En Catalogne, les extrêmes se conjuguent


Au lendemain de la manifestation monstre – quelque 565000? – des indépentantistes catalans, ce vendredi, la situation reste confuse en Catalogne. Et le Premier ministre socialiste démissionnaire, Pedro Sanchez, se trouve pris entre deux extrêmes, qui souhaitent tous deux le pousser à la faute: l’extrême-droite réclame l’arrestation du président de la Generalitat, Quim Torra; le Parti populaire, dont il faut rappeler la responsabilité énorme dans la dégradation de la situation en Catalogne, postule l’instauration de l’état d’urgence ou la suspension des autorités catalanes… et les indépendantistes ne souhaitent sans doute rien tant que l’une ou l’autre hypothèse.

Manifs à BarceloneDans l’attente, l’impasse se poursuit. Il ne suffira pas aux indépentantistes catalans de descendre dans la rue pour faire annuler les condamnations, scandaleuses, de leurs leaders emprisonnés et condamnés à de lourdes peines de prison. Et de la même manière, on voit mal comment le calme pourrait revenir.

Une loi qui permet l’incarcération de représentants élus pour «rébellion» ou pour «sédition» n’a pas sa place dans l’arsenal législatif d’un pays démocratique. Les leaders indépendantistes condamnés étaient aussi prévenus de détournement de fonds publics, soit l’organisation d’un référendum considéré comme illégal: ce chef d’accusation ne peut en aucun cas valoir des condamnations de ce type.

Mais comme dans toute société démocratique, le pouvoir judiciaire est indépendant du pouvoir politique, et il n’appartient pas au gouvernement Sanchez de renverser cet arrêt, que les condamnés peuvent et vont contester, jusqu’à la Cour européenne des droits de l’Homme. C’est la voie normale à suivre.

Ce que le ministre espagnol de la Justice pourrait proposer, par l’intermédiaire du parquet, c’est une sortie de prison des mandataires détenus, soit sous forme de liberté conditionnelle, soit après amnistie ou grâce. Mais pareille mesure semble difficile à prendre dans le contexte actuel, car cela reviendrait à paraître céder à la loi de la rue.

La question, désormais, est de savoir comment en sortir. Et donc de savoir comment on en est arrivé là, sans s’arrêter au passé.

  • La responsabilité du Parti populaire dans la dérive de la Catalogne a encore été soulignée ce week-end par le secrétaire général du PSOE. Il l’a fait remonter au gouvernement Rajoy, et à la manière dont il a géré la situation née du référendum organisé, au-delà du mandat qui était le sien, par le gouvernement de Carles Puigdemont en 2017. On doit faire remonter la responsabilité du PP plus loin dans le temps, à l’époque où il a fait annuler le statut d’autonomie conclu avec les autonomistes catalans, avant les gouvernements de droite, par le gouvernement socialiste de Jose-Luis Zapatero. La mise en oeuvre de ce statut aurait peut-être, parce qu’on ne peut pas refaire l’Histoiren évité l’impasse actuelle.
  • Les indépentantistes catalans ont également une responsabilité énorme dans la dégradation de la situation. Faut-il rappeler que s’ils ont obtenu deux fois, par un habile découpage électoral, une majorité en sièges au Parlement catalan, jamais ils n’ont obtenu une majorité en voix dans les urnes? Organiser dans ce contexte un référendum sur l’indépendance, en 2017, était abuser du mandat qui leur avait été confié. Ils le savaient pertinemment; ils avaient correctement anticipé la réaction du gouvernement Rajoy, qui ne faisait que renforcer leurs positions. La conjonction des extrêmes leur a surtout bénéficié.
  • Ce référendum organisé dans ce contexte n’avait aucune chance de donner un résultat clair. Il le pouvait d’autant moins que la campagne électorale qui l’a précédé, à l’instar de la campagne sur le Brexit au Royaume-Uni, n’a jamais abordé des problèmes de fond, mais s’est concentrée sur des arguments sentimentaux, du type «Les Catalans ne sont pas appréciés des Espagnols», ou «Les Catalans ont été opprimés sous le franquisme». Ce dernier point est incontestable… mais les Catalans, ou les Basques ne sont pas les seuls à avoir été opprimés par le franquisme. Et, pour rappel, deux générations nous séparent de la mort du Caudillo, mort en 1975. Quarante-quatre ans après la Seconde Guerre mondiale, les pays européens, qui avaient souffert de l’occupation nazie, se réjouissaient avec les Allemands, de la chute du mur de Berlin, annonciatrice de la réunification des deux Allemagne.
  • Par surcroît, comme lors de la campagne électorale pour le Brexit, cette campagne électorale en Catalogne a été ma’quée par des mensonges destinés aux électeurs. Les deux principaux étaient de dire que la Catalogne ferait d’office partie de l’Union européenne, et que sa monnaire serat l’euro. Or même si il n’y aurait pas de raison de refuser à une Catalogne indépendante l’accès à l’Europe, elle devrait, comme tout État candidat à l’adhésion, passer par un processus d’adhésion plus ou moins long. Et en principe, l’euro ne pourrait être sa monnaie dans l’intervalle.
  • Le conflit catalan est un affrontement entre deux nationalismes: le nationalisme catalan et le nationalisme espagnol. Les premières victimes en sont les Catalans anti-indépendantistes, qui, pour l’instant, n’oseraient se risquer à afficher leur opinion, hors des nostalgiques du franquisme, dont les saluts fascistes ne peuvent réduire les Catalans anti-indépendantistes à des militants d’extrême-droite. Comme l’a posé Josep Borrell, prochain commissaire européen espagnol et catalan: «les indépentantistes catalans nient la « Catalanité » des Catalans anti-indépendantistes».
  • Pareille forme de nationalisme est à la fois insidieuse est courante: on est un mauvais Catalan si on n’est pas indépentantiste, comme, en Flandre, on est mauvais Flamand si on postule le maintien de la Belgique.
  • La ressemblance entre nationalismes catalan et flamand -ce n’est pas un hasard si Carles Puigdemont est soutenu par la N-VA, dans son exil doré à Waterloo-, ou encore avec les positions de la Lega en Italie (qui était à l’origine une Lega Nord, il faut le rappeler), c’est l’égoïsme d’une région riche, qui ne veut plus contribuer aux mécanismes de solidarité nationaux. Tous ces mouvements nationalistes sont fortement marqués à la droite extrême, voire à l’extrême-droite, y compris en Catalogne, où le spectre indépentantiste va pourtant de l’extrême-gauche à l’extrême-droite.
  • La manifestation de l’intolérance est contenue dans le projet de Constitution catalane, présentée par la coalition Junts pel si, constituée par l’ensemble des partis indépendantistes catalans avant l’élection régionale de 2015. Les dispositions anti-discrimination, se vantaient-ils, étaient intégralement reprise de la Convention européenne des droits de l’Homme. Un seul critère avait disparu dans la transcription: celui de… la langue. Ce qui, en pratique, permettait de craindre que les Catalans hispanophones deviennent, rapidement, des citoyens catalans de deuxième zone.

