Stéphane Moreau parti, que subsistera-t-il de Nethys?


 

Ainsi donc, le départ de Stéphane Moreau, l’administrateur-délégué de Nethys, réclamé en vain depuis trois ans par l’autorité wallonne, serait prochain, si on doit en croire les confidences de Pierre Meyers, le président du conseil d’administration de la société au Soir de ce jour?

Cette sortie de scène avant que les nouvelles procédures envisagées, après examens et débats d’usage, par le Parlement wallon et par Pierre-Yves Dermagne, le tout nouveau ministre régional des Pouvoirs locaux, ne puissent arriver à leur terme, correspondrait assez au personnage, qui se croit ou se sait hors d’atteinte. Une forme de pied de nez ultime…

Mais surtout, avec les révélations en chaîne des offres liantes conclues pour la vente du réseau VOO au fonds d’investissement états-unien Equity Providence et pour celle de WIN, la filiale de Nethys en charge des nouvelles technologies à la société Ardentia Tech créée ensuite par François Fornieri, administrateur de Nethys, qui en a confié la gestion quotidienne à Stéphane Moreau dans un parfum de double conflit d’intérêts; après l’annonce de la cession prochaine d’Elicio, la filiale « Énergies nouvelles » de Nethys à un consortium formé de John Cockerill, ci-devant CMI et… Ardentia Tech à nouveau, puis avec les récentes envisagées de la compagnie d’assurance L’Intégrale –peut-être à DKV, mais la piste d’un rapprochement avec APICIL, mutualité française déjà actionnaire de L’Intégrale, est évoqué par Nethys- et in fine le dégagement de Nethys des Éditions de l’Avenir (une décision qui ne désolerait pas leurs rédactions), c’est à un nettoyage industriel par le vide que le patron de Nethys semble occupé essentiellement pour l’instant.

Une fois cette coquille vide, et NewCo1, où est actuellement logée la marque VOO tranformée en instrument financier, sur le mode de Finanapart, dont la suppression vient d’être décidée, il n’aurait évidemment que peu de raisons d’y rester.

Reste l’ironie des commentaires des responsables politiques qui défendaient naguère sa gestion malgré ses errements en plaidant que la direction du câble wallon restait en Wallonie alors que celle du câble flamand était depuis longtemps entre mains états-uniennes. Et, si nous étions échevin des Finances d’une commune liégeoise, des questions nous tarauderaient sur l’usage qui a été fait des investissements réalisés à l’époque lointaine où l’Association Liégeoise d’Électricité était dirigée par des responsables pénétrés de l’idée de l’initiative publique. Et qui en investissant dans la câblo-distribution il y a un demi-siècle, étaient encore bien plus visionnaires qu’ils ne le pensaient

Retrait prudent

Un rebondissement: Stéphane Moreau a annoncé son retrait de la structure d’Ardentia Tech. Manière d’écarter définitivement tout soupçon de conflit d’intérêt, malgré les assurances données en la matière par le président du conseil d’administration de Nethys, Pierre Meyers? Ce dernier a pourtant donné toutes les assurances que les dispositions du Code des entreprises ont été respectées, sous le regard d’éminents avocats.

Mais reste peut-être une forme de délit d’initiés. L’infraction ne touche qu’à des sociétés cotées (la désormais ex-patronne de Proximus en fait l’expérience pour l’instant), mais il n’empêche, dans les opérations annoncées, il doit y avoir eu comme une distorsion de concurrence: au moment où le conseil d’administration de Nethys a décidé de vendre les filiales concernées, un de ses administrateurs a pu les racheter avant que la mise en vente ne soit officiellement annoncée. D’autres amateurs potentiels se sont depuis lors fait connaître, et on estimé que le prix de vente de ces filiales était sous-estimé. On attendra les avis des experts mandatés par le conseil d’administration d’Enodia, puis un éventuel débat au Parlement wallon, pour savoir le fin mot de cette histoire.

