Où sont passés les Européistes néerlandais et allemands?


Ainsi donc, même la pandémie actuelle de Covid-19 n’a-t-elle pu faire souffler sur les chefs d’État et de gouvernement européens, essentiellement néerlandais et allemand,le souffle des pères fondateurs qui, treize ans après la fin de la Seconde guerre mondiale, s’étaient accordés sur une politique de réconciliation et de coopération afin d’éviter à notre vieux continent les horreurs des deux conflits qui l’avaient déchiré.

Pour dramatiques qu’ils soient, les ravages du coronavirus ne peuvent se comparer aux horreurs vécues par nos ancêtres entre 1914 et 1918, et entre 1940 et 1945. Mais quand le président français, Emmanuel Macron, a qualifié de « guerre » la lutte en cours contre le virus, il signifiait bien que la mobilisation de la société doit être complète pour en venir à bout. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le qualificatif d’ « incivique » est ressorti des livres d’Histoire pour qualifier le comportement de celles et ceux qui se fichent comme colin-tampon des mesures de confinement actuellement en vigueur.

Dans ce contexte, on attendrait plutôt une réaction européenne solide. L’opinion publique le sent confusément qui reproche à l’Union européenne (UE) de ne pas avoir édicté de mesures sanitaires pour l’ensemble des Vingt-sept… alors qu’elle n’a pas cette capacité dans ses attributions.

Oú l‘UE est par contre compétente, c’est dans le secteur économique : ne s’appelait-elle pas au départ Marché commun? Et justement, la grande crise sanitaire que connaît le monde actuellement se double d’une crise économique, qui manifestement ne fait que commencer.

L’Europe n’est pas restée absolument sans réaction : elle a levé son interdiction de déficit supérieur à 3% pour permettre à ses États-membres d’investir massivement dans la lutte contre le Covid-19. Et la Banque Centrale Européenne a débloqué des centaines de milliards pour un plan d’urgence bien nécessaire en ces jours difficiles.

Restait à ajouter un instrument financier, qui aurait déjà dû voir le jour au moment de. La crise grecque, le lancement de »eurobonds » ici nommes « Corona bonds » afin de mobiliser l’épargne européenne contre le coronavirus.

Et c’est là que l’esprit européen a fait défaut, comme il l’a fait, ces dernières années, sur la crise grecque, et plus récemment sur la question des demandeurs d’asile.

Le constat passé devrait nous dispenser de la surprise. Elle n’empêche pas la désillusion. D’autant que hélas, hélas, hélas, comme l’aurait dit feu. le général de Gaulle, ce manquement à la solidarité européenne est venu de deux des six pays fondateurs du Marché commun: les Pays-Bas et l’Allemagne! Qu’il est loin le temps de Conrad Adenauer ou de Joseph Luns!

On avait imaginé un peu trop vite que les Britanniques sortis d’une Union où i,s n’avaient jamais mis qu’un pied, mais les dommages de l’égoïsme national sont décidément bien plus graves qu’on ne l’imaginait.

Cela montre surtout que Mark Rutte, le Premier ministre néerlandais, et Angela Merkel, la chancelière allemande, n’ont pas su adapter leur logiciel. Comme lors de la crise grecque, ils ont ressorti le raisonnement selon lequel les États européens aux finances les plus saines ne devaient pas s’endetter au bénéfice des États les plus laxistes.

N’auraient-ils donc pas remarqué que le contexte a fondamentalement changé ? Que les « corona bonds », garantis par l’UE, par la BCE ou par les Vingt-sept veulent mobiliser une épargne européenne qui ne sait plus où aller. Il n’y a guère, je rappelais que 284 milliards d’euros dorment sur des comptes d’épargne belges qui portent bien mal leur nom puisqu’ils ne rapportent plus rien. Les montants doivent être au moins aussi importants aux Paus-Bas et encore bien plus en Allemagne. Pourquoi donc Angela Merkel et Mark Rutte refusent-ils la mobilisation de cette épargne? Pourquoi refusent-ils une nouvelle forme de placement à leurs épargnants ?

Mark Rutte a ajouté une goujaterie à son refus, en suggérant une enquête sur les marges budgétaires de certains pays européens, essentiellement du sud, qui plaident pour le lancement de « corona bonds ».

Le Premier ministre néerlandais s’est fait promptement recadrer par son homologue portugais qui a stigmatisé la « mesquinerie néerlandaise ».