 

Pour en sortir par le haut, il faut d’abord que les élections prévues les 10 novembre en Espagne se déroulent normalement en Catalogne comme ailleurs. Ce sera peut-être l’occasion de revérifier les forces en présence.

À terme, les Catalans doivent avoir le droit d’organiser un référendum sur leur indépendance, comme l’ont fait les Québécois à deux reprises, ou comme l’ont fait les Écossais. Mais on ne peut accepter que pour de tels référendums essentiels, une simple majorité de 50% plus une voix puisse l’emporter, car cela revient à créer deux camps opposés, comme c’est le cas pour l’instant en Catalogne.

Pour de tels référendums, une majorité significative et indiscutable devrait être requise, d’au moins 60% des voix. Ce qu’on pourrait obtenir par un double verrou: 75% de votants, et 75% de votes favorables parmi les votants. Ce qui revient à un total de 56,25% des électeurs.

Impossible à atteindre? C’est un défi à relever pour les tenants d’un tel référendum.

Antidémocratique? Personne ne l’a prétendu quand l’Union européenne a fixé un seuil de 55% pour le référendum organisé au Monténégro pour se séparer de la Serbie. Ce seuil a été atteint, et la séparation s’est faite en douceur.

Quant les règles du jeu sont connues à l’avance, on ne peut prétendre que le jeu est faussé. Sauf à être de mauvaise foi?

Pour l’instant, l’insurrection qui se prolonge en Catalogne rappelle le discours, prophétique, d’adieu de feu François Mitterrand devant le Parlement européen. «Le nationalisme, avait-il rappelé, c’est la guerre».

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Des ministres moins nombreux… et donc moins efficaces?


La politique n’a pas bonne presse, et ce n’est pas l’épisode du ministre-président flamand, Jan Jambon, occupé à jouer sur son smartphone pendant le débat d’investiture de son équipe, qui aidera à lui rendre quelques lettres de noblesse. Mais généralement, à peine en fonction, nos excellences sont accusées de manquer d’efficacité, de ne pas respecter leurs engagements, voire de dilapider l’argent public.

Une critique populiste et récurrente à leur égard est qu’ils sont trop nombreux. Et, du coup, la tendance générale, depuis quelques années, est à une réduction du nombre de ministres. Et, comme le nombre de domaines à gérer, lui, reste invariable, cela entraîne la multiplication du nombre d’attributions dans le chef de chaque ministre.

Le tout, alors, est de tenter de donner une cohérence à chaque fonction ministérielle. Au Le gouvernement wallonniveau wallon, on s’y est attelé avec plus ou moins de bonheur. Par exemple en regroupant l’Économie et le Commerce extérieur dans le portefeuille de Willy Borsus. Y ajouter l’Agriculture peut encore se comprendre, même si en soi, elle aurait peut-être mérité un ministre à temps plein. Mais ne doit-on pas craindre que l’Innovation numérique et l’Aménagement du territoire soient les parents pauvres de ce ministère?

Dans le chef de Philippe Henry, le Climat et l’Énergie ont une certaine cohérence, et, dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique, il n’est pas illogique d’y ajouter la Mobilité et les Infrastructures. Mais n’est-ce pas trop pour un seul ministre?

Finances et Budget se tiennent, dans les mains de Jean-Luc Crucke. Il a conservé le portefeuille des Aéroports, soit. Lui restera-t-il du temps pour les Infrastructures?

Pierre-Yves Dermagne semble moins «noyé» mais la responsabilité des Pouvoirs locaux ne se suffisait-elle pas à elle-même? On ne voit pas son rapport direct avec le Logement.

Emploi, Formation, Action sociale et Égalité des chances réunies dans les mains de Christie Morreale, la complémentarité paraît parfaite. Mais la Santé, en plus, n’aurait-elle pas mérité un(e) ministre à temps quasi plein?

Valérie De Bue gérera sans doute le Tourisme et le Patrimoine en parallèle. Mais la Fonction publique lui en laissera-t-elle le temps? Et la Sécurité routière ne cadrerait-elle pas mieux avec la Mobilité, voire l’Aménagement du territoire?

Céline Tellier, venue de la société civile, paraît paradoxalement la mieux lotie, avec des domaines d’activité (Environnement, Nature, Bien-Être animal et Rénovation rurale) qui s’harmonisent parfaitement.

Du côté de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le plus simple est d’aller vérifier sur place (http://www.federation-wallonie-bruxelles.be/index.php?id=composition-gouvernement): à part Caroline Désir, en charge de l’Enseignement, la liste des compétences de chacun(e) des ministres, y compris du ministre-président libéral Pierre-Yves Jeholet, s’apparente à un bric-à-brac où un chat ne retrouverait pas ses jeunes. Alors la cohérence? Ou la capacité de tout gérer?

Le phénomène a traversé la frontière linguistique, où la donne se complique, puisque Communauté et Région y sont fusionnées, et que le nombre d’attributions évolue donc à la hausse.

Le ministre-président Jan Jambon cumule ainsi sa fonction avec celle de responsable des Affaires étrangères,  et de la Cooopération au développement mais il est aussi en charge de la Culture, et de l’Innovation. Il lui faudra se multiplier!

Hilde CrevitsPrivée de l’Enseignement, Hilde Crevits a en charge l’Économie et l’Emploi, deux solides portefeuilles, mais aussi l’Agriculture. L’Économie sociale peut s’inscrire en complément de l’Économie, mais où lui restera-t-il du temps pour gérer l’Innovation?

Bart SomersBart Somers paraît plus favorisé avec les Affaires intérieures, l’Intégration et l’Égalité des chances. La Gestion générale (la Fonction publique?) s’inscrit plutôt en complément.

ben-weytsLa N-VA voulait l’Enseignement et l’a obtenu pour Ben Weyts. C’est déjà un énorme portefeuille en soi. Le Sport en plus? Waarom niet, mais le Bien-Ȇtre animal risque de ne pas lui absorber énormément d’énergie. On en dirait autant de la Périphérie bruxelloise… s’il ne s’agissait pas d’un ministre nationaliste. Mais alors, n’est-ce pas le Sport qui trinquera?

zuhal-demiZuhal Demir a reçu la Justice… qui n’est pas régionalisée. Cela lui laissera du temps pour s’occuper d’Environnement et d’Énergie. Mais ne devra-t-elle pas accorder une priorité au Tourisme?

Wouter BekeBien-Être, Santé publique, et Famille cadrent bien avec le programme démocrate-chrétien du président en partance, Wouter Beke. La Lutte contre la pauvreté sûrement aussi. Restera à trouver du temps pour chacun des domaines.

matthias-diependaeleComme Jean-Luc Crucke en Wallonie, Matthias Diependaele (N-VA) aura en charge le Budget et les Finances, deux attributions que l’on sépare dans bien des gouvernements. Le Logement et le Patrimoine immobilier pourraient en souffrir.

Lydia PeetersSa collègue libérale Lydia Peeters est plus choyée: Mobilité et Travaux publics se conjuguent parfaitement.

Benjamin DalleQuant à Benjamin Dalle (CD&V), Bruxellois, il reçoit Bruxelles dans ses attributions… mais Bruxelles a un gouvernement.  Il devrait donc pouvoir gérer en parallèle la Jeunesse et les Médias.

Mettre fin aux cabinets ministériels

Faut-il donc en revenir à plus de ministres? La cohérence des compétences et un souci de bonne gestion le voudraient. Mais alors, dépenser plus d’argent? Une solution de bon sens serait de remplacer les cabinets «politiques» composés d’obligés des ministres en place par des cabinets techniques, composés de fonctionnaires déplacés de l’administration, dont le salaire est tout de même à charge des finances publiques. Mais le problème, peut-être, serait alors de remplacer ces fonctionnaires, par nature de rang supérieur, pendant la durée de leur détachement?

La question mérite sans doute débat. Mais la multiplication des attributions dans le chef des ministres, pour répondre de manière primaire à une revendication populiste, n’est manifestement pas une solution opportune.

La politique réservée à des intégristes?


Le Premier ministre canadien, en campagne électorale, est sans doute condamné à s’excuser vingt fois par jour jusqu’au jour du scrutin. Ou alors devra-t-il se vêtir d’un sac de jute, se couvrir la tête de cendres, et partir à pied jusqu’à Saint Jacques de Compostelle?

Car, dans sa jeunesse, Justin Trudeau a commis un crime irréparable : il s’est plus d’une fois grimé le visage en noir. Tantôt pour incarner Aladin, tantôt le chanteur noir américain Harry Belafonte.

Dix-huit ans plus tard, ces photos et vidéos ressortent avec la complicité, hélas, d’un magazine américain, Time, que je n’imaginais pas tomber aussi bas dans la stigmatisation politique.

Aussitôt la fièvre s’empare de la société et du monde politique canadien. Les leaders de l’opposition, dont l’un, au parti néo-démocrate, est issu de la minorité sikhe, stigmatise le racisme de Justin Trudeau. Et ce dernier, plutôt que d’envoyer au Caire tous ses contempteurs, se confond en excuses, se disant « déçu par lui-même », admettant que lui n’a jamais été victime de discrimination raciale et qu’il comprend aujourd’hui l’ampleur de sa faute,etc. etc

Et qu’importe si, dans sa fonction, il a prôné sans relâche le multiculturalisme et l’accueil des migrants, qu’importe s’il a nommé des ministres issues des minorités, le voilà condamné sans appel. « Quand on a été raciste en 2001, on l’est toujours en 2019 » a asséné le chef du parti conservateur.

