Pourquoi une majorité PS-MR est en cours d’élaboration en Wallonie


Or donc, à en croire d’éminents confrères spécialisés en politique fédérale et wallonne, vendredi dernier, sur La Première, de fortes réticences dans les bases socialiste et libérale constitueraient un problème de nature à freiner la mise en place d’une majorité PS-MR en Wallonie.

Je me garderais bien de remettre en cause la pertinence de l’analyse, mais tout de même, dès lors que le cdH a choisi la cure d’opposition (et que de critiques se seraient abattues sur Maxime Prevot si son parti avait fait acte de candidature au pouvoir, après sa déculottée électorale du 26 mai?), les hypothèses sont singulièrement réduites. Bien sûr, Thierry Bodson, le leader de l’interrégionale wallonne de la FGTB, continue à prôner une majorité PS-PTB-Ecolo, mais personne n’y croit. Notamment au PS, où aucune voix ne s’est élevée pour défendre cette hypothèse, a fait remarquer un des intervenants au débat de La Première, ce vendredi.

pexels-photo-1020315Donc, ne restent que deux hypothèses: l’alliance PS-MR en Wallonie, ouverte ou non à Ecolo. Manière de ne pas associer au pouvoir deux partis qui, quoi qu’en aient dit leurs dirigeants, et notamment le président du PS, Elio Di Rupo, dès le soir du scrutin, ont figuré parmi les battus de l’élection. Et de «mouiller» à nouveau les Verts dans une coalition où ils ne seraient pas indispensables, comme cela a déjà été le cas au niveau fédéral, en 1999, après la crise de la dioxine et le renvoi historique du CVP (devenu CD&V depuis lors) dans l’opposition, après plus de quatre décennies au pouvoir.

La perspective doit nourrir l’inquiétude chez Ecolo, d’où la nervosité de Philippe Defeyt, ce midi, au débat dominical de RTL-TVI. L’ancien coprésident des Verts a fustigé la décision «prématurée» du cdH de se mettre sur la touche, et le représentant du PS, Pierre-Yves Dermagne, a presque entonné le même refrain, ironie en plus, en rappelant que le cdH avait l’habitude de changer d’attitude. L’évocation du «tirage de prise» par l’ancien président humaniste, Benoît Lutgen, qui a conduit, sous la législature précédente, au remplacement de la majorité wallonne PS-cdH par une majorité alternative MR-cdH.

Les Verts pourront-il se permettre le luxe de refuser une participation à une majorité, alors que la thématique climatique, notamment, a pris de plus en plus d’importance, et qu’ils pourraient peser sur des décisions environnementales? Les plus pessimistes d’entre eux rappelleront l’expérience du passé: quand Ecolo n’est pas indispensable à une majorité, son poids devient très relatif. Et les décisions prises sous son influence (la sortie du nucléaire par exemple), sont rapidement annulées, une fois qu’ils sont renvoyés dans l’opposition. Car bien sûr, leurs électeurs, alors, ne leur pardonnent rien au scrutin suivant.

Le débat risque d’être chaud, entre «réalos» et dogmatiques, chez Ecolo, si PS et MR proposent l’ouverture de leur majorité. Il ne s’en manquera pour relever que, si les Verts acceptent la combinaison, l’opposition sera réservée aux seuls cdH et PTB. Et que pour les humanistes, l’occasion sera rêvée de se refaire une santé, en récupérant notamment des électeurs passés sous la bannière écologiste.

Pour le reste, PS et MR… ne sont pas aussi opposés qu’on veut bien le dire. En témoigne la négociation discrète qui vient de se produire en région verviétoise, où les deux partis se sont attribué les présidences d’intercommunale de manière impérieuse, puisque la section de Verviers-ville du MR a dû remiser ses exigences sur la présidence de l’intercommunale hospitalière.

Et puis, en province de Liège et en province de Hainaut, les deux provinces wallonnes les plus peuplées, PS et MR sont associés au pouvoir, depuis plus de trois décennies en province de Liège, sans que cette alliance soit décrite comme contre nature.

Alors, hors argument recevable sur le revers électoral, qu’est-ce qui empêcherait la reproduction de pareille majorité au niveau wallon? Une pincée de «concertation mosane» pour calmer le ban syndical; peut-être la mise à l’écart d’un ministre aussi clivant que le libéral hervien Pierre-Yves Jeholet; et les virulentes dénonciations de la campagne électorale s’effaceraient rapidement derrière un de ces «grrrrrands accord», célébrés naguère par feu Michel Daerden, au terme d’une soirée électorale bien arrosée, sur RTC, la télé régionale de Liège-Huy-Waremme.