Reconstruire la confiance aux Éditions de l’Avenir? Il est long le chemin…

Reconstruire la confiance aux Éditions de l’Avenir? Il est long le chemin…


Copains de Nice-MatinUne délégation de journalistes français de Nice-Matin a tenté, ce mardi, de s’initier aux arcanes du système politique belge.

Il n’est pas sûr qu’ils ont pu en saisir toute les subtilités en une courte visite, et qu’ils peuvent désormais distinguer le Parlement wallon du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, où ils ont assisté à un débat sur les violations de la liberté de la Presse dont la direction s’est rendue coupable, en début de mois, à l’égard des journalistes de L’Avenir, auxquels ils étaient venus témoigner de leur solidarité.

Ce qu’ils ont constaté, par contre, c’est que l’opacité de la gestion de Nethys, dont ils se plaignent en bordure de Méditerranée, est identique au confluent de la Sambre et de la Meuse. Quand Jos Donvil, l’administrateur-délégué de L’Avenir, et Yves Berlize, son directeur général, ignorant volontairement l’ordre du jour de la réunion, sont revenus sur la nécessité à leurs yeux absolue d’un plan social qui décime la rédaction, tout en affichant l’objectif illusoire de faire de L’Avenir le «numéro 1 (sic) en Belgique» francophone, mon excellent confrère, Albert Jallet, délégué de l’Association des Journalistes Professionnels (AJP) a résumé qu’avec Nethys « On va…; on va…; on va…» mais surtout, depuis 2013, on ne voit rien venir. À Namur pas plus qu’à Nice. L’appel à rebâtir la confiance lancé par plusieurs élus, mettra encore longtemps à se concrétiser…

lavenirSans surprise, la direction des Éditions de l’Avenir a réaffirmé son attachement à la liberté de la Presse, et s’est défendue becs et ongles contre toute forme de «lock-out» ou de censure, avec la condition imposée, le mercredi 6 mars, à l’impression du quotidien.

«Il suffit de regarder la définition de « lock-out » au dictionnaire», ont notamment invité Jos Donvil et Yves Berlize.

L’argument est court. Le dictionnaire enregistre la signification des mots à un moment «M», mais la modifie dès que l’usage en élargit l’extension. Pensons par exemple au glissement de sens du verbe «bluffer», qu’on entend plus aujourd’hui au sens d’«impressionner», que de «tromper»….

Lock-out ou non, la réaction de la direction des Éditions de l’Avenir a été «disproportionnée», ont constaté tant le ministre des Médias, Jean-Claude Marcourt, que le député MR Olivier Maroy, qui n’a pas oublié son passé de journaliste.

La volonté d’éviter une répétition du «journal pirate» (sic) du 16 février –«l’information appartient aux lecteurs», a rappelé le secrétaire général de la Fédération Européenne des Journalistes; «L’enquête était rigoureuse et fouillée» a insisté Martine Simonis, secrétaire générale de l’AJP; la publication des pages de ce «collector» a suivi un processus normal, avec validation à plusieurs étages, mais en laissant le directeur des rédations «réputé rapporter à Stéphane Moreau» dans l’ignorance de l’opération, a précisé votre serviteur – ne justifiait pas la fermeture de l’accès au site Web et aux réseaux sociaux du journal du lundi 4 au mercredi 6 mars inclus. Une fermeture que ne pouvait expliquer une pseudo opération de maintenance, opérée par un technicien de Nethys, appelé sur place, mais qui était là, aux dires d’Yves Berlize, par hasard, parce qu’il était justement de passage ce jour-là, pour tout autre chose… dont on ne saura rien.

En l’occurrence, comme M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir, la direction des Éditions de l’Avenir  a pratiqué ces jours-là une forme de lock-out sans s’en rendre compte. Et qui pourrait dans les mois à venir avoir pour conséquence d’élargir la portée même du terme. De toute manière, a conclu Fabian Culot, un élu MR qui n’a pas oublié être administrateur d’Enodia, l’ex-Publifin, «seul un juge pourrait dire s’il y a eu ou non lock-out». Et par essence, la commission des Médias du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles n’est pas un tribunal.

