Enodia pourra-t-elle faire oublier Publifin?


Surréalistes, les assemblées générales extraordinaire et ordinaire de Publifin, qui se sont tenues ce vendredi à Liège.

Surréalistes d’abord parce qu’elles ont été précédées d’un conseil d’administration assez chahuté, qui s’est réuni malgré une absence apparente de quorum au départ; qui a pinaillé pendant très longtemps sur une formulation, au point que le président du conseil provincial, le MR Jean-Claude Jadot, en est sorti, excédé; qui a évité de coopter le conseiller provincial écolo Julien Vandenburie, afin de n’avoir pas à débattre de la proposition écolo de motion à propos des Éditions de l’Avenir; et qui s’est enfin abstenu de désigner un(e) président(e). Afin de laisser le champ libre à la bourgmestre de Verviers, Muriel Targnion, groupie de Nethys dans sa forme actuelle?

IMG_7413L’occasion a ainsi été donnée à Hassan Bousetta de présider l’assemblée et de révéler, à côté de ses évidentes qualités d’enseignant et de spécialiste de l’immigration, une aptitude non moins grandes à manier la langue de bois et à éluder les questions et interpellations. Celle de la conseillère provinciale Muriel Gerkens (Ecolo), par exemple, sur le sort fait par le conseil d’administration de l’intercommunale aux motions du Parlement wallon et du conseil provincial de Liège à propos du groupe L’Avenir. Pour rappel, le texte voté à l’unanimité par le Parlement wallon  «demande au gouvernement de prendre en considération toutes les perspectives possibles de nature à assurer le pluralisme de la presse, de mettre en oeuvre la sortie des Éditions de l’Avenir de Publifin/Nethys et d’examiner en conséquence les possibilités permettant aux Éditions de l’Avenir de poursuivre leur mission d’information, que ce soit par une reprise de celles-ci par un opérateur de presse, par un portage régional temporaire ou toute autre alternative, dans une perspective qui garantisse la préservation de la diversité indispensable en démocratie des titres de presse et de la liberté de leurs équipes rédactionnelles». Le conseil d’administration a «pris connaissance» de ces motions, a expliqué doctement Hassan Bousetta, et il en «reparlera» dès sa prochaine réunion. En parler est une chose, a répliqué Muriel Gerckens; mais c’est de leur mise en œuvre qu’il aurait fallu débattre.

La motion du Parlement wallon interpelle en effet directement l’intercommunale, dont le conseil d’administration, en janvier, était intervenu, en la personne de sa présidente de l’époque, Stéphanie De Simone, pour signifier au conseil d’administration des Éditions de l’Avenir, qu’il ne lui appartenait pas de prendre une décision stratégique, comme le choix d’un nouveau centre d’impression. Le conseil d’administration de Publifin, rappelait sa présidente, est responsable des options stratégiques de toutes ses filiales privées…

Dix mois plus tard, le même conseil d’administration des Éditions de l’Avenir, colonisé par le conseil d’administration de Nethys, filiale privée de Publifin, non seulement a fait le choix (erroné) du centre d’impression du groupe Rossel, qui imprimera dès le 17 décembre les journaux du groupe L’Avenir dans un format rejeté par… 82% de leurs lecteurs; mais il a également lancé un féroce plan social, dont la négociation doit se poursuivre dès ce lundi. Sans réaction du conseil d’administration de Publifin, déstabilisé par les récentes élections provinciales et communales. Et qui aurait donc pu, ou dû, se manifester dès ce dernier vendredi, n’eussent été les manœuvres politiciennes du Parti socialiste liégeois.

L’autre question éludée par Hassan Bousetta était une des plus prévisibles qui soient dans une assemblée générale: le nouveau bourgmestre d’Olne, Cédric Halin, voulait savoir combien ont coûté les opérations de changement de nom de l’intercommunale, dénommée Enodia depuis vendredi. Manière de faire oublier le «scandale Publifin» né de la révélation, par le même Cédric Halin, alors échevin des Finances de sa commune, des rémunérations plantureuses accordées aux membres de fumeux «comités de secteur» de l’intercommunale, quel que soit le nombre de réunions de ces comités de secteur?

Donner le nom de lapin à une carpe n’a jamais transformé un poisson en rongeur amateur de carottes. Il en faudra manifestement plus que ce changement de nom pour faire oublier les graves dérives de gestion de l’intercommunale liégeoise, qui ne semble pas prête à tourner le dos aux anciennes pratiques: la probable élection de Muriel Targnion à la présidence; et le maintien dans Nethys de ses dirigeants les plus compromis ne vont pas dans le sens d’une orientation radicalement inverse.

