Stéphane Moreau parti, que subsistera-t-il de Nethys?


 

Ainsi donc, le départ de Stéphane Moreau, l’administrateur-délégué de Nethys, réclamé en vain depuis trois ans par l’autorité wallonne, serait prochain, si on doit en croire les confidences de Pierre Meyers, le président du conseil d’administration de la société au Soir de ce jour?

Cette sortie de scène avant que les nouvelles procédures envisagées, après examens et débats d’usage, par le Parlement wallon et par Pierre-Yves Dermagne, le tout nouveau ministre régional des Pouvoirs locaux, ne puissent arriver à leur terme, correspondrait assez au personnage, qui se croit ou se sait hors d’atteinte. Une forme de pied de nez ultime…

Mais surtout, avec les révélations en chaîne des offres liantes conclues pour la vente du réseau VOO au fonds d’investissement états-unien Equity Providence et pour celle de WIN, la filiale de Nethys en charge des nouvelles technologies à la société Ardentia Tech créée ensuite par François Fornieri, administrateur de Nethys, qui en a confié la gestion quotidienne à Stéphane Moreau dans un parfum de double conflit d’intérêts; après l’annonce de la cession prochaine d’Elicio, la filiale « Énergies nouvelles » de Nethys à un consortium formé de John Cockerill, ci-devant CMI et… Ardentia Tech à nouveau, puis avec les récentes envisagées de la compagnie d’assurance L’Intégrale –peut-être à DKV, mais la piste d’un rapprochement avec APICIL, mutualité française déjà actionnaire de L’Intégrale, est évoqué par Nethys- et in fine le dégagement de Nethys des Éditions de l’Avenir (une décision qui ne désolerait pas leurs rédactions), c’est à un nettoyage industriel par le vide que le patron de Nethys semble occupé essentiellement pour l’instant.

Une fois cette coquille vide, et NewCo1, où est actuellement logée la marque VOO tranformée en instrument financier, sur le mode de Finanapart, dont la suppression vient d’être décidée, il n’aurait évidemment que peu de raisons d’y rester.

Reste l’ironie des commentaires des responsables politiques qui défendaient naguère sa gestion malgré ses errements en plaidant que la direction du câble wallon restait en Wallonie alors que celle du câble flamand était depuis longtemps entre mains états-uniennes. Et, si nous étions échevin des Finances d’une commune liégeoise, des questions nous tarauderaient sur l’usage qui a été fait des investissements réalisés à l’époque lointaine où l’Association Liégeoise d’Électricité était dirigée par des responsables pénétrés de l’idée de l’initiative publique. Et qui en investissant dans la câblo-distribution il y a un demi-siècle, étaient encore bien plus visionnaires qu’ils ne le pensaient

Retrait prudent

Un rebondissement: Stéphane Moreau a annoncé son retrait de la structure d’Ardentia Tech. Manière d’écarter définitivement tout soupçon de conflit d’intérêt, malgré les assurances données en la matière par le président du conseil d’administration de Nethys, Pierre Meyers? Ce dernier a pourtant donné toutes les assurances que les dispositions du Code des entreprises ont été respectées, sous le regard d’éminents avocats.

Mais reste peut-être une forme de délit d’initiés. L’infraction ne touche qu’à des sociétés cotées (la désormais ex-patronne de Proximus en fait l’expérience pour l’instant), mais il n’empêche, dans les opérations annoncées, il doit y avoir eu comme une distorsion de concurrence: au moment où le conseil d’administration de Nethys a décidé de vendre les filiales concernées, un de ses administrateurs a pu les racheter avant que la mise en vente ne soit officiellement annoncée. D’autres amateurs potentiels se sont depuis lors fait connaître, et on estimé que le prix de vente de ces filiales était sous-estimé. On attendra les avis des experts mandatés par le conseil d’administration d’Enodia, puis un éventuel débat au Parlement wallon, pour savoir le fin mot de cette histoire.

La reprise en main de la rédaction de «L’Avenir» s’annonce

La reprise en main de la rédaction de «L’Avenir» s’annonce


À la fin juillet dernière, l’administrateur-délégué des Éditions de l’Avenir réaffirmait sa conviction que Nethys, l’actionnaire du quotidien, «tiendrait tous ses engagements» à son égard.

Tous? Les promesses d’investissement qui ont convaincu les permanents syndicaux, il y a quelques mois, à marquer leur accord sur un plan social drastique, en cours d’application, tardent à se matérialiser. Par contre, les craintes exprimées par la rédaction, d’une reprise en main destinée à la priver de son indépendance rédactionnelle, viennent de prenre une nouvelle dimension avec le recrutement, annoncé en ce début août, par le conseil d’administration du journal.

Annonce recrutement (1)A priori, cette annonce rencontre une revendication fondamentale de la rédaction, répétée à de nombreuses reprises depuis le début du conflit qui l’oppose à son actionnaire.

Ce conflit, pour rappel, a débuté il y a plus d’un an, avec la désignation d’un directeur des rédactions, qui était apparue comme une manière, pour Nethys, de contourner un accord sur l’indépendance rédactionnelle, qui l’obligeait à consulter la rédaction, pour assurer le remplacement de Thierry Dupiéreux. Le rédacteur en chef, lassé des pressions dont il faisait l’objet et qui avaient eu des conséquences négatifs sur sa santé, avait fini en effet par jeter l’éponge…

 

Les représentants légitimes des journalistes – délégués de l’Association des Journalistes Professionnels (AJP) et mandataires de la Société des Rédacteurs (SDR), dont les mandats respectifs avaient été reconduits l’année précédente- avaient vainement protesté cette dérive, et réclamé le retour à une direction de la rédaction execée par un(e) rédacteur/trice en chef qui bénéfie de leur confiance.

