Baris Terkoglu et ses collègues risquent leur vie derrière les barreaux!


Depuis quelques jours, Baris Terkoglu, son collègue Baris Pehlivan, et une troisième collaboratrice du site turc Oda TV ont retrouvé les sinistres murs de la méga-prison de Silivri, à une quarantaine de kilomètres d’Istanbul.

Ils ne sont pas être les seuls à être détenus à cet endroit. D’autres journalistes, travaillant pour des quotidiens, dont des journalistes pro-kurdes, ont été également arrêtés en même temps qu’eux. Et à Silivri, des journalistes croupissent depuis des mois.

Baris Terkoglu et Baris Pehlivan connaissent bien les lieux: ce n’est pas un hasard, la répression de la liberté de la Presse n’est pas neuve en Turquie.

Cette fois, ils sont poursuivis pour infraction à la loi sur les services de renseignement. Leur crime? Avoir évoqué les obsèques d’un agent des services de renseignement turcs, mort en service commandé en Libye. Le nom de cet agent avait été mentionné au Parlement, dans un débat sur l’engagement de la Turquie en Libye; et il avait été repris dans des quotidiens qui avaient relaté ces débats. Qu’importe: les journalistes du site Oda tv ont été incarcérés.

Cette inculpation est évidemment un prétexte: c’est le journalisme d’investigation qui est visé à travers eux. Le Baris Terkoglu que nous avons connu il y a neuf ans n’est en effet plus un journaliste inconnu en Turquie. La publication, avec Baris Pehlivan, de livres, «Mahrem» et surtout «Metastaz», sur le devenir des membres des réseau «gulllenistes» en Turquie, a fait d’eux des journalistes qui comptent en Turquie, et leur site Oda TV est devenu un rendez-vous des citoyens en quête d’information indépendante. Et si leur arrestation était à mettre en perspective avec la prochaine publication d’une suite à «Metastaz», dont les épreuves venaient d’être relues?

La procédure, en cas de violation de la loi sur les services secrets est en principe rapide, nul ne sait combien de temps elle durera. Cela avait déjà été le cas il y a neuf ans. Mais il y a neuf ans, le Covid-19 ne s’était pas répandu dans le monde. Et dans les prisons turques, surpeuplées comme la plupart des prisons européennes, il fait craindre l’expansion rapide d’une pandémie mortelle.

Les autorités turques en sont conscientes, qui envisageraient de libérer anticipativement une série de détenus… sauf les journalistes. En clair, elles sont prêts à mettre en cause la vie de journalistes qui ne devraient pas être derrières les barreaux!

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L’appel est lancé aux autorités belges et européennes. Et aussi aux journalistes de Belgique et d’ailleurs. Ces journalistes doivent sortir de prison. LE JOURNALISME N’EST PAS UN CRIME!

Devons-nous jeter nos radios à la poubelle?


Cela fait quelque semaines déjà qu’une campagne de publicité, en radio, fait la promotion de la DAB+ et annonce la fin prochaine de la bande FM. Résultats des courses: les revendeurs ont déjà fourgué des tas de nouvelles radios à des auditeurs en mal de cadeaux de fin d’année, ou, peut-être, angoissés à l’idée de perdre bientôt leur chaîne favorite.

DAB+Ce matraquage publicitaire pour promouvoir la DAB+ s’est même traduit par un spot où les chaînes, qui se font une concurrence féroce et revendiquent la place de n°1 après chaque mesure d’audience, se sont associées, par animateurs-vedettes ou prétendus tels interposés, pour en plaider la cause.

Il y a toutefois plusieurs bémols à apporter à cette campagne.

Pour des raisons économiques et écologiques tout d’abord: on ne peut obliger tous les auditeurs à jeter aux ordures leurs radios actuelles pour les remplacer par des récepteurs convertis à la nouvelle norme. Et annoncer la fin de la bande FM dans cette perspective procède de la manoeuvre déloyale. Après tout, l’irruption de la bande FM elle-même n’a sonné la fin ni des ondes longues, ni des ondes moyennes, ni des ondes courtes. Même si, au bout de plusieurs décennies, elle y a considérablement réduit l’offre d’écoute.

