Janvier crucial pour les Éditions de l’Avenir et pour le pluralisme de la presse quotidienne francophone belge


La fin de janvier marquera le début d’un nouvel épisode dans l’histoire tourmentée, depuis quelques années, des Éditions de l’Avenir: ainsi que son administrateur-délégué ad interim, Renaud Witmeur, l’a déclaré à la fois dans une interview et devant les administrateurs d’Enodia, à la fin décembre, Nethys va les mettre en vente.

Les Editions de l'AvenirCette opération rencontrera à la fois une demande mainte fois répétée du personnel du journal, et les exigences des parlementaires wallons: après s’être dégagée des quotidiens du sud de la France, dans des conditions qui demandent toujours à être éclaircies, et après avoir mis fin à l’expérience calamiteuse d’Ilico, un site d’info en ligne dont la finalité n’a jamais été clairement définie, la filiale de l’intercommunale Enodia, l’ex-Publifin, va se dégager de ses activités de presse en Belgique en remettant sur le marché non seulement les Éditions de l’Avenir, mais aussi L’Avenir Advertising, la société éditrice du toutes-boîtes publicitaire Proximag, et la société L’Avenir Hebdo, éditrice de Moustique et de Tele Pocket. La question qui reste en suspens est de savoir si cette vente sera globale, ou si elle se fera par appartements.

Pour autant, l’opération demande à être menée avec beaucoup de doigté, à la fois pour éviter de nouvelles pertes massives d’emplois, pour maintenir le pluralisme de la presse écrite quotidienne en Belgique francophone, et pour donner aux Éditions de l’Avenir des perspectives de développement dans un marché entamé méchamment par l’emprise publicitaire des GAFAM (Google, Amazone, Facebook, Microsoft) que le pouvoir politique européen devra tôt ou tard, et idéalement plus tôt que tard, frapper au portefeuille, en réaction à leur politique scandaleuse d’évasion fiscale.

Une vente d’entreprise s’accompagne en effet souvent de mesures de «rationalisation», comme on le dit pudiquement pour éviter la brutalité du terme «licenciements».

Le rude plan social dont les Éditions de l’Avenir viennent de sortir a durement frappé la rédaction, et sa finalité, comme nous l’avons déjà expliqué ici, n’était pas uniquement économique. Bien sûr, il s’agissait de ramener les finances de l’entreprise dans le vert, mais les licenciements ciblés auxquels l’opération a donné lieu, en dépité des démentis hypocrites exprimés par un management désormais déconsidéré, montraient bien que l’indépendance journalistique était également ciblée.

Ce plan social exécuté, d’autres rationalisations étaient envisagées, qui allaient frapper les secteurs administratif et commercial: des regroupements à Liège, siège de Nethys, étaient planifiés, et des emplois, inévitablement, allaient être sacrifiés dans l’opération.

Une vente des Éditions de l’Avenir, à quelque repreneur que ce soit, s’il s’agit d’un des deux autres groupes de presse quotidienne en Belgique francophone, débouchera inévitablement sur de tels doubles emplois. Ce n’est pas forcément le seul scénario envisageable: il y a cinq ans, personne n’attendait Tecteo dans un secteur, auquel d’autres investisseurs, belges ou étrangers, pourraient s’intéresser.

Mais restons dans l’hypothèse de reprise belgo-belge, sous forme de regroupement au sein du paysage médiatique francophone. Et  si c’est un repreneur plutôt que l’autre qui décroche la timbale, c’est sans doute à un bain de sang social qu’il faut s’attendre, dont non seulement les services administratif et commercial feront les frais, mais également la rédaction, à nouveau. Car la reprise postulera la fermeture immédiate ou à court terme de certaines des éditions régionales du groupe.

Un autre scénario de reprise se traduirait par des pertes d’emplois plus limitées, qui ne nécessiteraient pas nécessairement un plan social en tant que tel, et sur le papier, il présente l’avantage d’ancrer le pluralisme de la presse quotidienne francophone en Belgique, en favorisant sa recomposition en deux groupes de force plus ou moins égale. Mais le tableau n’est pas aussi idyllique qu’il en a l’air.

Il pose tout d’abord la question de la pérennité financière du nouvel ensemble ainsi créé, par l’adjonction au repreneur de partenaires financiers privés, qui en attendront peut-être un retour sur investissement rapide. Et il pose, malgré tout aussi, mais en termes différents, la question du pluralisme de la presse. Car la pratique qui existe déjà en son sein est celle d’un partage large d’informations, politiques économiques ou sportives, qui fait que deux quotidiens que tout séparait au départ ne s’expriment désormais plus que d’une seule voix.

CorelioUn parallèle vécu personnellement illustre le propos. Il y a quelques années, pour traiter de la politique aéroportuaire et du transport aérien, il y avait quelques journalistes spécialisés en Flandre, dont l’un travaillait pour le Nieuwsblad, au sein du groupe Corelio, dont faisaient partie à l’époque les Éditions de l’Avenir.