Il a aussi été question des licenciements ciblés opérés par la direction, en début de congé de carnaval. Les demandes d’explication de Stéphane Hazée (Ecolo) ou de Benoît Drèze (cdH) sur les motivations de ces licenciements, en l’absence de tout nouvel organigramme de la rédaction, qui laissent notamment sans responsable un service central comme celui de l’info générale du journal (une première, sans aucun doute, dans la Presse belge), n’ont amené dans le chef d’Yves Berlize, que des explications très générales, du style «critères opérationnels, simplification, mutualisation au sein de Voo». Tout de même, Jos Donvil a affirmé que les trois confrères ainsi éjectés avaient refusé les réinsertions-sanctions acceptées par les syndicats sans la moindre concertation avec les intéressés. Deux de ces derniers contestent la véracité de cette assertion. La stratégie d’intimidation, décrite notamment par votre serviteur, ne s’en déploie pas moins.

«Comment en sortir par le haut?» ont demandé plusieurs membres de la Commission. Comment rebâtir la confiance?

Comme l’a exprimé Albert Jallet, la tâche est bien difficile quand les représentants de la rédaction, invités à une réunion par la direction pour discuter réorganisation -un souci bien tardif des dirigeants des Éditions de l’Avenir, qui se sont rendu compte du risque, qui leur avait été signalé, de perdre l’aide à la Presse de la Fédération Wallonie-Bruxelles: tous deux néerlandophones, ils ne sont sans doute pas bien au fait d’un système que la Flandre a supprimé il y a lonlgtemps, au profit d’encarts publicitaires de la Région dans les quotidiens flamands- ils se retrouvent face à leurs interlocuteurs… accompagnés de leur avocat.

Ce mardi, en commission, Jos Donvil et Yves Berlize ont remis cela. C’est en compagnie de deux (éminents) juristes, avec lesquels ils avaient apparemment travaillé leur prestation la veille, durant toute la journée, qu’ils se sont présentés devant les députés.

Nous n’avons rien contre les avocat, surtout quand l’un d’entre eux, préside un club de football où l’on parle encore wallon, sponsorisé par… Voo, qui en accorde toutefois bien plus à l’autre club (honni) de la ville. Mais leur audition n’était pas prévue par la commission. Malgré la plaidoirie vigoureuse de Fabian Culot, lui-même avocat, en leur faveur, la seule voix de Stéphane Hazée a suffi pour que la parole ne leur soit pas accordée. Car, comme l’avait indiqué Isabelle Moinet, la présidente de la commission, l’unanimité était requise pour modifier la liste des personnes entendues.

Stéphane Hazée a eu raison de s’opposer à ce qu’on donne la parole à l’un des deux avocats de la direction des Éditions de l’Avenir. Non qu’il y avait à redouter d’un exposé qu’on devine brillant, et dont le propos était, sans aucun doute, de dénier le moindre «lock-out», les 4, 5, et 6 mars dernier. On aurait juste curieux d’entendre s’il abordait la censure préalable imposée par l’actionnaire avant de donner le feu vert à l’impression du journal du 6.

Ce qui choque surtout, dans la démarche, c’est à nouveau l’inélégance de la direction des Éditions de l’Avenir qui n’avait pas fait part à ses contradicteurs de sa volonté de donner la parole à l’un de ses avocats.

Comment voudrait-on que, devant pareille duplicité; devant l’obstination à ne pas prendre en considération les motions unanimes, non de la rédaction mais de l’ensemble du personnel des Éditions de l’Avenir, contre le directeur des rédactions; et devant l’inertie d’un actionnaire qui ne se manifeste pas seulement à Namur, mais à Nice, la confiance puisse se reconstruire?