On en saura plus dès ce mardi: le nouveau conseil d’administration de l’intercommunale se réunira à nouveau, et cette fois, cooptera les nouveaux membres issus du conseil provincial et des conseils communaux, installés la veille.

Du côté des Éditions de l’Avenir, le personnel – prêt à accepter un sacrifice social pour rétablir les finances du groupe, avec le préaccord convenu ce dernier jeudi, qui se traduira par le départ d’une cinquantaine de personnes – sera attentif à la fermeté d’Enodia à l’égard de Nethys. Car il y a urgence à empêcher la mise en oeuvre du choix illégitime du centre d’impression et la publication d’un journal qui aura tout pour déplaire à ses lecteurs.

La sortie des Éditions de l’Avenir du groupe Nethys n’est au demeurant plus qu’une question de temps: en tout état de cause, elles en sortiront au plus tard dans les six mois, dans le cadre de la revente de son pôle TelCo (Télécommunications). S’ils sont responsables, les administrateurs d’Enodia peuvent anticiper et favoriser la solution de portage par la Région, qui donnera le temps nécessaire de planifier sereinement l’avenir de L’Avenir. On verra très vite s’il y a des maçons au pied du mur…

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Rendez-vous en 2038 avec… le Grand Jojo


Pourquoi gâcher notre plaisir? Avouons-le, nous avons «eu bon» comme on dit chez nous, ce vendredi soir, avec cette victoire historique de la petite Belgique sur le grand Brésil. J’ai d’autant plus savouré personnellement qu’en début d’après-midi, en conversation avec un collègue, je me trouvais fort généreux en accordant 25% de chances de se qualifier aux Diables Rouges. Thierry Luthers, le Johnny Halliday de la RTBF, et encyclopédie du football contemporain, ne disait rien d’autre, en début de soirée, quand sur VivaCité (j’ai suivi la première demi-heure du match à la radio, en voiture, comme au temps lointain de mon enfance), il se basait sur sa raison pour annoncer un score de 4-2 en faveur des Auriverde.

Belgique-BrésilLes Diables Rouges nous ont donné tort à tous les deux, et il ne m’est sans doute jamais arrivé d’être aussi heureux d’avoir eu tort!

Ils l’ont fait parce qu’ils ont disputé un match parfait, et c’est une excellente nouvelle.

Une moins bonne nouvelle pour eux, maintenant, c’est que les voilà obligés de… répéter deux fois ce match parfait: une première fois ce prochain mardi, face à une France qu’il faudra «bouger», d’autant que, jusqu’ici, elle n’a pas été défavorisée par les dieux du foot: coup de réparation accordé après intervention du VAR lors de son premier match, alors qu’elle piétinait; complicité du gardien uruguayen qui coupe bras et jambes à ses coéquipiers ce vendredi.

Le grand défi, pour Roberto Martinez, qui prend de plus en plus des allures d’Aimé Jacquet en 1998, ne sera pas tellement de motiver son équipe pour ce match contre les Coqs: non seulement, il s’agit d’une demi-finale de coupe du monde, mais en plus, ce match est un véritable derby. Et par surcroît, des Diables (Hazard, Batshuayi, Meunier, même si celui-ci ne sera pas de la fête ce mardi), ont joué en Ligue 1, et, pour eux, il y aura aussi la volonté de se montrer devant le public qui a été le leur. C’est paradoxalement pour la… finale, le cas échéant, que l’entraîneur catalano-britannico-espagnol de l’équipe belge devra se montrer persuasif. Car il faut bien avouer que les adversaires potentiels actuels de l’autre groupe (Russie, Croatie, Suède et même Angleterre) n’ont tout de même pas le même «pep’s» que le Brésil ou la France!

Quelle que soit son issue, ce Mondial russe sera marqué, côté belge francophone, par le «Je l’avais dit, bordel!» de Philippe Albert, qui sera poursuivi par son exclamation comme le «Golgolgolgol» de Roger Laboureur, en 1986, l’a accompagné jusqu’à ce jour. Au point que le Grand Jojo l’a reprise, dans son hymne aux Diables pour cette campagne de Russie.