De l’eau a depuis lors passé sous les ponts de l’Escaut et de la Meuse. Corelio a revendu les Éditions de l’Avenir à Tecteo en 2013, et s’est mué en Mediahuis, qui regroupe le Standaard, le Nieuwsblad, la Gazet van Antwerpen, et le Belang van Limburg. Le confrère est resté, d’autres ont été sacrifiés dans l’opération. Et par la suite, ses articles ont non seulement été publiés dans les quotidiens jumelés, le Standaard et le Nieuwsblad, mais aussi dans les quotidiens anversois et limbourgeois. Selon son inspiration, ses préférences, ou ses convictions, son opinion sur quelque problème que ce soit, a ainsi prévalu dans la moitié de la presse néerlandophone. Sans que plus aucun débat ne s’y ouvre, par exemple sur le survol de la zone du canal à Bruxelles, sur le développement de Ryanair à Bruxelles-National, ou sur l’intégration de Brussels Airlines dans la Lufthansa.

Voilà les risques liés à la vente des Éditions de l’Avenir à la fin de ce mois. Une vente qu’il faudra donc entourer de garde-fous, pour limiter les impacts à la fois sur l’emploi, et sur le pluralisme de la presse.

Un contrefeu classique, dans le cas d’un rapprochement entre journaux complémentaires, pourrait être dans la conception de rédactions transversales, sportive, économique, culturelle, politique, sociale, etc. Des sujets pourraient être plus richement couverts par des rédactions ainsi renforcées, avec, selon le cas, des articles différents selon les titres qui s’adressent à des publics différents, ou, dans un nombre limité de cas, des articles identiques déclinés dans différents journaux. L’objection à pareille mise en place sera vraisemblablement économique, mais la résistance la plus importante sera plus probablement psychologique: elle obligera à faire travailler ensemble des journalistes qui ne sont pas jusqu’ici vraiment concurrents, mais qui travaillent dans des quotidiens à la personnalité marquée, et à qui il faudra apprendre à vivre et à penser en commun.

Une autre recette plus ancienne consiste en la création d’une Fondation, chargée de défendre l’esprit d’un quotidien.

La référence classique, en Belgique, est la Fondation Hoste, côté flamand, qui veille à ce que les développements du Laatste Nieuws respectent les idéaux libéraux des fondateurs. Pareille tâche est évidemment plus aisée dans un contexte d’expansion, où le quotidien qu’elle protège, joue un rôle moteur. Dans un contexte défensif, où des impératifs économiques seront opposés à toute velléité de défendre un périmètre maximal, elle risque très vite de faire long feu.

L’étude McKinsey, commandée en son temps par l’ancien ministre wallon de l’Économie et communautaire des Médias Jean-Claude Marcourt, aujourd’hui président malgré lui du Parlement wallon, ne peut non plus être ignorée. Le document recommandait une mutualisation des moyens pour l’ensemble des quotidiens francophones de Belgique. Le centre d’impression de Rossel à Nivelles, où sont déjà imprimés les quotidiens du groupe L’Avenir, pourrait jouer ce rôle… pourvu qu’il puisse assurer l’ensemble des tirages, alors qu’il est déjà au bord de la saturation. Et surtout qu’il sorte du giron du groupe de presse actuellement dominant en Belgique francophone.

Reste la solution originale, à laquelle le personnel des Éditions de l’Avenir s’est attelé depuis plusieurs mois: celle d’une coopérative associant ce personnel aux lecteurs du quotidien, à des investisseurs locaux ou régionaux, et à des spécialistes des médias.

Les administrateurs d’Enodia et de Nethys ont déjà convenu de donner un rôle crucial à cette coopérative dans un processus de vente qui, par là même, sortira des schémas classiques. Le personnel politique lui-même, et notamment la nouvelle ministre communautaire des Médias, a manifesté son intérêt pour une initiative qui, pour ancienne qu’elle soit par sa forme, ouvre peut-être une voie nouvelle pour assurer l’avenir de la presse écrite quotidienne en Belgique francophone. Et surtout pour lui permettre d’explorer de nouvelles pistes de développement.

Pour la découvrir: https://www.notreavenir.coop/devenir-cooperateur/ Tous les soutiens sont utiles. Dès la part de base, à 50 euros. La contribution requiert un effort, certes. Mais, au regard d’autres dépenses, elle reste bien modeste, non?

Un combat à reprendre pour la liberté de la Presse


Il est des combats dont il ne faut jamais croire qu’ils sont définitivement gagnés: le combat pour la liberté de la Presse est de ceux-là! Paradoxe dans un pays qui, depuis l’origine, proclame dans sa Constitution que «la presse est libre» et que «la censure ne pourra jamais être établie»? Hélas, hélas, hélas, comme le disait Charles de Gaulle en évoquant le putsch des généraux félons à Alger, en 1962, il faut bien constater, ces derniers temps, que, y compris chez nous, l’année 2019 a été marquée par un recul de la liberté de la presse.

Péril pour la liberté de la presseLe signe le plus évident en est la nécessité ressentie par nos collègues flamands de la Vlaamse Vereniging van Journalisten (VVJ) de créer, sur leur site, un point d’alerte pour toute violence faite aux journalistes.