Et puis, on a beau parer la DAB+ de toutes les qualités possibles, il y a quand même un problème. Pour en bénéficier dans mon véhicule, je peux attester d’une chose: la qualité du son est incontestablement meilleure par ce canal que par la bande FM classique. À condition… de le réceptionner. Car le DAB+ est beaucoup plus volatil que la bande FM, et il arrive fréquemment que, quand une source n’est plus disponible, pour des raisons physiques par exemple, la chaîne inaudible le soit toujours en bande FM.

Ainsi donc, la campagne publicitaire actuelle incite-t-elle en partie les usagers à acheter un chat dans un sac! La sagesse populaire enseigne qu’il est prudent, dans ce cas, de s’abstenir. Ou de vérifier au préalable le pelage du chat!

Donald Trump préside-t-il le Standard?


 

Le président des États-Unis, Donald Trump, dont on connaît la haine qu’il a pour les journalistes indépendants occuperait-il également le fauteuil présidentiel au Standard de Liège ? C’est la question que je me pose, non à voir la cravate qu’il arbore, mais depuis que j’ai découvert, hier, la censure que le club de Sclessin impose depuis plusieurs mois aux journalistes de l’hebdomadaire Sport Magazine qu’il ne tolère plus que, contraint et forcé, dans La tribune de presse de son stade. Mais au-delà, désormais, les dirigeants du club refusent tout contact, avec eux-mêmes ou avec les joueurs, à qui ils interdisent même de répondre à des journalistes de Sport Magazine en-dehors du périmètre du stade, piétinant au passage la liberté d’expression de leurs salariés comme ils méprisent une nouvelle fois la liberté de la presse.

Le Standard de Liège est en effet un multirécidiviste en la matière. Il y a un quart de siècle environ, c’est un excellent confrère de « La Dernière Heure-Les Sports » qui avait été frappé des mêmes interdits imbéciles. Malheureusement pour les dirigeants « rouches » de l’époque, le gaillard savait se défendre et au bout de moins d’un mois, avec le soutien de ses confrères, il forçait la levée de cette sanction professionnelle.

Sport Magazine a été lui-même plus d’une fois victime de la vindicte du Standard de Liège, ou d’autres clubs professionnels, dont le Sporting de Charleroi sauf erreur de ma part. Là aussi, la solidarité professionnelle avait pu faire rapporter ces mesures… et aussi les sponsors du Sporting, inquiets de voir que les quotidiens ne publiaient plus des photos des Zèbres que s’ils ne jouaient pas au Mambourg.

À chaque fois, le prétexte invoqué est identique: les journalistes ont osé écrire quelque chose qui ne plaisait pas à la direction du club. Car c’est bien connu, les journalistes, sportifs en l’occurrence, ne sont bienvenus que quand ils passent une brosse à reluire, qui, au Standard de Liège, sert souvent à l’égard d’un vice-président-entraîneur, même quand il raconte n’importe quoi. Par exemple en reprochant à un adversaire réputé moins fort que son équipe d’avoir eu le front de prendre des précautions défensives. Voire, quand une équipe ne se laisse pas vaincre par les « Rouches » de reprocher à ses joueurs d’avoir mis trop d’engagement dans la conquête du ballon.

Ce qui inquiète, ici, c’est que le président du Standard de Liège est un homme d’affaires qui a réussi. D’accord, ce n’est pas un signe de largeur d’esprit, si on s’en réfère à l’ex-patron d’une société toujours provisoirement actionnaire du journal qui (air connu) m’emploie et ne me rémunère pas suffisamment à mon goût, et qui est par ailleurs un des sponsors du sport liégeois en général, du Standard de Liège en particulier.