S’en est alors suivie une très longue négociation avec la direction, qui voulait baliser les fonctions du/de la rédacteur/trice en chef et du directeur des rédactions, ce à quoi la SDR et l’AJP n’étaient pas opposées, pourvu que les prérogatives de la rédaction en chef soient maintenues.

Cette négociation a été émaillée d’incidents majeurs, comme, récemment, l’interdiction faite aux délégués de l’AJP et de la SDR de se réunir durant leurs heures de services; d’utiliser les outils de l’entreprise pour s’adresser à leurs membres, ou encore les entraves mises à l’intervention de la secrétaire générale de l’AJP dans les locaux de la rédaction. D’où la grève qui a empêché la parution du journal pendant une journée en juillet, puis une nouvelle manifestation des journalistes auprès des politiques wallons, lors de l’inauguration de la dernière Foire de Libramont.

Au début août, on croyait possible le retour de la sérénité, prôné par la direction mais démenti par ses actes, avec un quasi accord sur les définitions de fonction, et l’annonce du recrutement imminent du/de la rédacteur/trice en chef.

Annonce recrutement (2)Las, à peine l’annonce publiée, il faut bien le constater: le but de la manœuvre est de remettre au pas une rédaction de «L’Avenir», coupable d’avoir couvert avec trop d’indépendance les débats suscités au Parlement wallon par les dérives de la gestion de Nethys.

Si la desciption de fonction mentionne effectivement le rôle de «garant de l’indépendance de la rédaction des Éditions de l’Avenir», de la future ou du futur rédacteur/trice en chef de «L’Avenir», la demande qui lui est faite de «revoir les conventions rédactionnelles existantes» limite la portée de cet engagement.

Car en fait de «conventions rédactionnelles», on pense immédiatement à la convention sur l’indépendance rédactionnelle, dont on devine que l’actionnaire voudrait se débarrasser au plus tôt. Ou la convention salariale, qu’il s’est efforcé en vain d’ignorer lors de la négociation du récent plan social. Sachant bien que des journalistes moins bien rémunéré(e)s sont plus exposé(e)s à la pression.

Autre critère interpellant: la limitation de l’accès à la fonction à des candidat(e)s qui peuvent «faire valoir une expérience réussie de minimum 10 années dans une fonction identique dans le milieu de la presse» restreint singulièrement le champ de recrutement dans le paysage médiatique francophone. Car on imagine mal une rédactrice en chef ou un rédacteur en chef flamand débarquer à la tête d’un groupe de presse wallon, quand bien même son administrateur-délégué et son directeur général soient issus tous deux du nord du pays, avec les méthodes de gestion qui y président.

On se gardera bien de préjuger le choix qui sera finalement opéré, mais si l’on considère  les candidat(e)s potentiel(le)s dans notre petite presse d’héroïsme, il en est un qui remplit les critères, Thierry Dupiéreux, dont on devine d’emblée qu’il n’aura pas spécialement envie de se replonger dans le marasme qu’il a connu. Du côté de La Libre, ou du Soir, il existe peut-être l’un(e) ou l’autre candidat(e) qui pourrait correspondre au profil, mais à la réticence, peut-être de se perdre «en province», s’ajoutera-t-il sans doute une hésitation à se jeter dans pareille pétaudière, sans aucune assurance… d’avenir, puisque la revente du pôle TelCo de Nethys, dont font partie les Éditions de l’Avenir, font partie.

Annonce recrutement (3)À cela s’ajoute le fait que le délai laissé pour poser sa candidature (la fin de ce mois, alors que l’offre de recrutement est publiée en plein milieu des vacances d’été!), et les responsables à qui les actes de candidature doivent être adressés.

L’administrateur-délégué et le président du conseil d’administration, quoi de plus normal, nous direz-vous? Rien, sans doute. Mais alors, pourquoi avoir laissé au directeur général le soin de négocier pied à pied le contenu des définitions de fonction, si ce n’est pour enfumer la rédaction? Et surtout, pourquoi avoir limité au 30 août la validité de l’annonce?

De tout cela, il semble clairement ressortir que l’annonce est taillée sur mesure pour Michel Marteau, administrateur de L’Avenir Hebdo, conseiller de Stéphane Moreau (qui a, mais en vain, tenté naguère de l’imposer à la tête de Nice Matin) et surtout ancien rédacteur en chef de La Dernière Heure-Les Sports, puis du Soir Magazine, puis, plus récemment de Sud-Presse. Ce qui, par un «heureux hasard», lui fait plus de dix ans d’exercice de la fonction requis par l’annonce.

Seul petits bémols: c’est d’une «expérience réussie» qu’il est question. Et on demande au/à la candidat(e), de privilégier le «travail en équipe» et la « concertation».

Ce n’est pas vraiment en ces termes que nous avons entendu parler de la gestion des rédactions que Michel Marteau a dirigées au cours de ces dernières années.