Comme, statistiquement, la Belgique arrive en demi-finales du Mondial tous les 32 ans, on peut donc déjà prédire qu’en 2038, voire en 2042, pour le Mondial qui se jouera sur la lune, le Grand Jojo reprendra ce «Je l’avais dit, bordel!» dans la chanson qu’il écrira alors pour les Diables rouges de cette époque. Oui, j’ai bien dit le Grand Jojo, car le bonhomme est increvable. Et je compte bien, alors, pour l’entendre. En espérant à nouveau «avoir bon» au spectacle de notre équipe nationale.

Comment donc peut-on être germanophone?


L’agitation qui a parcouru la Communauté germanophone, en fin de semaine dernière, est passée largement inaperçue des médias wallons, francophones ou néerlandophones. C’est pourtant un remarque du (pour combien de temps encore?) ministre cdH wallon des Autoroutes, Maxime Prévot, qui avait mis le petit monde politique germanophone en ébullition. Confronté à une demande de l’élue germanophone libérale Jenny Baltus-Möres, qui aurait souhaité voir installé un panneau «Willkommen in Ostbelgien», à l’intention des automobilistes et autres usagers venant d’Allemagne, à la sortie du parking d’Eynatten, sur l’autoroute Aix-la-Chapelle-Liège-Bruxelles, le bourgmestre en titre de Namur y a opposé un véto catégorique. En s’en prenant «au petit groupuscule de germanophones qui ne voient pas d’un bon œil qu’il soit rappelé qu’ils sont aussi Wallons, Wallons de langue allemande, certes, mais Wallons quand même». Et d’insister, à l’intention de Jenny Baltus-Möres que «le Corse est toujours un citoyen de la République française, le flamingant est toujours un Belge, et un germanophone est institutionnellement un Wallon».

Qu’en termes… mal choisis ces choses-là ont été dites! On imagine, d’abord, qu’en digne premier citoyen de Namur, Maxime Prévot ne pratique pas la langue de Goethe. Il n’est pourtant pas difficile de comprendre que le panneau suggéré par l’élue libérale voulait souligner… une évidence géographique: quand on vient d’Allemagne, c’est bien dans l’est de la Belgique qu’on entre, une fois la frontière franchie. Jenny Baltus-Möres n’avait pas suggéré un «Willkommen in die Deutschprachigen Gemeinshaft», qui n’aurait sans doute rien signifié pour la plupart des usagers qui viennent de franchir le Rhin; la réponse inutilement blessante du ministre, qui n’aurait pas eu de raison d’être si la demande avait été formulée telle quelle, était à la fois inopportune et déplacée.

RDGInopportune, car elle a rappelé aux élus de la Communauté germanophone le peu amène  «cantons rédimés», que leur avait asséné François de Brigode, récemment, en lançant un sujet du Journal Télévisé de la RTBF en direct des cantons de l’Est. Et plus loin, l’expression «Wallons germanophones» de Maxime Prévot, outre qu’elle ne correspond pas à la réalité, renvoyait à une expression quasi similaire jadis utilisée à leur propos par Robert Collignon, alors ministre-président de la Région wallonne.

Déplacée parce que le fait que le territoire de la Communauté germanophone soit incontestablement situé sur celui de la Région wallonne n’en fait pas de ses habitants des Wallons pour la cause. Maxime Prévot dirait-il des Bruxellois qu’ils sont forcément flamands, puisque le territoire de la Région bruxelloise est enclavé dans celui de la Flandre? Voilà qui agréerait sans doute les flamingants les plus pointus, mais… quod non, comme disent les juristes.

S’il fallait une preuve que la Communauté germanophone est si peu wallonne, il suffirait pour le ministre cdH namurois de mesurer l’absence d’impact dans les médias francophones et wallons qu’a eu cette polémique qui a agité le landerneau germanophone en fin de semaine, et qui a même rebondi jusqu’au Parlement européen, dont le seul élu germanophone… membre du même parti que M. Prévot, a déploré l’expression du ministre namurois.