Ce n’est tout de même pas une raison pour subir une forme de censure interdite depuis 1831 par l’article 25 de la Constitution, et qu’on ne s’autoriserait pas dans d’autres secteurs du journalisme, comme par exemple le journaliste politique. Du moins pas sans dommages: depuis qu’il a boycotté la plupart des médias francophones, l’image de Bart De Wever s’est dégradée en Wallonie. À l’inverse, un Théo Francken s’est moqué des attaques dont il faisait l’objet et a ainsi réussi à devenir un des hommes politiques (hélas) les plus populaires en Wallonie.

Une dernière chose: dans le passé , comme dit plus haut, la solidarité professionnelle a ramené à la raison les dirigeants de clubs les plus bornés. S’étiolerait-elle chez les consœurs et confrères sportifs? L’attaque récente, peu confraternelle, du rédacteur en chef de Sport Magazine, contre les journalistes qui avaient obtenu une interview du président du Standard de Liège, et dont il supposait qu’ils lui avaient au préalable soumis leurs questions n’a pas aidé à la susciter, évidemment.

L’association des journalistes sportives ne pourrait-elle toutefois intervenir? Voire les autorités politiques, notamment liégeoises, puisqu’elles sont sollicitées pour assurer l’ordre lors des rencontres de football?

Un combat à reprendre pour la liberté de la Presse


Il est des combats dont il ne faut jamais croire qu’ils sont définitivement gagnés: le combat pour la liberté de la Presse est de ceux-là! Paradoxe dans un pays qui, depuis l’origine, proclame dans sa Constitution que «la presse est libre» et que «la censure ne pourra jamais être établie»? Hélas, hélas, hélas, comme le disait Charles de Gaulle en évoquant le putsch des généraux félons à Alger, en 1962, il faut bien constater, ces derniers temps, que, y compris chez nous, l’année 2019 a été marquée par un recul de la liberté de la presse.

Péril pour la liberté de la presseLe signe le plus évident en est la nécessité ressentie par nos collègues flamands de la Vlaamse Vereniging van Journalisten (VVJ) de créer, sur leur site, un point d’alerte pour toute violence faite aux journalistes.

En six mois, c’est une douzaine de faits qui ont été signalés à l’union professionnelle des journalistes flamands. On n’en est, pour l’instant, qu’à des menaces physiques ou de l’intimidation, comme lors d’une manifestation d’extrême-droite contre le Pacte de Marrakech sur l’immigration, en début d’année. Ou lors d’un procès de Hells Angels devant un tribunal correctionnel limbourgeois. Mais il y a aussi ce fermier qui détruit l’appareil photo d’un correspondant de presse qui, à distance, venait de prendre des images de l’incendie d’une de ses étables. Ou la police qui menace de saisir les images d’un cameraman de télévision, qui filmait les lieux d’un accident de circulation, en respectant le périmètre de sécurité imposé.

L’Europe a connu quelques cas tristement célèbres d’assassinats de journalistes. Sur l’île de Malte, plus de deux ans après l’explosion de sa voiture qui lui a coûté la vie, les assassins présumés de Daphné Caruna-Galizia ne sont pas encore jugés, et leurs commanditaires ne sont pas connus. En Slovaquie, l’assassinat de Jan Kuciak et de sa fiancée a déclenché une vive réaction populaire qui a conduit à la démission du Premier ministre et à un renversement de majorité. Leurs assassins ont été démasqués, et les commanditaires mafieux de leurs assassinats sont connus. En Roumanie par contre, la précipitation avec laquelle l’assassinat de Viktoria Marinovna a été qualifié de crime purement sexuels laisse subsister bien des soupçons.

En Italie, j’ai eu le privilège douloureux de rencontrer des journalistes qui vivent sous protection policière permanente, après les menaces de morts proférées contre eux par la Mafia. Et le monde entier a appris avec horreur, il y a quelques semaines, les détails de l’assassinat de Jamal Kashoggi, au consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul.