Que des hommes et femmes politiques soient parfois rattrapé(e)s par des délits commis avant d’arriver aux fonctions qu’ils et elles occupent fait partie des risques du métier. Tantôt il est question de pots de vin encaissés, tantôt de la présentation de diplômes jamais obtenus: ces faits relèvent de l’application de la loi, et il est normal, s’ils ne sont pas prescrits, de les poursuivre. La justice, heureusement, aujourd’hui, à moins de déférence pour le pouvoir qu’elle n’en a éventuellement eu dans le passé et, sous l’angle de la démocratie et de l’assainissement des mœurs politiques, on ne s’en plaindra pas.

Dans le cas de Justin Trudeau, on n’est pas dans ce cas de figure, car les faits qu’on lui reproche ne sont pas légalement condamnables. Et surtout, on regarde une nouvelle fois le passé avec des lunettes du présent où le politiquement correct s’impose de plus en plus comme une censure insidieuse et impitoyable.

Certes, on peut considérer aujourd’hui que feu Fernandel stigmatisait les gays quand il chantait « Zizi » dans les années 50-60 et faisait s’écrouler de rire ses fans, et que cet humour était et est inapproprié voire insultant. La reprendre aujourd’hui serait inconvenant à tout le moins, voire punissable. Mais feu un Pierre Desproges qui s’interrogerait aujourd’hui sur la présence de Juifs dans son public s’exposerait à une campagne de dénonciation et de stigmatisation sur la toile.

Le Web charrie le meilleur et le pire. Il permet de débusquer des comportements inappropriés de puissants. Mais il porte aussi le risque d’une mise à l’index beaucoup plus inquiétante que celle de l’Église catholique aux XVe et XVIe siècles.

Et, pour en revenir à Justin Trudeau, pour lequel je n’ai ni sympathie, ni antipathie, ne doit-on pas le juger sur la politique qu’il a menée plutôt que sur ses blagues de potaches de jeune adulte?

Quand tous les dégoûtés seront partis, il ne restera que les dégoûtants, dit un célèbre aphorisme politique. Il ne faudrait pas que demain la politique soit réservée à des intégristes déshumanisés qui, pour paraphraser Laubadermont, (« Qu’on me donne six lignes écrites de la main du plus honnête homme de France, et j’y trouverai de quoi le faire pendre ») se saisiront, à l’ère d’Internet, d’une phrase,d’une photo ou d’une vidéo, pour exécuter politiquement leurs opposants. Et mettre fin à toute pensée libre ou décalée

Stéphane Moreau parti, que subsistera-t-il de Nethys?


 

Ainsi donc, le départ de Stéphane Moreau, l’administrateur-délégué de Nethys, réclamé en vain depuis trois ans par l’autorité wallonne, serait prochain, si on doit en croire les confidences de Pierre Meyers, le président du conseil d’administration de la société au Soir de ce jour?

Cette sortie de scène avant que les nouvelles procédures envisagées, après examens et débats d’usage, par le Parlement wallon et par Pierre-Yves Dermagne, le tout nouveau ministre régional des Pouvoirs locaux, ne puissent arriver à leur terme, correspondrait assez au personnage, qui se croit ou se sait hors d’atteinte. Une forme de pied de nez ultime…

Mais surtout, avec les révélations en chaîne des offres liantes conclues pour la vente du réseau VOO au fonds d’investissement états-unien Equity Providence et pour celle de WIN, la filiale de Nethys en charge des nouvelles technologies à la société Ardentia Tech créée ensuite par François Fornieri, administrateur de Nethys, qui en a confié la gestion quotidienne à Stéphane Moreau dans un parfum de double conflit d’intérêts; après l’annonce de la cession prochaine d’Elicio, la filiale « Énergies nouvelles » de Nethys à un consortium formé de John Cockerill, ci-devant CMI et… Ardentia Tech à nouveau, puis avec les récentes envisagées de la compagnie d’assurance L’Intégrale –peut-être à DKV, mais la piste d’un rapprochement avec APICIL, mutualité française déjà actionnaire de L’Intégrale, est évoqué par Nethys- et in fine le dégagement de Nethys des Éditions de l’Avenir (une décision qui ne désolerait pas leurs rédactions), c’est à un nettoyage industriel par le vide que le patron de Nethys semble occupé essentiellement pour l’instant.

Une fois cette coquille vide, et NewCo1, où est actuellement logée la marque VOO tranformée en instrument financier, sur le mode de Finanapart, dont la suppression vient d’être décidée, il n’aurait évidemment que peu de raisons d’y rester.

Reste l’ironie des commentaires des responsables politiques qui défendaient naguère sa gestion malgré ses errements en plaidant que la direction du câble wallon restait en Wallonie alors que celle du câble flamand était depuis longtemps entre mains états-uniennes. Et, si nous étions échevin des Finances d’une commune liégeoise, des questions nous tarauderaient sur l’usage qui a été fait des investissements réalisés à l’époque lointaine où l’Association Liégeoise d’Électricité était dirigée par des responsables pénétrés de l’idée de l’initiative publique. Et qui en investissant dans la câblo-distribution il y a un demi-siècle, étaient encore bien plus visionnaires qu’ils ne le pensaient

Retrait prudent

Un rebondissement: Stéphane Moreau a annoncé son retrait de la structure d’Ardentia Tech. Manière d’écarter définitivement tout soupçon de conflit d’intérêt, malgré les assurances données en la matière par le président du conseil d’administration de Nethys, Pierre Meyers? Ce dernier a pourtant donné toutes les assurances que les dispositions du Code des entreprises ont été respectées, sous le regard d’éminents avocats.