Tout serait sans doute déjà en passe d’être réglé, s’il n’y avait l’enjeu fédéral, et le casse-tête bruxellois. Car à Bruxelles, Ecolo est sorti des urnes en deuxième position, derrière le PS, mais devant le MR. Tandis que dans le collège électoral flamand, son parti-frère, Groen, sortait en tête. Les Verts sont donc incontournables du côté francophone, sauf à imaginer une improbable association entre le PTB, le PS et le MR ou Défi. Mais un éventuel accord entre le PS et eux ne suffirait pas à dégager une majorité. Resterait dès lors à ouvrir les discussions à Défi… ou au MR. Côté flamand, entre-temps, écologistes, socialistes et…libéraux n’ont pas tarder à s’accorder.

Suivant le vieux principe que tout est dans tout, indispensable à Bruxelles, Ecolo pourrait donc s’imposer au niveau wallon avec plus de poids que son résultat arithmétique pourrait lui valoir.

Reste le fédéral, où là, une alliance des socialistes et des libéraux pourrait rassembler les deux familles politiques les plus importantes du pays… à condition que les socialistes flamands, laminés le 26 mai, ne s’associent pas à la démarche. Mais resterait encore à élargir l’attelage au CD&V. Ou alors convaincre la N-VA d’entrer dans la danse. Même si le PS donne des boutons à Bart De Wever….

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Une belle leçon de journalisme


L’interview de Damien Thiéry, le bourgmestre non-nommé de Linkebeek, réalisée en direct par notre consœur Nathalie Maleux, dans le journal télévisé de la mi-journée, sur La Une, mériterait d’être montré dans les écoles de journalisme. Cette interview a été menée sans complaisance, et sans agressivité, et, surtout, elle a relayé les questions que le téléspectateur moyen se posait, après l’annonce du ralliement au MR de ce poids lourd du FDF.

http://www.rtbf.be/video/detail_jt-13h?id=1879855

nathalie_maleux-jt_rtbf-20120126-1-by_pouce_tnRalliement au MR? Mais n’est-ce pas ce même Damien Thiéry qui, il y a quelques semaines à peine, disait que l’accord sur la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde, défendu par le président du MR, Charles Michel, était «un leurre, une roulette russe»? Toujours membre du FDF, le mayeur non-nommé de Linkebeek défendait alors la ligne du parti d’Olivier Maingain, qui avait rompu avec les libéraux notamment en raison de la divergence de vues qui les opposait sur cet accord communautaire?

Sans doute un peu pris au dépourvu, Damien Thiéry a pris la tangente, en rappelant «l’excellente collaboration entre les deux partis», avant cet épisode, puis en tenant d’expliquer la subtile différence entre le renvoi des dossiers litigieux des bourgmestres non-nommés de la périphérie devant une chambre bilingue du Conseil d’État alternativement présidée par un magistrat flamand ou francophone, et le renvoi devant la Cour constitutionnelle. Mais Nathalie Maleux, à nouveau, l’a interrompu, en lui signalant que les téléspectateurs risquaient d’être «noyés», et en lui demandant d’expliquer en quelques mots comment il pouvait aujourd’hui rallier un parti dont il expliquait naguère qu’il «n’avait pas la même conception du mot « respect » que (lui)» et qui ne «rêv(ait) que d’accéder au pouvoir». Le tout dit sans la moindre agressivité dans le ton.

On peut imaginer aujourd’hui que notre consœur est vilipendée au MR, et couverte de louanges au FDF. Et si tel est le cas, on a tort dans les deux partis. Car, au risque de me répéter, Nathalie Maleux a fait là un simple travail journalistique de décryptage, en mettant un responsable politique devant ses propres déclarations contradictoires.

Ce qui rend cette interview politique remarquable, c’est peut-être, malheureusement, qu’elle devient rare, notamment en télévision. La préoccupation du «buzz» sur le Web; la recherche de la «petite phrase» qui fera mouche ont pris le pas, dans bien des rédactions, sur la vraie interview, celle qui n’est pas là pour permettre à l’interviewé(e) de dérouler son message sans la moindre contradiction; celle qui permet au public de se faire une opinion sur le bien-fondé de tel ou tel message. L’interview de Damien Thiéry par Nathalie Maleux démontre, si besoin en était, qu’une interview bien faite peut encore bien mieux retenir l’attention. Parce qu’elle est bien faite, précisément. On en redemande!