En six mois, c’est une douzaine de faits qui ont été signalés à l’union professionnelle des journalistes flamands. On n’en est, pour l’instant, qu’à des menaces physiques ou de l’intimidation, comme lors d’une manifestation d’extrême-droite contre le Pacte de Marrakech sur l’immigration, en début d’année. Ou lors d’un procès de Hells Angels devant un tribunal correctionnel limbourgeois. Mais il y a aussi ce fermier qui détruit l’appareil photo d’un correspondant de presse qui, à distance, venait de prendre des images de l’incendie d’une de ses étables. Ou la police qui menace de saisir les images d’un cameraman de télévision, qui filmait les lieux d’un accident de circulation, en respectant le périmètre de sécurité imposé.

L’Europe a connu quelques cas tristement célèbres d’assassinats de journalistes. Sur l’île de Malte, plus de deux ans après l’explosion de sa voiture qui lui a coûté la vie, les assassins présumés de Daphné Caruna-Galizia ne sont pas encore jugés, et leurs commanditaires ne sont pas connus. En Slovaquie, l’assassinat de Jan Kuciak et de sa fiancée a déclenché une vive réaction populaire qui a conduit à la démission du Premier ministre et à un renversement de majorité. Leurs assassins ont été démasqués, et les commanditaires mafieux de leurs assassinats sont connus. En Roumanie par contre, la précipitation avec laquelle l’assassinat de Viktoria Marinovna a été qualifié de crime purement sexuels laisse subsister bien des soupçons.

En Italie, j’ai eu le privilège douloureux de rencontrer des journalistes qui vivent sous protection policière permanente, après les menaces de morts proférées contre eux par la Mafia. Et le monde entier a appris avec horreur, il y a quelques semaines, les détails de l’assassinat de Jamal Kashoggi, au consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul.

Rien de tout cela chez nous et dans les pays voisins, me direz-vous? Il y a un an, rappelez-vous, des journalistes belges et des journalistes français étaient menacés, et parfois molestés, par des «gilets jaunes» qui les jugeaient par définition hostiles. En Catalogne, des journalistes ont été victimes de violences policières, et d’autres ont été attaqués par des militants indépendantistes.

En Allemagne, où j’ai assissté récemment au congrès d’un des deux grands syndicats de journalistes, le Deutscher Journalisten Verband (DJV), le rapport annuel a évoqué le refus opposé par l’Alternativ für Deutschland à la présence de journalistes au congrès ce ce parti d’extrême-droite. Tandis que d’autres voix réclamaient une meilleure protection des sources journalistiques. Une protection des sources, qui, comme l’a posé la Cour européenne des Droits de l’Homme, est la «pierre angulaire de la liberté de la presse».

Presse locale, non merci!

Les médias locaux exclus de la visite du Secrtaire d'EtatUn autre cas flagrant de censure a été dénoncé ce week-end par la section bavaroise du DJV, le BJV (Bayerischer Journalisten Verband) après le véto opposé par les autorités (états-unienne? allemandes? états-uniennes et allemandes?) à la présence de journalistes du quotidien régional Der Frankenpost, lors de la visite, à Mödlareuth, du secrétaire d’État états-unien, Mike Pompeo, et du ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas (SPD). Seul était autorisé, dans le sillage des deux excellences, un pool télévisé, composé de représentants de la ZDF (chaîne publique), et de RT L (chaîne privée). L’idée étant, on l’imagine, de diffuser des images de cette visite, mais de ne donner à personne l’occasion de poser des questions au secrétaire d’État et à son hôte. Et aussi sans doute une forme de mépris à l’égard de la presse locale? L’incident a en tout cas suscité une réaction d’un député SPD de la région. Klaus Adelt s’est dit choqué par le fait que cette mise à l’écart s’est produite «le jour même où on célèbre la liberté d’opinion et la liberté de la Presse» et qu’en plus, «elle est incompatible avec la Constitution qui proclame la liberté de la Presse et la liberté d’informer».

Des notions également ignorées des autorités turques,  qui maintiennent en détention des dizaines de jouralistes turcs , sous l’accusation fallacieuse d’appartenance à une mouvance subversive: depuis près de dix ans, la Turquie se révèle la plus grande prison pour journalistes d’Europe, voire du monde!

De son côté, la Maison-Blanche a retiré leurs accréditations à des journalistes russes travaillant pour des médias que le président français, Emmanuel Macron, a qualifiés d’officines de propagande. Et dans la foulée le président russe, Vladimir Poutine, a pris une mesure similaire à l’égarde de journalistes étrangers, qualifés «d’agents de l’étranger». Quant aux journalistes russes travaillant en Ukraine ou aux journalistes ukrainiens actifs en Russie, on devine le sort qui leur est réservé.

Je rappellerai enfin le combat mené depuis plus d’un an par la rédaction d’un journal qui m’emploie et ne me rémunère pas assez à mon goût, pour garantir son indépendance par rapport à une direction qui n’a pas hésité à procéder à des licenciements ciblés et à procéder à un lock-out, pour tenter de la faire plier.

Et que dire, dans le même ordre d’idées, des pressions exercées par le nouveau ministre-président flamand, Jan Jambon (N-VA) sur la VRT, pour que la chaîne publique de radio-télévision cesse sa «propagande» sur le réchauffement climatique et qu’elle offre la parole à des «climato-sceptiques»? Et la suppression, évoquée dans un autre billet de ce blog, des subsides à l’investigation journalistique indépendante?