Rien de tout cela chez nous et dans les pays voisins, me direz-vous? Il y a un an, rappelez-vous, des journalistes belges et des journalistes français étaient menacés, et parfois molestés, par des «gilets jaunes» qui les jugeaient par définition hostiles. En Catalogne, des journalistes ont été victimes de violences policières, et d’autres ont été attaqués par des militants indépendantistes.

En Allemagne, où j’ai assissté récemment au congrès d’un des deux grands syndicats de journalistes, le Deutscher Journalisten Verband (DJV), le rapport annuel a évoqué le refus opposé par l’Alternativ für Deutschland à la présence de journalistes au congrès ce ce parti d’extrême-droite. Tandis que d’autres voix réclamaient une meilleure protection des sources journalistiques. Une protection des sources, qui, comme l’a posé la Cour européenne des Droits de l’Homme, est la «pierre angulaire de la liberté de la presse».

Presse locale, non merci!

Les médias locaux exclus de la visite du Secrtaire d'EtatUn autre cas flagrant de censure a été dénoncé ce week-end par la section bavaroise du DJV, le BJV (Bayerischer Journalisten Verband) après le véto opposé par les autorités (états-unienne? allemandes? états-uniennes et allemandes?) à la présence de journalistes du quotidien régional Der Frankenpost, lors de la visite, à Mödlareuth, du secrétaire d’État états-unien, Mike Pompeo, et du ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas (SPD). Seul était autorisé, dans le sillage des deux excellences, un pool télévisé, composé de représentants de la ZDF (chaîne publique), et de RT L (chaîne privée). L’idée étant, on l’imagine, de diffuser des images de cette visite, mais de ne donner à personne l’occasion de poser des questions au secrétaire d’État et à son hôte. Et aussi sans doute une forme de mépris à l’égard de la presse locale? L’incident a en tout cas suscité une réaction d’un député SPD de la région. Klaus Adelt s’est dit choqué par le fait que cette mise à l’écart s’est produite «le jour même où on célèbre la liberté d’opinion et la liberté de la Presse» et qu’en plus, «elle est incompatible avec la Constitution qui proclame la liberté de la Presse et la liberté d’informer».

Des notions également ignorées des autorités turques,  qui maintiennent en détention des dizaines de jouralistes turcs , sous l’accusation fallacieuse d’appartenance à une mouvance subversive: depuis près de dix ans, la Turquie se révèle la plus grande prison pour journalistes d’Europe, voire du monde!

De son côté, la Maison-Blanche a retiré leurs accréditations à des journalistes russes travaillant pour des médias que le président français, Emmanuel Macron, a qualifiés d’officines de propagande. Et dans la foulée le président russe, Vladimir Poutine, a pris une mesure similaire à l’égarde de journalistes étrangers, qualifés «d’agents de l’étranger». Quant aux journalistes russes travaillant en Ukraine ou aux journalistes ukrainiens actifs en Russie, on devine le sort qui leur est réservé.

Je rappellerai enfin le combat mené depuis plus d’un an par la rédaction d’un journal qui m’emploie et ne me rémunère pas assez à mon goût, pour garantir son indépendance par rapport à une direction qui n’a pas hésité à procéder à des licenciements ciblés et à procéder à un lock-out, pour tenter de la faire plier.

Et que dire, dans le même ordre d’idées, des pressions exercées par le nouveau ministre-président flamand, Jan Jambon (N-VA) sur la VRT, pour que la chaîne publique de radio-télévision cesse sa «propagande» sur le réchauffement climatique et qu’elle offre la parole à des «climato-sceptiques»? Et la suppression, évoquée dans un autre billet de ce blog, des subsides à l’investigation journalistique indépendante?

La piqûre de rappel est sérieuse, et tou(te)s les journalistes doivent en être conscient(e)s: la défense de leur liberté est leur affaire, en tout premier lieu. Et s’ils/elles ne la défendent pas eux/elles-mêmes, personne ne le fera à leur place!

 

Stéphane Moreau parti, que subsistera-t-il de Nethys?


