Pourquoi une majorité PS-MR est en cours d’élaboration en Wallonie


Or donc, à en croire d’éminents confrères spécialisés en politique fédérale et wallonne, vendredi dernier, sur La Première, de fortes réticences dans les bases socialiste et libérale constitueraient un problème de nature à freiner la mise en place d’une majorité PS-MR en Wallonie.

Je me garderais bien de remettre en cause la pertinence de l’analyse, mais tout de même, dès lors que le cdH a choisi la cure d’opposition (et que de critiques se seraient abattues sur Maxime Prevot si son parti avait fait acte de candidature au pouvoir, après sa déculottée électorale du 26 mai?), les hypothèses sont singulièrement réduites. Bien sûr, Thierry Bodson, le leader de l’interrégionale wallonne de la FGTB, continue à prôner une majorité PS-PTB-Ecolo, mais personne n’y croit. Notamment au PS, où aucune voix ne s’est élevée pour défendre cette hypothèse, a fait remarquer un des intervenants au débat de La Première, ce vendredi.

pexels-photo-1020315Donc, ne restent que deux hypothèses: l’alliance PS-MR en Wallonie, ouverte ou non à Ecolo. Manière de ne pas associer au pouvoir deux partis qui, quoi qu’en aient dit leurs dirigeants, et notamment le président du PS, Elio Di Rupo, dès le soir du scrutin, ont figuré parmi les battus de l’élection. Et de «mouiller» à nouveau les Verts dans une coalition où ils ne seraient pas indispensables, comme cela a déjà été le cas au niveau fédéral, en 1999, après la crise de la dioxine et le renvoi historique du CVP (devenu CD&V depuis lors) dans l’opposition, après plus de quatre décennies au pouvoir.

La perspective doit nourrir l’inquiétude chez Ecolo, d’où la nervosité de Philippe Defeyt, ce midi, au débat dominical de RTL-TVI. L’ancien coprésident des Verts a fustigé la décision «prématurée» du cdH de se mettre sur la touche, et le représentant du PS, Pierre-Yves Dermagne, a presque entonné le même refrain, ironie en plus, en rappelant que le cdH avait l’habitude de changer d’attitude. L’évocation du «tirage de prise» par l’ancien président humaniste, Benoît Lutgen, qui a conduit, sous la législature précédente, au remplacement de la majorité wallonne PS-cdH par une majorité alternative MR-cdH.

Les Verts pourront-il se permettre le luxe de refuser une participation à une majorité, alors que la thématique climatique, notamment, a pris de plus en plus d’importance, et qu’ils pourraient peser sur des décisions environnementales? Les plus pessimistes d’entre eux rappelleront l’expérience du passé: quand Ecolo n’est pas indispensable à une majorité, son poids devient très relatif. Et les décisions prises sous son influence (la sortie du nucléaire par exemple), sont rapidement annulées, une fois qu’ils sont renvoyés dans l’opposition. Car bien sûr, leurs électeurs, alors, ne leur pardonnent rien au scrutin suivant.

Le débat risque d’être chaud, entre «réalos» et dogmatiques, chez Ecolo, si PS et MR proposent l’ouverture de leur majorité. Il ne s’en manquera pour relever que, si les Verts acceptent la combinaison, l’opposition sera réservée aux seuls cdH et PTB. Et que pour les humanistes, l’occasion sera rêvée de se refaire une santé, en récupérant notamment des électeurs passés sous la bannière écologiste.

Pour le reste, PS et MR… ne sont pas aussi opposés qu’on veut bien le dire. En témoigne la négociation discrète qui vient de se produire en région verviétoise, où les deux partis se sont attribué les présidences d’intercommunale de manière impérieuse, puisque la section de Verviers-ville du MR a dû remiser ses exigences sur la présidence de l’intercommunale hospitalière.

Et puis, en province de Liège et en province de Hainaut, les deux provinces wallonnes les plus peuplées, PS et MR sont associés au pouvoir, depuis plus de trois décennies en province de Liège, sans que cette alliance soit décrite comme contre nature.

Alors, hors argument recevable sur le revers électoral, qu’est-ce qui empêcherait la reproduction de pareille majorité au niveau wallon? Une pincée de «concertation mosane» pour calmer le ban syndical; peut-être la mise à l’écart d’un ministre aussi clivant que le libéral hervien Pierre-Yves Jeholet; et les virulentes dénonciations de la campagne électorale s’effaceraient rapidement derrière un de ces «grrrrrands accord», célébrés naguère par feu Michel Daerden, au terme d’une soirée électorale bien arrosée, sur RTC, la télé régionale de Liège-Huy-Waremme.

Tout serait sans doute déjà en passe d’être réglé, s’il n’y avait l’enjeu fédéral, et le casse-tête bruxellois. Car à Bruxelles, Ecolo est sorti des urnes en deuxième position, derrière le PS, mais devant le MR. Tandis que dans le collège électoral flamand, son parti-frère, Groen, sortait en tête. Les Verts sont donc incontournables du côté francophone, sauf à imaginer une improbable association entre le PTB, le PS et le MR ou Défi. Mais un éventuel accord entre le PS et eux ne suffirait pas à dégager une majorité. Resterait dès lors à ouvrir les discussions à Défi… ou au MR. Côté flamand, entre-temps, écologistes, socialistes et…libéraux n’ont pas tarder à s’accorder.

Suivant le vieux principe que tout est dans tout, indispensable à Bruxelles, Ecolo pourrait donc s’imposer au niveau wallon avec plus de poids que son résultat arithmétique pourrait lui valoir.

Reste le fédéral, où là, une alliance des socialistes et des libéraux pourrait rassembler les deux familles politiques les plus importantes du pays… à condition que les socialistes flamands, laminés le 26 mai, ne s’associent pas à la démarche. Mais resterait encore à élargir l’attelage au CD&V. Ou alors convaincre la N-VA d’entrer dans la danse. Même si le PS donne des boutons à Bart De Wever….