Antonio Costa avait raison d’être choqué : Mark Rutte est peut-être le seul en Europe à ignorer que le Portugal a retrouvé la crédibilité financière que lui avaient déniée les agences de notation en pratiquant une politique aux antipodes de l’austérité imposée par l’Allemagne à toute l’Union européenne et dont Mark Rutte et Angela Merkel sont peut-être les derniers à en faire leur alpha et leur oméga.

Un centre d’impression de journaux rentablisé… au détriment de l’info et de l’environnement


Depuis quelques mois, les journaux du groupe qui (air connu) m’emploie et ne me rémunère pas assez à mon goût sont donc imprimés sur les rotatives du centre d’impression du groupe Rossel à Nivelles. Situation paradoxale qui voit ainsi des journaux concurrents imprimés au même endroit, mais jusqu’à présent, les craintes que la rédaction de «L’Avenir» avait exprimées, de voir cet accord technique, après des accords publicitaires, préfigurer des échanges rédactionnels ne se sont heureusement pas (encore?) matérialisées.

Journaux belges francophones

Mieux, le choix du format berlinois qui avait été annoncé par la direction a finalement été abandonné au profit du demi-berlinois, plébiscité par les lecteurs, qui se sont tous montrés satisfaits de ce revirement (dont de nombreux intervenants s’attribuent la paternité, avec une certaine suffisance…) et c’est tant mieux.

Mais, comment dire, le partage de ce centre d’impression, qui était déjà au bord de la saturation avant qu’il accueille la production des journaux des Éditions de l’Avenir, ne va pas sans inconvénients que n’avait nullement prévu le rapport McKinsey réclamé par Jean-Claude Marcourt, ministre PS communautaire des Médias, au début de son mandat. De quoi, soit dit au passage, démontrer une fois de plus que l’omniscience des consultants n’est qu’un mythe.

Ce regroupement a en effet eu effet de réduire singulièrement les heures de bouclage (entendez: les heures ultimes où on peut rentrer les toutes dernières informations) non seulement des journaux du groupe «L’Avenir», mais aussi de ceux du groupe Sud-Presse et du «Soir», où, en tout cas pour certaines éditions, l’heure limite a ainsi été «rabotée», nous dit-on, d’une heure à une heure et demie. En clair, donc, c’est l’offre d’informations de toute une série de journaux francophones qui est réduite chaque matin, afin de permettre à chaque lecteur de recevoir son quotidien dans sa boîte à lettres, ce qui n’est pas évident pour tous, ainsi qu’on va le voir.

La seule exception, relative, se produit lors de soirée sportives, où la compétition belge permet un tirage légèrement plus tardif, mais au prix, en tout cas pour les journaux du groupe «L’Avenir» d’un regroupement d’éditions, très diversement accepté par les lecteurs.

Tous les lecteurs des journaux imprimés à Nivelles ne sont par ailleurs pas logés à la même enseigne: depuis la mi-décembre, les abonnés fouronnais de l’édition de la Basse-Meuse de «La Meuse» ne se voient plus servir chaque jour leur quotidien favori dès potron-minet. Et leurs récriminations n’arrivent pas vraiment à faire changer les choses.

C’est que, transfert (toujours contesté) des Fourons dans la province de Limbourg en 1962 n’aidant en l’occurrence pas, les quotidiens des groupes Sud-Presse et Rossel destinés à ces irréductibles Francophones doivent en effet être transportés par la route de Nivelles à Paal (Beringen), où les quotidiens du groupe Mediahuis, dont fait partie le groupe Concentra, éditeur du Belang van Limburg, est prié de les joindre aux colis de journaux du quotidien phare de la province de Limbourg destiné à la vallée du Foron ou de la Voer, selon le clan linguistique auquel on appartient. Alors, arrivée régulièrement tardive du coursier nivellois, ou relative mauvaise volonté du distributeur? Les lecteurs de l’édition de la Basse-Meuse de «La Meuse» font en tout cas régulièrement l’amère expérience d’un service déficient. L’arrivée à… la fin de cette année d’une plieuse supplémentaire au centre d’impression de Nivelles résoudra-t-elle leur problème ? Personnellement je ne crois hélas plus au père Noël. Et le transit des journaux par Paal restera d’actualité.

Offre d’informations réduite, quotidiens non servis: le regroupement à Nivelles de l’impression des quotidiens des Éditions de l’Avenir, de Sud-Presse et du groupe Rossel a aussi des retombées écologiques négatives. Car pour faire place aux journaux du groupe «L’Avenir» dans un centre d’impression déjà au bord de la saturation, les dirigeants du groupe Rossel ont pris, au début décembre, la décision de leur faire place, en transférant l’impression de L’Echo, et du Grenz Echo, quotidiens dont Rossel est l’actionnaire à 50% du premier, et unique du second, à… Lokeren. Ce qui veut dire que, chaque jour, l’impression du seul quotidien germanophone se fait cinquante kilomètres plus loin, encore, de la capitale de la Communauté du même nom, qu’auparavant!

