Otages de l’obscurantisme


La question du port du voile islamique a refait surface dans le débat public avec les remous suscités devant l’athénée d’Anvers par l’interdiction qui y entrait en vigueur; avec la décision du Conseil flamand de l’Éducation d’étendre cette interdiction à l’ensemble des établissements d’enseignement public de Flandre; et, cette semaine, avec l’exclusion de trois jeunes élèves des écoles communales de Dison, décrétée à huis clos par  le conseil communal, en vertu de l’interdiction du voile, désormais en vigueur dans le réseau municipal d’enseignement.pics-2009june-250609vual_194533643

Le conseil communal disonais a motivé cette interdiction par l’obligation usuelle de se découvrir devant un(e) supérieur hiérarchique, les enseignants en l’occurrence. La justification évite ainsi l’accusation de discrimination, au même titre que celle, plus fréquemment invoquée, d’interdiction de tout signe religieux «ostentatoire». La démarche est parallèle à l’interdiction (théorique, parce que rarement appliquée) du port de la burqa ou du «voile intégral» en rue par le biais de l’interdiction de circuler masqué, en-dehors des périodes carnavalesques. Elle n’en suscite pas moins une réflexion, naturelle, sur la défense des libertés, et notamment la liberté religieuse.

La remise en cause des signes religieux témoigne à la fois d’une montée des divers intégrismes religieux (marqués notamment par l’offensive du «créationnisme») et par la généralisation par une certaine laïcité des attaques contre les religions en général, contre la religion dominante dans notre pays en particulier. Une certaine forme d’intolérance remonte insidieusement là à la surface, ignorant par exemple le dialogue instauré depuis de nombreuses années par un Gabriel Ringlet avec le monde de la libre pensée, et ou le fait que de nombreux croyants sont tout à fait anticléricaux, c’est-à-dire opposés à la domination du politique par le religieux. L’interdiction semble aussi aller à l’encontre des principes de tolérance et de l’objectif de mixité sociale, que l’enseignement veut servir.

Le problème des écolières disonaises ne relève pas de ce débat. Car ce n’est pas la religion musulmane que leurs pères – on n’a jusqu’ici pas entendu leurs mères, et ce silence médiatique est assez significatif – défendent, mais une vision obscurantiste de la société et de la science, dont leurs enfants sont désormais les otages. Un signe? L’une au moins des gosses refuse d’utiliser le signe «+» dans ses cours et devoirs d’arithmétique, sous prétexte qu’elle(s) ne veu(len)t pas représenter la croix du Christ ! En bonne logique, cela devrait lui (leur) valoir un échec d’office dans ses (leurs) épreuves de mathématique tout au long de son (leur) parcours scolaire: comment juger si une opération est régulière, si on ne peut savoir en quoi elle constitue?

Surtout, ces malheureuses enfants renient ainsi le formidable apport arabe, et musulman, à l’évolution de la science mathématique. En les obligeant à ce geste absurde, c’est tout l’héritage d’Al Kharizmi, d’Al Birouni, d’Omar Khayyam, ou d’Al Idrisi que leurs pères leur font ainsi jeter aux orties. Le voile qu’elles arborent se révèle ainsi un vecteur d’obscurantisme, plutôt qu’un symbole religieux. Il est aussi témoignage de rejet: les pères, toujours eux, refusent classiquement que leur(s) fille(s) participe(nt) à certain(s) cours. Et demandent, entre autres, que les gamines ne soi(en)t pas assise(s) à côté d’un garçon dans la salle de classe. Perdant complètement de vue que leur autorité parentale s’arrête à la grille de l’école.

C’est contre l’obscurantisme et contre l’ignorance débilitante qu’a été menée, jadis, la lutte pour l’enseignement gratuit et généralisé. C’est pour les mêmes raisons que les élus disonais ont eu raison, ici de prendre attitude ferme. Car, au risque de me répéter, ce n’est pas une conviction religieuse que les pères de ces enfants défendent: c’est une vision du monde, dont elles sont otages, et qui, sous le régime des talibans, en Afghanistan, interdisait naguère toute forme d’enseignement aux filles et aux adolescentes! L’immense majorité des parents d’enfants musulmans qui fréquentent l’enseignement communal disonais l’a bien compris: le règlement sur l’interdiction du port du voile dans les écoles a été parfaitement accepté. Il est vrai que nombre de ces gamines ne portent pas le voile. Ce qui n’en fait pas de mauvaises musulmanes….