Mais reste peut-être une forme de délit d’initiés. L’infraction ne touche qu’à des sociétés cotées (la désormais ex-patronne de Proximus en fait l’expérience pour l’instant), mais il n’empêche, dans les opérations annoncées, il doit y avoir eu comme une distorsion de concurrence: au moment où le conseil d’administration de Nethys a décidé de vendre les filiales concernées, un de ses administrateurs a pu les racheter avant que la mise en vente ne soit officiellement annoncée. D’autres amateurs potentiels se sont depuis lors fait connaître, et on estimé que le prix de vente de ces filiales était sous-estimé. On attendra les avis des experts mandatés par le conseil d’administration d’Enodia, puis un éventuel débat au Parlement wallon, pour savoir le fin mot de cette histoire.

La reprise en main de la rédaction de «L’Avenir» s’annonce

La reprise en main de la rédaction de «L’Avenir» s’annonce


À la fin juillet dernière, l’administrateur-délégué des Éditions de l’Avenir réaffirmait sa conviction que Nethys, l’actionnaire du quotidien, «tiendrait tous ses engagements» à son égard.

Tous? Les promesses d’investissement qui ont convaincu les permanents syndicaux, il y a quelques mois, à marquer leur accord sur un plan social drastique, en cours d’application, tardent à se matérialiser. Par contre, les craintes exprimées par la rédaction, d’une reprise en main destinée à la priver de son indépendance rédactionnelle, viennent de prenre une nouvelle dimension avec le recrutement, annoncé en ce début août, par le conseil d’administration du journal.

Annonce recrutement (1)A priori, cette annonce rencontre une revendication fondamentale de la rédaction, répétée à de nombreuses reprises depuis le début du conflit qui l’oppose à son actionnaire.

Ce conflit, pour rappel, a débuté il y a plus d’un an, avec la désignation d’un directeur des rédactions, qui était apparue comme une manière, pour Nethys, de contourner un accord sur l’indépendance rédactionnelle, qui l’obligeait à consulter la rédaction, pour assurer le remplacement de Thierry Dupiéreux. Le rédacteur en chef, lassé des pressions dont il faisait l’objet et qui avaient eu des conséquences négatifs sur sa santé, avait fini en effet par jeter l’éponge…

 

Les représentants légitimes des journalistes – délégués de l’Association des Journalistes Professionnels (AJP) et mandataires de la Société des Rédacteurs (SDR), dont les mandats respectifs avaient été reconduits l’année précédente- avaient vainement protesté cette dérive, et réclamé le retour à une direction de la rédaction execée par un(e) rédacteur/trice en chef qui bénéfie de leur confiance.

S’en est alors suivie une très longue négociation avec la direction, qui voulait baliser les fonctions du/de la rédacteur/trice en chef et du directeur des rédactions, ce à quoi la SDR et l’AJP n’étaient pas opposées, pourvu que les prérogatives de la rédaction en chef soient maintenues.

Cette négociation a été émaillée d’incidents majeurs, comme, récemment, l’interdiction faite aux délégués de l’AJP et de la SDR de se réunir durant leurs heures de services; d’utiliser les outils de l’entreprise pour s’adresser à leurs membres, ou encore les entraves mises à l’intervention de la secrétaire générale de l’AJP dans les locaux de la rédaction. D’où la grève qui a empêché la parution du journal pendant une journée en juillet, puis une nouvelle manifestation des journalistes auprès des politiques wallons, lors de l’inauguration de la dernière Foire de Libramont.

Au début août, on croyait possible le retour de la sérénité, prôné par la direction mais démenti par ses actes, avec un quasi accord sur les définitions de fonction, et l’annonce du recrutement imminent du/de la rédacteur/trice en chef.

Annonce recrutement (2)Las, à peine l’annonce publiée, il faut bien le constater: le but de la manœuvre est de remettre au pas une rédaction de «L’Avenir», coupable d’avoir couvert avec trop d’indépendance les débats suscités au Parlement wallon par les dérives de la gestion de Nethys.

Si la desciption de fonction mentionne effectivement le rôle de «garant de l’indépendance de la rédaction des Éditions de l’Avenir», de la future ou du futur rédacteur/trice en chef de «L’Avenir», la demande qui lui est faite de «revoir les conventions rédactionnelles existantes» limite la portée de cet engagement.

Car en fait de «conventions rédactionnelles», on pense immédiatement à la convention sur l’indépendance rédactionnelle, dont on devine que l’actionnaire voudrait se débarrasser au plus tôt. Ou la convention salariale, qu’il s’est efforcé en vain d’ignorer lors de la négociation du récent plan social. Sachant bien que des journalistes moins bien rémunéré(e)s sont plus exposé(e)s à la pression.

Autre critère interpellant: la limitation de l’accès à la fonction à des candidat(e)s qui peuvent «faire valoir une expérience réussie de minimum 10 années dans une fonction identique dans le milieu de la presse» restreint singulièrement le champ de recrutement dans le paysage médiatique francophone. Car on imagine mal une rédactrice en chef ou un rédacteur en chef flamand débarquer à la tête d’un groupe de presse wallon, quand bien même son administrateur-délégué et son directeur général soient issus tous deux du nord du pays, avec les méthodes de gestion qui y président.