Au contraire, c’est plutôt le soulagement des consœurs et des confrères concerné(e)s qui nous est parvenu, au moment où leur rédacteur en chef leur annonçait son départ.

À titre personnel, je me souviens par exemple de la réaction énergique qu’avait dû avoir l’AJP, que Je présidais encore, pour l’empêcher de procéder au licenciement pour faute grave du chef d’édition de La Dernière Heure-Les Sports à Liège, simplement parce que ce dernier lui avait objecté, que seul à la rédaction en fin d’année, il ne lui était pas possible de partir au débotté pour la Suisse, pour enquêter sur la chute en montagne d’une jeune gamine flamande qui s’était gravement blessée.

Pour la période où il a dirigé Sud-Presse, le bilan est statistique: entre 2012 et 2018,  101 des 239 plaintes adressées au conseil de déontologie journalistique ciblaient le groupe dirigé par Michel Marteau.

Nethys massacre L'Avenir à coups de marteauQue l’on ne se méprenne pas: chaque plainte n’a pas débouché sur un avis négatif de l’instance de régulation de la presse belge.

Mais la fréquence même des plaintes, ou leur nature (respect de la vérité; respect de la vie privée; méthodes loyales pour obtenir l’information, etc.) , et la liste des avis négatifs qui ont été rendus témoignent à suffisance du manque d’égard manifesté, alors, par Michel Marteau pour les prescrits déontologiques de la presse belge et internationale.

En ces temps où n’importe qui se prétend journaliste sur le Web, et où la seule chance pour les journalistes professionnel(le)s est de défendre la qualité de l’information qu’ils/elles fournissent, pour assurer leur avenir (ce n’est pas pour rien que le récent congrès de la FIJ à Tunis, que j’ai eu l’honneur de présider, a actualisé l’antique «Déclaration des devoirs et des droits» des journalistes), il y a là, si notre soupçon que l’offre de recrutement a été rédigée pour ne pouvoir correspondre qu’à une seule candidature, de quoi encore plus s’inquiéter pour le devenir des Éditions de l’Avenir, et pour l’indépendance de leur rédaction.

Et le dessin publié à la une du 16 février dernier – celle du «numéro pirate» (sic) qui a tant irrité l’actionnaire – pourrait se révéler ainsi… doublement prophétique.

La rentrée risque donc, une nouvelle fois, d’être chaude à «L’Avenir», où on observera avec intérêt l’évolution des négociations entre PS, Ecolo, et MR pour la formation d’une nouvelle majorité wallonne. En leur rappelant la motion unanime du Parlement, qui, en novembre 2018, postulait la sortie des Éditions de l’Avenir du giron de Nethys.

Il serait urgent de la concrétiser, car la confiance des lecteurs risque de s’éroder de plus en plus. Surtout s’ils sont témoins de la remise au pas redoutée…

Pourquoi une majorité PS-MR est en cours d’élaboration en Wallonie


Or donc, à en croire d’éminents confrères spécialisés en politique fédérale et wallonne, vendredi dernier, sur La Première, de fortes réticences dans les bases socialiste et libérale constitueraient un problème de nature à freiner la mise en place d’une majorité PS-MR en Wallonie.

Je me garderais bien de remettre en cause la pertinence de l’analyse, mais tout de même, dès lors que le cdH a choisi la cure d’opposition (et que de critiques se seraient abattues sur Maxime Prevot si son parti avait fait acte de candidature au pouvoir, après sa déculottée électorale du 26 mai?), les hypothèses sont singulièrement réduites. Bien sûr, Thierry Bodson, le leader de l’interrégionale wallonne de la FGTB, continue à prôner une majorité PS-PTB-Ecolo, mais personne n’y croit. Notamment au PS, où aucune voix ne s’est élevée pour défendre cette hypothèse, a fait remarquer un des intervenants au débat de La Première, ce vendredi.

pexels-photo-1020315Donc, ne restent que deux hypothèses: l’alliance PS-MR en Wallonie, ouverte ou non à Ecolo. Manière de ne pas associer au pouvoir deux partis qui, quoi qu’en aient dit leurs dirigeants, et notamment le président du PS, Elio Di Rupo, dès le soir du scrutin, ont figuré parmi les battus de l’élection. Et de «mouiller» à nouveau les Verts dans une coalition où ils ne seraient pas indispensables, comme cela a déjà été le cas au niveau fédéral, en 1999, après la crise de la dioxine et le renvoi historique du CVP (devenu CD&V depuis lors) dans l’opposition, après plus de quatre décennies au pouvoir.

La perspective doit nourrir l’inquiétude chez Ecolo, d’où la nervosité de Philippe Defeyt, ce midi, au débat dominical de RTL-TVI. L’ancien coprésident des Verts a fustigé la décision «prématurée» du cdH de se mettre sur la touche, et le représentant du PS, Pierre-Yves Dermagne, a presque entonné le même refrain, ironie en plus, en rappelant que le cdH avait l’habitude de changer d’attitude. L’évocation du «tirage de prise» par l’ancien président humaniste, Benoît Lutgen, qui a conduit, sous la législature précédente, au remplacement de la majorité wallonne PS-cdH par une majorité alternative MR-cdH.

