes dont il s’est rendu complice.

N’en déplaise à Bruno Dayez, Marc Dutroux appartient à une autre sorte de criminels, dont on ne peut attendre le moindre amendement, et dont la dangerosité ne s’éteint pas au fil du temps.

L’horreur répétée de ses crimes en témoigne, de même que sa totale absence de repentir, fût-elle plus ou moins feinte. Le raisonnement vaut aussi pour un Michel Fourniret, le ravisseur et l’assassin d’Elisabeth Brichet et de plusieurs autres jeunes filles, dont la liste n’est sans doute pas complète. Il vaut pour un Francis Heaulme, le vagabond assassin. Il valait également pour Thierry Muselle et Thierry Bourgard, les deux petites frappes muées en sauvages assassins de Marc et Corinne, en 1992, et que l’odeur du sang avait pervertis à jamais.

Tout cela, Bruno Dayez le sait très bien. Ou il devrait le savoir, et s’il ne le sait pas, c’est assez inquiétant. Et voici pourquoi le titre racoleur qu’il a donné à son essai nous paraît manquer d’une élémentaire dignité. Il est des dossiers qui ne peuvent être invoqués pour défendre une juste cause: personne ne pourrait plaider les cas d’Adolf Hitler ou de Joseph Staline au bénéfice d’un plaidoyer en faveur de l’amendement possible.

« En parfaite connaissance de cause et après mûre réflexion, je maintiens que la peine capitale était une barbarie heureusement révolue. Que la perpétuité réelle est une ignominie et son abolition une urgence. Que l’emprisonnement effectif ne devrait jamais compromettre toute perspective d’avenir. Que, partant, il ne devrait jamais excéder une durée raisonnable (que j’évalue subjectivement à vingt-cinq ans, mais que l’on pourrait aisément ramener à moins). Que le seul but final de toute peine d’emprisonnement doit être la réintégration du détenu dans la société libre » a expliqué Bruno Dayez en marge de la publication de son essai.

Personne ne trouve évidemment à redire à ce principe général. Mais toute règle générale connaît ses exceptions, et le cas de Marc Dutroux échappe précisément à ce principe généreux et général.

C’est… Bruno Dayez lui-même qui l’a d’ailleurs exprimé dans une carte blanche publiée en 2016, par laquelle il se donnait une visibilité douteuse en invoquant déjà le dossier Dutroux.

La réclusion à perpétuité, posait-il, n’est pas « une décision de justice (au sens fort de ce mot), mais un acte de barbarie » qui devrait être effacée à tout jamais de notre Code pénal, car « il n’y a pas foncièrement de différence de nature entre une condamnation à mort et une condamnation à vie ». Argument spécieux: une erreur judiciaire avérée permet de revenir sur une condamnation à perpétuité, alors qu’une condamnation à mort est par définition irrévocable.

« Aucun individu n’est réductible à l’un ou plusieurs de ses actes » ajoutait-il. Raisonnement à nouveau correct mais qui ne s’applique pas aux tueurs en série incapables d’échapper à leurs actes. On approuvera par contre son affirmation de l’absence « d’équivalence réelle entre un crime et la peine qui le sanctionne»: aucune peine effective ne peut égaler l’horreur des crimes de Marc Dutroux, la peine extrême est le minimum qui puisse les sanctionner.

«Si l’on peut dire d’un acte qu’il est inexcusable, il est interdit de dire de son auteur qu’il est définitivement inamendable » plaidait encore Bruno Dayez. Des Dutroux, Fourniret, Heaulme sont effectivement définis inamendables. Comme l’étaient feu Muselle et Bourgard. De tels criminels doivent définitivement être empêchés de récidiver.

« La vocation d’une peine n’est plus exclusivement de punir » poursuivait Bruno Dayez. En oubliant que la vocation… première d’une peine est de punir les auteurs de crimes à l’aune des faits dont ils se sont rendus coupables. Sans pouvoir, dans le cas de Marc Dutroux, parvenir à équilibrer les plateaux de la balance.