M. Prévot ne connaît sans doute pas l’histoire de la région. Et il ignore donc probablement que des trois cantons de l’est de l’actuel Belgique, ceux d’Eupen, de Saint-Vith, et de Malmedy, incorporés dans la Prusse après l’empire napoléonien, puis par voie de conséquence intégrés dans l’empire d’Allemagne, seul le troisième se revendiquait ouvertement wallon.  Le vocable «Wallonie malmédienne» désigne toujours les communes francophones et wallonnes affiliées à l’Office du Tourisme des Cantons de l’Est, dont font partie également les cantons purement germanophones, même si le bilinguisme voire le trilinguisme sont largement répandus d’Eupen Saint-Vith. Qualifier leurs habitants de Wallons est donc une hérésie. Et la comparaison avec la nationalité française des Corses (rejetée par les plus pointus des nationalistes corses, soit-il rappelé au passage) ou belge des flamingants n’est pas pertinente: il n’existe pas de nationalité wallonne, encore moins de nationalisme wallon…

Il est d’ailleurs assez étonnant de voir comment les militants wallingants, tenants d’une autonomie de la Wallonie, dont Robert Collignon a été une des figures de proue, avec José Happart ou Jean-Claude Van Cauwenberghe, ont toujours été peu cohérents, en refusant pour les Germanophones ce qu’ils réclamaient pour eux-mêmes. Et en brandissant pour ce faire des arguments aussi fallacieux que… les Germanophones sont bien trop peu nombreux pour former une entité politique à part entière. La petite taille de la Communauté germanophone peut poser problème dans certaines matières, comme l’administration de la Justice, par exemple, où les magistrats germanophones sont à la fois peu nombreux et parfois trop proches pour assurer à un degré d’appel la nécessaire distance avec le degré d’instance. Mais dès lors qu’on milite pour ses propres droits, il est assez inconséquent de les refuser à d’autres,  au motif qu’ils ne pourraient pas les assumer. Comme le dit souvent un de mes (presque) anciens confrères, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est aussi celui de… s’indisposer eux-mêmes.

Maxime Prévot a, en l’espèce, raté une belle occasion de se taire. Au moment où des négociations particulièrement délicates vont s’engager, pour former une nouvelle majorité wallonne… où il côtoierait Mme Baltus-Möres,  c’est le genre de bêtise à ne pas renouveler…

L’indécence de l’UEFA sans bornes: les «poppies» du souvenir à l’amende!


À l’instar des cons, à en croire la célèbre réplique de Michel Audiard, les indécents osent tout, et c’est même à cela qu’on les reconnaît: c’est la première réflexion qui m’est venue à la découverte de la nouvelle que la toute-puissante FIFA, la Fédération Internationale de Football-Association avait décidé d’infliger des amendes à la Fédération anglaise (45000 francs suisses), et à la Fédération écossaise (20000 francs suisses) de football. Pourquoi cette sanction? Les joueurs des deux équipes nationales ont eu l’audace, lors de leur confrontation, le 11 novembre dernier, de porter au bras un brassard à l’image du «poppy» (le coquelicot qui, dans tous les pays anglo-saxons, figure à toutes les boutonnières, pour rappeler le souvenir des soldats morts en 1914-1918), malgré l’avertissement qui leur avait été fait par la FIFA de s’abstenir.

poppyPire, la même FIFA -tant qu’à faire, elle aurait grand tort de s’arrêter en chemin- a ouvert des procédures disciplinaires similaires contre les Fédérations galloise et nord-irlandaise. Le lendemain, 12 novembre, lors de matches de qualification pour la prochaine coupe du monde en Russie, ce ne sont pas les footballeurs gallois, face à la Serbie, ou nord-irlandais, devant l’Azerbaïdjan, qui ont arboré le coquelicot du souvenir, mais les supporters le portaient dans les tribunes, comme ils l’ont toujours fait, à l’instar de leurs parents, leurs grands-parents, et leurs arrière-grands parents, aux premiers jours de novembre, depuis 1918 ou 1919. Au pays de Galles, circonstance sans doute aggravante aux yeux de la FIFA, ils l’ont même déployé sous forme d’un «tifo-mosaïque» du plus bel effet!

Pas vite gêné -mais pourquoi le serait-il?-  le président de l’instance de discipline de la FIFA, Claudio Sulser, a expliqué que «par ces décisions, notre intention n’est pas de juger ou de mettre en question des commémorations spécifiques: nous respectons au contraire pleinement la signification de pareils moments dans les différents pays, chacun avec sa propre histoire et son propre passé. mais la règle doit être appliquée de manière objective et neutre pour les 211 fédérations qui font partie de la FIFA. Et cette règle proscrit, entre autres, le déploiement de tout symbole politique ou religieux».