Les Verts pourront-il se permettre le luxe de refuser une participation à une majorité, alors que la thématique climatique, notamment, a pris de plus en plus d’importance, et qu’ils pourraient peser sur des décisions environnementales? Les plus pessimistes d’entre eux rappelleront l’expérience du passé: quand Ecolo n’est pas indispensable à une majorité, son poids devient très relatif. Et les décisions prises sous son influence (la sortie du nucléaire par exemple), sont rapidement annulées, une fois qu’ils sont renvoyés dans l’opposition. Car bien sûr, leurs électeurs, alors, ne leur pardonnent rien au scrutin suivant.

Le débat risque d’être chaud, entre «réalos» et dogmatiques, chez Ecolo, si PS et MR proposent l’ouverture de leur majorité. Il ne s’en manquera pour relever que, si les Verts acceptent la combinaison, l’opposition sera réservée aux seuls cdH et PTB. Et que pour les humanistes, l’occasion sera rêvée de se refaire une santé, en récupérant notamment des électeurs passés sous la bannière écologiste.

Pour le reste, PS et MR… ne sont pas aussi opposés qu’on veut bien le dire. En témoigne la négociation discrète qui vient de se produire en région verviétoise, où les deux partis se sont attribué les présidences d’intercommunale de manière impérieuse, puisque la section de Verviers-ville du MR a dû remiser ses exigences sur la présidence de l’intercommunale hospitalière.

Et puis, en province de Liège et en province de Hainaut, les deux provinces wallonnes les plus peuplées, PS et MR sont associés au pouvoir, depuis plus de trois décennies en province de Liège, sans que cette alliance soit décrite comme contre nature.

Alors, hors argument recevable sur le revers électoral, qu’est-ce qui empêcherait la reproduction de pareille majorité au niveau wallon? Une pincée de «concertation mosane» pour calmer le ban syndical; peut-être la mise à l’écart d’un ministre aussi clivant que le libéral hervien Pierre-Yves Jeholet; et les virulentes dénonciations de la campagne électorale s’effaceraient rapidement derrière un de ces «grrrrrands accord», célébrés naguère par feu Michel Daerden, au terme d’une soirée électorale bien arrosée, sur RTC, la télé régionale de Liège-Huy-Waremme.

Tout serait sans doute déjà en passe d’être réglé, s’il n’y avait l’enjeu fédéral, et le casse-tête bruxellois. Car à Bruxelles, Ecolo est sorti des urnes en deuxième position, derrière le PS, mais devant le MR. Tandis que dans le collège électoral flamand, son parti-frère, Groen, sortait en tête. Les Verts sont donc incontournables du côté francophone, sauf à imaginer une improbable association entre le PTB, le PS et le MR ou Défi. Mais un éventuel accord entre le PS et eux ne suffirait pas à dégager une majorité. Resterait dès lors à ouvrir les discussions à Défi… ou au MR. Côté flamand, entre-temps, écologistes, socialistes et…libéraux n’ont pas tarder à s’accorder.

Suivant le vieux principe que tout est dans tout, indispensable à Bruxelles, Ecolo pourrait donc s’imposer au niveau wallon avec plus de poids que son résultat arithmétique pourrait lui valoir.

Reste le fédéral, où là, une alliance des socialistes et des libéraux pourrait rassembler les deux familles politiques les plus importantes du pays… à condition que les socialistes flamands, laminés le 26 mai, ne s’associent pas à la démarche. Mais resterait encore à élargir l’attelage au CD&V. Ou alors convaincre la N-VA d’entrer dans la danse. Même si le PS donne des boutons à Bart De Wever….

Et par qui l’article 25 de la Constitution est-il violé? Hélas, hélas, hélas, par de prétendus patrons de presse….


Etal vide«La presse est libre; la censure ne pourra jamais être établie; il ne peut être exigé de cautionnement des écrivains, éditeurs ou imprimeurs. Lorsque l’auteur est connu et domicilié en Belgique, l’éditeur, l’imprimeur ou le distributeur ne peut être poursuivi»: dès mes déjà lointains débuts dans la défense du journalisme libre, à l’échelon international, j’ai cité l’article 25 de la Constitution belge. En soulignant à la fois l’incroyable liberté qu’il proclamait à l’époque où il a été rédigé – en 1831! – et l’optimisme indécrottable de ses rédacteurs qui osaient croire que jamais, un gouvernement, quelle que soit sa composition, ne remettrait en cause cette liberté et ne se risquerait à établir la censure.

Sur le plan politique, cet optimisme s’est avéré: à l’exception des périodes d’occupation, pendant les deux guerres mondiales, la presse belge n’a pas eu à subir les affres de la censure. Et si la Constitution belge a fait l’objet de multiples révisions depuis sa rédaction, et plus particulièrement au cours du dernier demi-siècle, l’article 25, lui, a gardé sa forme originelle voire désuète, quand elle fait référence au «cautionnement».