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Une solidarité intacte


La paix sociale qui régnait aux Editions de l’Avenir depuis la négociation d’un plan de restructuration vieux, déjà, de deux ans, a été perturbée, mardi en fin de journée, par l’annonce du licenciement brutal de deux membres du personnnel, un délégué syndical, et son collègue, candidat aux dernières élections sociales, priés de quitter l’entreprise sur le champ, placés sous la surveillance d’un vigile, et privés quasi séance tenante de la carte d’accès aux bâtiments du groupe,  à Bouge. Pour brutal qu’il ait été, l’épisode a surtout confirmé par grande naïveté: employé depuis bientôt 32 ans par ce journal (qui, je ne résiste pas à l’envie de répéter cette boutade, ne me rémunère pas assez à mon goût 😉 ), j’avais la faiblesse de croire que des méthodes de licenciement en vigueur, il y a quelques années, dans les anciens pays de l’Est, importées chez nous par le groupe Roularta – je me limite évidemment au seul secteur de la presse – n’auraient jamais cours aux Editions de l’Avenir.

UNE_NationaleFatale erreur: il ne faut jamais perdre de vue l’évolution des choses, qu’elle soit positive, ou, dans ce cas, négative. Une fois de plus, il a été démontré qu’un engagement de plus de 30 ans au profit d’un employeur ne compte plus aux yeux de ce dernier, si la personne en cause ne se contente pas d’écouter les instructions données, mais se mobilise dès qu’elle estime ses droits, et surtout ceux de ses collègues, bafoués. De même si l’évolution barémique liée à l’ancienneté, c’est-à-dire l’expérience, soit-elle considérée comme la somme d’erreurs accumulées, amène le salaire d’un individu à un niveau un peu plus que correct. Le caractère inique du licenciement était accentué par la présence de vigiles dans l’établissement: la direction craignait, semble-t-il, des débordements physiques. Comme s’il s’en était produit au cours des conflits qui, précédemment, ont secoué le groupe!!!

Cette évolution est-elle inéluctable? Pas nécessairement: la solidarité qui s’était exprimée hier avec les collègues licenciés, et qui avait conduit à la non-parution des journaux du groupe ce mercredi, a été très largement confirmée ce mercredi. Après un authentique débat contradictoire où tous les points de vue ont pu s’exprimer, y compris ceux des collègues qui étaient fondamentalement opposés à la décision d’arrêt de travail prise, la veille, par une trentaine de membres du personnel, dont votre serviteur. C’est fort de ce soutien massif que les négociateurs sont retournés voir la direction du groupe, et qu’ils en sont ressortis avec un accord satisfaisant. Les deux collègues licenciés ne sont pas réintégrés, comme l’assemblée le demandait, mais leur préavis est suspendu, et deux semaines de négociation vont permettre de discuter de leur reclassement éventuel… s’ils le souhaitent. Une convention devrait proscrire ce type de licenciement à l’avenir: c’est parce que chacun, désormais, se sentait sous la menace théorique d’une pareille démarche que la solidarité a été aussi large. La négociation de cette convention démarrera, elle aussi, dans les tout prochains jours. En fin d’après-midi, chacun retournait donc à ses tâches.

Il y a plusieurs leçons à tirer, pour tout le monde, de ce conflit. La direction en fera son profit en comprenant que briser la paix sociale par des méthodes de gestion qui ne respectent pas le personnel conduit immanquablement à l’impasse. Les travailleurs, eux, auront éprouvé une fois de plus les vertus de la solidarité et de l’esprit collectif, qui se sont déjà à plusieurs reprises manifestés au sein du groupe. Même celles et ceux qui se sont opposés à la décision d’arrêt de travail pourraient, un jour, en bénéficier. C’est un constat qui, en ces circonstances chahutées, fait chaud au coeur….