On avouera qu’en termes d’efficacité, mais aussi en termes de lutte contre le réchauffement climatique, à l’heure où des jeunes manifestent de semaine en semaine pour exprimer leur inquiétude à ce propos, il y a là un très mauvais exemple!

Décidément, la rédaction des Éditions de l’Avenir avait tout juste, quand elle réclamait l’impression des quotidiens du groupe à Charleroi, à un jet de journal de Namur. Là comme ailleurs, son actionnaire, décidément bien souvent mal embouché, aurait eu intérêt à écouter ses journalistes…

Enodia pourra-t-elle faire oublier Publifin?


Surréalistes, les assemblées générales extraordinaire et ordinaire de Publifin, qui se sont tenues ce vendredi à Liège.

Surréalistes d’abord parce qu’elles ont été précédées d’un conseil d’administration assez chahuté, qui s’est réuni malgré une absence apparente de quorum au départ; qui a pinaillé pendant très longtemps sur une formulation, au point que le président du conseil provincial, le MR Jean-Claude Jadot, en est sorti, excédé; qui a évité de coopter le conseiller provincial écolo Julien Vandenburie, afin de n’avoir pas à débattre de la proposition écolo de motion à propos des Éditions de l’Avenir; et qui s’est enfin abstenu de désigner un(e) président(e). Afin de laisser le champ libre à la bourgmestre de Verviers, Muriel Targnion, groupie de Nethys dans sa forme actuelle?

IMG_7413L’occasion a ainsi été donnée à Hassan Bousetta de présider l’assemblée et de révéler, à côté de ses évidentes qualités d’enseignant et de spécialiste de l’immigration, une aptitude non moins grandes à manier la langue de bois et à éluder les questions et interpellations. Celle de la conseillère provinciale Muriel Gerkens (Ecolo), par exemple, sur le sort fait par le conseil d’administration de l’intercommunale aux motions du Parlement wallon et du conseil provincial de Liège à propos du groupe L’Avenir. Pour rappel, le texte voté à l’unanimité par le Parlement wallon  «demande au gouvernement de prendre en considération toutes les perspectives possibles de nature à assurer le pluralisme de la presse, de mettre en oeuvre la sortie des Éditions de l’Avenir de Publifin/Nethys et d’examiner en conséquence les possibilités permettant aux Éditions de l’Avenir de poursuivre leur mission d’information, que ce soit par une reprise de celles-ci par un opérateur de presse, par un portage régional temporaire ou toute autre alternative, dans une perspective qui garantisse la préservation de la diversité indispensable en démocratie des titres de presse et de la liberté de leurs équipes rédactionnelles». Le conseil d’administration a «pris connaissance» de ces motions, a expliqué doctement Hassan Bousetta, et il en «reparlera» dès sa prochaine réunion. En parler est une chose, a répliqué Muriel Gerckens; mais c’est de leur mise en œuvre qu’il aurait fallu débattre.

La motion du Parlement wallon interpelle en effet directement l’intercommunale, dont le conseil d’administration, en janvier, était intervenu, en la personne de sa présidente de l’époque, Stéphanie De Simone, pour signifier au conseil d’administration des Éditions de l’Avenir, qu’il ne lui appartenait pas de prendre une décision stratégique, comme le choix d’un nouveau centre d’impression. Le conseil d’administration de Publifin, rappelait sa présidente, est responsable des options stratégiques de toutes ses filiales privées…

Dix mois plus tard, le même conseil d’administration des Éditions de l’Avenir, colonisé par le conseil d’administration de Nethys, filiale privée de Publifin, non seulement a fait le choix (erroné) du centre d’impression du groupe Rossel, qui imprimera dès le 17 décembre les journaux du groupe L’Avenir dans un format rejeté par… 82% de leurs lecteurs; mais il a également lancé un féroce plan social, dont la négociation doit se poursuivre dès ce lundi. Sans réaction du conseil d’administration de Publifin, déstabilisé par les récentes élections provinciales et communales. Et qui aurait donc pu, ou dû, se manifester dès ce dernier vendredi, n’eussent été les manœuvres politiciennes du Parti socialiste liégeois.