Qu’une presse libre soit bénéfique même aux autorités auxquelles elle apparaît par essence suspecte, parce que si la presse est libre, elle sera crédible quand elle saluera l’action de ces autorités: c’est un message que j’ai délivré à plusieurs reprises, notamment depuis mon élection, il y aura bientôt trois ans, à la présidence de la Fédération Internationale des Journalistes (FIJ). Une pensée magistralement expriBeaumarchaismée par Beaumarchais dans une sentence, extraite du Barbier de Séville, dont le quotidien français Le Figaro a fait sa devise: «Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur». La citation m’a été souvent utile pour me défendre d’accusations de parti-pris formulées avec plus ou moins de bonne foi contre moi, dans ma pratique journalistique. J’ai développé ce plaidoyer notamment face à des chefs d’État ou de gouvernement dont le respect de la liberté de la presse ne constitue pas le principal motif de notoriété. Partant du principe que parler de liberté de la presse avec des autorités qui la respectent revient à prêcher à des convaincus…

Ce que le constituant de 1831 ne pouvait pas anticiper, c’est qu’un jour, journalistes et patrons de presse se retrouveraient peut-être toujours unis pour défendre ensemble des enjeux essentiels pour la presse, comme cela fut le cas avec la loi sur la protection des sources, au début de ce siècle, mais qu’ils s’affronteraient plus souvent sur les conditions de travail et de rémunération des journalistes: l’Association Générale des Journalistes Professionnels de Belgique n’a vu le jour, en tant que telle, qu’en 1978, alors que la création des associations de presse, qui l’ont précédée, datait de la fin du XIXeme siècle.

Ce que les parlementaires de 1831, parmi lesquels de nombreux journalistes (autres temps, autres mœurs) pouvaient encore moins imaginer, c’est qu’un jour, les médias se trouveraient intégrés dans des groupes industriels ou économiques dont l’activité principale est très éloignée de l’édition, et qui ne considèrent les médias que comme des instruments de propagande, pas comme des éléments essentiels de la démocratie. Et qu’une censure économique insidieuse supplanterait la censure politique.

Lock outEt c’est précisément alors que se profile la fin de mon mandat, à la présidence de la FIJ, que l’impensable se produit, avec la manifestation publique et impudente de cette censure insidieuse par de prétendus éditeurs de presse!

Et où cela se produit-il? Hélas, hélas, hélas, comme s’exclamait feu le général de Gaulle, en annonçant à la télévision française le putsch des généraux à Alger, c’est au sein même du journal qui m’emploie et qui (air connu) ne me rémunère pas assez à mon goût.

L’impensable s’est même produit trois fois: d’abord avec le licenciement ciblé de journalistes perçus comme trop critiques; ensuite avec la coupure de l’accès au site Web du journal et à ses réseaux sociaux à tous les journalistes du groupe; et enfin, ce mercredi 6 mars, avec la décision surréaliste (mais même dans un pays réputé pour son surréalisme, c’est de l’inédit!) prise par la direction de ne pas publier un journal que les journalistes avaient bouclé, après avoir décidé la reprise conditionnelle du travail!  L’Avenir s’est  tout de même retrouvé en librairies et dans les boîtes à lettres ce jeudi 7, après un compromis tardif, mais quoi qu’il en soit, la rupture de confiance entre la rédaction et sa direction, téléguidée par son actionnaire, ne peut être plus manifeste!

Ces dernières manœuvres ont été conduites avec la complicité d’un pseudo directeur des rédactions qui s’est encore couvert de honte en tentant de camoufler les barrières mises aux journalistes à l’accès au site web et aux réseaux sociaux du quotidien derrière une prétendue maintenance informatique, opération toujours annoncée par avance et de préférence effectuée de nuit ou en tout début de journée, manière de ne pas interrompre trop longtemps le flux de l’information. Le prétendu directeur des rédactions a par là, si besoin en était encore, confirmé le soupcon qui fait de lui le serviteur docile de ceux qui l’ont imposé à ce poste.

Ces épisodes démontrent combien la dénonciation, faite d’abord par le magazine Le Vif, de l’existence d’une «liste noire» de journalistes, coupables de trop d’indépendance par rapport à l’actionnaire Nethys, n’était pas la simple répétition d’une rumeur régulièrement répandue en cas de restructuration d’entreprises, comme me le disait encore récemment le vice-président de la Centrale Nationale des Employés.

Le conflit en cours aux Éditions de l’Avenir est un conflit social, mais il est bien plus que cela. Raison pour laquelle les syndicats, habitués à régler des problèmes sociaux, n’ont pas compris que la réticence des journalistes à accepter les conditions de départ offertes aux candidat(e)s à une préretraite qui ne veut plus dire son nom ou au départ volontaire, ne portait pas seulement sur des conditions financières ignorant leur convention de travail et de rémunération propre, mais surtout sur le respect de leur statut et de leur indépendance.

C’est sans doute faute d’avoir suffisamment pris la mesure de cet enjeu que les organisations syndicales ont rompu unilatéralement une convention de collaboration vieille d’une dizaine d’années, qui les liait à l’Association des Journalistes Professionnels et à la Société des Rédacteurs, restées seules pour défendre les droits matériels et l’indépendance des journalistes. Ce qui leur vaut l’appui massif des journalistes de L’Avenir. La direction du groupe l’a bien compris, qui refuse désormais de négocier avec les représentants légitimes de la rédaction, et tente de contourner l’obstacle en se remettant à table avec les syndicats: à eux, cette fois, de ne plus se laisser abuser!

Les dénégations maladroites encore opposées par l’administrateur-délégué des Éditions de l’Avenir, Jos Donvil, notamment dans Le Soir de ce mercredi, sur l’existence de cette «liste noire» de journalistes à éliminer, n’abusent donc plus personne. Notamment quand il se contente de dire qu’il ne «connaît pas» les journalistes prêts au départ à la préretraite ou au départ volontaire qui se sont fait connaître après le week-end d’ultimes négociations du 17 février, et dont le nombre suffisait à réduire à néant la nécessité de quatre licenciements secs pour atteindre le nombre exigé par le plan social en cours d’application.