On se gardera bien de préjuger le choix qui sera finalement opéré, mais si l’on considère  les candidat(e)s potentiel(le)s dans notre petite presse d’héroïsme, il en est un qui remplit les critères, Thierry Dupiéreux, dont on devine d’emblée qu’il n’aura pas spécialement envie de se replonger dans le marasme qu’il a connu. Du côté de La Libre, ou du Soir, il existe peut-être l’un(e) ou l’autre candidat(e) qui pourrait correspondre au profil, mais à la réticence, peut-être de se perdre «en province», s’ajoutera-t-il sans doute une hésitation à se jeter dans pareille pétaudière, sans aucune assurance… d’avenir, puisque la revente du pôle TelCo de Nethys, dont font partie les Éditions de l’Avenir, font partie.

Annonce recrutement (3)À cela s’ajoute le fait que le délai laissé pour poser sa candidature (la fin de ce mois, alors que l’offre de recrutement est publiée en plein milieu des vacances d’été!), et les responsables à qui les actes de candidature doivent être adressés.

L’administrateur-délégué et le président du conseil d’administration, quoi de plus normal, nous direz-vous? Rien, sans doute. Mais alors, pourquoi avoir laissé au directeur général le soin de négocier pied à pied le contenu des définitions de fonction, si ce n’est pour enfumer la rédaction? Et surtout, pourquoi avoir limité au 30 août la validité de l’annonce?

De tout cela, il semble clairement ressortir que l’annonce est taillée sur mesure pour Michel Marteau, administrateur de L’Avenir Hebdo, conseiller de Stéphane Moreau (qui a, mais en vain, tenté naguère de l’imposer à la tête de Nice Matin) et surtout ancien rédacteur en chef de La Dernière Heure-Les Sports, puis du Soir Magazine, puis, plus récemment de Sud-Presse. Ce qui, par un «heureux hasard», lui fait plus de dix ans d’exercice de la fonction requis par l’annonce.

Seul petits bémols: c’est d’une «expérience réussie» qu’il est question. Et on demande au/à la candidat(e), de privilégier le «travail en équipe» et la « concertation».

Ce n’est pas vraiment en ces termes que nous avons entendu parler de la gestion des rédactions que Michel Marteau a dirigées au cours de ces dernières années.

Au contraire, c’est plutôt le soulagement des consœurs et des confrères concerné(e)s qui nous est parvenu, au moment où leur rédacteur en chef leur annonçait son départ.

À titre personnel, je me souviens par exemple de la réaction énergique qu’avait dû avoir l’AJP, que Je présidais encore, pour l’empêcher de procéder au licenciement pour faute grave du chef d’édition de La Dernière Heure-Les Sports à Liège, simplement parce que ce dernier lui avait objecté, que seul à la rédaction en fin d’année, il ne lui était pas possible de partir au débotté pour la Suisse, pour enquêter sur la chute en montagne d’une jeune gamine flamande qui s’était gravement blessée.

Pour la période où il a dirigé Sud-Presse, le bilan est statistique: entre 2012 et 2018,  101 des 239 plaintes adressées au conseil de déontologie journalistique ciblaient le groupe dirigé par Michel Marteau.

Nethys massacre L'Avenir à coups de marteauQue l’on ne se méprenne pas: chaque plainte n’a pas débouché sur un avis négatif de l’instance de régulation de la presse belge.

Mais la fréquence même des plaintes, ou leur nature (respect de la vérité; respect de la vie privée; méthodes loyales pour obtenir l’information, etc.) , et la liste des avis négatifs qui ont été rendus témoignent à suffisance du manque d’égard manifesté, alors, par Michel Marteau pour les prescrits déontologiques de la presse belge et internationale.

En ces temps où n’importe qui se prétend journaliste sur le Web, et où la seule chance pour les journalistes professionnel(le)s est de défendre la qualité de l’information qu’ils/elles fournissent, pour assurer leur avenir (ce n’est pas pour rien que le récent congrès de la FIJ à Tunis, que j’ai eu l’honneur de présider, a actualisé l’antique «Déclaration des devoirs et des droits» des journalistes), il y a là, si notre soupçon que l’offre de recrutement a été rédigée pour ne pouvoir correspondre qu’à une seule candidature, de quoi encore plus s’inquiéter pour le devenir des Éditions de l’Avenir, et pour l’indépendance de leur rédaction.

Et le dessin publié à la une du 16 février dernier – celle du «numéro pirate» (sic) qui a tant irrité l’actionnaire – pourrait se révéler ainsi… doublement prophétique.

La rentrée risque donc, une nouvelle fois, d’être chaude à «L’Avenir», où on observera avec intérêt l’évolution des négociations entre PS, Ecolo, et MR pour la formation d’une nouvelle majorité wallonne. En leur rappelant la motion unanime du Parlement, qui, en novembre 2018, postulait la sortie des Éditions de l’Avenir du giron de Nethys.