L’autre question éludée par Hassan Bousetta était une des plus prévisibles qui soient dans une assemblée générale: le nouveau bourgmestre d’Olne, Cédric Halin, voulait savoir combien ont coûté les opérations de changement de nom de l’intercommunale, dénommée Enodia depuis vendredi. Manière de faire oublier le «scandale Publifin» né de la révélation, par le même Cédric Halin, alors échevin des Finances de sa commune, des rémunérations plantureuses accordées aux membres de fumeux «comités de secteur» de l’intercommunale, quel que soit le nombre de réunions de ces comités de secteur?

Donner le nom de lapin à une carpe n’a jamais transformé un poisson en rongeur amateur de carottes. Il en faudra manifestement plus que ce changement de nom pour faire oublier les graves dérives de gestion de l’intercommunale liégeoise, qui ne semble pas prête à tourner le dos aux anciennes pratiques: la probable élection de Muriel Targnion à la présidence; et le maintien dans Nethys de ses dirigeants les plus compromis ne vont pas dans le sens d’une orientation radicalement inverse.

On en saura plus dès ce mardi: le nouveau conseil d’administration de l’intercommunale se réunira à nouveau, et cette fois, cooptera les nouveaux membres issus du conseil provincial et des conseils communaux, installés la veille.

Du côté des Éditions de l’Avenir, le personnel – prêt à accepter un sacrifice social pour rétablir les finances du groupe, avec le préaccord convenu ce dernier jeudi, qui se traduira par le départ d’une cinquantaine de personnes – sera attentif à la fermeté d’Enodia à l’égard de Nethys. Car il y a urgence à empêcher la mise en oeuvre du choix illégitime du centre d’impression et la publication d’un journal qui aura tout pour déplaire à ses lecteurs.

La sortie des Éditions de l’Avenir du groupe Nethys n’est au demeurant plus qu’une question de temps: en tout état de cause, elles en sortiront au plus tard dans les six mois, dans le cadre de la revente de son pôle TelCo (Télécommunications). S’ils sont responsables, les administrateurs d’Enodia peuvent anticiper et favoriser la solution de portage par la Région, qui donnera le temps nécessaire de planifier sereinement l’avenir de L’Avenir. On verra très vite s’il y a des maçons au pied du mur…

Une réponse européenne sur les enjeux européens


wallonixL’encolure de Paul Magnette, le ministre-président du gouvernement wallon, et celle d’André Antoine, le président du Parlement régional, risquent gros aujourd’hui: la «une» de «Libération» risque d’avoir un effet catastrophique pour leur col de chemise!

Sur le CETA, rejeté par les seuls Wallons en Europe, nos talentueux confrères ont manifesté, une fois de plus, leur talent pour la titraille subtile mais pas obscure, mais ils n’ont pas fait preuve d’une grande originalité: il y a plusieurs jours déjà que la résistance wallonne au traité de libre-échange entre l’Union Européenne et le Canada a suscité la comparaison avec les Gaulois nés de l’imagination de René Goscinny et Albert Uderzo. Une comparaison qui a ses limites: comme le rappelait Christophe Giltay ce matin sur Bel RTL, Asterix et ses compagnons sont restés insoumis… mais n’ont jamais libéré la Gaule des Romains.

Il est un point, pourtant, sur lequel il faut rendre justice aux éminences wallonnes: leur affirmation matamoresque selon laquelle le Parlement wallon est la seule assemblée parlementaire européenne à avoir aussi bien analysé le CETA semble… correspondre à la réalité. Un tour d’Europe, incomplet je l’avoue, m’a fait voir qu’à part en Allemagne, où la controverse a été portée jusqu’à la Cour constitutionnelle, l’accord pour la mise en oeuvre provisoire du traité a été donnée  sans grands débats, dans des pays aussi variés que les Pays-Bas, l’Autriche, la Croatie, la Roumanie, la Slovénie, la Grèce, ou la France.

La raison? C’est que, dans de nombreux pays de l’Union Européenne, le débat de fond se déroulera au moment de ratifier ou non le CETA. Avec le risque que, dès lors qu’il aura déjà fonctionné pendant un certain nombre de mois, voire plusieurs années, un des arguments pour forcer la ratification sera de dire qu’il est trop tard pour revenir en arrière. La position wallonne de refuser d’autoriser la mise en oeuvre provisoire aussi longtemps que des pierres d’achoppement subsistent a dès lors toute les apparences de logique… même si, une fois l’accord donné au fonctionnement provisoire, refuser la ratification sera alors très difficile. C’est, soit dit au passage, la situation que les élus du Bundestag risquent de connaître, si la cour constitutionnelle de Karlsruhe, après avoir donné son accord conditionnel pour l’entrée en vigueur provisoire du CETA, décrète ensuite que certains de ses aspects sont incompatibles avec la loi fondamentale allemande.