Comme l’a dit à plusieurs reprises Martine Simonis, au cours de cet après-midi tendu, «les faits sont têtus»….

 

 

Éditions de l’Avenir: les 2% qui révèlent l’intention


Les masques sont tombés, ce lundi, aux Éditions de l’Avenir avec la fin de non-recevoir brutale opposée par la direction, obéissant aux ordres venus d’en haut, à la demande de l’Association des Journalistes Professionnels d’application d’une convention de travail et de rémunération des journalistes du groupe. Cette demande aurait eu pour effet d’améliorer de… 2% l’offre faite aux journalistes susceptibles de partir en RCC (Régime de chômage avec complément d’entreprise) et donc de rendre possible l’exécution du plan social signé par les syndicats il y a quelques semaines. Le refus de la direction témoigne, en dépit des dénis répétés de Nethys, l’actionnaire unique des Éditions de l’Avenir (EdA), de sa volonté de licencier des journalistes ciblés, notamment ceux qui ont relaté les débats nés des graves dysfonctionnements relevés tant au sein de Nethys que de son actionnaire public, l’intercommunale Publifin aujourd’hui rebaptisée Enodia.

L’existence d’une telle «liste noire» a été évoquée, il y a de nombreuses semaines déjà, par l’hebdomadaire «Le Vif»; elle a été démentie rapidement et à plusieurs reprises tant par la direction des Éditions de l’Avenir que par l’actionnaire principal de la société. Tout laisse entendre que sa réalité sera démontrée dès lundi prochain, quand la même direction des EdA transmettra au ministère de l’Emploi, une liste de cinquante noms, dont une majorité de personnes visées par un licenciement «sec», essentiellement des journalistes, dans l’espoir de faire reconnaître l’entreprise comme entreprise en restructuration.

Kris Peeters, ministre fédéral de l’Emploi, n’aura peut-être guère d’attention pour ce dossier: il lui serait bon de se rappeler que sa nature n’est pas essentiellement économique, mais politique, sociétale et démocratique. Et que la précipitation en la matière serait mauvaise conseillère.

Un accord incontesté

L’argumentation développée hier par le porte-parole de Nethys démontre la faiblesse du démenti qu’il a à nouveau apporté ce lundi à l’existence d’une «liste noire» de journalistes.

«L’AJP, explique-t-il, conteste un accord intervenu un décembre dernier dans le cadre du plan de restructuration (NB: enfin un aveu: jusque-là, la direction parlait toujours hypocritement de «plan de redéploiement») de L’Avenir, approuvé par 84% du personnel».

Premier enfumage: l’Association des Journalistes Professionnels ne conteste pas cet accord, dont le personnel n’avait approuvé que le principe, mais pas le contenu.

Elle a simplement demandé que, dans le cadre de ce plan, la direction des EdA applique les dispositions de la convention de travail et de rémunération des journalistes qu’elle a délibérément choisi d’ignorer. Comme, pour rappel, elle avait choisi de contourner un autre accord, sur la nomination d’une rédactrice ou d’un rédacteur en chef, pour imposer un directeur des rédactions frappé par une motion de défiance générale.

La demande de l’AJP ne remet donc pas en cause cet accord. Elle ne vise pas non plus à obtenir pour les journalistes un quelconque privilège: revendiquer le repect d’un accord social est un droit. Par surcroît, l’application de cette convention améliorerait un fifrelin (2%: un total de 180000 euros sur un coût global de 9 millions) l’offre faite aux journalistes susceptibles de partir en RCC et aiderait donc à atteindre l’objectif des 50 équivalents temps-plein (ETP) que le plan social a fixé. Le refus de la direction témoigne clairement de sa volonté de passer par des licenciements ciblés. De quoi accréditer l’idée d’une «liste noire».

Qui est qui?

«Les dispositions de cet accord ont été négociées entre la direction des Éditions de l’Avenir et les syndicats et en aucun cas avec Nethys»  ajouté le porte-parole.