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Et par qui l’article 25 de la Constitution est-il violé? Hélas, hélas, hélas, par de prétendus patrons de presse….


Etal vide«La presse est libre; la censure ne pourra jamais être établie; il ne peut être exigé de cautionnement des écrivains, éditeurs ou imprimeurs. Lorsque l’auteur est connu et domicilié en Belgique, l’éditeur, l’imprimeur ou le distributeur ne peut être poursuivi»: dès mes déjà lointains débuts dans la défense du journalisme libre, à l’échelon international, j’ai cité l’article 25 de la Constitution belge. En soulignant à la fois l’incroyable liberté qu’il proclamait à l’époque où il a été rédigé – en 1831! – et l’optimisme indécrottable de ses rédacteurs qui osaient croire que jamais, un gouvernement, quelle que soit sa composition, ne remettrait en cause cette liberté et ne se risquerait à établir la censure.

Sur le plan politique, cet optimisme s’est avéré: à l’exception des périodes d’occupation, pendant les deux guerres mondiales, la presse belge n’a pas eu à subir les affres de la censure. Et si la Constitution belge a fait l’objet de multiples révisions depuis sa rédaction, et plus particulièrement au cours du dernier demi-siècle, l’article 25, lui, a gardé sa forme originelle voire désuète, quand elle fait référence au «cautionnement».

Qu’une presse libre soit bénéfique même aux autorités auxquelles elle apparaît par essence suspecte, parce que si la presse est libre, elle sera crédible quand elle saluera l’action de ces autorités: c’est un message que j’ai délivré à plusieurs reprises, notamment depuis mon élection, il y aura bientôt trois ans, à la présidence de la Fédération Internationale des Journalistes (FIJ). Une pensée magistralement expriBeaumarchaismée par Beaumarchais dans une sentence, extraite du Barbier de Séville, dont le quotidien français Le Figaro a fait sa devise: «Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur». La citation m’a été souvent utile pour me défendre d’accusations de parti-pris formulées avec plus ou moins de bonne foi contre moi, dans ma pratique journalistique. J’ai développé ce plaidoyer notamment face à des chefs d’État ou de gouvernement dont le respect de la liberté de la presse ne constitue pas le principal motif de notoriété. Partant du principe que parler de liberté de la presse avec des autorités qui la respectent revient à prêcher à des convaincus…

Ce que le constituant de 1831 ne pouvait pas anticiper, c’est qu’un jour, journalistes et patrons de presse se retrouveraient peut-être toujours unis pour défendre ensemble des enjeux essentiels pour la presse, comme cela fut le cas avec la loi sur la protection des sources, au début de ce siècle, mais qu’ils s’affronteraient plus souvent sur les conditions de travail et de rémunération des journalistes: l’Association Générale des Journalistes Professionnels de Belgique n’a vu le jour, en tant que telle, qu’en 1978, alors que la création des associations de presse, qui l’ont précédée, datait de la fin du XIXeme siècle.

Ce que les parlementaires de 1831, parmi lesquels de nombreux journalistes (autres temps, autres mœurs) pouvaient encore moins imaginer, c’est qu’un jour, les médias se trouveraient intégrés dans des groupes industriels ou économiques dont l’activité principale est très éloignée de l’édition, et qui ne considèrent les médias que comme des instruments de propagande, pas comme des éléments essentiels de la démocratie. Et qu’une censure économique insidieuse supplanterait la censure politique.

Lock outEt c’est précisément alors que se profile la fin de mon mandat, à la présidence de la FIJ, que l’impensable se produit, avec la manifestation publique et impudente de cette censure insidieuse par de prétendus éditeurs de presse!

Et où cela se produit-il? Hélas, hélas, hélas, comme s’exclamait feu le général de Gaulle, en annonçant à la télévision française le putsch des généraux à Alger, c’est au sein même du journal qui m’emploie et qui (air connu) ne me rémunère pas assez à mon goût.

L’impensable s’est même produit trois fois: d’abord avec le licenciement ciblé de journalistes perçus comme trop critiques; ensuite avec la coupure de l’accès au site Web du journal et à ses réseaux sociaux à tous les journalistes du groupe; et enfin, ce mercredi 6 mars, avec la décision surréaliste (mais même dans un pays réputé pour son surréalisme, c’est de l’inédit!) prise par la direction de ne pas publier un journal que les journalistes avaient bouclé, après avoir décidé la reprise conditionnelle du travail!  L’Avenir s’est  tout de même retrouvé en librairies et dans les boîtes à lettres ce jeudi 7, après un compromis tardif, mais quoi qu’il en soit, la rupture de confiance entre la rédaction et sa direction, téléguidée par son actionnaire, ne peut être plus manifeste!

Ces dernières manœuvres ont été conduites avec la complicité d’un pseudo directeur des rédactions qui s’est encore couvert de honte en tentant de camoufler les barrières mises aux journalistes à l’accès au site web et aux réseaux sociaux du quotidien derrière une prétendue maintenance informatique, opération toujours annoncée par avance et de préférence effectuée de nuit ou en tout début de journée, manière de ne pas interrompre trop longtemps le flux de l’information. Le prétendu directeur des rédactions a par là, si besoin en était encore, confirmé le soupcon qui fait de lui le serviteur docile de ceux qui l’ont imposé à ce poste.

Ces épisodes démontrent combien la dénonciation, faite d’abord par le magazine Le Vif, de l’existence d’une «liste noire» de journalistes, coupables de trop d’indépendance par rapport à l’actionnaire Nethys, n’était pas la simple répétition d’une rumeur régulièrement répandue en cas de restructuration d’entreprises, comme me le disait encore récemment le vice-président de la Centrale Nationale des Employés.