On se souviendra qu’il y a quelques mois à peine, alors qu’il n’était encore «que» l’administrateur-délégué en charge du pôle TelCo de Nethys, le même Jos Donvil avouait n’avoir aucune compétence en matière de presse. Il l’a solidement démontré ensuite, par exemple en défendant mordicus devant une commission réunie du Parlement wallon et du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le choix d’un grand format du journal, opéré par le conseil d’administration contre l’avis de la rédaction et de la grande majorité des lecteurs de L’Avenir. Jos Donvil, aujourd’hui, prétend avoir toujours été partisan du petit format, plébiscité par les lecteurs: on sait quel poids accorder à ses affirmations à géométie variable.

L’enjeu de tout ce qui se joue depuis quelques jours aux Éditions de l’Avenir dépasse, de loin, la nécessité d’appliquer un plan social pour redresser la situation financière d’une entreprise de presse.

Les réactions de solidarité exprimées par les société de journalistes des autres médias francophones, les témoignages d’encouragement prodigués par de nombreux lecteurs l’indiquent clairement: c’est l’existence d’une presse libre et critique, qui est en cause.

Il appartient au pouvoir politique d’en tirer les conséquences avec d’autant plus de vigueur que, dans le cas de l’actionnaire de L’Avenir, Nethys, et de son intercommunale faîtière Publifin, dont le changement de nom en Enodia n’a pas effacé le souvenir des dérives, le pouvoir wallon avait pris une série de recommandations, dont bien peu ont été respectées. À commencer par celle qui voulait imposer des conseils d’administration indépendants, aux filiales privées de Publifin, pardon, d’Enodia. La composition du conseil d’administration des Éditions de l’Avenir (et la manière dont il se réunit et prend ses décisions) montre qu’on est loin du compte.

Si toutes ces possibilités de faire échec à la volonté déclarée de l’actionnaire des Éditions de l’Avenir échouent, il me restera toujours une ultime ressource: en qualité d’ancien président de la Fédération Internationale des Journalistes, je pourrai presser celle ou celui qui me succédera en juin à cette fonction d’interpeller les autorités belges, communautaires et wallonnes, pour leur expliquer qu’une presse libre peut bénéficier aux autorités en place dans la mesure où elle est libre de les critiquer. Et donc de gagner en crédibilité, même quand elle approuve leur action…

Le bout du tunnel reste lointain…

Le déroulement des événements, depuis la rédaction de ce billet, n’a guère permis de faire évoluer les choses. D’abord parce que les syndicats, une nouvelle fois, non seulement se sont engouffrés tête baissée dans le piège qui leur était tendu, et n’ont négocié que le volet social d’un problème bien plus large , mais qu’en plus, ils ignoré leur propre pratique en signant un accord sur la réintégration, à des conditions très discutables, des trois journalistes injustement licenciés, avant de le soumettre à une assemblée générale du personnel. Ils auraient été mieux inspirés, en l’occurrence, de se souvenir de la manière dont leurs dirigeants procèdent, avec le projet d’AIP négocié au sein du « Groupe des Dix »….

Cette assemblée s’est déroulée de manière très fraîche pour eux: journalistes et non-journalisets ont rappelé aux négociateurs syndicaux que, habituellement, un projet d’accord est soumis à l’approbation du personnel. Et que, quel que soit le résultat du vote, c’est forts de la confiance de leurs mandants que les délégués et permanents peuvent retourner auprès de la direction pour signer l’accord… ou s’atteler à le renouveler.

Et puis manque toujours un engagement ferme sur l’indépendance rédactionnelle, sérieusement mise à mal par le « lock-out » opéré par la direction, une grande et triste première pour la presse belge. Dans la foulée, l’assemblée générale a mandaté à la quasi unanimité l’Association des Journalistes Professionels (AJP) et la Société des Rédacteurs (SDR) pour aller négocier ce volet de leurs revendications.

A priori, tout semblait s’engager favorablement: la direction générale avait accueilli les représentants de la rédaction, pris note de leurs remarques, et annoncé un nouveau rendez-vous pour ce vendredi 8 mars dans la matinée. Puis, comme il y a quelques semaines, la mécanique s’est grippée. Le rendez-vous a été reporté à lundi, au-delà du week-end. Officiellement parce que tous les acteurs étaient fatigués? Ou bien parce qu’il faut laisser le temps à Liège de dicter ses conditions?

Et puis une interview, à paraître ce samedi, de l’administrateur-délégué, Jos Donvil, dans les colonnes du journal, ne laisse rien présager de bon. Une fois de plus – on se demande bien dans quelle école de formation des cadres ont peut bien enseigner que pour résoudre un problème, ce n’est pas avec ceux qui l’ont posé qu’on doit chercher une solution, mais avec d’autres interlocuteurs – il y annonce refuser toute négociation avec l’AJP « qui n’est pas un syndicat » et avec laquelle il n’entend donc que « discuter ».

L’expérience du plan social, qui ne s’est désembourbé qu’après un dimanche de négociation avec les représentants des journalistes, ou celle, toute fraîche, des licenciements brutaux opérés (Jos Donvil dénonce une « grève sauvage », sans envisager que semer le vent amène souvent à récolter la tempête!) ne lui auraient donc rien enseigné?