La position wallonne serait évidemment à l’abri de toute critique, si elle était vierge des préoccupations de politique intérieure déjà évoquées ici: volonté de couper l’herbe sous les pieds du PTB pour le PS, d’Ecolo pour le cdH; relations exécrables entre le gouvernement wallon PS-cdH et le Premier ministre fédéral MR Charles Michel (qui, soit dit au passage, a eu un commentaire particulièrement maladroit, voire méprisant, sur le Parlement wallon, dont la légitimité est égale à la sienne); et plaisir de faire un pied de nez à la Flandre rabique, qui n’a pas voulu d’hiérarchie entre loi fédérale et décrets régionaux, et se retrouve ainsi prise à son propre piège.

Mais, si besoin en était, cette pantalonnade démontre encore de façon plus claire que, sur des sujets européens controversés, la seule manière de s’en sortir est de confier plus de responsabilités au Parlement européen, en lui donnant, par exemple, la possibilité de renvoyer la Commission en place, et, surtout du référendum européen, déjà évoqué sur ce blog, qui, tel qu’il était prévu, serait décisif à condition de réunir non seulement une majorité, voire une majorité qualifiée, parmi la population européenne, mais aussi dans une majorité, ou une majorité qualifiée, d’États-membres. Comme le dit un vieux proverbe: chaque chose à sa place, et les vaches seront bien gardées.

Autosatisfaction (ou suffisance?) wallonne et recul de l’idée européenne


Le café du Commerce de Couillet-Queue, ou celui de la Gare à Gérompont-Petit-Rosière ont peut-être résonné du «Chant des Wallons», hier soir, pour saluer la résistance sans faille des autorités wallonnes à la mondialisation, incarnée par le CETA, le traité de libre-échange négocié entre l’Union Européenne et le Canada, envoyé pour l’instant dans l’impasse par les excellences régionales qui nous gouvernent. Mieux: hier, au Canada, il s’est trouvé quelques manifestants devant le Parlement fédéral pour remercier les Wallons pour leur opposition à un traité néfaste: Thomas Mulcair, chef en sursis du Nouveau Parti Démocratique (NPD), qu’il a mené à la défaite aux législatives de l’an dernier, fustigeait même les traités précédents passés par le Canada, ruineux, à l’entendre «pour les producteurs de lait canadiens».  D’où la volonté canadienne de «se refaire» sur le dos des agriculteurs européens? Ou la crainte, chez Mulcair, d’un risque accru de dégradation de la situation des éleveurs canadiens?

Ce qui frappe d’abord, dans le développement dramatique de ces derniers jours, c’est l’autosatisfaction, voire la suffisance des acteurs wallons de la négociation: André Antoine gloussait pratiquement de plaisir, ce vendredi, en constatant l’intérêt médiatique exceptionnel que suscitait la séance du Parlement wallon, qu’il préside. Les parlementaires wallons se retrouvaient, il est vrai, investis investis d’un pouvoir extravagant, qu’ils se sont empressés d’utiliser: celui de paralyser l’Union Européenne dans son ensemble. Exceptionnel pour une assemblée qu’on a plutôt comparée jusqu’ici à un «super conseil communal»!

«Aucun autre parlement européen n’a fait sur le document un travail aussi approfondi que le nôtre» ont lancé mâlement André Antoine et Paul Magnette, pour justifier cette situation presse-au-parlement-walloninsolite. On veut bien croire que les députés wallons ont produit, en l’espèce, un travail d’analyse peut-être inhabituel dans leur chef. Mais sur quelle base, le président du Parlement et le ministre-président ont-ils donc pu exprimer pareille affirmation? Ont-ils vérifié, par exemple, la manière dont les Cortes espagnoles, le Bundestag allemand, ou au Sveriges Riksdag, pour ne parler que de certains d’entre eux, ont étudié le projet de libre-échange canado-européen, pour pouvoir poser que les élus namurois ont travaillé de manière plus sérieuse que leurs homologues des autres pays européens? La proclamation relève nettement de la présomption.