Le conflit en cours aux Éditions de l’Avenir est un conflit social, mais il est bien plus que cela. Raison pour laquelle les syndicats, habitués à régler des problèmes sociaux, n’ont pas compris que la réticence des journalistes à accepter les conditions de départ offertes aux candidat(e)s à une préretraite qui ne veut plus dire son nom ou au départ volontaire, ne portait pas seulement sur des conditions financières ignorant leur convention de travail et de rémunération propre, mais surtout sur le respect de leur statut et de leur indépendance.

C’est sans doute faute d’avoir suffisamment pris la mesure de cet enjeu que les organisations syndicales ont rompu unilatéralement une convention de collaboration vieille d’une dizaine d’années, qui les liait à l’Association des Journalistes Professionnels et à la Société des Rédacteurs, restées seules pour défendre les droits matériels et l’indépendance des journalistes. Ce qui leur vaut l’appui massif des journalistes de L’Avenir. La direction du groupe l’a bien compris, qui refuse désormais de négocier avec les représentants légitimes de la rédaction, et tente de contourner l’obstacle en se remettant à table avec les syndicats: à eux, cette fois, de ne plus se laisser abuser!

Les dénégations maladroites encore opposées par l’administrateur-délégué des Éditions de l’Avenir, Jos Donvil, notamment dans Le Soir de ce mercredi, sur l’existence de cette «liste noire» de journalistes à éliminer, n’abusent donc plus personne. Notamment quand il se contente de dire qu’il ne «connaît pas» les journalistes prêts au départ à la préretraite ou au départ volontaire qui se sont fait connaître après le week-end d’ultimes négociations du 17 février, et dont le nombre suffisait à réduire à néant la nécessité de quatre licenciements secs pour atteindre le nombre exigé par le plan social en cours d’application.

On se souviendra qu’il y a quelques mois à peine, alors qu’il n’était encore «que» l’administrateur-délégué en charge du pôle TelCo de Nethys, le même Jos Donvil avouait n’avoir aucune compétence en matière de presse. Il l’a solidement démontré ensuite, par exemple en défendant mordicus devant une commission réunie du Parlement wallon et du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le choix d’un grand format du journal, opéré par le conseil d’administration contre l’avis de la rédaction et de la grande majorité des lecteurs de L’Avenir. Jos Donvil, aujourd’hui, prétend avoir toujours été partisan du petit format, plébiscité par les lecteurs: on sait quel poids accorder à ses affirmations à géométie variable.

L’enjeu de tout ce qui se joue depuis quelques jours aux Éditions de l’Avenir dépasse, de loin, la nécessité d’appliquer un plan social pour redresser la situation financière d’une entreprise de presse.

Les réactions de solidarité exprimées par les société de journalistes des autres médias francophones, les témoignages d’encouragement prodigués par de nombreux lecteurs l’indiquent clairement: c’est l’existence d’une presse libre et critique, qui est en cause.

Il appartient au pouvoir politique d’en tirer les conséquences avec d’autant plus de vigueur que, dans le cas de l’actionnaire de L’Avenir, Nethys, et de son intercommunale faîtière Publifin, dont le changement de nom en Enodia n’a pas effacé le souvenir des dérives, le pouvoir wallon avait pris une série de recommandations, dont bien peu ont été respectées. À commencer par celle qui voulait imposer des conseils d’administration indépendants, aux filiales privées de Publifin, pardon, d’Enodia. La composition du conseil d’administration des Éditions de l’Avenir (et la manière dont il se réunit et prend ses décisions) montre qu’on est loin du compte.

Si toutes ces possibilités de faire échec à la volonté déclarée de l’actionnaire des Éditions de l’Avenir échouent, il me restera toujours une ultime ressource: en qualité d’ancien président de la Fédération Internationale des Journalistes, je pourrai presser celle ou celui qui me succédera en juin à cette fonction d’interpeller les autorités belges, communautaires et wallonnes, pour leur expliquer qu’une presse libre peut bénéficier aux autorités en place dans la mesure où elle est libre de les critiquer. Et donc de gagner en crédibilité, même quand elle approuve leur action…

Le bout du tunnel reste lointain…

Le déroulement des événements, depuis la rédaction de ce billet, n’a guère permis de faire évoluer les choses. D’abord parce que les syndicats, une nouvelle fois, non seulement se sont engouffrés tête baissée dans le piège qui leur était tendu, et n’ont négocié que le volet social d’un problème bien plus large , mais qu’en plus, ils ignoré leur propre pratique en signant un accord sur la réintégration, à des conditions très discutables, des trois journalistes injustement licenciés, avant de le soumettre à une assemblée générale du personnel. Ils auraient été mieux inspirés, en l’occurrence, de se souvenir de la manière dont leurs dirigeants procèdent, avec le projet d’AIP négocié au sein du « Groupe des Dix »….

Cette assemblée s’est déroulée de manière très fraîche pour eux: journalistes et non-journalisets ont rappelé aux négociateurs syndicaux que, habituellement, un projet d’accord est soumis à l’approbation du personnel. Et que, quel que soit le résultat du vote, c’est forts de la confiance de leurs mandants que les délégués et permanents peuvent retourner auprès de la direction pour signer l’accord… ou s’atteler à le renouveler.

Et puis manque toujours un engagement ferme sur l’indépendance rédactionnelle, sérieusement mise à mal par le « lock-out » opéré par la direction, une grande et triste première pour la presse belge. Dans la foulée, l’assemblée générale a mandaté à la quasi unanimité l’Association des Journalistes Professionels (AJP) et la Société des Rédacteurs (SDR) pour aller négocier ce volet de leurs revendications.

A priori, tout semblait s’engager favorablement: la direction générale avait accueilli les représentants de la rédaction, pris note de leurs remarques, et annoncé un nouveau rendez-vous pour ce vendredi 8 mars dans la matinée. Puis, comme il y a quelques semaines, la mécanique s’est grippée. Le rendez-vous a été reporté à lundi, au-delà du week-end. Officiellement parce que tous les acteurs étaient fatigués? Ou bien parce qu’il faut laisser le temps à Liège de dicter ses conditions?

Et puis une interview, à paraître ce samedi, de l’administrateur-délégué, Jos Donvil, dans les colonnes du journal, ne laisse rien présager de bon. Une fois de plus – on se demande bien dans quelle école de formation des cadres ont peut bien enseigner que pour résoudre un problème, ce n’est pas avec ceux qui l’ont posé qu’on doit chercher une solution, mais avec d’autres interlocuteurs – il y annonce refuser toute négociation avec l’AJP « qui n’est pas un syndicat » et avec laquelle il n’entend donc que « discuter ».

L’expérience du plan social, qui ne s’est désembourbé qu’après un dimanche de négociation avec les représentants des journalistes, ou celle, toute fraîche, des licenciements brutaux opérés (Jos Donvil dénonce une « grève sauvage », sans envisager que semer le vent amène souvent à récolter la tempête!) ne lui auraient donc rien enseigné?

Quant au « lock-out », dénoncé par la Fédération Européenne des Journalistes devant le conseil de l’Europe, Jos Donvil le… nie tout simplement.

« Quand un chauffeur des camion est en grève, il n’a pas besoin des clés du véhicule », explique-t-il. Mais l’accès au site web et aux réseaux sociaux du journal ont été coupés pendant deux jours, y compris ce mercredi quand les journalistes avaient décidé de la reprise du travail, sous la menace d’une nouvelle grève le vendredi, si rien ne changeait. Raison pour laquelle la direction n’a pas rouvert les robinets, argumente l’administrateur-délégué de L’Avenir.

C’est bien cela l’objet de l’alerte lancée au Conseil de l’Europe: au moment où les journalistes voulaient reprendre leur travail, c’est bien la direction qui les en a empêchés. C’est ce qu’on appelle un lock-out, tout simplement.

Tel M. Jourdain, qui faisait de la prose sans le savoir, Jos Donvil aurait-il mis en oeuvre le premier lock-out de l’histoire de la presse belge sans s’en rendre compte?

Quatorze ans après les mêmes questions… sans réponses


donald-trumpOn se rassure comme on peut, en se disant que le président Donald Trump se différenciera forcément du candidat Donald Trump. Parce que la fonction fait l’homme; parce qu’il sera entouré d’une équipe; et parce qu’il devra tenir compte d’un Congrès dont la majorité républicaine n’est pas forcément la sienne. Tout cela est sans doute vrai, mais un fait est plus important qu’un lord maire: les États-Uniens ont élu, mardi, un butor, raciste et machiste, à la tête de leur pays. Comme pour rappeler cet aphorisme attribué à Winston Churchill: la démocratie est le pire des systèmes… à l’exception de tous les autres.

Avec cette élection qu’aucun sondage n’avait annoncé, le 8 novembre 2016 rejoint le 21 avril 2002 dans l’histoire des cauchemars politiques. Et comme au jour où Jean-Marie Le Pen avait bouleversé la France en se hissant au deuxième tour de l’élection présidentielle de cette année-là, au détriment de Lionel Jospin, on entend des questions auxquelles quatorze années de distance n’ont toujours pas apporté de réponses: comment de tels individus dépourvus de toute crédibilité peuvent-ils se hisser aux portes du pouvoir, ou, pour Trump, au pouvoir lui-même? Pourquoi les politiques et les médias n’ont-ils pas compris la colère, ou le désespoir populaire, qui conduit à pareil extrême? Comment un fossé s’est-il creusé entre la population et celles ou ceux qui entendent la diriger?

Pour ce qui est des médias, la réponse n’est peut-être pas trop malaisée à apporter: elle va d’un désinvestissement général dans les rédactions, qui a réduit de plus en plus les initiatives de reportages sur le terrain, à l’accélération de l’information qui, à l’ère du Web, s’est faite au détriment de l’enquête en profondeur. Avec aussi une pratique courante, entre journalistes et mandataires politiques, de moins en moins souvent sollicités par les journalistes sur des thèmes choisis par ceux-ci, mais qui accordent en fonction de plans de communication dûment établis des entrevues sur des thèmes qu’ils ont eux-même déterminé. Et puis une «pipolisation» de l’information: les péripéties des aventures des fumeuses soeurs Kardashian étaient sans doute mieux connues des électeurs américains que le détail des programmes des deux principaux candidats à la présidence qu’ils devaient départager, et qui se sont surtout échinés à s’étriper.

Côté politique, on épingle, comme il y a quatorze ans, la distance de plus en plus grande entre électeurs et élus; la professionnalisation de la fonction politique; l’incapacité de certains à quitter l’exercice du pouvoir, ou l’accaparement de mandats politiques par de véritables dynasties. Les nouveau venus ont souvent du mal à forcer les portes d’un milieu qui apparaît décidément inaccessible.

Le rejet de ces «dynasties» a sans doute fait le succès de Donald Trump: Jeb Bush, le cadet de la famille, a été éliminé dans les tout premiers rounds de la primaire républicaine. Et Hillary Clinton a vraisemblablement payé à la fois le fait que, depuis 1992, elle fait partie du paysage politique, et le fait qu’elle ait brigué à distance la succession de son propre époux.

À ne pas négliger, non plus, l’écart entre les promesses et les actes politiques: la pratique des coalitions, chez nous, rend inévitable pareille distanciation. On est néanmoins curieux de voir si Donald Trump respectera, lui, de ses engagements électoraux, de la construction d’un mur à la frontière mexicano-américaine à la relance de l’exploitation du pétrole de schiste ou  à la taxation douanière des produits d’importation. S’il le fait, le monde sera plongé dans l’inquiétude; s’il ne le fait pas, il commettra à l’égard de ses électeurs la faute qu’il a imputée, précisément, à ses adversaires dans la course à la Maison-Blanche

Il faudra peut-être aussi, pour expliquer l’échec de la candidate démocrate, mesurer l’impact de la révélation de l’avantage indu qui lui a été accordé au cours de la campagne des primaires, quand, avant un débat qui devait l’opposer à Bernie Sanders, son inattendu rival, elle a été informée par la présidente par interim du parti de deux questions qui allaient leur être posées le lendemain. On s’étonnera après cela qu’une bonne part des jeunes que Bernie Sanders avait réussi à mobiliser, avec des propositions lui aussi largement démagogiques, ne se soient plus dérangés pour venir voter ce mardi.