Il serait urgent de la concrétiser, car la confiance des lecteurs risque de s’éroder de plus en plus. Surtout s’ils sont témoins de la remise au pas redoutée…

Hommage à un grand confrère flamand ignoré des médias francophones / Hulde aan een grote Vlaamse collega die de Franstalige media niet kennen


Il n’est pas grand en taille mis il est énorme par le talent. Il a risqué plus d’une fois sa vie dans des pays en guerre, et il a parcouru le monde entier. À la VRT (Vlaamse Radio en Televisie) où il travaille depuis pas loin de trois décennies, son nom est devenu un nom de programme. Et la semaine dernière, il a été fait docteur honoris causa de la VUB (Vrije Universiteit Brussel), en même temps que la journaliste russe Elena Milashina qui publie ses articles critiques dans la Novaïa Gazetta, gagnante en 2009 du prix Alison Des Forges de Human Rights Watch, recevait la même distinction auprès de l’Université Libre de Bruxelles (ULB).

Elena Milashina a été interviewée par plusieurs médias francophones, et c’est mérité. Mais il m’est difficile de comprendre pourquoi Rudy Vranckx, lui, est passé totalement inaperçu.

« Rudi Vranckx est considéré comme l’un des journalistes belges et correspondants de guerre les plus estimés de sa profession. Le journaliste de la VRT doit sa notoriété à la façon dont il couvre les conflits internationaux : historien de formation, il s’attache à fournir un éclairage objectif et humain sur les raisons qui poussent les nations à provoquer des conflits meurtriers  » a expliqué l’ULB.

J’ajouterai que sa notoriété ne lui a pas tourné la tête et qu’il est resté le journaliste conscient de sa valeur mais modeste, qui faisait partie du conseil de direction national d’une AGJPB encore unitaire que je présidais de 1995 à 1999.

Il est l’honneur du journalisme télévisé flamand, et l’est aussi de la presse belge.

* * *

Dat groot is hij niet maar met zijn talent is hij reuzachtig. Meer dan eens heeft hij zijn leven in oorlogszonen geriskeerd en hij heeft de wereld meermals doorgekruisd. Bij de VRT waar hij nu al bijna dertig jaar werkt is zijn familienaam een programma naam geworden. En verleden week werd hij tot doctor honoris causa van de Vrije Univesiteit te Brussel genoemd , terwijl de Russiche journaliste Elena Milashina die haar kritische stukken in de Novaïa Gazetta publiceert en die in 2009 de Alison Des Forges prijs va Human Rights Watch won, dezelde eer kreeg bij de Université Libre de Bruxelles.a

Elena Mishima werd verdiend door verschillende Franstalige media geïnterviewd maar ik kan moeilijk begrijpen waarom Rudy Vranckx bij de gelegenheid total onbemerkt bleef.

« Rudi Vranckx wordt in het beroep beschouwd als één van de meest gerepecteerde Belgische journalisten en oorlogskorrespondenten. De VRT journalist dankt zijn beroemdheid aan de manier waarop hij internationale conflicten dekt: als geleerde historicus wil hij objectief uitleggen waarom sommige naties bloedige conflicten veroorzaken » verklaarde ULB.

Ik zal er bij toevoegen dat zijn beoemdheid zijn Koop niet deed draaien en dat hij nog altijd de journalist bewust van zijn waarde maar bescheiden die deeluitmaakte van de directieraad van de toen nog unitaire AVBB die ik van 1995 tot 1999 voorzat.

Hij is de ere van de Vlaamse Televisie, en hij is het ook van de Belgische pers.

Reconstruire la confiance aux Éditions de l’Avenir? Il est long le chemin…

Reconstruire la confiance aux Éditions de l’Avenir? Il est long le chemin…


Copains de Nice-MatinUne délégation de journalistes français de Nice-Matin a tenté, ce mardi, de s’initier aux arcanes du système politique belge.

Il n’est pas sûr qu’ils ont pu en saisir toute les subtilités en une courte visite, et qu’ils peuvent désormais distinguer le Parlement wallon du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, où ils ont assisté à un débat sur les violations de la liberté de la Presse dont la direction s’est rendue coupable, en début de mois, à l’égard des journalistes de L’Avenir, auxquels ils étaient venus témoigner de leur solidarité.

Ce qu’ils ont constaté, par contre, c’est que l’opacité de la gestion de Nethys, dont ils se plaignent en bordure de Méditerranée, est identique au confluent de la Sambre et de la Meuse. Quand Jos Donvil, l’administrateur-délégué de L’Avenir, et Yves Berlize, son directeur général, ignorant volontairement l’ordre du jour de la réunion, sont revenus sur la nécessité à leurs yeux absolue d’un plan social qui décime la rédaction, tout en affichant l’objectif illusoire de faire de L’Avenir le «numéro 1 (sic) en Belgique» francophone, mon excellent confrère, Albert Jallet, délégué de l’Association des Journalistes Professionnels (AJP) a résumé qu’avec Nethys « On va…; on va…; on va…» mais surtout, depuis 2013, on ne voit rien venir. À Namur pas plus qu’à Nice. L’appel à rebâtir la confiance lancé par plusieurs élus, mettra encore longtemps à se concrétiser…

lavenirSans surprise, la direction des Éditions de l’Avenir a réaffirmé son attachement à la liberté de la Presse, et s’est défendue becs et ongles contre toute forme de «lock-out» ou de censure, avec la condition imposée, le mercredi 6 mars, à l’impression du quotidien.

«Il suffit de regarder la définition de « lock-out » au dictionnaire», ont notamment invité Jos Donvil et Yves Berlize.

L’argument est court. Le dictionnaire enregistre la signification des mots à un moment «M», mais la modifie dès que l’usage en élargit l’extension. Pensons par exemple au glissement de sens du verbe «bluffer», qu’on entend plus aujourd’hui au sens d’«impressionner», que de «tromper»….