Quant au « lock-out », dénoncé par la Fédération Européenne des Journalistes devant le conseil de l’Europe, Jos Donvil le… nie tout simplement.

« Quand un chauffeur des camion est en grève, il n’a pas besoin des clés du véhicule », explique-t-il. Mais l’accès au site web et aux réseaux sociaux du journal ont été coupés pendant deux jours, y compris ce mercredi quand les journalistes avaient décidé de la reprise du travail, sous la menace d’une nouvelle grève le vendredi, si rien ne changeait. Raison pour laquelle la direction n’a pas rouvert les robinets, argumente l’administrateur-délégué de L’Avenir.

C’est bien cela l’objet de l’alerte lancée au Conseil de l’Europe: au moment où les journalistes voulaient reprendre leur travail, c’est bien la direction qui les en a empêchés. C’est ce qu’on appelle un lock-out, tout simplement.

Tel M. Jourdain, qui faisait de la prose sans le savoir, Jos Donvil aurait-il mis en oeuvre le premier lock-out de l’histoire de la presse belge sans s’en rendre compte?

Comment donc peut-on être germanophone?


L’agitation qui a parcouru la Communauté germanophone, en fin de semaine dernière, est passée largement inaperçue des médias wallons, francophones ou néerlandophones. C’est pourtant un remarque du (pour combien de temps encore?) ministre cdH wallon des Autoroutes, Maxime Prévot, qui avait mis le petit monde politique germanophone en ébullition. Confronté à une demande de l’élue germanophone libérale Jenny Baltus-Möres, qui aurait souhaité voir installé un panneau «Willkommen in Ostbelgien», à l’intention des automobilistes et autres usagers venant d’Allemagne, à la sortie du parking d’Eynatten, sur l’autoroute Aix-la-Chapelle-Liège-Bruxelles, le bourgmestre en titre de Namur y a opposé un véto catégorique. En s’en prenant «au petit groupuscule de germanophones qui ne voient pas d’un bon œil qu’il soit rappelé qu’ils sont aussi Wallons, Wallons de langue allemande, certes, mais Wallons quand même». Et d’insister, à l’intention de Jenny Baltus-Möres que «le Corse est toujours un citoyen de la République française, le flamingant est toujours un Belge, et un germanophone est institutionnellement un Wallon».

Qu’en termes… mal choisis ces choses-là ont été dites! On imagine, d’abord, qu’en digne premier citoyen de Namur, Maxime Prévot ne pratique pas la langue de Goethe. Il n’est pourtant pas difficile de comprendre que le panneau suggéré par l’élue libérale voulait souligner… une évidence géographique: quand on vient d’Allemagne, c’est bien dans l’est de la Belgique qu’on entre, une fois la frontière franchie. Jenny Baltus-Möres n’avait pas suggéré un «Willkommen in die Deutschprachigen Gemeinshaft», qui n’aurait sans doute rien signifié pour la plupart des usagers qui viennent de franchir le Rhin; la réponse inutilement blessante du ministre, qui n’aurait pas eu de raison d’être si la demande avait été formulée telle quelle, était à la fois inopportune et déplacée.

RDGInopportune, car elle a rappelé aux élus de la Communauté germanophone le peu amène  «cantons rédimés», que leur avait asséné François de Brigode, récemment, en lançant un sujet du Journal Télévisé de la RTBF en direct des cantons de l’Est. Et plus loin, l’expression «Wallons germanophones» de Maxime Prévot, outre qu’elle ne correspond pas à la réalité, renvoyait à une expression quasi similaire jadis utilisée à leur propos par Robert Collignon, alors ministre-président de la Région wallonne.

Déplacée parce que le fait que le territoire de la Communauté germanophone soit incontestablement situé sur celui de la Région wallonne n’en fait pas de ses habitants des Wallons pour la cause. Maxime Prévot dirait-il des Bruxellois qu’ils sont forcément flamands, puisque le territoire de la Région bruxelloise est enclavé dans celui de la Flandre? Voilà qui agréerait sans doute les flamingants les plus pointus, mais… quod non, comme disent les juristes.

S’il fallait une preuve que la Communauté germanophone est si peu wallonne, il suffirait pour le ministre cdH namurois de mesurer l’absence d’impact dans les médias francophones et wallons qu’a eu cette polémique qui a agité le landerneau germanophone en fin de semaine, et qui a même rebondi jusqu’au Parlement européen, dont le seul élu germanophone… membre du même parti que M. Prévot, a déploré l’expression du ministre namurois.

M. Prévot ne connaît sans doute pas l’histoire de la région. Et il ignore donc probablement que des trois cantons de l’est de l’actuel Belgique, ceux d’Eupen, de Saint-Vith, et de Malmedy, incorporés dans la Prusse après l’empire napoléonien, puis par voie de conséquence intégrés dans l’empire d’Allemagne, seul le troisième se revendiquait ouvertement wallon.  Le vocable «Wallonie malmédienne» désigne toujours les communes francophones et wallonnes affiliées à l’Office du Tourisme des Cantons de l’Est, dont font partie également les cantons purement germanophones, même si le bilinguisme voire le trilinguisme sont largement répandus d’Eupen Saint-Vith. Qualifier leurs habitants de Wallons est donc une hérésie. Et la comparaison avec la nationalité française des Corses (rejetée par les plus pointus des nationalistes corses, soit-il rappelé au passage) ou belge des flamingants n’est pas pertinente: il n’existe pas de nationalité wallonne, encore moins de nationalisme wallon…

