Le football n’échappe pas à ses racines… d’Ancien Régime


La Wallonie malmédienne footballistique vient de connaître des semaines d’effervescence, avec le projet annoncé, combattu, puis rejeté de fusion entre les clubs de football voisins de Turkania Faymonville et de Wallonia Waimes. Le décision est aujourd’hui définitive: les Turcs, qui luttent pour leur maintien en promotion, redémarreront en septembre prochain en quatrième provinciale liégeoise; l’honneur du village est sauf. Car des irréductibles, il n’en manquait pas à Faymonville, comme on a pu l’entendre encore ce matin, dans un reportage de Bel RTL sur cette fusion avortée. La radio privée s’aventurait ainsi en terra incognita: il fallait entendre les présentateurs du journal, en studio à Bruxelles, s’étonner de l’accent du cru, pour constater, une nouvelle fois, que la Wallonie profonde est largement ignorée de nos médias audiovisuels nationaux!

FayTurc1L’envoyé spécial «belertéellien» connaissait d’ailleurs lui-même fort peu la région, puisqu’il a attribué, sans trop de conviction, le nom de «Turcs», donné aux habitants de Faymonville, à leur résistance acharnée au projet de fusion entre leur club de football et le club du village voisin, et adversaire.

Il lui aurait pourtant suffi d’aller se renseigner sur le site Web du Turkania, pour savoir que le surnom de «Turcs», donné aux habitants de Faymonville, et par voie de conséquence le nom donné à leur club, en 1921, vient tout droit de la période d’Ancien Régime: avant la Révolution française, le village de Faymonville faisait en effet partie du Duché de Luxembourg, au contraire des villages voisins, relevant de la principauté abbatiale de Stavelot-Malmedy. Et quand, aux XVIeme et XVIIeme siècles, les princes-abbés pressurèrent leurs administrés d’impôts, pour financer la chrétienté en lutte contre l’invasion du Saint-Empire romain de la nation germanique par les Ottomans – c’est de leur échec devant les murs de Vienne qu’est né le croissant qui régale nos petits déjeuners! – les habitants de Faymonville, eux, échappèrent à cette «rage taxatoire». Et, jaloux, leurs voisins les affublèrent du surnom de «Turcs», qui a perduré jusqu’à nos jours.

Cette appellation est une des ces manifestations de ce que les historiens appellent la persistance du passé. La rivalité acharnée qui oppose Faymonville à Waimes, réunis au sein d’une même commune, trouve incontestablement aussi son origine dans ces temps anciens.

Le nom du club waimerais, «Wallonia» est également le témoin d’une époque. Même si la fondation du club, là, est plus tardive (1945), il témoigne de l’attachement à leur identité des habitants d’une région, la Wallonie malmédienne, devenue prussienne puis allemande contre son gré, après le traité de Vienne, et qui n’est devenue belge qu’après la Première guerre mondiale. Dès la fin mai 1940 et jusqu’en 1945, avec les cantons voisins de Saint-Vith et de Malmedy, plus quelques communes de l’arrondissement de Verviers, le canton de Malmedy fut à nouveau annexé dans le Reich nazi: la création du «Wallonia», au sortir du second conflit mondial, était également l’affirmation d’une identité culturelle et à des valeurs démocratiques, qui persiste aujourd’hui.

Tout cela nous entraine fort loin des paillettes de la Ligue des champions, ou du financement étrange de certains clubs de nos première et deuxième divisions. Mais c’est à ce niveau que vit encore le football populaire, où les supporters ont leur mot à dire sur le devenir de leur équipe. Et où l’attachement à ses couleurs a encore quelque sens. Comme la dénomination des équipes, qui a comme un parfum d’éternité…

 

La mémoire de Sophie Scholl


Le hasard de la soirée télévisée m’a permis de découvrir le film « Sophie Scholl », sorti l’an dernier en Allemagne, et déjà diffusé par la chaîne Arte. Preuve que ce film n’aura pas le succès commercial que le remarquable « La chute », qui évoquait les derniers jours d’Adolf Hitler. Les deux sont pourtant liés: pour rappel, l’ancienne secrétaire de Hitler, qui témoigne à la fin de « La chute », explique qu’elle n’a pris conscience de ce qu’elle avait vécu qu’en voyant, à Munich, la plaque murale dédiée à Hans et Sophie Scholl. « Sophie Scholl » ne marquera sans doute pas l’histoire du 7eme art, mais le but, probablement, n’était pas là. Il popularise par contre remarquablement une figure trop peu connue, dont les interrogatoires, qu’on a retrouvés, montrent qu’elle a réussi à impressionner même ses bourreaux. Tout cela a l’air bien lointain, c’est vrai. Mais l’extrême droite, elle, n’a pas changé entre-temps. Bien sûr, elle ne commet plus les crimes qui ont été siens à l’époque. C’est peut-être surtout parce qu’on ne lui en donne plus l’occasion….

Près d’un an plus tard, la lecture des « Lettres et carnets de Hans et Sophie Scholl », je ne peux que confirmer ce que j’écrivais après la vision de ce film. Au moment où sort le film « Walkyrie », qui rappelle de manière apparemment un peu trop romanesque l’héroïsme de Claus von Stauffenberg, auteur de l’attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler, il n’est pas inutile de constater que certains des comploteurs, avertis de l’exécution des Scholl, en mars 1943, avaient estimé que les jeunes du mouvement de « La Rose Blanche » avaient réveillé les consciences en Allemagne. Et le courage de Sophie Scholl a impressionné jusqu’aux policiers de la Gestapo qui l’interrogeaient. « Ich wurde es genauso wieder machen », « Je le referais exactement de la même manière »: sa réponse est devenue le titre d’un ouvrage qui n’est malheureusement disponible qu’en allemand. Vivement la traduction… ou le courage de le lire dans la langue originelle!