Autre point interpellant: en déclarant inacceptable le statut des «chambres d’arbitrage» prévues par le traité, Paul Magnette a donné l’impression que, quoi qu’il arrive, la Région wallonne s’opposera en tout état de cause au CETA. Car on n’imagine pas qu’il ignore que le mécanisme d’arbitrage prévu par le traité prévoit la mise en place des chambres de juristes, et non plus de représentants d’entreprises privées, pour trancher les litiges éventuels entre firmes privées et États. Et que si l’Europe a réclamé du Canada que soit modifié de la sorte le mécanisme initialement prévu… qui est celui de tous les accords de libre-échange qu’elle a précédemment passés, c’est pour pouvoir l’imposer aux Américains, qui n’en veulent pas, dans l’encore plus contesté traité transatlantique (TTIP). Bien sûr, les opposants réclament toujours le traitement de ces litiges par des tribunaux ordinaires. En oubliant que, pour des partenaires de l’Union Européenne, et faute de Justice organisée à l’échelle de l’Union, cela reviendrait à s’aventurer dans vingt-huit, ou bientôt vingt-sept, systèmes judiciaires différents, et jurisprudences divergentes. Ce qui vide, alors, de sens un traité conclu avec l’Union Européenne…

nos-pieds-nickelesEt c’est là où le bât blesse: la crispation wallonne va donner du grain à moudre à tous les populistes qui dénoncent à la fois l’absence de démocratie au sein de l’Union Européenne, et qui, en même temps font tout pour la paralyser.  « Il me semble évident, à moi et au Canada, que l’Union européenne n’est pas aujourd’hui capable de conclure un accord international, même avec un pays qui a autant de valeurs européennes que le Canada », a déploré Chrystia Freeland, la ministre canadienne du Commerce, qui avait fait le déplacement de Namur, avant de reprendre l’avion pour le Canada. C’est bien de cela qu’il s’agit: les parlementaires wallons ont grippé le mécanisme européen.

C’est effectivement bien là que l’attitude wallonne est la plus dommageable. Car en déclenchant ce blocage, c’est le mécanisme de décision européenne, qu’il faudrait renforcer d’urgence, que les parlementaires namurois ont grippé.

L’ont-ils fait au nom de grands principes défendus par la société civile, ou du moins par une partie d’entre elle, car, pour rappel, comme le montrent les sondages Eurostat, les projet de libre-échange sont approuvés par une majorité de citoyens dans la plupart des pays européens… dont le nôtre?  Là aussi, il y a comme un malaise, même si on en fera en partie crédit aux élus wallons.

«La question a évidemment une dimension politique, mais plus de politique intérieure (à la Belgique) que de politique internationale» a commenté le président du Conseil européen, Donald Tusk, alors que les discussions namuroises s’acheminaient vers l’impasse. Cela apparaît comme une évidence.

On a déjà évoqué ici la volonté de Paul Magnette de se profiler en super-homme de gauche, et de couper l’herbe sous le pied d’un PTB qui fait de plus en plus d’ombre au PS. L’Europe vient de faire, en l’occurrence, la découverte de la particularité du système belge, qui n’établit pas d’hiérarchie des normes entre les niveaux de pouvoir fédéral, régionaux, et communautaires. On ne jurerait pas que, chez certains de nos parlementaires, il n’y a pas eu, hier, une jubilation à placer la Flandre, qui a précisément réclamé cette équipollence des normes et qui peste du blocage wallon sur le CETA, devant ses responsabilités. On est là loin des grands principes sociétaux affichés par Paul Magnette!

On en est tout aussi loin, quand on mesure l’impact qu’a désormais sur l’Europe la guéguerre que se livrent depuis les dernières élections le Premier ministre MR, Charles Michel, et le ministre-président PS, à la tête de majorités asymétriques. Dans le cadre belgo-belge, cette guégerre a des aspects parfois dérisoires, parfois fondamentaux. Quand elle déboule sur le plan européen, elle devient consternante.

Mais tout cela, dira-t-on, n’est rien à côté de la mondialisation, dont les effets dramatiques pour l’emploi se sont encore fait récemment sentir en Wallonie, avec le drame social en cours chez Caterpillar? L’opposition au CETA et au traité transatlantique procède, c’est vrai, pour une large part du refus de la globalisation, et, dans le cas du TTIP, d’un anti-américanisme toujours vivace, que les USA semblent parfois avoir un malin plaisir à entretenir. Mais l’absence de CETA n’empêchera pas la globalisation de développer ses effets, les pires et les meilleurs. Sauf peut-être que la concurrence pour notre économie viendra moins de l’autre rive de l’Atlantique, mais d’un géant d’Asie, dont, isolés, nous devrons de plus en plus subir l’absence de normes tant sociales qu’environnementales…

TTIP, CETA: la peur est rarement bonne conseillère…


Quelques jours après les élus de la majorité au Parlement wallon, à propos du CETA, l’accord de libre-échange entre l’Union Européenne et le Canada, c’est Greenpeace qui, cette semaine, a sonné une énième charge contre le TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership), le traité transatlantique, en cours de négociation entre la même Union Européenne et les États-Unis. Avec dans l’un et l’autre cas, un discours anxiogène: le CETA ne «rassure pas» les députés wallons (qui n’ont guère précisé de quoi leur inquiétude se nourrissait); tandis qu’à en croire l’ONG de défense de l’environnement, le TTIP se préparerait à faire sauter tous les verrous européens en matière, notamment, de protection de la santé.