 

Ainsi donc, le départ de Stéphane Moreau, l’administrateur-délégué de Nethys, réclamé en vain depuis trois ans par l’autorité wallonne, serait prochain, si on doit en croire les confidences de Pierre Meyers, le président du conseil d’administration de la société au Soir de ce jour?

Cette sortie de scène avant que les nouvelles procédures envisagées, après examens et débats d’usage, par le Parlement wallon et par Pierre-Yves Dermagne, le tout nouveau ministre régional des Pouvoirs locaux, ne puissent arriver à leur terme, correspondrait assez au personnage, qui se croit ou se sait hors d’atteinte. Une forme de pied de nez ultime…

Mais surtout, avec les révélations en chaîne des offres liantes conclues pour la vente du réseau VOO au fonds d’investissement états-unien Equity Providence et pour celle de WIN, la filiale de Nethys en charge des nouvelles technologies à la société Ardentia Tech créée ensuite par François Fornieri, administrateur de Nethys, qui en a confié la gestion quotidienne à Stéphane Moreau dans un parfum de double conflit d’intérêts; après l’annonce de la cession prochaine d’Elicio, la filiale « Énergies nouvelles » de Nethys à un consortium formé de John Cockerill, ci-devant CMI et… Ardentia Tech à nouveau, puis avec les récentes envisagées de la compagnie d’assurance L’Intégrale –peut-être à DKV, mais la piste d’un rapprochement avec APICIL, mutualité française déjà actionnaire de L’Intégrale, est évoqué par Nethys- et in fine le dégagement de Nethys des Éditions de l’Avenir (une décision qui ne désolerait pas leurs rédactions), c’est à un nettoyage industriel par le vide que le patron de Nethys semble occupé essentiellement pour l’instant.

Une fois cette coquille vide, et NewCo1, où est actuellement logée la marque VOO tranformée en instrument financier, sur le mode de Finanapart, dont la suppression vient d’être décidée, il n’aurait évidemment que peu de raisons d’y rester.

Reste l’ironie des commentaires des responsables politiques qui défendaient naguère sa gestion malgré ses errements en plaidant que la direction du câble wallon restait en Wallonie alors que celle du câble flamand était depuis longtemps entre mains états-uniennes. Et, si nous étions échevin des Finances d’une commune liégeoise, des questions nous tarauderaient sur l’usage qui a été fait des investissements réalisés à l’époque lointaine où l’Association Liégeoise d’Électricité était dirigée par des responsables pénétrés de l’idée de l’initiative publique. Et qui en investissant dans la câblo-distribution il y a un demi-siècle, étaient encore bien plus visionnaires qu’ils ne le pensaient

Retrait prudent

Un rebondissement: Stéphane Moreau a annoncé son retrait de la structure d’Ardentia Tech. Manière d’écarter définitivement tout soupçon de conflit d’intérêt, malgré les assurances données en la matière par le président du conseil d’administration de Nethys, Pierre Meyers? Ce dernier a pourtant donné toutes les assurances que les dispositions du Code des entreprises ont été respectées, sous le regard d’éminents avocats.

Mais reste peut-être une forme de délit d’initiés. L’infraction ne touche qu’à des sociétés cotées (la désormais ex-patronne de Proximus en fait l’expérience pour l’instant), mais il n’empêche, dans les opérations annoncées, il doit y avoir eu comme une distorsion de concurrence: au moment où le conseil d’administration de Nethys a décidé de vendre les filiales concernées, un de ses administrateurs a pu les racheter avant que la mise en vente ne soit officiellement annoncée. D’autres amateurs potentiels se sont depuis lors fait connaître, et on estimé que le prix de vente de ces filiales était sous-estimé. On attendra les avis des experts mandatés par le conseil d’administration d’Enodia, puis un éventuel débat au Parlement wallon, pour savoir le fin mot de cette histoire.