Il est d’ailleurs assez étonnant de voir comment les militants wallingants, tenants d’une autonomie de la Wallonie, dont Robert Collignon a été une des figures de proue, avec José Happart ou Jean-Claude Van Cauwenberghe, ont toujours été peu cohérents, en refusant pour les Germanophones ce qu’ils réclamaient pour eux-mêmes. Et en brandissant pour ce faire des arguments aussi fallacieux que… les Germanophones sont bien trop peu nombreux pour former une entité politique à part entière. La petite taille de la Communauté germanophone peut poser problème dans certaines matières, comme l’administration de la Justice, par exemple, où les magistrats germanophones sont à la fois peu nombreux et parfois trop proches pour assurer à un degré d’appel la nécessaire distance avec le degré d’instance. Mais dès lors qu’on milite pour ses propres droits, il est assez inconséquent de les refuser à d’autres,  au motif qu’ils ne pourraient pas les assumer. Comme le dit souvent un de mes (presque) anciens confrères, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est aussi celui de… s’indisposer eux-mêmes.

Maxime Prévot a, en l’espèce, raté une belle occasion de se taire. Au moment où des négociations particulièrement délicates vont s’engager, pour former une nouvelle majorité wallonne… où il côtoierait Mme Baltus-Möres,  c’est le genre de bêtise à ne pas renouveler…

Une réponse européenne sur les enjeux européens


wallonixL’encolure de Paul Magnette, le ministre-président du gouvernement wallon, et celle d’André Antoine, le président du Parlement régional, risquent gros aujourd’hui: la «une» de «Libération» risque d’avoir un effet catastrophique pour leur col de chemise!

Sur le CETA, rejeté par les seuls Wallons en Europe, nos talentueux confrères ont manifesté, une fois de plus, leur talent pour la titraille subtile mais pas obscure, mais ils n’ont pas fait preuve d’une grande originalité: il y a plusieurs jours déjà que la résistance wallonne au traité de libre-échange entre l’Union Européenne et le Canada a suscité la comparaison avec les Gaulois nés de l’imagination de René Goscinny et Albert Uderzo. Une comparaison qui a ses limites: comme le rappelait Christophe Giltay ce matin sur Bel RTL, Asterix et ses compagnons sont restés insoumis… mais n’ont jamais libéré la Gaule des Romains.

Il est un point, pourtant, sur lequel il faut rendre justice aux éminences wallonnes: leur affirmation matamoresque selon laquelle le Parlement wallon est la seule assemblée parlementaire européenne à avoir aussi bien analysé le CETA semble… correspondre à la réalité. Un tour d’Europe, incomplet je l’avoue, m’a fait voir qu’à part en Allemagne, où la controverse a été portée jusqu’à la Cour constitutionnelle, l’accord pour la mise en oeuvre provisoire du traité a été donnée  sans grands débats, dans des pays aussi variés que les Pays-Bas, l’Autriche, la Croatie, la Roumanie, la Slovénie, la Grèce, ou la France.

La raison? C’est que, dans de nombreux pays de l’Union Européenne, le débat de fond se déroulera au moment de ratifier ou non le CETA. Avec le risque que, dès lors qu’il aura déjà fonctionné pendant un certain nombre de mois, voire plusieurs années, un des arguments pour forcer la ratification sera de dire qu’il est trop tard pour revenir en arrière. La position wallonne de refuser d’autoriser la mise en oeuvre provisoire aussi longtemps que des pierres d’achoppement subsistent a dès lors toute les apparences de logique… même si, une fois l’accord donné au fonctionnement provisoire, refuser la ratification sera alors très difficile. C’est, soit dit au passage, la situation que les élus du Bundestag risquent de connaître, si la cour constitutionnelle de Karlsruhe, après avoir donné son accord conditionnel pour l’entrée en vigueur provisoire du CETA, décrète ensuite que certains de ses aspects sont incompatibles avec la loi fondamentale allemande.

La position wallonne serait évidemment à l’abri de toute critique, si elle était vierge des préoccupations de politique intérieure déjà évoquées ici: volonté de couper l’herbe sous les pieds du PTB pour le PS, d’Ecolo pour le cdH; relations exécrables entre le gouvernement wallon PS-cdH et le Premier ministre fédéral MR Charles Michel (qui, soit dit au passage, a eu un commentaire particulièrement maladroit, voire méprisant, sur le Parlement wallon, dont la légitimité est égale à la sienne); et plaisir de faire un pied de nez à la Flandre rabique, qui n’a pas voulu d’hiérarchie entre loi fédérale et décrets régionaux, et se retrouve ainsi prise à son propre piège.

Mais, si besoin en était, cette pantalonnade démontre encore de façon plus claire que, sur des sujets européens controversés, la seule manière de s’en sortir est de confier plus de responsabilités au Parlement européen, en lui donnant, par exemple, la possibilité de renvoyer la Commission en place, et, surtout du référendum européen, déjà évoqué sur ce blog, qui, tel qu’il était prévu, serait décisif à condition de réunir non seulement une majorité, voire une majorité qualifiée, parmi la population européenne, mais aussi dans une majorité, ou une majorité qualifiée, d’États-membres. Comme le dit un vieux proverbe: chaque chose à sa place, et les vaches seront bien gardées.