La piqûre de rappel est sérieuse, et tou(te)s les journalistes doivent en être conscient(e)s: la défense de leur liberté est leur affaire, en tout premier lieu. Et s’ils/elles ne la défendent pas eux/elles-mêmes, personne ne le fera à leur place!

 

Pourquoi une majorité PS-MR est en cours d’élaboration en Wallonie


Or donc, à en croire d’éminents confrères spécialisés en politique fédérale et wallonne, vendredi dernier, sur La Première, de fortes réticences dans les bases socialiste et libérale constitueraient un problème de nature à freiner la mise en place d’une majorité PS-MR en Wallonie.

Je me garderais bien de remettre en cause la pertinence de l’analyse, mais tout de même, dès lors que le cdH a choisi la cure d’opposition (et que de critiques se seraient abattues sur Maxime Prevot si son parti avait fait acte de candidature au pouvoir, après sa déculottée électorale du 26 mai?), les hypothèses sont singulièrement réduites. Bien sûr, Thierry Bodson, le leader de l’interrégionale wallonne de la FGTB, continue à prôner une majorité PS-PTB-Ecolo, mais personne n’y croit. Notamment au PS, où aucune voix ne s’est élevée pour défendre cette hypothèse, a fait remarquer un des intervenants au débat de La Première, ce vendredi.

pexels-photo-1020315Donc, ne restent que deux hypothèses: l’alliance PS-MR en Wallonie, ouverte ou non à Ecolo. Manière de ne pas associer au pouvoir deux partis qui, quoi qu’en aient dit leurs dirigeants, et notamment le président du PS, Elio Di Rupo, dès le soir du scrutin, ont figuré parmi les battus de l’élection. Et de «mouiller» à nouveau les Verts dans une coalition où ils ne seraient pas indispensables, comme cela a déjà été le cas au niveau fédéral, en 1999, après la crise de la dioxine et le renvoi historique du CVP (devenu CD&V depuis lors) dans l’opposition, après plus de quatre décennies au pouvoir.

La perspective doit nourrir l’inquiétude chez Ecolo, d’où la nervosité de Philippe Defeyt, ce midi, au débat dominical de RTL-TVI. L’ancien coprésident des Verts a fustigé la décision «prématurée» du cdH de se mettre sur la touche, et le représentant du PS, Pierre-Yves Dermagne, a presque entonné le même refrain, ironie en plus, en rappelant que le cdH avait l’habitude de changer d’attitude. L’évocation du «tirage de prise» par l’ancien président humaniste, Benoît Lutgen, qui a conduit, sous la législature précédente, au remplacement de la majorité wallonne PS-cdH par une majorité alternative MR-cdH.

Les Verts pourront-il se permettre le luxe de refuser une participation à une majorité, alors que la thématique climatique, notamment, a pris de plus en plus d’importance, et qu’ils pourraient peser sur des décisions environnementales? Les plus pessimistes d’entre eux rappelleront l’expérience du passé: quand Ecolo n’est pas indispensable à une majorité, son poids devient très relatif. Et les décisions prises sous son influence (la sortie du nucléaire par exemple), sont rapidement annulées, une fois qu’ils sont renvoyés dans l’opposition. Car bien sûr, leurs électeurs, alors, ne leur pardonnent rien au scrutin suivant.

Le débat risque d’être chaud, entre «réalos» et dogmatiques, chez Ecolo, si PS et MR proposent l’ouverture de leur majorité. Il ne s’en manquera pour relever que, si les Verts acceptent la combinaison, l’opposition sera réservée aux seuls cdH et PTB. Et que pour les humanistes, l’occasion sera rêvée de se refaire une santé, en récupérant notamment des électeurs passés sous la bannière écologiste.

Pour le reste, PS et MR… ne sont pas aussi opposés qu’on veut bien le dire. En témoigne la négociation discrète qui vient de se produire en région verviétoise, où les deux partis se sont attribué les présidences d’intercommunale de manière impérieuse, puisque la section de Verviers-ville du MR a dû remiser ses exigences sur la présidence de l’intercommunale hospitalière.

Et puis, en province de Liège et en province de Hainaut, les deux provinces wallonnes les plus peuplées, PS et MR sont associés au pouvoir, depuis plus de trois décennies en province de Liège, sans que cette alliance soit décrite comme contre nature.

Alors, hors argument recevable sur le revers électoral, qu’est-ce qui empêcherait la reproduction de pareille majorité au niveau wallon? Une pincée de «concertation mosane» pour calmer le ban syndical; peut-être la mise à l’écart d’un ministre aussi clivant que le libéral hervien Pierre-Yves Jeholet; et les virulentes dénonciations de la campagne électorale s’effaceraient rapidement derrière un de ces «grrrrrands accord», célébrés naguère par feu Michel Daerden, au terme d’une soirée électorale bien arrosée, sur RTC, la télé régionale de Liège-Huy-Waremme.

Tout serait sans doute déjà en passe d’être réglé, s’il n’y avait l’enjeu fédéral, et le casse-tête bruxellois. Car à Bruxelles, Ecolo est sorti des urnes en deuxième position, derrière le PS, mais devant le MR. Tandis que dans le collège électoral flamand, son parti-frère, Groen, sortait en tête. Les Verts sont donc incontournables du côté francophone, sauf à imaginer une improbable association entre le PTB, le PS et le MR ou Défi. Mais un éventuel accord entre le PS et eux ne suffirait pas à dégager une majorité. Resterait dès lors à ouvrir les discussions à Défi… ou au MR. Côté flamand, entre-temps, écologistes, socialistes et…libéraux n’ont pas tarder à s’accorder.

Suivant le vieux principe que tout est dans tout, indispensable à Bruxelles, Ecolo pourrait donc s’imposer au niveau wallon avec plus de poids que son résultat arithmétique pourrait lui valoir.

Reste le fédéral, où là, une alliance des socialistes et des libéraux pourrait rassembler les deux familles politiques les plus importantes du pays… à condition que les socialistes flamands, laminés le 26 mai, ne s’associent pas à la démarche. Mais resterait encore à élargir l’attelage au CD&V. Ou alors convaincre la N-VA d’entrer dans la danse. Même si le PS donne des boutons à Bart De Wever….

Les regrets de Bruno Dayez et non ceux de Marc Dutroux


En termes commerciaux, on dirait qu’il y a tromperie sur la marchandise. «Marc Dutroux va écrire une lettre aux parents de ses victimes» a-t-on annoncé la semaine écoulée. La phrase a déjà déclenché des torrents de commentaires, sur la sincérité ou non des regrets que l’assassin de Julie et de Mélissa, d’An et Eefje, mais aussi, ne l’oublions pas, de son complice Bernard Weinstein, pourrait formuler.

Marc Dutroux 2017Le titre de l’article du Vif, dans lequel le nouvel avocat du «monstre de Marcinelle» a manifestement conservé ses entrées, même si sa chronique judiciaire en a été brutalement éjectée, il y a quelques années, entretient la même ambiguïté: «Dutroux: « bientôt une lettre aux parents des victimes »» peut en effet laisser supposer que le détenu le plus haï de Belgique se prépare à prendre la plume.

Ce sera une «lettre à quatre mains», avait-on dit cette semaine, ce qui relativisait déjà la portée des éventuels regrets de Dutroux. Quand on lit bien l’interview de Bruno Dayez par Thierry Denoël, dans le Vif, on s’aperçoit que ce ne sera pas le cas:  «Bruno Dayez annonce (…) qu’une lettre sera bientôt envoyé aux victimes ou aux parents de victimes , dans laquelle il exprimera, pour Marc Dutroux et avec son aval, les remords que celui-ci éprouve par rapport à ce qui s’est passé en 1996» écrit notre confrère. C’est donc bien l’avocat qui tiendra la plume. Pour s’exprimer au nom de son client? Le côté manipulateur de ce dernier a déjà souvent été évoqué. Et s’il ne signe pas la lettre, dans quelle mesure l’engagerait-elle, lui?

Pour nourrir des remords par rapport à des actes posés, il faut par ailleurs d’abord reconnaître ces actes. «Il me reproche de ne pas contester certains faits dont il a été  jugé coupable» précise Bruno Dayez, interrogé sur la réaction de Dutroux à son précédent ouvrage, déjà évoqué sur ce site, qui réclamait la remise en liberté du quintuple assassin.

«Il a sa vérité qui, comme pour beaucoup de condamnés, ne correspond pas forcément à celle du jugement dont il a fait l’objet» poursuit l’avocat. La banalisation du propos noie la réalité du dossier: les faits contestés par Dutroux, et pour lesquels il a été condamné, c’est notamment le martyre de Julie et Mélissa, enfermées dans la cage machiavélique qu’il avait aménagée dans la cave de sa maison de Sars-la-Buissière, et qu’il a en vain tenté d’imputer à son ex-épouse, Michèle Martin, qui les y aurait laissées mourir de faim, pendant que lui, déjà, était derrière les barreaux. Si c’est toujours cela «la vérité» de Dutroux par rapport au jugement qui l’a condamné, inutile de rédiger à sa place une lettre de regrets hypocrites!

Le vrai propos de Bruno Dayez, derrière cette annonce médiatique, c’est de remettre en valeur son combat – ses détracteurs diraient: de se remettre en valeur, en évoquant son combat – contre la détention perpétuelle, qu’il veut abolir, et pour laquelle il espère «faire cause commune» avec l’ancienne garde des Sceaux française, Christiane Taubira, récemment honorée d’u doctorat honoris causa par l’ULB, qui a fait beaucoup moins parler de lui que celui attribué par Ken Loach.