Qu’en termes pesés cette chose-là est dite: oui, la direction des Éditions de l’Avenir a négocié l’accord. Mais pas de manière autonome. Sous contrôle de son conseil d’administration, d’abord, présidé par Pol Heyse, dirigeant de Nethys et quasi-exclusivement composé de représentants de Nethys, actionnaire unique de l’entreprise!

Alors, on peut jouer sur les mots. Mais la réalité du pouvoir au sein des Éditions de l’Avenir est évidemment chez Nethys. S’il n’en fallait qu’une preuve supplémentaire, son administrateur-délégué est… salarié de Nethys. Les multiples suspensions de séance, au cours des négociations, sollicitées par la direction qu’on devinait demander ses instructions à Liège, en est une autre. Et la preuve cardinale en est le maintien à son poste d’un directeur des rédactions imposé par Stéphane Moreau, administrateur-délégué de Nethys, qui entend le maintenir contre vents et marées, et malgré les avis contraires de la direction même des EdA!

Le porte-parole de Nethys est payé pour tenter de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Mais la ficelle utilisée, là, est vraiment trop grosse. Et son démenti sur l’existence d’une «liste noire» de journalistes tombe à plat. Heureusement, dans la vie réelle, le nez de celles et ceux qui disent ce qui n’est pas ne s’allonge pas, comme celui de Pinocchio!

Où notre contradicteur a parfaitement raison, par contre, c’est quand il rappelle que le plan social a été négocié entre la direction des EdA et les syndicats, avec des délégués de l’AJP présents au titre seulement d’observateurs. L’AJP n’a donc pas signé cette convention, négociée à la hussarde, et sous une pression du temps tout à fait artificielle (l’intention de licencier a été annoncée le 24 octobre, et tout devait être bouclé pour le 21 décembre: cette négociation aurait pu, ou plutôt dû, être entamée au moins trois mois plus tôt!). L’eût-elle fait, comme elle avait été invitée à le faire chez Rossel, par exemple, une clause discriminatoire à l’égard des journalistes n’y aurait pas été maintenue. Faute d’atteinte de l’objectif de 50 EQT, y lit-on, il sera procédé à des licenciements… de journalistes.

Et après cela, on nous baladera encore en prétendant qu’il n’existe pas de liste préétablie? Mieux vaut lire ou entendre cela que d’être sourd ou aveugle, dira-t-on. Pas sûr…

Une étrange conception de la gouvernance


Alain JeunehommeLa décision de rachat des Éditions de l’Avenir par l’intercommunale Tecteo, ou plutôt, par la SA Tecteo Services pour compte de Tecteo, a fait une première victime: Alain Jeunehomme a été dégommé de son poste d’administrateur de l’intercommunale, et, dans la foulée, de sa fonction de chef de cabinet de la ministre des Classes moyennes. Sabine Laruelle a, à cette occasion, subi un cruel camouflet, puisque le matin même de la défenestration de son chef de cab’, s’affichant «cool et pas frustrée», elle lui maintenait sa confiance, dès lors qu’il appliquait ses consignes au sein de son cabinet.

Le crime d’Alain Jeunehomme? N’avoir pas obtempéré aux consignes de son président provincial, Daniel Bacquelaine, qui lui demandait de ne pas approuver le rachat, ou, à défaut, d’exiger le report de la décision.

Chose étrange: d’autres administrateurs, apparemment, n’avaient pas reçu les mêmes consignes. Ou alors les ont ignorées, mais sont restés néanmoins en place.

Cette démission (plus ou moins) volontaire n’en interpelle pas moins, car elle renvoie à la manière dont sont gérées des sociétés publiques. Ou plus exactement à la conception dont certains responsables politiques de haut niveau ont de la gestion des sociétés publiques.