« La perpétuité équivaut à nier l’humanité du condamné puiqu’elle lui dénie sa liberté » concluait Bruno Dayez. La manière dont Dutroux a traité Weinstein, Julie et Mélissa, An et Eefje, Sabine et Laetitia, n’avait rien d’humain…

 

Devons-nous jeter nos radios à la poubelle?


Cela fait quelque semaines déjà qu’une campagne de publicité, en radio, fait la promotion de la DAB+ et annonce la fin prochaine de la bande FM. Résultats des courses: les revendeurs ont déjà fourgué des tas de nouvelles radios à des auditeurs en mal de cadeaux de fin d’année, ou, peut-être, angoissés à l’idée de perdre bientôt leur chaîne favorite.

DAB+Ce matraquage publicitaire pour promouvoir la DAB+ s’est même traduit par un spot où les chaînes, qui se font une concurrence féroce et revendiquent la place de n°1 après chaque mesure d’audience, se sont associées, par animateurs-vedettes ou prétendus tels interposés, pour en plaider la cause.

Il y a toutefois plusieurs bémols à apporter à cette campagne.

Pour des raisons économiques et écologiques tout d’abord: on ne peut obliger tous les auditeurs à jeter aux ordures leurs radios actuelles pour les remplacer par des récepteurs convertis à la nouvelle norme. Et annoncer la fin de la bande FM dans cette perspective procède de la manoeuvre déloyale. Après tout, l’irruption de la bande FM elle-même n’a sonné la fin ni des ondes longues, ni des ondes moyennes, ni des ondes courtes. Même si, au bout de plusieurs décennies, elle y a considérablement réduit l’offre d’écoute.

Et puis, on a beau parer la DAB+ de toutes les qualités possibles, il y a quand même un problème. Pour en bénéficier dans mon véhicule, je peux attester d’une chose: la qualité du son est incontestablement meilleure par ce canal que par la bande FM classique. À condition… de le réceptionner. Car le DAB+ est beaucoup plus volatil que la bande FM, et il arrive fréquemment que, quand une source n’est plus disponible, pour des raisons physiques par exemple, la chaîne inaudible le soit toujours en bande FM.

Ainsi donc, la campagne publicitaire actuelle incite-t-elle en partie les usagers à acheter un chat dans un sac! La sagesse populaire enseigne qu’il est prudent, dans ce cas, de s’abstenir. Ou de vérifier au préalable le pelage du chat!

Décidément, il n’est pas de bon bec que de Paris


La vitalité d’Hélène Carrère d’Encausse, la célèbre historienne spécialiste de la Russie, mais surtout la secrétaire perpétuelle de l’Académie française, faisait plaisir à voir, samedi soir au «28 Minutes» d’Arte. À voir la manière pétillante dont cette nonagénaire s’exprime, on s’en prend à rêver à la jeunesse éternelle. Et puis, elle a fait au cours de cette émission une annonce qui semblait enfin annoncer que la vénérable Académie était entrée au XXIeme siècle: son célèbre Dictionnaire est désormais accessible en ligne, et modernité oblige, le site qui l’héberge permet de vérifier les variations de la signification des mots au fil des siècles: toutes les versions du dictionnaire de l’Académie sont en effet ainsi disponibles.

Le wallon vu par l'AcadémiePlein de curiosité, je me suis donc rendu ce dimanche sur le site du célèbre Dictionnaire, dont la consultation se fait par recherches de mots, et non par un défilé de pages. Et j’ai testé un adjectif que je connais bien: wallon. Hélas, hélas, hélas, comme le disait le général de Gaulle en condamnant le putsch du «quarteron de généraux» à Alger, j’ai bien dû constater qu’au quai Conti, on ramène toute la francophonie à l’Hexagone, et que, pour immortels qu’ils soient, les Académiciens souffrent décidément de myopie!

Or donc, pour ces éminences, le wallon ne serait qu’un «dialecte français».

