Liberté d’expression: paradoxe français et hypocrisie turque


La nouvelle est passé relativement inaperçue hors de France: le Conseil d’État a «retoqué» la loi française sur la négation du génocide arménien, au motif qu’elle est incompatible avec la liberté d’expression. Et l’ambassade de Turquie en France n’a pas tardé à exprimer sa satisfaction, en expliquant qu’«une grave crise diplomatique» était ainsi évitée entre les deux pays.

Ah, liberté d’expression, que de crimes commet-on en ton nom! Car pendant que M. Erdogan et son gouvernement se réjouissent de la voir ainsi opposée à une loi qui heurte leur susceptibilité nationaliste, en Turquie même, près de cent journalistes restent scandaleusement détenus pour avoir exercé précisément cette liberté d’expression! La prochaine audience du procès dit «Odatv» se déroulera ainsi le 12 mars prochain: Bariş Terkoğlu, le jeune journaliste adopté par l’Association Générale des Journalistes Professionnels de Belgique et ses co-inculpés sont maintenant détenus depuis plus d’un an, pour leur prétendu soutien à un fumeux projet de coup d’État militaire.

Que la Turquie soit donc conséquente, et qu’elle libère immédiatement ces journalistes: on croira, alors, à son respect de la liberté d’expression!

En France, la décision du Conseil d’État pose par contre un problème de cohérence: comment peut-on interdire la négation du génocide arménien, au nom de la liberté d’expression, mais autoriser en même temps celle de la Shoah? On imagine déjà des historiens dévoyés et des juristres retors prêts à rédiger leurs recours, dans les cercles d’extrême-droite et de nostalgiques de Vichy! Une clarification rapide est plus que nécessaire!

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