Y a-t-il lieu de s’inquiéter? S’agissant des élus wallons, tout d’abord, il me paraît assez étonnant que le CETA les préoccupe, notamment parce que le mécanisme d’arbitrage que l’Union Européenne s’efforce d’y faire inscrire  (une chambre judiciaire composée paritairement et dotée d’une instance d’appel, pour trancher les différends entre États et investisseurs privés) ne leur donne pas toutes les assurances voulues, alors qu’ils ont déjà largement approuvé l’ISDS (Investor-State Settlement Dispute), ce mécanisme purement privé, largement contesté, dans nombre d’accords économiques bilatéraux conclus par l’Union Européenne et ratifiés par la Belgique, sans objection wallonne.

S’agissant de Greenpeace, TTIP USA-UEla technique utilisée à propos du TTIP me paraît singulièrement spécieuse. Car pour appuyer sa démonstration, l’ONG s’appuie sur des documents en cours de négociation, où de nombreux crochets indiquent les options toujours à trancher.

En déduire que, d’office, le résultat final de la négociation sera défavorable aux Européens témoigne d’un singulier manque de confiance de Greenpeace dans les négociateurs européens… et dans ses propres instances: au même titre que de nombreuses associations, l’ONG est des «parties intéressées» écoutées, lors de chaque round de négociation, par les divers négociateurs. Écoutées et pas entendues? C’est peut-être que leurs arguments ne sont pas suffisamment pertinents? On pourra vraiment en juger, quand la négociation sera conclue, et quand un texte complet sera soumis à l’examen des Parlements nationaux, et chez nous, régionaux et communautaires…

Bien sûr, le TTIP, et notamment le secret qui entoure sa négociation, prête largement le flanc à la critique. Mais l’argumentaire développé par les opposants témoigne d’une étroitesse de vues rarement annonciatrice de succès.

Pourquoi, par exemple, Greenpeace et les ONG de défense de l’environnement ne prennent-elles pas contact avec leurs homologues Outre-Atlantique, pour peser de la même manière sur les deux interlocuteurs de la négociation? Pourquoi nos politiques ne prennent-ils pas le pouls d’élus états-uniens, ou canadiens, à propos du CETA, pour coordonner leurs actions? Savent-ils, par exemple, qu’aux États-Unis, certains attendent du TTIP un…renforcement des normes environnementales, pour s’aligner sur celles qui leur apparaissent les plus rigoureuses, les… européennes?

Construire un front transatlantique est il est vrai beaucoup plus ardu que crier haro sur le baudet, de notre côté de l’océan. Il y a un peu plus de vingt ans, nos syndicats, qui dénonçaient la mondialisation, signaient un accord social pour favoriser le transfert, vilipendé Outre-Rhin, de Cologne à Liège des activités aéroportuaires de TNT Express…

FrometisDans le domaine agricole, Marc Tarabella, un des députés européens belges les plus actifs… et des plus médiatiques, annonce, lui, l’apocalypse pour l’agriculture européenne, si le TTIP est conclu.Mais jamais il ne dit par exemple que… les producteurs de fromages européens au lait cru pourraient en bénéficier largement.

On serait curieux de connaître l’opinion, à ce propos, des producteurs de camembert, ou de… fromage de Herve. Pourvu, bien sûr, que l’Union Européenne obtienne un résultat sur la défense des «Indications géographiques», qui fait partie de la négociation.En contrepartie d’une ouverture du marché européen au bœuf aux hormones ou au poulet lavé au chlore, brandis régulièrement par des opposants au TTIP. Et alors? Aucun consommateur européen, que l’on sache, ne serait, si tel est le cas, tenu de consommer de tels produits.