La reprise en main de la rédaction de «L’Avenir» s’annonce

La reprise en main de la rédaction de «L’Avenir» s’annonce


À la fin juillet dernière, l’administrateur-délégué des Éditions de l’Avenir réaffirmait sa conviction que Nethys, l’actionnaire du quotidien, «tiendrait tous ses engagements» à son égard.

Tous? Les promesses d’investissement qui ont convaincu les permanents syndicaux, il y a quelques mois, à marquer leur accord sur un plan social drastique, en cours d’application, tardent à se matérialiser. Par contre, les craintes exprimées par la rédaction, d’une reprise en main destinée à la priver de son indépendance rédactionnelle, viennent de prenre une nouvelle dimension avec le recrutement, annoncé en ce début août, par le conseil d’administration du journal.

Annonce recrutement (1)A priori, cette annonce rencontre une revendication fondamentale de la rédaction, répétée à de nombreuses reprises depuis le début du conflit qui l’oppose à son actionnaire.

Ce conflit, pour rappel, a débuté il y a plus d’un an, avec la désignation d’un directeur des rédactions, qui était apparue comme une manière, pour Nethys, de contourner un accord sur l’indépendance rédactionnelle, qui l’obligeait à consulter la rédaction, pour assurer le remplacement de Thierry Dupiéreux. Le rédacteur en chef, lassé des pressions dont il faisait l’objet et qui avaient eu des conséquences négatifs sur sa santé, avait fini en effet par jeter l’éponge…

 

Les représentants légitimes des journalistes – délégués de l’Association des Journalistes Professionnels (AJP) et mandataires de la Société des Rédacteurs (SDR), dont les mandats respectifs avaient été reconduits l’année précédente- avaient vainement protesté cette dérive, et réclamé le retour à une direction de la rédaction execée par un(e) rédacteur/trice en chef qui bénéfie de leur confiance.

S’en est alors suivie une très longue négociation avec la direction, qui voulait baliser les fonctions du/de la rédacteur/trice en chef et du directeur des rédactions, ce à quoi la SDR et l’AJP n’étaient pas opposées, pourvu que les prérogatives de la rédaction en chef soient maintenues.

Cette négociation a été émaillée d’incidents majeurs, comme, récemment, l’interdiction faite aux délégués de l’AJP et de la SDR de se réunir durant leurs heures de services; d’utiliser les outils de l’entreprise pour s’adresser à leurs membres, ou encore les entraves mises à l’intervention de la secrétaire générale de l’AJP dans les locaux de la rédaction. D’où la grève qui a empêché la parution du journal pendant une journée en juillet, puis une nouvelle manifestation des journalistes auprès des politiques wallons, lors de l’inauguration de la dernière Foire de Libramont.

Au début août, on croyait possible le retour de la sérénité, prôné par la direction mais démenti par ses actes, avec un quasi accord sur les définitions de fonction, et l’annonce du recrutement imminent du/de la rédacteur/trice en chef.

Annonce recrutement (2)Las, à peine l’annonce publiée, il faut bien le constater: le but de la manœuvre est de remettre au pas une rédaction de «L’Avenir», coupable d’avoir couvert avec trop d’indépendance les débats suscités au Parlement wallon par les dérives de la gestion de Nethys.

Si la desciption de fonction mentionne effectivement le rôle de «garant de l’indépendance de la rédaction des Éditions de l’Avenir», de la future ou du futur rédacteur/trice en chef de «L’Avenir», la demande qui lui est faite de «revoir les conventions rédactionnelles existantes» limite la portée de cet engagement.

Car en fait de «conventions rédactionnelles», on pense immédiatement à la convention sur l’indépendance rédactionnelle, dont on devine que l’actionnaire voudrait se débarrasser au plus tôt. Ou la convention salariale, qu’il s’est efforcé en vain d’ignorer lors de la négociation du récent plan social. Sachant bien que des journalistes moins bien rémunéré(e)s sont plus exposé(e)s à la pression.