L’aveu le démontre: Bruno Dayez se sert donc à nouveau du cas Dutroux pour tenter de faire progresser une cause basée sur une vue rousseauiste de l’homme, naturellement bon. Ne lui en déplaise pourtant, il est des criminels irrécupérables, que l’on condamnait jadis à la peine de mort, heureusement abolie en Belgique comme dans de nombreux pays, mais qu’on ne peut laisser vivre en liberté. Dutroux est de ceux-là, et la seule perspective raisonnable et acceptable et de le laisser finir ses jours en prison, n’en déplaise à son avocat, qui n’est sans doute pas son dernier avocat. Cette détention doit certes se dérouler dans des conditions décentes, pour lesquelles Bruno Dayez a le devoir et le droit de se battre. Mais choisir ce dossier pour mener son absurde combat abolitionniste, c’est à la fois erroné et indécent

La vérité sur l’assassinat d’André Cools comme sur celui de Julien Lahaut?


Le troisième «procès Cools» s’est achevé prématurément, ce mardi, devant les assises de Namur: dans un arrêt longuement motivé, la cour, par la voix de sa présidente, Annick Jackers, a fait droit aux arguments de la défense de Richard Taxquet et de Domenico, alias Mimo, Castellino, pour déclarer irrecevables les poursuites engagées à leur égard.

andre-coolsRejuger des auteurs présumés de l’assassinat d’André Cools, vingt-cinq ans et demi après sa mort violente sur les hauteurs liégeoises, le 18 juillet 1991, est à la fois apparu contraire au délai raisonnable dans lequel tout justiciable doit être jugé – et quand bien même ce long délai est partiellement dû aux accusés, qui, condamnés par la cour d’assises de Liège respectivement en 2004 et en 2007, ont diligenté des procédures en cassation, puis devant la cour européenne des droits de l’homme de Strabourg, dont deux arrêts portent le nom de Richard Taxquet, puis devant la cour de cassation belge à nouveau – mais aussi parce qu’un certain nombre des témoins appelés à éclairer les jurés d’assises sont décédés. Et que les autres, comme l’avait plaidé justement un des avocats, risquaient de mêler ce qu’ils savaient à l’époque et ce qu’ils ont appris depuis lors sur cet assassinat.

Un autre motif d’irrecevabilité est venu du fait que la procédure en vigueur de nos jours, qui prévoit l’assistance d’un avocat à un inculpé dès le premier stade de l’enquête, n’avait pas été respectée dans ce dossier, et pour cause, puisque, en 1991, cette assistance n’était pas prévue par le code pénal. Confronter ces deux réalités apparaissait à la justice comme une quadrature du cercle par définition insurmontable.

Richard Taxquet et Mimo Castellino étaient entrés présumés innocents dans le box des accusés; ils en sont sortis tels quels. Et plus jamais, sauf éventuel succès du pourvoi en cassation annoncé contre l’arrêt de la cour d’assises namuroise, on ne leur demandera de répondre de l’assassinat d’André Cools, dont ils ne sont plus coupables pour l’avenir. Plus coupables, présumés innocents, mais pas acquittés: la nuance n’est pas que sémantique.

Tous deux ont été condamné à vingt ans de détention, pour ce crime, et qu’ils sont restés derrière les barreaux de ce fait. Qu’ils soient renvoyés des poursuites aujourd’hui pourra paraître étrange au grand public, mais c’est l’honneur de la Justice de respecter des règles évolutives de procédure les plus favorables aux accusés, et d’être pénétrées du principe qu’un coupable en liberté est préférable à un innocent en prison.

Non que le propos, ici, soit de dire que Richard Taxquet et Mimo Castellino soient coupables. Mais il est des faits troublants. D’abord que les autres condamnés du premier «procès Cools» le sont, eux, à titre définitif, et que les uns ou les autres ont «mouillé» les deux accusés de Namur.

Il y a aussi le rôle reconnu par Mimo Castellino à l’époque, et, si on veut écarter ses aveux, décrit dans son chef par les assassins d’André Cools, qui l’ont identifié comme l’homme qui les amenés de Sicile, puis les a reconduits vers l’Italie, le jour même de l’assassinat. Mimo Castellino a été contrôlé en compagnie des deux tueurs tunisiens le jour même, et ces derniers étant dépourvus de documents d’identité valables, ont été refoulés. Plus tard, c’est sur ses indications que les enquêteurs repêcheront, dans l’Ourthe, des armes dont celle utilisée pour tuer l’ancien président du PS. Peut-être, aujourd’hui, aurait-il dit qu’il ignorait que ses deux passagers venaient en Belgique pour commettre un assassinat, ou qu’ils venaient de passer à l’acte quand il les a évacués, mais bon…

Quant à Richard Taxquet, incriminé par Carlo Todarello, puis par le témoin anonyme… tuyauté par Mimo Castellino, il avait non seulement été désigné par une lettre anonyme parvenue aux enquêteurs une semaine après l’assassinat d’André Cools comme membre du complot visant à l’éliminer, mais aussi mis en cause par feu Alain Van der Biest. En retour, l’ancien secrétaire du ministre avait mouillé son patron dans le complot. Et s’il avait protesté de son innocence, il avait à tout le moins reconnu avoir été au courant du projet d’assassinat.

Richard Taxquet était aussi au volant de la voiture d’Alain Van der Biest, en compagnie de ce dernier et d’une troisième personne, le 12 juillet 1991. Ce soir-là, les deux tueurs tunisiens qui venaient d’arriver en région liégeoise étaient dans un café de Grâce-Hollogne, en compagnie de certains des comploteurs condamnés par la cour d’assises de Liège. La voiture s’était arrêtée sur le trottoir, devant le bistrot, et l’un des condamnés de Liège, Pino Di Mauro, était venu s’entretenir brièvement avec ses occupants. Et revenant dans le café, il avait précisé qu’«Alain commen(çait) à s’impatienter». Six jours plus tard, André Cools était mort.

Qui était le troisième occupant de la voiture d’Alain Van der Biest? Interrogés en 2003, devant les jurés liégeois, et Richard Taxquet et Pino Di Mauro avaient invoqué l’écoulement du temps pour dire qu’ils ne s’en souvenaient pas. La même question avait été posée à feu Alain Van der Biest qui, avaient noté les enquêteurs, était resté «prostré pendant de longues minutes», avant de dire qu’il ne se le rappelait pas lui non plus.

Pour de nombreux observateurs, l’identité de cet occupant livrerait probablement la réponse à la question que tout le monde se pose: si les organisateurs de l’assassinat du «maître de Flémalle» ont incontestablement été les membres du cabinet d’Alain Van der Biest; si ce dernier était, au minimum, au courant de ce projet criminel; quelqu’un d’autre ne tirait-il pas les ficelles?

Tout aura été fait pour percer le mystère, y compris l’interrogatoire sous hypnose de Pino Di Mauro. Tout ce qu’on en en aura obtenu, c’est que l’occupant était vraisemblablement un homme aux cheveux gris. N’en saura-t-on donc jamais plus? En Justice, au grand dam de la famille Cools, le dossier s’est refermé ce mardi, alors que la prescription des faits n’interviendra qu’en 2021. Il est donc fort possible que le mystère subsiste. Mais la même julien-lahautréflexion était sûrement la règle, dans les mois et les années qui ont suivi l’assassinat, le 18 août 1950, du tribun communiste Julien Lahaut, à Seraing?

Le parallèle entre le destin tragique des deux hommes politiques de la périphérie liégeoise a souvent été dressé, après qu’André Cools fut tombé sous les balles des assassins. Mais dans le dossier de Julien Lahaut, contrairement à ce qui s’est passé un demi-siècle plus tard, jamais personne n’avait dû répondre du crime devant les assises. On sait pourtant désormais non seulement qui étaient ses exécuteurs, mais aussi sur instruction de qui ils ont agi. Grâce, notamment, à l’obstination de l’ancienne députée européenne socialiste liégeoise Véronique De Keyser et à l’intervention de l’alors ministre écolo Jean-Marc Nollet, qui ont débloqué les fonds nécessaires à l’enquête, menée par des historiens.

Si ce crime a pu être résolu, six décennies plus tard, rien n’interdit de penser que le dossier Cools révèlera encore ses secrets, si tant est qu’il en contienne encore. D’abord parce que des témoins sont toujours en vie. Et que, libérés de l’hypothèque judiciaire, certains pourraient se sentir autorisés à parler. Des archives parleront elles aussi, tôt ou tard. À des historiens, à des journalistes, à des politiques? Rien n’est garanti, bien sûr. Mais l’enquête, elle, n’est pas close; elle a changé de nature.

 

Marre des «experts» qui pérorent sans même se documenter!


Deborsu

Ainsi donc, après deux numéros seulement, l’émission dominicale de Christophe Deborsu va subir un relifting sur RTL TVI. Les mauvais scores d’audience du transfuge de VT4 ont apparemment déclenché une espèce de «football-panique» sur la chaîne privée. Reste à savoir si un simple remaniement suffira, car les ingrédients de l’émission restent identiques. Et ses experts ou prétendus experts aussi, hélas. Hors Alessandra D’Alessio, bien sûr, dont on se demandait bien ce qu’elle venait faire là, et qui a disparu de la circulation non pour son incompétence, mais pour ses affinités avec un ancien député d’extrême-droite, qui ne manque vraiment pas au Parlement.

En disant cela, ce n’est pas l’animateur de «C’est pas tous les jours dimanche» que je cible, même si sa prestation, dimanche dernier face à Lio a été désastreuse, au point qu’Alexander De Croo, le ministre Open vld de la Coopération, interloqué, l’a interpellé en lui demandant qui dirigeait le débat, de lui ou de l’interprète de «Banana Split» (le succès qui a assuré sa notoriété jusqu’à aujourd’hui!), tandis que Karin Lalieux, la députée PS, subissait l’agressivité de cette has been qui prenait des attitudes de Pasionaria! Non, c’est à Michel Henrion que je pense, catastrophique, vendredi soir, dans la désolante émission «On refait le monde», sur Bel-RTL.

En studio, l’ancien porte-parole de feu Guy Spitaels apparaissait comme le seul expert en politique, face à ce vieux briscard de Marc Metdepenningen, grand journaliste judiciaire au «Soir», et à la rédactrice en chef-adjointe de Ciné-Télé-Revue, qui semble être le seul hebdomadaire d’«information» (???) connu de Patrick Weber. Et c’est donc tout naturellement vers Michel Henrion que le sirupeux «Monsieur Loyal» de l’émission aux allures de café du Commerce s’est tourné, pour lui demander son avis sur la nomination par la ministre flamande N-VA Lisbeth Homans, d’un échevin francophone comme bourgmestre de Linkebeek, en lieu et place du bourgmestre MR ff Damien Thiéry, qui donne des boutons à cette flamingante enragée.