On ne doit pas enfin éluder la responsabilité des électeurs eux-mêmes: le distinguo classique entre des candidats ou des partis racistes ou xénophobes et leur électorat est un trompe-l’oeil: comment peut-on prétendre que les électeurs qui accordent leur soutien à ces candidats et à ces formations ne partagent pas eux-mêmes peu ou prou leur racisme et leur xénophobie?

Tout cela pourrait-il se produire chez nous? Chez nos voisins français, on imagine déjà 2002 en pire, avec une possible élection à la présidence de Marine Le Pen, pourtant héritière politique de son père, et elle aussi au coeur d’une «dynastie» qui n’entend pas partager son pouvoir.

Pas sûr que la comparaison fasse raison. Mais les récents propos du commissaire européen Oettinger sur le refus de la Région wallonne de signer le Ceta,le traité de libre-échange canado-européen, ou le commentaire du président de la Commission, Jean-Claude Juncker, à propos du mécanisme de ratification des traités dans notre pays ont irrité même des Wallonnes et des Wallons qui n’avaient pas soutenu la position de la majorité PS-cdH. Il n’en faut pas plus pour détruire l’image des dirigeants de l’Union Européenne aux yeux de l’opinion. Un peu comme l’establishment américain s’est déconsidéré auprès de son électorat.

Certes,selon la formule célèbre, quand le gouvernement n’a plus la confiance du peuple, il suffit de dissoudre le peuple. Mais la réaction de celui-ci est, à l’instar des éruptions volcaniques périodiques, d’une violence rare. Et quand pareille explosion se produit, comme en ce 8 novembre 2016, chacun se lance dans une grande introspection. Sans réponse. Jusqu’au prochain séisme politique sans doute…

 

Marre des «experts» qui pérorent sans même se documenter!


Deborsu

Ainsi donc, après deux numéros seulement, l’émission dominicale de Christophe Deborsu va subir un relifting sur RTL TVI. Les mauvais scores d’audience du transfuge de VT4 ont apparemment déclenché une espèce de «football-panique» sur la chaîne privée. Reste à savoir si un simple remaniement suffira, car les ingrédients de l’émission restent identiques. Et ses experts ou prétendus experts aussi, hélas. Hors Alessandra D’Alessio, bien sûr, dont on se demandait bien ce qu’elle venait faire là, et qui a disparu de la circulation non pour son incompétence, mais pour ses affinités avec un ancien député d’extrême-droite, qui ne manque vraiment pas au Parlement.

En disant cela, ce n’est pas l’animateur de «C’est pas tous les jours dimanche» que je cible, même si sa prestation, dimanche dernier face à Lio a été désastreuse, au point qu’Alexander De Croo, le ministre Open vld de la Coopération, interloqué, l’a interpellé en lui demandant qui dirigeait le débat, de lui ou de l’interprète de «Banana Split» (le succès qui a assuré sa notoriété jusqu’à aujourd’hui!), tandis que Karin Lalieux, la députée PS, subissait l’agressivité de cette has been qui prenait des attitudes de Pasionaria! Non, c’est à Michel Henrion que je pense, catastrophique, vendredi soir, dans la désolante émission «On refait le monde», sur Bel-RTL.

En studio, l’ancien porte-parole de feu Guy Spitaels apparaissait comme le seul expert en politique, face à ce vieux briscard de Marc Metdepenningen, grand journaliste judiciaire au «Soir», et à la rédactrice en chef-adjointe de Ciné-Télé-Revue, qui semble être le seul hebdomadaire d’«information» (???) connu de Patrick Weber. Et c’est donc tout naturellement vers Michel Henrion que le sirupeux «Monsieur Loyal» de l’émission aux allures de café du Commerce s’est tourné, pour lui demander son avis sur la nomination par la ministre flamande N-VA Lisbeth Homans, d’un échevin francophone comme bourgmestre de Linkebeek, en lieu et place du bourgmestre MR ff Damien Thiéry, qui donne des boutons à cette flamingante enragée.

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Et ô surprise, Michel Henrion a… donné raison à la ministre N-VA. Parce que, a-t-il doctement tranché, depuis la dernière réforme de l’État et la scission de l’arrondissement électoral et judiciaire de Bruxelles-Hal-Vilvorde,  les communes flamandes à facilités de la périphérie bruxelloise relèvent des chambres réunies du conseil d’État. Et que ces chambres réunies ont validé le refus de nomination de M. Thiéry par la ministre Homans, et par contre invalidé la décision identique qu’elle avait prise à l’égard de Valérie Caprasse, mayeure cdH de Crainhem. Lisbeth Homans n’avait donc d’autre choix que de nommer un autre bourgmestre, a-t-il conclu, et elle l’a fait dans le respect du verdict électoral, comme elle l’a elle-même dit.

Confiants dans la sagacité de cet «expert», les autres participants à l’émission ont fait chorus. Tout juste a-t-on entendu timidement parler de respect du choix des électeurs de Linkebeek, qui ont plébiscité Damien Thiéry. Mais en Flandre, on n’est pas en Wallonie, a rappelé opportunément Marc Metdepenningen: les électeurs ne peuvent pas peser sur le choix du bourgmestre.