Car enfin, la responsabilité d’administrateurs, qu’ils soient publics ou privés, c’est de veiller aux intérêts de la société dont ils ont la charge. Et, nous l’avons dit ici, en rachetant les Éditions de l’Avenir, c’est une société saine que Tecteo a acquise. Dans une perspective économique qui peut se justifier: l’apport de contenu régional doit permettre à l’intercommunale de garnir son offre sur le Web, alors que de son côté, le groupe de presse trouve dans cette reprise un partenaire spécialisé, susceptible d’accompagner le développement de ses applications payantes.

da6eb862-4bfe-4f06-8df4-0561e2ff4183_PICTUREY avait-il urgence? On l’invoque par l’imminence, faute de décision, du rachat des Éditions de l’Avenir par Rossel. Lequel avait fait offre de reprise, et n’a jamais caché son intérêt pour un rachat, suivi d’une fusion des EdA avec sa filiale Sud-Presse. Avec, là aussi, une logique (?) économique: la colonne vertébrale de «L’Avenir» est la Nationale 4, et la dorsale wallonne celle des quotidiens de Sud-Presse. Pareille fusion aurait conduit à l’union contre nature de deux quotidiens qui abordent l’actualité régionale de manière radicalement différente, et aurait entraîné un bain de sang social. Et surtout, l’acquisition des Éditions de l’Avenir aurait mis 85% de la presse écrite quotidienne francophone dans les mains de Rossel. Le discours sur le pluralisme qu’on entend dans le chef de certains prend tout à coup une singulière dimension…

Le véto imposé par Charles Michel à ses administrateurs; ou la volte-face de Dominique Drion, qui, après avoir approuvé le rachat, a réclamé la convocation d’un conseil d’administration; voire même l’appel d’Emily Hoyos aux «amis de la liberté de la presse» n’en apparaissent pas dès lors, bien éloigné d’un principe de bonne gouvernance dans le chef du président du MR; incohérente pour l’administrateur cdH de Tecteo; et assez grandiloquent dans la bouche de la coprésidente d’Ecolo. Et l’on sent bien, surtout chez le premier nommé, la volonté de tailler des croupières à l’homme fort de Tecteo, le bourgmestre d’Ans, Stephane Moreau, dont nous avons déjà dans ce blog épinglé la conception des relations sociales; de l’observation des normes législatives en matière d’incompatibilités de fonctions; ou encore du respect de la liberté de la presse, à propos de sa plainte pour un montant total de 6 millions d’euros à l’égard du «Soir» et d’un journaliste indépendant liégeois.

Et là, désolé: certains politiques se servent du rachat des Éditions de l’Avenir pour tenter de se refaire un peu rapidement une virginité, eux qui ont laissé Tecteo et son patron échapper à toute forme de tutelle.

Car enfin, il y a eu au Parlement wallon une proposition de décret, émanant de Bernard Wesphael, pour conserver la tutelle régionale sur une intercommunale supra-régionale, en fonction de son territoire principal d’implantation. Mais cette proposition de l’ancien chef de groupe des «Verts», un des meilleurs connaisseurs du dossier Tecteo, est restée lettre morte…

Et puis, c’est… à l’unanimité qu’a été créée la société anonyme Tecteo Services, celle qui a permis à Stéphane Moreau de ceindre l’écharpe mayorale à Ans tout en restant CEO de Tecteo, et celle-là même qui vient d’acquérir les Éditions de l’Avenir. Tecteo Services a procédé à cette acquisition le plus légalement du monde, en utilisant la délégation de pouvoir qui lui permet de mobiliser des fonds de l’intercommunale, pour procéder à tout investissement s’inscrivant, fût-ce de manière très large, dans son objet.

En s’en prenant à la décision de rachat, MR, cdH et Ecolo se tirent donc une balle dans le pied. Ils ne servent en tout cas ni le pluralisme, ni l’indépendance journalistique. Et sur ce dernier point, qu’ils ne s’en fassent donc pas: la rédaction de «L’Avenir» sait comment se défendre!