Qu’en termes peu choisis cette chose-là est dite. Et quelle ignorance. Le wallon n’est pas un «dialecte» et encore moins un «dialecte du français», c’est une langue romane, issue du latin au même titre que le roumain, l’italien, l’espagnol, le portugais ou… le français. Comme l’a un jour très joliment dit Julos Beaucarne, le chanteur et poète wallon, le wallon est «le latin venu à pied du fond des âges».

Sa grammaire et son vocabulaire diffèrent fondamentalement du français, même si la méconnaissance malheureusement croissante du wallon font qu’il se «francise» de plus en plus. Mais tout de même, les francophones, de France, de Navarre, ou d’ailleurs, pourraient-ils comprendre des mots comme «språtchi, «pirlotche», «ète», «fawe» ou «si dispièrter» (*)?

Au moins, ce dernier mot serait-il probablement compris en Espagne, où quelqu’un qui se réveille… se desperta!

Il n’est de bon bec que de Paris, disait-on jadis. Il semble bien qu’aujourd’hui, les becs parisiens ont perdu de leur sens du goûter.

La remarque vaut sur le plan culturel.

Mais à l’heure où certains professent des thèses rattachistes en assurant que la Wallonie, le cas échéant, recevrait à coup sûr un traitement réservé lors de son intégration dans la République française, il y a là comme qui dirait un sérieux bémol qui se profile.

(*) Pour les «non-Wallonophones»: «écraser»; «chaire de vérité»; «cimetière»; «hêtre»; «se réveiller»

Donald Trump préside-t-il le Standard?


 

Le président des États-Unis, Donald Trump, dont on connaît la haine qu’il a pour les journalistes indépendants occuperait-il également le fauteuil présidentiel au Standard de Liège ? C’est la question que je me pose, non à voir la cravate qu’il arbore, mais depuis que j’ai découvert, hier, la censure que le club de Sclessin impose depuis plusieurs mois aux journalistes de l’hebdomadaire Sport Magazine qu’il ne tolère plus que, contraint et forcé, dans La tribune de presse de son stade. Mais au-delà, désormais, les dirigeants du club refusent tout contact, avec eux-mêmes ou avec les joueurs, à qui ils interdisent même de répondre à des journalistes de Sport Magazine en-dehors du périmètre du stade, piétinant au passage la liberté d’expression de leurs salariés comme ils méprisent une nouvelle fois la liberté de la presse.

Le Standard de Liège est en effet un multirécidiviste en la matière. Il y a un quart de siècle environ, c’est un excellent confrère de « La Dernière Heure-Les Sports » qui avait été frappé des mêmes interdits imbéciles. Malheureusement pour les dirigeants « rouches » de l’époque, le gaillard savait se défendre et au bout de moins d’un mois, avec le soutien de ses confrères, il forçait la levée de cette sanction professionnelle.

Sport Magazine a été lui-même plus d’une fois victime de la vindicte du Standard de Liège, ou d’autres clubs professionnels, dont le Sporting de Charleroi sauf erreur de ma part. Là aussi, la solidarité professionnelle avait pu faire rapporter ces mesures… et aussi les sponsors du Sporting, inquiets de voir que les quotidiens ne publiaient plus des photos des Zèbres que s’ils ne jouaient pas au Mambourg.

À chaque fois, le prétexte invoqué est identique: les journalistes ont osé écrire quelque chose qui ne plaisait pas à la direction du club. Car c’est bien connu, les journalistes, sportifs en l’occurrence, ne sont bienvenus que quand ils passent une brosse à reluire, qui, au Standard de Liège, sert souvent à l’égard d’un vice-président-entraîneur, même quand il raconte n’importe quoi. Par exemple en reprochant à un adversaire réputé moins fort que son équipe d’avoir eu le front de prendre des précautions défensives. Voire, quand une équipe ne se laisse pas vaincre par les « Rouches » de reprocher à ses joueurs d’avoir mis trop d’engagement dans la conquête du ballon.

Ce qui inquiète, ici, c’est que le président du Standard de Liège est un homme d’affaires qui a réussi. D’accord, ce n’est pas un signe de largeur d’esprit, si on s’en réfère à l’ex-patron d’une société toujours provisoirement actionnaire du journal qui (air connu) m’emploie et ne me rémunère pas suffisamment à mon goût, et qui est par ailleurs un des sponsors du sport liégeois en général, du Standard de Liège en particulier.

Ce n’est tout de même pas une raison pour subir une forme de censure interdite depuis 1831 par l’article 25 de la Constitution, et qu’on ne s’autoriserait pas dans d’autres secteurs du journalisme, comme par exemple le journaliste politique. Du moins pas sans dommages: depuis qu’il a boycotté la plupart des médias francophones, l’image de Bart De Wever s’est dégradée en Wallonie. À l’inverse, un Théo Francken s’est moqué des attaques dont il faisait l’objet et a ainsi réussi à devenir un des hommes politiques (hélas) les plus populaires en Wallonie.

Une dernière chose: dans le passé , comme dit plus haut, la solidarité professionnelle a ramené à la raison les dirigeants de clubs les plus bornés. S’étiolerait-elle chez les consœurs et confrères sportifs? L’attaque récente, peu confraternelle, du rédacteur en chef de Sport Magazine, contre les journalistes qui avaient obtenu une interview du président du Standard de Liège, et dont il supposait qu’ils lui avaient au préalable soumis leurs questions n’a pas aidé à la susciter, évidemment.

L’association des journalistes sportives ne pourrait-elle toutefois intervenir? Voire les autorités politiques, notamment liégeoises, puisqu’elles sont sollicitées pour assurer l’ordre lors des rencontres de football?

Un combat à reprendre pour la liberté de la Presse


Il est des combats dont il ne faut jamais croire qu’ils sont définitivement gagnés: le combat pour la liberté de la Presse est de ceux-là! Paradoxe dans un pays qui, depuis l’origine, proclame dans sa Constitution que «la presse est libre» et que «la censure ne pourra jamais être établie»? Hélas, hélas, hélas, comme le disait Charles de Gaulle en évoquant le putsch des généraux félons à Alger, en 1962, il faut bien constater, ces derniers temps, que, y compris chez nous, l’année 2019 a été marquée par un recul de la liberté de la presse.

Péril pour la liberté de la presseLe signe le plus évident en est la nécessité ressentie par nos collègues flamands de la Vlaamse Vereniging van Journalisten (VVJ) de créer, sur leur site, un point d’alerte pour toute violence faite aux journalistes.

En six mois, c’est une douzaine de faits qui ont été signalés à l’union professionnelle des journalistes flamands. On n’en est, pour l’instant, qu’à des menaces physiques ou de l’intimidation, comme lors d’une manifestation d’extrême-droite contre le Pacte de Marrakech sur l’immigration, en début d’année. Ou lors d’un procès de Hells Angels devant un tribunal correctionnel limbourgeois. Mais il y a aussi ce fermier qui détruit l’appareil photo d’un correspondant de presse qui, à distance, venait de prendre des images de l’incendie d’une de ses étables. Ou la police qui menace de saisir les images d’un cameraman de télévision, qui filmait les lieux d’un accident de circulation, en respectant le périmètre de sécurité imposé.

L’Europe a connu quelques cas tristement célèbres d’assassinats de journalistes. Sur l’île de Malte, plus de deux ans après l’explosion de sa voiture qui lui a coûté la vie, les assassins présumés de Daphné Caruna-Galizia ne sont pas encore jugés, et leurs commanditaires ne sont pas connus. En Slovaquie, l’assassinat de Jan Kuciak et de sa fiancée a déclenché une vive réaction populaire qui a conduit à la démission du Premier ministre et à un renversement de majorité. Leurs assassins ont été démasqués, et les commanditaires mafieux de leurs assassinats sont connus. En Roumanie par contre, la précipitation avec laquelle l’assassinat de Viktoria Marinovna a été qualifié de crime purement sexuels laisse subsister bien des soupçons.

En Italie, j’ai eu le privilège douloureux de rencontrer des journalistes qui vivent sous protection policière permanente, après les menaces de morts proférées contre eux par la Mafia. Et le monde entier a appris avec horreur, il y a quelques semaines, les détails de l’assassinat de Jamal Kashoggi, au consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul.

Rien de tout cela chez nous et dans les pays voisins, me direz-vous? Il y a un an, rappelez-vous, des journalistes belges et des journalistes français étaient menacés, et parfois molestés, par des «gilets jaunes» qui les jugeaient par définition hostiles. En Catalogne, des journalistes ont été victimes de violences policières, et d’autres ont été attaqués par des militants indépendantistes.

En Allemagne, où j’ai assissté récemment au congrès d’un des deux grands syndicats de journalistes, le Deutscher Journalisten Verband (DJV), le rapport annuel a évoqué le refus opposé par l’Alternativ für Deutschland à la présence de journalistes au congrès ce ce parti d’extrême-droite. Tandis que d’autres voix réclamaient une meilleure protection des sources journalistiques. Une protection des sources, qui, comme l’a posé la Cour européenne des Droits de l’Homme, est la «pierre angulaire de la liberté de la presse».

Presse locale, non merci!

Les médias locaux exclus de la visite du Secrtaire d'EtatUn autre cas flagrant de censure a été dénoncé ce week-end par la section bavaroise du DJV, le BJV (Bayerischer Journalisten Verband) après le véto opposé par les autorités (états-unienne? allemandes? états-uniennes et allemandes?) à la présence de journalistes du quotidien régional Der Frankenpost, lors de la visite, à Mödlareuth, du secrétaire d’État états-unien, Mike Pompeo, et du ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas (SPD). Seul était autorisé, dans le sillage des deux excellences, un pool télévisé, composé de représentants de la ZDF (chaîne publique), et de RT L (chaîne privée). L’idée étant, on l’imagine, de diffuser des images de cette visite, mais de ne donner à personne l’occasion de poser des questions au secrétaire d’État et à son hôte. Et aussi sans doute une forme de mépris à l’égard de la presse locale? L’incident a en tout cas suscité une réaction d’un député SPD de la région. Klaus Adelt s’est dit choqué par le fait que cette mise à l’écart s’est produite «le jour même où on célèbre la liberté d’opinion et la liberté de la Presse» et qu’en plus, «elle est incompatible avec la Constitution qui proclame la liberté de la Presse et la liberté d’informer».

Des notions également ignorées des autorités turques,  qui maintiennent en détention des dizaines de jouralistes turcs , sous l’accusation fallacieuse d’appartenance à une mouvance subversive: depuis près de dix ans, la Turquie se révèle la plus grande prison pour journalistes d’Europe, voire du monde!

De son côté, la Maison-Blanche a retiré leurs accréditations à des journalistes russes travaillant pour des médias que le président français, Emmanuel Macron, a qualifiés d’officines de propagande. Et dans la foulée le président russe, Vladimir Poutine, a pris une mesure similaire à l’égarde de journalistes étrangers, qualifés «d’agents de l’étranger». Quant aux journalistes russes travaillant en Ukraine ou aux journalistes ukrainiens actifs en Russie, on devine le sort qui leur est réservé.

Je rappellerai enfin le combat mené depuis plus d’un an par la rédaction d’un journal qui m’emploie et ne me rémunère pas assez à mon goût, pour garantir son indépendance par rapport à une direction qui n’a pas hésité à procéder à des licenciements ciblés et à procéder à un lock-out, pour tenter de la faire plier.

Et que dire, dans le même ordre d’idées, des pressions exercées par le nouveau ministre-président flamand, Jan Jambon (N-VA) sur la VRT, pour que la chaîne publique de radio-télévision cesse sa «propagande» sur le réchauffement climatique et qu’elle offre la parole à des «climato-sceptiques»? Et la suppression, évoquée dans un autre billet de ce blog, des subsides à l’investigation journalistique indépendante?

La piqûre de rappel est sérieuse, et tou(te)s les journalistes doivent en être conscient(e)s: la défense de leur liberté est leur affaire, en tout premier lieu. Et s’ils/elles ne la défendent pas eux/elles-mêmes, personne ne le fera à leur place!