Autre critère interpellant: la limitation de l’accès à la fonction à des candidat(e)s qui peuvent «faire valoir une expérience réussie de minimum 10 années dans une fonction identique dans le milieu de la presse» restreint singulièrement le champ de recrutement dans le paysage médiatique francophone. Car on imagine mal une rédactrice en chef ou un rédacteur en chef flamand débarquer à la tête d’un groupe de presse wallon, quand bien même son administrateur-délégué et son directeur général soient issus tous deux du nord du pays, avec les méthodes de gestion qui y président.

On se gardera bien de préjuger le choix qui sera finalement opéré, mais si l’on considère  les candidat(e)s potentiel(le)s dans notre petite presse d’héroïsme, il en est un qui remplit les critères, Thierry Dupiéreux, dont on devine d’emblée qu’il n’aura pas spécialement envie de se replonger dans le marasme qu’il a connu. Du côté de La Libre, ou du Soir, il existe peut-être l’un(e) ou l’autre candidat(e) qui pourrait correspondre au profil, mais à la réticence, peut-être de se perdre «en province», s’ajoutera-t-il sans doute une hésitation à se jeter dans pareille pétaudière, sans aucune assurance… d’avenir, puisque la revente du pôle TelCo de Nethys, dont font partie les Éditions de l’Avenir, font partie.

Annonce recrutement (3)À cela s’ajoute le fait que le délai laissé pour poser sa candidature (la fin de ce mois, alors que l’offre de recrutement est publiée en plein milieu des vacances d’été!), et les responsables à qui les actes de candidature doivent être adressés.

L’administrateur-délégué et le président du conseil d’administration, quoi de plus normal, nous direz-vous? Rien, sans doute. Mais alors, pourquoi avoir laissé au directeur général le soin de négocier pied à pied le contenu des définitions de fonction, si ce n’est pour enfumer la rédaction? Et surtout, pourquoi avoir limité au 30 août la validité de l’annonce?

De tout cela, il semble clairement ressortir que l’annonce est taillée sur mesure pour Michel Marteau, administrateur de L’Avenir Hebdo, conseiller de Stéphane Moreau (qui a, mais en vain, tenté naguère de l’imposer à la tête de Nice Matin) et surtout ancien rédacteur en chef de La Dernière Heure-Les Sports, puis du Soir Magazine, puis, plus récemment de Sud-Presse. Ce qui, par un «heureux hasard», lui fait plus de dix ans d’exercice de la fonction requis par l’annonce.

Seul petits bémols: c’est d’une «expérience réussie» qu’il est question. Et on demande au/à la candidat(e), de privilégier le «travail en équipe» et la « concertation».

Ce n’est pas vraiment en ces termes que nous avons entendu parler de la gestion des rédactions que Michel Marteau a dirigées au cours de ces dernières années.

Au contraire, c’est plutôt le soulagement des consœurs et des confrères concerné(e)s qui nous est parvenu, au moment où leur rédacteur en chef leur annonçait son départ.

À titre personnel, je me souviens par exemple de la réaction énergique qu’avait dû avoir l’AJP, que Je présidais encore, pour l’empêcher de procéder au licenciement pour faute grave du chef d’édition de La Dernière Heure-Les Sports à Liège, simplement parce que ce dernier lui avait objecté, que seul à la rédaction en fin d’année, il ne lui était pas possible de partir au débotté pour la Suisse, pour enquêter sur la chute en montagne d’une jeune gamine flamande qui s’était gravement blessée.

Pour la période où il a dirigé Sud-Presse, le bilan est statistique: entre 2012 et 2018,  101 des 239 plaintes adressées au conseil de déontologie journalistique ciblaient le groupe dirigé par Michel Marteau.

Nethys massacre L'Avenir à coups de marteauQue l’on ne se méprenne pas: chaque plainte n’a pas débouché sur un avis négatif de l’instance de régulation de la presse belge.

Mais la fréquence même des plaintes, ou leur nature (respect de la vérité; respect de la vie privée; méthodes loyales pour obtenir l’information, etc.) , et la liste des avis négatifs qui ont été rendus témoignent à suffisance du manque d’égard manifesté, alors, par Michel Marteau pour les prescrits déontologiques de la presse belge et internationale.