Alors, oui ou non au TTIP ou au CETA? S’agissant du TTIP, on jugera sur pièces. Mais avant de se prononcer, il sera peut-être utile de réfléchir à l’alternative suivante: s’insérer dans un mécanisme global, avec tous les risques qu’il comporte, pour faire prévaloir des normes sociales ou environnementales, souvent invoquées à l’égard par exemple d’une production chinoise décrite comme déloyale; ou rester en-dehors, et laisser les autres partenaires, dont la Chine et les États-Unis notamment, imposer leurs critères au commerce mondial, en marge duquel l’Europe ne peut rester. Et encore moins la Wallonie…

Un acte criminel qui en dit long


Étrange sentiment qui a été le mien, hier, en découvrant dans les dépêches d’agences la nouvelle de l’attentat dont a été victime Emmanuel de Mérode: il y a à peine plus d’un mois, j’avais pu, avec d’autres journalistes belges, rencontrer le conservateur du Parc naturel de Virunga, au Nord-Kivu, lors de la visite sur place du ministre belge de la Coopération, Jean-Pascal Labille, et du commissaire européen au Développement, Anders Piebalgs.

Emmanuel de MérodeL’essentiel, bien sûr, est qu’Emmanuel de Mérode a pu être secouru à temps, et que les balles qui l’ont frappé à l’abdomen et au thorax ont pu être extraites. Et que les nouvelles diffusées par l’hôpital Heal Africa, de Goma, soient rassurantes: on parle d’espoir de guérison. Et le transfert en Belgique du conservateur du Parc naturel est déjà envisagé, pour lui permettre de poursuivre sa convalescence.

Cet attentat n’en est pas moins hautement significatif, et particulièrement inquiétant. Le Parc naturel de Virunga, le plus grand du monde, classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979, est en effet particulièrement convoité: les groupes armés y braconnent et s’y approvisionnent en bois, mais surtout, les gisements pétroliers qui y ont été découverts attisent la convoitise.

Lors de notre visite sur place, au début mars, les défenseurs de l’environnement avaient longuement décrit les manœuvres de la société britannique Soco, détentrice d’un mystérieux permis gouvernemental, qui a décidé, manifestement de se lancer dans l’exploitation du pétrole dans le périmètre du Parc, au risque (vraisemblable) d’entraîner sa déclassification. Ils nous avaient expliqué les menaces de mort dont certains d’entre eux avaient été victimes, qui les avaient contraint à un exil temporaire. Ils avaient fait part de l’attitude ambiguë des autorités congolaises: des soldats en armes «encadraient» des «séances d’information» à la population sur l’intérêt de l’exploitation pétrolière. Ils avaient rappelé que la pêche dans le lac Édouard rapporte quelque 38 millions de dollars par an à l’économie et à la population congolaises.

Après les avoir entendus, Anders Piebalgs avait dénoncé le «double langage» des autorités à ce propos, et postulé un «pacte environnemental et un pacte avec la population locale» si on voulait aller de l’avant.

Entre-temps, en Ouganda, les plans sont prêts pour la construction d’une raffinerie de pétrole, et personne, sans doute, n’est enclin à écouter les paroles équilibrées du commissaire européen. Soit dit au passage, le Royaume-Uni fait (toujours) partie de l’Union Européenne, et la Commission serait fondée à lui demander des comptes sur le comportement de la société britannique Soco, même s’il s’agit d’un opérateur privé. Et la Belgique pourrait, elle aussi, l’interpeller, en réclamant une enquête sur l’attentat dont a été victime le conservateur, qui, selon le député MR François-Xavier de Donnéa, venait de déposer un dossier «compromettant» pour la compagnie pétrolière auprès du procureur de la République à Goma. Rien n’a décidément bien changé depuis l’époque où des milieux britanniques dénonçaient à juste titre les exactions prêtées aux colons de Léopold II, dans le but inavoué de tenter de faire passer sous bannière britannique une colonie dont la richesse ne leur avait pas échappé…

En visant Emmanuel de Mérode, les commanditaires de cet attentat, quels qu’ils soient, ont voulu manifester à la société civile du Nord-Kivu qu’ils ne reculeraient devant rien pour satisfaire leur appât du gain. Raison de plus pour l’Union Européenne de s’impliquer à ce niveau. On peut comprendre qu’un pays comme la République Démocratique du Congo ait besoin d’exploiter ses ressources naturelles, même si on a déjà eu plus d’une fois l’occasion de vérifier, spécialement au Nord et au Sud-Kivu, qu’elle ne bénéficie en rien du pillage de ses ressources, par des compagnies et pays étrangers. Faut-il donc que cette exploitation des gisements pétroliers potentiels (pas nécessairement dans le périmètre du Parc) s’exerce sous stricte surveillance. La population de la RDC, et spécialement celle des Nord et Sud-Kivu, a le droit de l’exiger. Et nous, le devoir de la soutenir.