Carrousel en vue

L’ennui, c’est que Michel Henrion… ne connaissait pas bien son dossier. Oui, la scission de l’arrondissement électoral et judiciaire de Bruxelles-Hal-Vilvorde, réclamée depuis des lustres par la Flandre, s’est accompagnée d’une compétence accordée aux chambres réunies du Conseil d’État sur les communes à facilités de la périphérie. Mais ces chambres sont présidées alternativement par un magistrat francophone ou néerlandophone dont la voix est prépondérante! Il n’est donc pas sot de penser que, selon le sexe linguistique du président, les décisions de l’instance basculeront dans un sens ou dans l’autre. Et que leur valeur, donc, est très relative. Mais cela, manifestement avait échappé à la sagacité de l’ancien porte-parole de feu Guy Spitaels.

Et puis l’expert (?) est apparemment parti un peu vite en estimant que l’affaire était désormais réglée. Car tout indique aujourd’hui que l’échevin pressenti… refusera le cadeau empoisonné que lui avait préparé l’extrémiste ministre. Et si lui refuse, il faudra que Lisbeth Homans se lève tôt pour trouver dans les rangs francophones un(e) élu(e) prêt(e) ) suppléer le candidat-bourgmestre porté par la majorité. On suppose qu’alors la ministre flamingante des Affaires intérieures se tournera vers un membre de l’opposition, ou nommera un(e) bourgmestre hors conseil. À qui il est déjà prudent de prendre des médicaments contre la dépression, car il ne sera pas difficile à la majorité francophone de Linkebeek de torpiller toutes les initiatives de ce mayeur imposé.

Michel Henrion aurait été bien inspiré de relire «Génération Fourons»: cet ouvrage collectif rappelle la trouvaille de Charles-Ferdinand Nothomb, alors ministre PSC de l’Intérieur, le 15 octobre 1986. Pour mettre fin au «carrousel fouronnais» (à chaque fois que les magistrats flamands du Conseil d’État cassaient la nomination de José Happart, bête noire de la Flandre, au mayorat de Fourons, tous les échevins démissionnaient; et José Happart était réélu premier échevin et bourgmestre ff de Fourons), l’homme politique luxembourgeois avait déniché un excellent candidat au poste de bourgmestre hors conseil: Roger Wynants, de Fouron-Saint-Pierre, est un des fils d’un ancien mayeur fouronnais. Dans un climat extrêmement tendu, car de sa décision dépend le sort du gouvernement, le Premier ministre, feu Wilfried Martens, part, le 17 octobre peu après minuit, au Palais de Laeken pour faire signer par le défunt roi Baudouin son arrêté de nomination comme mayeur de Fourons. Mais patatras, l’homme n’accepte qu’à la condition, inacceptable pour les Flamands, de ramener les six villages de la Voer de la province du Limbourg à celle de Liège. Il n’y aura pas de bourgmestre hors conseil  à Fourons. Et Charles-Ferdinand Nothomb sera contraint de démissionner.

Un autre carrousel risque de se mettre en route, dès ce week-end, à Linkebeek. Et il pourrait secouer le gouvernement de Charles Michel. Car ce dernier, et tous ses ministres libéraux francophones, ont beau, à la manière Coué, seriner que la N-VA se limite aux problèmes socio-économiques jusqu’à la fin de la législature, l’initiative de Lisbeth Homans et venue prouver le contraire. Et le MR devra bien décider si, oui ou non, il soutient toujours son candidat-bourgmestre de Linkebeek. Il en est sûrement, dans la grande maison bleue, pour déplorer secrètement que le parti ait ouvert ses portes, naguère, à ce transfuge du FDF…

Fadila Laanan ne méritait peut-être pas cet excès d’honneur, mais sûrement pas cette indignité!


La remise de la Légion d’honneur à Fadila Laanan, ministre communautaire de la Culture et de l’Audiovisuel, a suscité bien des commentaires, cette semaine. La plupart ne volaient pas très haut, sentant… mauvais le poujadisme, le sexisme, voire même un racisme sous-jacent. D’autant que Fadila Laanan a été décorée par Yasmina Benguigui, ministre française de la Francophonie.

Capture d'écran 2014-02-01 10.20.44Sur certains sites, on n’y est pas allé avec le dos de la cuiller: on ne mentionnait pas l’origine de la ministre belge, on lui volait carrément sa nationalité. Tout dans la nuance, on le voit…

Des courriers, dont certains envoyés au journal qui m’emploie et ne me rémunère pas assez à mon goût (N.D.L.R.: air connu des habitués de ce blog, et d’autres…) ont, eux, plutôt donné dans le populisme primaire. «Qu’on ne vienne pas me dire que durer en politique chez les socialistes, c’est exceptionnel et qu’on se maintient dans son niveau d’inculture pendant dix ans, tout en prenant bien soin de passer tout le secteur culturel au Roundup, afin de ne plus laisser pousser que de la culture OGM», écrivait ainsi une personne, qui avait manifestement pas relu sa phrase inachevée.«On bafoue les titres honorifiques de façon déraisonnable, on les ridiculise, on les galvaude, on les gaspille. Cela ne veut plus dire grand-chose» ajoutait un autre «indigné».

Et si on se calmait? Si on se souvenait, d’abord, qu’une Légion d’honneur ne se sollicite pas: elle est attribuée. De manière souvent inattendue: feu Pierre Desproges disait, avec l’humour qui n’appartenait qu’à lui, et dont certains (je ne m’y risquerais jamais) ne donnent qu’une caricature, en voulant le plagier, «Les décorations, c’est comme les bombes, ça tombe souvent sur quelqu’un qui ne les mérite pas». Mais à tout prendre, mieux vaut prendre une décoration qu’une bombe sur la gueule.  On peut la refuser, disent certains beaux esprits. Je serais curieux de voir si, eux, refuseraient pareil(le) (Légion d’) honneur?

Si on se demandait, ensuite, si les commentaires, ou les courriers de lecteurs qui en ont découlé, auraient été les mêmes si Fadila Laanan avait été… un homme? Que l’on sache, on n’a pas déversé de tombereaux d’invectives, quand le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, s’est vu, lui aussi, remettre la Légion d’honneur, il y a quelques mois, par son copain Nicolas Sarkozy. Ce qui est scandaleux aujourd’hui, était honorable hier? Parce que c’est une femme qui reçoit la Légion d’honneur, et non plus un homme?

6246749-9334374Réflexion excessive, direz-vous? Fort bien, alors: le bilan de Didier Reynders justifie plus sa Légion d’honneur, que celui de Fadila Laanan? Mais, à propos, sauf cette sentence définitive, et quelques réflexions ironiques, a-ton envisagé la remise ce cette prestigieuse décoration à la ministre de la Culture et de l’Audiovisuel à l’aune de son action?

Les artistes la vomissent: ils ont subi de plein fouet les restrictions qu’elle a appliquées. Soit dit au passage, ces restrictions budgétaires, Fadila Laanan les a appliquées comme tous les ministres du gouvernement communautaire. Et comme tous ses collègues ministres, fédéraux comme régionaux. Plutôt que la cibler, elle seule, le moment serait peut-être enfin venu, à l’approche du scrutin du 25 mai, de poser la question du coût du maintien d’une institution, la Communauté française de Belgique pour l’appeler par son nom constitutionnel, dont le fonctionnement est pris de manière très large en charge par les Régions…

Des «cultureux» reprochent aussi à la ministre bruxelloise une forme de «bruxello-centrisme», et là, c’est une critique recevable. Pour reposer, à nouveau, la question de la pertinence de cette Communauté française qui, du point de vue wallon, nie largement la Culture wallonne: il y a trente ans, déjà, le «Manifeste pour une Culture wallonne» dénonçait cette situation.

Mais Fadila Laanan, c’est aussi notamment la ministre qui est arrivée, après des années d’efforts vains, notamment de ses prédécesseurs libéraux, à remettre de l’ordre dans le plan de fréquences des radios francophones, sans déclencher une guerre de l’éther avec la Communauté flamande. C’est particulièrement dans le secteur audiovisuel, d’ailleurs, qu’elle s’est attachée à cette défense de la francophonie, qui lui a valu cette semaine la reconnaissance de la France.

Fadila Laanan a également constaté la navrante désertion des patrons de presse, qui ont la singularité de gérer un secteur en crise en ne le recentrant pas sur son cœur d’activité, et elle a créé un «Fonds d’investigation journalistique», qui permet en particulier à de jeunes journalistes de financer des reportages réputés nourrir le débat sociétal. Tous les reportages ainsi soutenus ne donnent pas forcément les résultats espérés, c’est vrai. Au moins ne versent-ils pas dans la caricature et les à peu-près, pas toujours en-deçà des limites imposées par la déontologie professionnelle, qui ont caractérisé les commentaires émis à l’occasion de sa réception de la Légion d’honneur.

La ministre ne méritait peut-être pas pareil excès d’honneur; mais sûrement pas une telle indignité.

Entre journalistes et politiques, connivence ou agressivité?


Quelle mouche a donc piqué Fientje Moerman? L’ancienne ministre libérale flamande de l’Économie s’était plainte, mercredi, dans une carte blanche publiée par le «Standaard» du dédain des journalistes pour le travail parlementaire en profondeur, et du coup, depuis lors, son coup de gueule a fait l’objet de nombreux commentaires dans tous les médias, flamands essentiellement, mais aussi francophones. Où tout le monde, soit dit au passage, n’a pas forcément lu son texte, car cela postule une connaissance élémentaire du néerlandais..

fientje-moermanFientje Moerman n’est pas la première responsable politique à se plaindre du comportement des journalistes. Elle s’est présentée en victime («comme une paria»…) là où un François Mitterrand s’était fait procureur, dans des circonstances il est vrai nettement plus dramatiques, après le suicide de son ancien Premier ministre, Pierre Bérégovoy. Le défunt président de la République, qui s’y entendait comme pas deux pour manipuler les médias, avait, on s’en souvient, qualifié les journalistes de «chiens». Pareille agressivité ne se retrouvait pas dans le texte de la députée flamande.

Parmi les multiples réactions que sa sortie a suscitées, l’éditorial d’Eric Donckier, dans le «Belang van Limburg» équilibrait avec beaucoup de pertinence les responsabilités des uns et des autres. Les journalistes, constatait-il, doivent balayer devant leur propre porte, en réfléchissant à leur manière de couvrir la politique; mais les politiques feraient bien d’en faire autant, sur la manière dont ils organisent leur communication vers les journalistes. Une communication faite de nombre d’effets d’annonces; d’engagements dont ils et elles savent qu’ils (elles) ne pourront les tenir; voire d’infos de derrière les coulisses, pourvu qu’elles nuisent à leurs adversaires, voire à leurs camarades de partis…

La manière dont la politique est couverte dans les rédactions mérite une réflexion particulière, à quelques mois des scrutins du 25 mai 2014, où le public, invité à renouveler sa représentation régionale, fédérale, et européenne, aura besoin d’éclaircissements particulièrement précis pour bien identifier les enjeux des différentes élections. La tentation pour les journalistes d’éluder leur responsabilité sera grande: il est tellement plus facile de se réfugier derrière des bilans du type nombre de questions parlementaires posées, des interviewes convenues, ou, mieux, des «petites phrases» qui font le «buzz». Fientje Moerman épingle notamment les médias sociaux, en révélant qu’une des obsessions des mandataires politiques est de vérifier au petit matin tout ce que les médias sociaux peuvent véhiculer à leur sujet, sans faire le tri du vrai et du faux…

Mais les politiques eux-mêmes seraient bien inspirés de revoir leur conception de leur relation avec les médias. J’ai déjà eu l’occasion, dans ce blog, d’épingler la stratégie des partis qui imposent tel(le) ou tel(le) de leurs représentant(e)s à divers médias, à un moment donné, pour donner à un message la plus large diffusion possible. En faisant bien comprendre au média qui refuserait d’entrer dans ce jeu de dupes que la note lui sera présentée tôt ou tard, par exemple en réservant à d’autres une exclusivité soigneusement dosée.

De la même manière, l’inaccessibilité relative de ministres en fonction, qui ne concèdent d’interviewes s’ils (elles) n’en choisissent pas eux-mêmes le moment et le thème montre la considération qu’ils (elles) ont pour le rôle démocratique des médias. Dans la même veine, on épinglera également les interviewes «groupées» qu’imposent de plus en plus de ministres. Bien conscient(e)s du fait qu’une interview à plusieurs mains doit être soigneusement préparée. Mais que pareille préparation, précisément, entre journalistes travaillant pour des médias concurrents est bien plus difficile, même quand ils (elles) se connaissent. Et que dès lors, l’interview ira rarement au fond des choses.

Eric Donckier, en conclusion, suggère l’idée d’un dialogue entre journalistes et politiques, mais après la triple élection du 25 mai 2014. Pourquoi pas? Mais les journalistes s’y présenteraient avec encore plus de crédibilité, si entre-temps, ils et elles réfléchissaient déjà plus à leurs pratiques…

Le coup de Jarnac d’un… Hollandais fatal au «décret de septembre»


Près de 350000 téléspectateurs flamands ont suivi, semble-t-il, l’interview d’une heure et demie du prince-héritier des Pays-Bas, Willem-Alexander, et de son épouse, Maxima, diffusée par la télévision néerlandaise, à quelques jours à peine de leur accession au trône.

interview-7-deflls ont pu, pour l’occasion constater une nouvelle fois le décalage de style entre le futur roi (si du moins, rien de fâcheux ne lui arrive d’ici au 30 avril), des Pays-Bas et «notre» prince-héritier. Ce n’est pas, bien sûr, le thème de ce billet, mais la remarque a été formulée plus d’une fois au passage.

Pour l’occasion, donc, un Néerlandais, princier il est vrai, a été apprécié par le public flamand. Car pour le reste, pour l’instant, entre la Flandre et les Pays-Bas, les points d’accrochage sont bien plus nombreux que les points d’accroche.

Prenez  l’accord de collaboration  publiquement signé, ce matin, par les patrons des quatre ports de mer flamands: celui d’Anvers n’apas manqué de signaler que la cible principale de leur rapprochement est Rotterdam, qui absorbe pour l’instant la quasi totalité du trafic maritime convoité entre l’Asie et l’Europe du Nord-Ouest. Et on ne peut s’empêcher de penser que la mise sur pied de cette «plate-forme maritime flamande» est aussi une manière de répondre aux difficultés faites par les Pays-Bas à l’approfondissement de l’Escaut. Les réticences de nos voisins néerlandais avaient valu à leur ambassadrice en Belgique, on s’en souvient, d’être sèchement convoquée à la place des Martyrs par le ministre-président flamand Kris Peeters…

Toujours en matière portuaire, le vieux rêve flamand du «Rhin d’acier», cette liaison ferroviaire directe entre Anvers et la Ruhr, sans passer par la Wallonie abhorrée, se heurte à la mauvaise volonté des Pays-Bas qui, sous couvert de la protection d’une zone naturelle, bloquent un projet susceptible de favoriser la concurrence anversoise au détriment de leur port-phare. Ce qu’on peut effectivement le comprendre.

Et voilà que mardi,  la plainte d’un ex-employé… néerlandais d’une firme basée à Singapour envoie par le fond le fameux «décret de septembre» du…. 19 juillet 1973, qui avait imposé le néerlandais comme langue des relations de travail, écrites et orales, en Flandre.

CJUE 1Ce «décret de septembre», a noté la Cour de Justice de Luxembourg, en imposant la langue de Vondel dans les contrats et dans toute communication, même pour une entreprise transnationale, peut avoir un «effet dissuasif» sur «tous les travailleurs non-néerlandophones», et est donc contraire au principe de la libre circulation des travailleur au sein de l’Union Européenne.

Le «décret de septembre», ainsi nommé parce qu’il avait été publié en septembre 1973 par le «Moniteur», était un des outils essentiels des autorités flamandes de l’époque pour la flamandisation de toute la société flamande. Il a d’ailleurs largement inspiré les dispositions prises plus tard au Québec par les indépendantistes québécois pour proscrire l’anglais de l’affichage public dans la «belle Province».

La question de sa pertinence a été posée à la Cour de Luxembourg par le tribunal du travail d’Anvers, qui avait été saisi par un citoyen néerlandais travaillant pour une société basée à Singapour, mais qui a un siège à Anvers. Ce citoyen néerlandais avait signé son contrat de travail en anglais, et la lettre de licenciement qu’il a ensuite reçue a aussi été rédigée dans cette langue. Il a alors porté son dossier devant le tribunal du travail, en invoquant la nullité de la lettre de licenciement, et partant de son contrat, au motif que les deux documents contrevenaient au «décret de septembre».

On sait ce qu’il en est advenu, le couvercle lui retombe maintenant sur le nez. Mais l’arrêt de Luxembourg place dans le même temps une fameuse épine dans le pied du gouvernement flamand, et on devine que l’avocat qui a conseillé le citoyen néerlandais doit avoir eu les oreilles qui sifflent depuis mardi!

L’histoire manque d’autant moins de saveur que les flamingants, et notamment la N-VA, président en tête, avaient eu l’habitude d’imputer à une grande influence francophone les condamnations répétées de la Flandre au Conseil de l’Europe, pour ses dispositions linguistiques vexatoires, type circulaires Peeters ou Martens. Ce fantasme, lui aussi, a vécu: c’est à un Néerlandais que la Flandre doit cette Bérézina judiciaire européenne. Hors Willem-Alexander, le temps d’une interview, et les Hollandais de Fourons, qui ont apporté leur pierre au renversement de la majorité francophone en 2000, leurs voisins du nord donneraient plutôt des boutons à nos concitoyens du nord du pays pour l’instant…