En ces temps où n’importe qui se prétend journaliste sur le Web, et où la seule chance pour les journalistes professionnel(le)s est de défendre la qualité de l’information qu’ils/elles fournissent, pour assurer leur avenir (ce n’est pas pour rien que le récent congrès de la FIJ à Tunis, que j’ai eu l’honneur de présider, a actualisé l’antique «Déclaration des devoirs et des droits» des journalistes), il y a là, si notre soupçon que l’offre de recrutement a été rédigée pour ne pouvoir correspondre qu’à une seule candidature, de quoi encore plus s’inquiéter pour le devenir des Éditions de l’Avenir, et pour l’indépendance de leur rédaction.

Et le dessin publié à la une du 16 février dernier – celle du «numéro pirate» (sic) qui a tant irrité l’actionnaire – pourrait se révéler ainsi… doublement prophétique.

La rentrée risque donc, une nouvelle fois, d’être chaude à «L’Avenir», où on observera avec intérêt l’évolution des négociations entre PS, Ecolo, et MR pour la formation d’une nouvelle majorité wallonne. En leur rappelant la motion unanime du Parlement, qui, en novembre 2018, postulait la sortie des Éditions de l’Avenir du giron de Nethys.

Il serait urgent de la concrétiser, car la confiance des lecteurs risque de s’éroder de plus en plus. Surtout s’ils sont témoins de la remise au pas redoutée…

Il y a un an, un peu moins de 10 secondes de pur bonheur


Le temps passe tellement vite qu’on est tout surpris, à un an de distance, de retrouver plus ou moins les mêmes conditions météorologiques qu’en ce mythique 2 juillet 2018. Un 2 juillet 2018 que même l’amateur de football très modéré que je suis devenu n’oubliera vraisemblablement jamais, tant les émotions, symbolisées par le «Je l’ai dit, bordel!» devenu mythique, voire viral, de Philippe Albert, ont été fortes ce jour-là!

Rarement, sans doute -non, jamais à coup sûr – à l’image de tous les supporters des Diables Rouges (ou des «Rodje Djåles»), je n’avais connu pareilles émotions contradictoires au cours d’une rencontre de football. Émotions partagées avec des dizaines de milliers de supporters de l’équipe belge. Émotions que j’aurais voulu vivre avec toutes celles et tous ceux que j’ai côtoyés dans les stades, à l’époque où je les fréquentais. Émotions qui ont aussi été celles des commentateurs de la rencontre: avant l’exclamation de Philippe Albert, il y avait eu les interpellations énervées de Rodrigo Beenkens à l’égard du sélectionneur belge, Roberto Martinez: notre confrère s’en est élégamment excusé par la suite.

Le retournement de situation invraisemblable de ce soir-là a été, en quelque sorte, le «miracle de la Marne» du football belge.

Le troisième but des Diables Rouges, celui qui a crucifié le Japon footballistique, au point que de longues analyses télévisées y ont été consacrées, n’a pas d’égal, à ma connaissance, dans le football moderne: il s’écoule moins de dix secondes entre le moment où le gardien de but belge, Thibaut Courtois, relance le ballon, et celui où, propulsé par Nacer Chadli, il entre dans le but d’en face. Une illustration parfaite de l’aphorisme d’André Maurois «Le football est l’intelligence en mouvement», si souvent démenti dans les faits.

Le plus étonnant, c’est que, quand bien même l’issue est connue, la magie opère toujours, un peu comme quand on relit un roman policier en connaissant la solution de l’énigme, ou comme quand on revoit «La grande vadrouille» ou «Bossemans et Coppenolle» en riant toujours de répliques qu’on voit venir.

Un coup de blues? La vision du résumé de Belgique-Japon arrive toujours à le dissiper. Rassurant pour l’avenir!

Alors, à votre tour d’en profiter: