Je croirais à l’automobile électrique si….


Voiture électriqueAlors que le Salon de l’auto bat son plein à Bruxelles, la campagne de promotion pour la voiture électrique a pris une vigueur particulière. Est-ce le véhicule de l’avenir? J’avoue mon scepticisme, et le mot est faible. Mais je veux rester positif, et dirai que je pourrais croire à l’automobile électrique si…

 

  • la production de véhicules électriques ou hybrides ne constituait pas pour l’industrie automobile un moyen de ramener l’émission moyenne de CO2 des différents modèles mis en vente sous des niveaux qui lui vaudraient de sérieuses amendes
  • cette campagne de promotion ne rappelait pas celle qui a poussé de nombreux automobilistes à troquer leur véhicule à essence contre un véhicule diesel, souvent en dépit de toute logique, il y a quelques années, au motif qu’ils émettaient moins de CO2 et étaient donc moins nuisibles pour l’environnement
  • cette campagne promotionnelle ne rappelait pas celle qui a mis récemment en cause le moteur diesel – alors que de nombreux usagers, donc, s’étaient tournés vers cette motorisation – responsable d’émission de particules fines, nuisibles pour l’environnement et la santé.
    • cette campagne a eu des effets rapides, et dès l’an dernier, les véhicules à essence ont repris le dessus. Résultat des courses: la pollution au CO2 est repartie à la hausse en Belgique l’année passée
  • le secteur automobile dans son ensemble n’acceptait, pour les batteries électriques indispensables aux modèles électriques ou hybrides, que des métaux rares extraits dans des régions où le travail des enfants est interdit et où les mineurs reçoivent un salaire décent
    • «Plus de la moitié du cobalt mondial, que l’on retrouve dans les batteries de la plupart des véhicules électriques et des téléphones portables, vient de RDC, où 20 % du cobalt est extrait à la main, dans le cadre de ce que l’on appelle l’exploitation minière artisanale.

      Des recherches menées par Amnesty International ont montré que les mineurs congolais qui extraient le cobalt dans ces mines artisanales travaillent dans des couloirs souterrains étroits et dangereux et manipulent des minerais nocifs sans équipement de sécurité ou de protection de base. Des enfants âgés de sept ans pour les plus jeunes ont été vus en train de travailler aux côtés d’adultes jusqu’à 12 heures par jour, triant des minerais et portant de lourdes charges pour gagner l’équivalent d’un ou deux dollars. Les autorités du gouvernement chargées de garantir le respect des normes de santé et de sécurité et d’empêcher le travail des enfants ferment les yeux sur ces agissements ou ne font pas appliquer la loi.

      Les négociants et les sociétés qui achètent ces minerais le font en général sans poser de questions élémentaires à propos de l’origine des matières premières ou des conditions dans lesquelles elles ont été extraites, comme l’exigent les normes internationales. Des enfants âgés de sept ans pour les plus jeunes ont été vus en train de travail.

      C’est ainsi que du cobalt lié aux pires formes de travail des enfants et  à autres graves atteintes aux droits humains est apparu dans les chaînes d’approvisionnement internationales de fabricants de batteries qui collaborent avec certaines des plus grandes marques automobiles et électroniques du monde» a communiqué Amnesty International, le 1er mai 2018.

    • Curieusement, cette iniquité n’est jamais évoquée par les promoteurs des véhicules électriques ou hybrides. Ni par les producteurs de Smartphones. Un tel engagement permettrait une amélioration réelle des conditions de vie des «creuseurs» qui extraient ces métaux rares; et favoriseraient le développement des pays concernés.

    • Le prix des batteries électrique s’en retrouverait multiplié par cinq, dix, vingt, ou plus. Mais l’industrie automobile n’en aurait cure, puisqu’elle le répercuterait de toute manière sur les usagers. Lesquels, en y allant de leur portefeuille, poseraient consciemment un vrai geste pour la défense de la planète.
  • si le problème de la production d’électricité, nécessaire pour alimenter ces véhicules électriques ou hybrides n’était pas régulièrement ignoré ou minoré

    • Un bel exemple d’enfumage a été donné récemment par le patron d’Engie. «L’augmentation de consommation liée à la voiture électrique ne représenterait que 3%, selon nos prévisions. Ça n’aurait pas un effet important par rapport à la consommation globale» a posé Philippe Van Troeye. (https://www.lavenir.net/cnt/dmf20200106_01427507/1-million-de-voitures-c-est-3pct-de-l-electricite)  Le calcul est basé sur le nombre d’un million de voitures électriques à l’horizon 2030, soit 20% d’un parc automobile belge qui, au 1er août dernier, se chiffrait à 5.889.210 voitures privées. Mais, surtout si la campagne de promotion ne fait que s’intensifier au fil des ans, la proportion ne se limitera pas à un cinquième du parc automobile. Et même dans ce cas de figure, sauf à prolonger des centrales nucléaires, Engie convient qu’il faudrait… des centrales au gaz en plus. Donc des unités de production polluantes. On tourne donc en rond… même si on peut être sûr qu’en cas de hausse de la consommation due à l’augmentation du parc de véhicules électriques, il ne faudra pas attendre longtemps pour voir formuler des demandes de prolongation de la durée de vie de centrales nucléaires dont la mise à l’arrêt est censée démarrer en 2025…
      • Soit dit au passage, le 3% de consommation supplémentaire à l’horizon 20130 ne doit pas être sous-estimé comme le font les dirigeants d’Engie: quand la consommation d’électricité, certains soirs d’hiver, sera maximale, 3% supplémentaires pourraient représenter le point de rupture, et la grande panne maintes fois annoncée surviendrait enfin.
  • Si le problème du recyclage des batterie électriques était enfin débattu avec honnêteté.
    • On ignore si le propriétaire de la Tesla accidentée dont aucun ne voulait a trouvé solution à son problème. À part sur  Euronews (https://fr.euronews.com/2019/11/21/autriche-une-tesla-dont-personne-ne-veut), on n’a guère vu cette nouvelle répercutée.
    • On n’en est bien sûr qu’au début de l’expérience des véhicules électriques, et des filières de recyclage doivent encore se mettre en place, et se perfectionner, mais dans l’état actuel des choses, le taux de recyclage reste effectivement très bas, et l’opération est aléatoire
      • «Sans recyclage, le risque serait, qu’à terme, des accumulateurs abandonnés de cette technologie (NB: au lithium) soient emportés par des incendies, créant d’importantes fumées irritantes et toxiques, susceptibles de contenir du fluorure d’hydrogène. Le lithium est un métal qui attaque les tissus organiques. Il réagit avec l’oxygène, l’azote et la vapeur d’eau contenus dans l’air pour former une substance, elle aussi, particulièrement corrosive» peut-on lire sur un site spécialisé ( https://www.automobile-propre.com/dossiers/recyclages-batteries-voitures-electriques/). «Fondre totalement la chaîne de recyclage des batteries de traction embarquées dans les voitures électriques et hybrides avec celui des autres accumulateurs n’est pas forcément la meilleure solution. C’est pourquoi des structures spécialisées sont nées», poursuit le même site. Il est plus loin question de la mise en place d’un «démonstrateur industriel en amont du recyclage»,, et ,  «d’allongement de la durée de vie» des batteries, «en partenariat avec les constructeurs automobiles concernés», et d’«applications de stockage tampon» qui permettent «de baisser globalement la pollution générée par les batteries, depuis l’extraction des matières premières jusqu’au recyclage final». L’impression qui se dégage de tout cela, c’est que, si on atteint une proportion d’un cinquième du parc automobile belge en électrique à l’horizon 2030, le problème du recyclage se posera tout de suite de manière très très aiguë.

  • si parallèlement à cette promotion de l’électrique ou de l’hybride, des alternatives au moins aussi respectueuses de l’environnement, étaient développées avec autant d’intensité.

 

 

    • Pompe à CNGLe gaz naturel comprimé (CNG) est d’ores et déjà opérationnel. Il est notoirement moins cher et moins polluant que les carburants fossiles. Problème: les modèles disponibles sont rares. Et trouver un point d’approvisionnement relève pour l’instant de la chasse au trésor!

 

 

    • Batterie à hydrogèneL’hydrogène n’émet ni C02, ni particules fines, mais simplement de la vapeur d’eau. Là aussi, les modèles sont rares et hyper chers. Et on ne compte que… deux stations d’approvisionnement en Belgique.
      • Le caractère inflammable de l’hydrogène  (cf. la tragédie du Hindenburg, gonflé au dihydrogène en 1937, a été la première catastrophe filmée en direct) de l’hydrogène est régulièrement mis en cause (mais l’essence elle-même, ou le diesel, sont eux aussi hautement inflammable…) de même que ses effets corrosifs. Mais tout cela semble poser des problèmes moins insolubles que le recyclage des batteries au lithium ci-dessus.

Voilà la question exposée. Je peux être convaincu par le véhicule électrique. Il ne reste «plus qu’à…»

Éditions de l’Avenir: les 2% qui révèlent l’intention


Les masques sont tombés, ce lundi, aux Éditions de l’Avenir avec la fin de non-recevoir brutale opposée par la direction, obéissant aux ordres venus d’en haut, à la demande de l’Association des Journalistes Professionnels d’application d’une convention de travail et de rémunération des journalistes du groupe. Cette demande aurait eu pour effet d’améliorer de… 2% l’offre faite aux journalistes susceptibles de partir en RCC (Régime de chômage avec complément d’entreprise) et donc de rendre possible l’exécution du plan social signé par les syndicats il y a quelques semaines. Le refus de la direction témoigne, en dépit des dénis répétés de Nethys, l’actionnaire unique des Éditions de l’Avenir (EdA), de sa volonté de licencier des journalistes ciblés, notamment ceux qui ont relaté les débats nés des graves dysfonctionnements relevés tant au sein de Nethys que de son actionnaire public, l’intercommunale Publifin aujourd’hui rebaptisée Enodia.