Mais qu’en termes choisis ces choses-là sont dites! Symbole politique le coquelicot des «Flanders fields»? Symbole qui, en tout cas, a été accepté jusqu’il y a peu, sans la moindre remarque par cette FIFA brusquement frappée par une impérieuse recherche de neutralité! Le «poppy» était perçu comme le souvenir de tous les malheureux emportés par la boucherie du premier conflit mondial. Oui, M. Sulser, un conflit mondial: il n’est pas question là de pays individuels, «chacun avec sa propre histoire et son propre passé».

Au cours de cette guerre qui devait être la «Der des ders», des footballeurs des toutes premières équipes nationales sont morts sur tous les fronts: Français, Allemands, Britanniques, Autrichiens, Russes, Serbes, Belges confondus. À l’instar de nombre d’autres sportifs, comme le Liégeois Marcel Kerff, sixième du tout premier tour de France.

Le «poppy» commémore aussi, dans la foulée, de tous ceux qui, trente ans plus tard, ont été broyés dans l’horreur du second conflit mondial, beaucoup d’entre eux mourant pour que survive la démocratie. Et donc la liberté d’exprimer son opinion, par exemple en déployant un coquelicot du souvenir, dans une tribune de football, par une grise soirée de novembre!

Si M. Sulser avait le moindre sens de l’Histoire, il aurait aussi pu se rappeler que les timides tentatives de fraternisation qui se sont déroulées sur le front franco-belge, à l’hiver de 1914, se sont parfois accompagnées de l’organisation de… rencontres de football entre soldat des armées ennemies. La lecture de la somme «Sur les traces de 14-18 en Wallonie» révèle qu’une de ces rencontres improvisées se serait déroulée aux environs de Ploegsteert…

Tout cela, bien sûr, est très très ancien. Cela remonte à une époque que les moins de… cent ans ne peuvent pas connaître. Celui d’un temps où le football commençait petit à petit à se démocratiser et à se répandre, mais où les fédérations nationales étaient le plus souvent dirigées par des messieurs au patronyme à rallonge. Pas nécessairement tous démocrates? Peut-être!

Mais les dirigeants actuels du foot mondial le sont-ils plus, eux qui sont soumis pieds et poings liés à la dictature de Sa Majesté le Fric?

Sepp Blatter a beau avoir été obligé de prendre la porte, les conditions dans lesquelles la Russie puis le Qatar ont obtenu l’organisation des prochains championnats du monde n’ont pas fait l’objet, et ne feront pas l’objet de la moindre remise en question. Il est bien plus simple, bien sûr, d’infliger des amendes à des fédérations qui osent commémorer de pauvres gars qui, embrigadés dans des causes qui les dépassaient, sont partis se faire massacrer. Tiens, là, par contre, rien n’a changé…

 

 

 

Tirez(-vous) les premiers, messieurs les Anglais!


Brexit illustréLe marathon européen de la fin de semaine a donc permis à David Cameron de rentrer au Royaume-Uni en fanfaronnant qu’il avait obtenu «le meilleur des deux mondes». D’annoncer dans la foulée le référendum sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l’Union Européenne, ou du moins avec un pied dans l’Union Européenne pour en retirer tous les bénéfices, et un pied en dehors pour ne pas en assumer toutes les obligations. Et d’entamer une campagne pour le «oui» en soulignant tous les dangers que représenterait pour son pays le Brexit, autrement dit, la sortie de l’Union Européenne.

Christophe BarbierEt bien pour paraphraser Thierry Chopin, directeur des études de la Fondation Robert Schuman, dans la dernière émission C dans l’air de la semaine dernière, j’aurais tendance à dire «Tirez… vous les premiers, messieurs les Anglais!», mais plus dans le sens de
Christophe Barbier, éditorialiste de L’Express, que dans celui de Thierry Chopin lui-même.

Car si David Cameron dit vrai, quand il pose qu’il a obtenu «le meilleur des deux mondes», on doit bien en conclure que ses vingt-sept partenaires européens, eux, doivent payer le beurre, mais que la crémière, qui leur pend la gueule, ne le leur donne pas mais l’offre aux Britanniques!

Le Premier ministre de sa Gracieuse majesté, lui, révèle pour l’occasion son manque d’envergure politique: il suffit donc de changer les conditions d’adhésion du Royaume-Uni à l’Union Européenne, notamment en réduisant les prestations sociales pour les travailleurs migrants en provenance d’autres pays de l’Union, pour que le Brexit devienne dangereux pour son pays? Que son économie risque de partir en quenouille? Que la City risque de se désagréger? Ah, qu’il est loin le temps de Winston (Churchill) et de la vision à long terme qu’il avait pour gérer la politique!