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Et ô surprise, Michel Henrion a… donné raison à la ministre N-VA. Parce que, a-t-il doctement tranché, depuis la dernière réforme de l’État et la scission de l’arrondissement électoral et judiciaire de Bruxelles-Hal-Vilvorde,  les communes flamandes à facilités de la périphérie bruxelloise relèvent des chambres réunies du conseil d’État. Et que ces chambres réunies ont validé le refus de nomination de M. Thiéry par la ministre Homans, et par contre invalidé la décision identique qu’elle avait prise à l’égard de Valérie Caprasse, mayeure cdH de Crainhem. Lisbeth Homans n’avait donc d’autre choix que de nommer un autre bourgmestre, a-t-il conclu, et elle l’a fait dans le respect du verdict électoral, comme elle l’a elle-même dit.

Confiants dans la sagacité de cet «expert», les autres participants à l’émission ont fait chorus. Tout juste a-t-on entendu timidement parler de respect du choix des électeurs de Linkebeek, qui ont plébiscité Damien Thiéry. Mais en Flandre, on n’est pas en Wallonie, a rappelé opportunément Marc Metdepenningen: les électeurs ne peuvent pas peser sur le choix du bourgmestre.

Carrousel en vue

L’ennui, c’est que Michel Henrion… ne connaissait pas bien son dossier. Oui, la scission de l’arrondissement électoral et judiciaire de Bruxelles-Hal-Vilvorde, réclamée depuis des lustres par la Flandre, s’est accompagnée d’une compétence accordée aux chambres réunies du Conseil d’État sur les communes à facilités de la périphérie. Mais ces chambres sont présidées alternativement par un magistrat francophone ou néerlandophone dont la voix est prépondérante! Il n’est donc pas sot de penser que, selon le sexe linguistique du président, les décisions de l’instance basculeront dans un sens ou dans l’autre. Et que leur valeur, donc, est très relative. Mais cela, manifestement avait échappé à la sagacité de l’ancien porte-parole de feu Guy Spitaels.

Et puis l’expert (?) est apparemment parti un peu vite en estimant que l’affaire était désormais réglée. Car tout indique aujourd’hui que l’échevin pressenti… refusera le cadeau empoisonné que lui avait préparé l’extrémiste ministre. Et si lui refuse, il faudra que Lisbeth Homans se lève tôt pour trouver dans les rangs francophones un(e) élu(e) prêt(e) ) suppléer le candidat-bourgmestre porté par la majorité. On suppose qu’alors la ministre flamingante des Affaires intérieures se tournera vers un membre de l’opposition, ou nommera un(e) bourgmestre hors conseil. À qui il est déjà prudent de prendre des médicaments contre la dépression, car il ne sera pas difficile à la majorité francophone de Linkebeek de torpiller toutes les initiatives de ce mayeur imposé.

Michel Henrion aurait été bien inspiré de relire «Génération Fourons»: cet ouvrage collectif rappelle la trouvaille de Charles-Ferdinand Nothomb, alors ministre PSC de l’Intérieur, le 15 octobre 1986. Pour mettre fin au «carrousel fouronnais» (à chaque fois que les magistrats flamands du Conseil d’État cassaient la nomination de José Happart, bête noire de la Flandre, au mayorat de Fourons, tous les échevins démissionnaient; et José Happart était réélu premier échevin et bourgmestre ff de Fourons), l’homme politique luxembourgeois avait déniché un excellent candidat au poste de bourgmestre hors conseil: Roger Wynants, de Fouron-Saint-Pierre, est un des fils d’un ancien mayeur fouronnais. Dans un climat extrêmement tendu, car de sa décision dépend le sort du gouvernement, le Premier ministre, feu Wilfried Martens, part, le 17 octobre peu après minuit, au Palais de Laeken pour faire signer par le défunt roi Baudouin son arrêté de nomination comme mayeur de Fourons. Mais patatras, l’homme n’accepte qu’à la condition, inacceptable pour les Flamands, de ramener les six villages de la Voer de la province du Limbourg à celle de Liège. Il n’y aura pas de bourgmestre hors conseil  à Fourons. Et Charles-Ferdinand Nothomb sera contraint de démissionner.

Un autre carrousel risque de se mettre en route, dès ce week-end, à Linkebeek. Et il pourrait secouer le gouvernement de Charles Michel. Car ce dernier, et tous ses ministres libéraux francophones, ont beau, à la manière Coué, seriner que la N-VA se limite aux problèmes socio-économiques jusqu’à la fin de la législature, l’initiative de Lisbeth Homans et venue prouver le contraire. Et le MR devra bien décider si, oui ou non, il soutient toujours son candidat-bourgmestre de Linkebeek. Il en est sûrement, dans la grande maison bleue, pour déplorer secrètement que le parti ait ouvert ses portes, naguère, à ce transfuge du FDF…