L’existence d’une telle «liste noire» a été évoquée, il y a de nombreuses semaines déjà, par l’hebdomadaire «Le Vif»; elle a été démentie rapidement et à plusieurs reprises tant par la direction des Éditions de l’Avenir que par l’actionnaire principal de la société. Tout laisse entendre que sa réalité sera démontrée dès lundi prochain, quand la même direction des EdA transmettra au ministère de l’Emploi, une liste de cinquante noms, dont une majorité de personnes visées par un licenciement «sec», essentiellement des journalistes, dans l’espoir de faire reconnaître l’entreprise comme entreprise en restructuration.

Kris Peeters, ministre fédéral de l’Emploi, n’aura peut-être guère d’attention pour ce dossier: il lui serait bon de se rappeler que sa nature n’est pas essentiellement économique, mais politique, sociétale et démocratique. Et que la précipitation en la matière serait mauvaise conseillère.

Un accord incontesté

L’argumentation développée hier par le porte-parole de Nethys démontre la faiblesse du démenti qu’il a à nouveau apporté ce lundi à l’existence d’une «liste noire» de journalistes.

«L’AJP, explique-t-il, conteste un accord intervenu un décembre dernier dans le cadre du plan de restructuration (NB: enfin un aveu: jusque-là, la direction parlait toujours hypocritement de «plan de redéploiement») de L’Avenir, approuvé par 84% du personnel».

Premier enfumage: l’Association des Journalistes Professionnels ne conteste pas cet accord, dont le personnel n’avait approuvé que le principe, mais pas le contenu.

Elle a simplement demandé que, dans le cadre de ce plan, la direction des EdA applique les dispositions de la convention de travail et de rémunération des journalistes qu’elle a délibérément choisi d’ignorer. Comme, pour rappel, elle avait choisi de contourner un autre accord, sur la nomination d’une rédactrice ou d’un rédacteur en chef, pour imposer un directeur des rédactions frappé par une motion de défiance générale.

La demande de l’AJP ne remet donc pas en cause cet accord. Elle ne vise pas non plus à obtenir pour les journalistes un quelconque privilège: revendiquer le repect d’un accord social est un droit. Par surcroît, l’application de cette convention améliorerait un fifrelin (2%: un total de 180000 euros sur un coût global de 9 millions) l’offre faite aux journalistes susceptibles de partir en RCC et aiderait donc à atteindre l’objectif des 50 équivalents temps-plein (ETP) que le plan social a fixé. Le refus de la direction témoigne clairement de sa volonté de passer par des licenciements ciblés. De quoi accréditer l’idée d’une «liste noire».

Qui est qui?

«Les dispositions de cet accord ont été négociées entre la direction des Éditions de l’Avenir et les syndicats et en aucun cas avec Nethys»  ajouté le porte-parole.

Qu’en termes pesés cette chose-là est dite: oui, la direction des Éditions de l’Avenir a négocié l’accord. Mais pas de manière autonome. Sous contrôle de son conseil d’administration, d’abord, présidé par Pol Heyse, dirigeant de Nethys et quasi-exclusivement composé de représentants de Nethys, actionnaire unique de l’entreprise!

Alors, on peut jouer sur les mots. Mais la réalité du pouvoir au sein des Éditions de l’Avenir est évidemment chez Nethys. S’il n’en fallait qu’une preuve supplémentaire, son administrateur-délégué est… salarié de Nethys. Les multiples suspensions de séance, au cours des négociations, sollicitées par la direction qu’on devinait demander ses instructions à Liège, en est une autre. Et la preuve cardinale en est le maintien à son poste d’un directeur des rédactions imposé par Stéphane Moreau, administrateur-délégué de Nethys, qui entend le maintenir contre vents et marées, et malgré les avis contraires de la direction même des EdA!

Le porte-parole de Nethys est payé pour tenter de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Mais la ficelle utilisée, là, est vraiment trop grosse. Et son démenti sur l’existence d’une «liste noire» de journalistes tombe à plat. Heureusement, dans la vie réelle, le nez de celles et ceux qui disent ce qui n’est pas ne s’allonge pas, comme celui de Pinocchio!

Où notre contradicteur a parfaitement raison, par contre, c’est quand il rappelle que le plan social a été négocié entre la direction des EdA et les syndicats, avec des délégués de l’AJP présents au titre seulement d’observateurs. L’AJP n’a donc pas signé cette convention, négociée à la hussarde, et sous une pression du temps tout à fait artificielle (l’intention de licencier a été annoncée le 24 octobre, et tout devait être bouclé pour le 21 décembre: cette négociation aurait pu, ou plutôt dû, être entamée au moins trois mois plus tôt!). L’eût-elle fait, comme elle avait été invitée à le faire chez Rossel, par exemple, une clause discriminatoire à l’égard des journalistes n’y aurait pas été maintenue. Faute d’atteinte de l’objectif de 50 EQT, y lit-on, il sera procédé à des licenciements… de journalistes.

Et après cela, on nous baladera encore en prétendant qu’il n’existe pas de liste préétablie? Mieux vaut lire ou entendre cela que d’être sourd ou aveugle, dira-t-on. Pas sûr…