Les Britanniques ne s’y trompent pas, d’ailleurs: en dépit des rodomontades de leur Premier, l’écart entre partisans de la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne et partisans de son maintien reste significatif. Pour le plus grand bonheur de l’UKIP et de son leader, Nigel Farrage, dont, soit dit au passage, un Brexit aurait le mérite de nous débarrasser définitivement!

L’Union Européenne souffrirait de la perte du Royaume-Uni, peut-être autant que le Royaume-Uni lui-même du Brexit. Mais gagnerait-elle à conserver un État-membre dont la seule fonction est de pomper ses ressources sans rien lui apporter en retour?

De grâce, défendons la langue française!


Eh bien non, ce n’est pas des Francophones de Fourons ou de la périphérie bruxelloise dont je vais parler dans ce billet d’humeur. Même si, hier, à la Fête du Peuple fouronnais, la venue de Damien Thiéry, ex-bourgmestre non-nommé de Linkebeek, a rappelé bien des souvenirs à toutes celles et tous ceux qui y ont vécu, il y a maintenant près de trente ans, la saga du «carrousel» qui suivait invariablement les arrêts du Conseil d’État cassant la nomination de José Happart, alors ennemi public de la Flandre, au poste de bourgmestre.

Non, ce que je vise, c’est l’utilisation correcte de la langue française par nos décideurs politiques. «Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément», écrivait Boileau, il y a trois siècles et demi.

Tout au long du week-end, les responsables gouvernementaux, ou des partis qui composent la majorité gouvernementale, se sont répandus pour expliquer que le virage fiscal sur lequel ils étaient tombés d’accord samedi, vaudrait à tous les salariés une augmentation nette du salaire poche, qui sortirait ses pleins effets à l’horizon 2019 (une année électorale, comme par hasard?). Ils se sont fort peu répandus, par contre, et c’est de bonne guerre, sur les augmentations de taxes qui, 11_08_30_chatel-olivier_163-538x333dès l’an prochain, grèveront ce bénéfice annoncé. Une taxe de 0,03 € la bouteille de soda, par exemple, paraît anodine, mais pour une famille moyenne qui en consomme 6 par semaine, l’addition finale, au bout de l’année, sera de 9,36 euros. Quant à l’impact de la hausse de 25 à 27% du précompte mobilier, impossible de la chiffrer puisqu’elle dépend du montant de l’épargne de chacun. Mais la présenter comme une attaque contre «le capital», comme l’a fait le président du MR, Olivier Chastel, ce matin, sur Bel RTL, c’est tromper l’auditeur:  les grandes fortunes sont à l’abri de ce type d’épargne, qui touchera essentiellement les épargnants les plus modestes. Passons.

Mais si l’intervention d’Olivier Chastel m’a fait mal aux oreilles ce matin, pour reprendre l’expression d’un de mes défunts amis, instituteur primaire à six classes tout au long de sa carrière, c’est parce que j’ai entendu le président du MR expliquer que l’augmentation salariale serait bien de «cen euros» (sic) à l’horizon 2019, mais que dès l’an prochain, chaque salarié toucherait une part de «ce qu’il aura droit» (re-sic).

Que celui à qui la langue n’a jamais fourché lui jette le premier micro, d’accord. Olivier Chastel n’a pas, comme tant d’autres le font, parlé de «cen-z’euros», c’est vrai. Mais tout de même, à chaque fois que j’entends prononcer ce montant comme il l’a fait, et non «cen-t-euros» comme il aurait dû le faire, je me dis que la personne qui le mentionne n’est pas trop sûre de son orthographe. Par contre, le «ce qu’il aura droit» est une erreur grammaticale, impardonnable chez un homme politique de premier plan en Communauté française de Belgique.

Intransigeance grammaticale d’un autre âge, me direz-vous? Peut-être. Mais, pour paraphraser Boileau, si les choses sont mal dites, c’est peut-être qu’elles ne sont pas trop bien conçues. Et puis, peut-on vouloir défendre la langue française (pour rappel: le MR affirme et réaffirme son soutien à Damien Thiéry… mais le laisse se démerder), si on ne la respecte pas soi-même?

Il m’est arrivé plus d’une fois de déplorer que nos mandataires politiques francophones maîtrisent mal d’autres langues, à commencer par le néerlandais. Sur ce plan, il reste du travail à faire! Faudra-t-il maintenant leur demander de d’abord maîtriser leur propre langue?