Lock-out ou non, la réaction de la direction des Éditions de l’Avenir a été «disproportionnée», ont constaté tant le ministre des Médias, Jean-Claude Marcourt, que le député MR Olivier Maroy, qui n’a pas oublié son passé de journaliste.

La volonté d’éviter une répétition du «journal pirate» (sic) du 16 février –«l’information appartient aux lecteurs», a rappelé le secrétaire général de la Fédération Européenne des Journalistes; «L’enquête était rigoureuse et fouillée» a insisté Martine Simonis, secrétaire générale de l’AJP; la publication des pages de ce «collector» a suivi un processus normal, avec validation à plusieurs étages, mais en laissant le directeur des rédations «réputé rapporter à Stéphane Moreau» dans l’ignorance de l’opération, a précisé votre serviteur – ne justifiait pas la fermeture de l’accès au site Web et aux réseaux sociaux du journal du lundi 4 au mercredi 6 mars inclus. Une fermeture que ne pouvait expliquer une pseudo opération de maintenance, opérée par un technicien de Nethys, appelé sur place, mais qui était là, aux dires d’Yves Berlize, par hasard, parce qu’il était justement de passage ce jour-là, pour tout autre chose… dont on ne saura rien.

En l’occurrence, comme M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir, la direction des Éditions de l’Avenir  a pratiqué ces jours-là une forme de lock-out sans s’en rendre compte. Et qui pourrait dans les mois à venir avoir pour conséquence d’élargir la portée même du terme. De toute manière, a conclu Fabian Culot, un élu MR qui n’a pas oublié être administrateur d’Enodia, l’ex-Publifin, «seul un juge pourrait dire s’il y a eu ou non lock-out». Et par essence, la commission des Médias du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles n’est pas un tribunal.

Il a aussi été question des licenciements ciblés opérés par la direction, en début de congé de carnaval. Les demandes d’explication de Stéphane Hazée (Ecolo) ou de Benoît Drèze (cdH) sur les motivations de ces licenciements, en l’absence de tout nouvel organigramme de la rédaction, qui laissent notamment sans responsable un service central comme celui de l’info générale du journal (une première, sans aucun doute, dans la Presse belge), n’ont amené dans le chef d’Yves Berlize, que des explications très générales, du style «critères opérationnels, simplification, mutualisation au sein de Voo». Tout de même, Jos Donvil a affirmé que les trois confrères ainsi éjectés avaient refusé les réinsertions-sanctions acceptées par les syndicats sans la moindre concertation avec les intéressés. Deux de ces derniers contestent la véracité de cette assertion. La stratégie d’intimidation, décrite notamment par votre serviteur, ne s’en déploie pas moins.

«Comment en sortir par le haut?» ont demandé plusieurs membres de la Commission. Comment rebâtir la confiance?

Comme l’a exprimé Albert Jallet, la tâche est bien difficile quand les représentants de la rédaction, invités à une réunion par la direction pour discuter réorganisation -un souci bien tardif des dirigeants des Éditions de l’Avenir, qui se sont rendu compte du risque, qui leur avait été signalé, de perdre l’aide à la Presse de la Fédération Wallonie-Bruxelles: tous deux néerlandophones, ils ne sont sans doute pas bien au fait d’un système que la Flandre a supprimé il y a lonlgtemps, au profit d’encarts publicitaires de la Région dans les quotidiens flamands- ils se retrouvent face à leurs interlocuteurs… accompagnés de leur avocat.

Ce mardi, en commission, Jos Donvil et Yves Berlize ont remis cela. C’est en compagnie de deux (éminents) juristes, avec lesquels ils avaient apparemment travaillé leur prestation la veille, durant toute la journée, qu’ils se sont présentés devant les députés.

Nous n’avons rien contre les avocat, surtout quand l’un d’entre eux, préside un club de football où l’on parle encore wallon, sponsorisé par… Voo, qui en accorde toutefois bien plus à l’autre club (honni) de la ville. Mais leur audition n’était pas prévue par la commission. Malgré la plaidoirie vigoureuse de Fabian Culot, lui-même avocat, en leur faveur, la seule voix de Stéphane Hazée a suffi pour que la parole ne leur soit pas accordée. Car, comme l’avait indiqué Isabelle Moinet, la présidente de la commission, l’unanimité était requise pour modifier la liste des personnes entendues.

Stéphane Hazée a eu raison de s’opposer à ce qu’on donne la parole à l’un des deux avocats de la direction des Éditions de l’Avenir. Non qu’il y avait à redouter d’un exposé qu’on devine brillant, et dont le propos était, sans aucun doute, de dénier le moindre «lock-out», les 4, 5, et 6 mars dernier. On aurait juste curieux d’entendre s’il abordait la censure préalable imposée par l’actionnaire avant de donner le feu vert à l’impression du journal du 6.

Ce qui choque surtout, dans la démarche, c’est à nouveau l’inélégance de la direction des Éditions de l’Avenir qui n’avait pas fait part à ses contradicteurs de sa volonté de donner la parole à l’un de ses avocats.

Comment voudrait-on que, devant pareille duplicité; devant l’obstination à ne pas prendre en considération les motions unanimes, non de la rédaction mais de l’ensemble du personnel des Éditions de l’Avenir, contre le directeur des rédactions; et devant l’inertie d’un actionnaire qui ne se manifeste pas seulement à Namur, mais à Nice, la confiance puisse se reconstruire?

Comme l’a dit à plusieurs reprises Martine Simonis, au cours de cet après-midi tendu, «les faits sont têtus»….