La noblesse ne se trouve pas là où on le croit


«L’affaire Delphine» (Boël) fait à nouveau l’actualité cette semaine, et elle la refera encore la semaine prochaine, avec la suite du procès civil intenté par l’artiste uccloise pour faire reconnaître son lien parental, probable mais pas prouvée jusqu’ici, avec Albert II. Le dossier est encore très loin d’être clos, car les recours s’annoncent et les pièges procéduriers feront le bonheur des plaideurs de haut vol qui s’affrontent, à huis clos, dans cette affaire.

220px-Delphine_Boël_cropLa démarche de la fille, toujours considérée comme telle à l’état-civil, de Jacques Boël, et de Sybille de Sélys-Longchamps est compréhensible sous l’angle humain. Se voir rejetée par quelqu’un qui a été très proche d’elle, et dont elle pense qu’il l’est encore bien plus, est difficile à accepter. Si sa demande ne vise qu’à faire reconnaître publiquement la paternité d’Albert II, on la comprend entièrement. Mais s’y mêlent, hélas, de basse questions matérielles, liées à l’héritage futur de l’ancien monarque. Delphine Boël gagnerait en crédibilité, et en considération, si elle déclarait publiquement qu’en cas de paternité avérée de l’ancien chef de l’État, elle renonce par avance à tout héritage de sa part. Ainsi, elle ferait disparaître les vilains soupçons qui s’attachent à sa démarche.

L’attitude d’Albert II, elle-même, apparaît assez consternante dans ce dossier: au moment des révélations de Mario Danneels, qui faisait état de l’existence d’une fille naturelle de l’ancien roi, il y a douze ans, il avait, dans son discours de fin d’année suivant, implicitement reconnu les faits. Or, aujourd’hui, il s’obstine dans une bataille procédurière qui semble perdue d’avance. On comprend mal cette obstination. Après tout, ce genre de situation se rencontre souvent dans notre société, et, au début du XXIeme siècle, qu’en coûterait-il à l’arrière-petit-neveu de Léopold II d’admettre, comme ce dernier l’avait fait, en épousant et anoblissant in extremis leur mère, qu’il a une descendance hors mariage? Son arrrière-arrière-grand-père, Léopold Ier, avait lui aussi notoirement un enfant illégitime. La descendance du prince Charles, oncle d’Albert II, ancien régent du royaume, et mort célibataire, est, elle aussi connue. Il est bien tard, sans doute pour procéder de la sorte, mais cela resterait possible, et témoignerait d’un comportement humain éminemment respectable.

On n’en dira pas autant de Sybille de Sélys-Longchamp, rangée aux côtés de sa fille, et qui s’est répandue, il y a quelques semaines, dans les médias, sur sa relation avec celui qui était alors toujours le prince Albert, donnant à ce sujet des détails dignes de «France Dimanche» ou de la collection Arlequin. Mme de Sélys-Longchamps, il y a une trentaine d’année, n’a pas été étouffée par les scrupules pour tromper son mari et entretenir une relation adultérine avec un prince qu’elle savait par ailleurs marié et père de famille. Là aussi, me direz-vous, c’est une situation banalement affligeante, mais le respect de la parole donnée était, paraît-il, une valeur cardinale dans cette classe nobiliaire qui a su conserver des privilèges pourtant abolis la nuit du 4 août 1792 en France. Le suivi de cette décision n’a manifestement pas été assuré avec suffisamment de vigilance. Mais peut-être, pour une représentante d’une famille de hobereaux hesbignons, le fait de se retrouver dans un lit princier représentait-il une forme de promotion?

La noblesse, pourtant, existe. Pas dans cette faune à particule, qui se regarde le nombril, mais dans notre environnement immédiat. Elle est chez cet homme qui retrouve son amour de jeunesse, abandonnée avec plusieurs enfants, avec lesquels il construira une vraie relation «paternelle» et qu’il placera à égalité avec l’enfant qu’il aura avec sa compagne retrouvée. Elle est chez ce jeune couple modeste, qui élève cinq enfants, dont le mari se prépare à adopter les trois premiers, qui ne sont pas de lui, afin que leur famille ne recèle aucune différence. Ceux-là sont des anonymes; ils ne font pas la une des médias  mais sur le plan de la noblesse, ils ont des leçons à donner!