Le RFC Liégeois champion: les grands clubs ne meurent jamais!


Liège champion

Une nouvelle fois, le RFC Liégeois a connu les joies d’un titre ce dimanche: quatre ans après l’avoir quittée, les «Sang et Marine» vont retrouver la division III, et comme un bonheur ne vient jamais seul, dès la saison prochaine, ils retrouveront les hauteurs de Rocourt, d’où ils ont été chassés il y a vingt ans dans les circonstances nébuleuses que l’on connaît. Le matricule 4 cessera alors d’être le seul club SSF (Sans Stade Fixe) du football belge, voire du football européen, et peut-être même du football mondial!

Un nouveau chapitre dans l’histoire mouvementée du club s’est ainsi clôturé: ce titre décroché en surclassement en promotion D renvoie à celui conquis, en 1943, par une équipe où évoluaient Roger Agneessens et Pol Anoul, tous deux champions de Belgique neuf ans plus tard. Il s’additionne aux cinq titres nationaux du RFC Liégeois (1895,1896,1899, 1952, 1953); au titre de division I B (le niveau de la division II actuelle) en 1944; et aux titres de division III de 1996 et de 2008.

Le hasard du calendrier fait qu’en même temps que l’équipe d’Alain Bettagno, un autre monument du football belge célèbre un titre identique, en promotion C. Mais un monument ravalé: on a beau parler du Beerschot, dont l’appellation finira sans doute par prévaloir, on ne doit pas oublier que seule une fusion avec Wilrijk a permis au club de Kiel de renouer avec sa superbe. Et avant cela, il y avait déjà eu l’union des «Mauves» anversois avec le Germinal Ekeren, pour donner naissance à un club, le Germinal Beerschot d’Anvers, dont l’acronyme GBA avait suscité l’ironie du président du grand rival de la Métropole. «Cela veut sans doute dire Grand Bazar d’Anvers» avait avancé Eddy Wauters, alors grand patron de l’Antwerp. Le Beerschot qui remonte en division III n’est donc plus tout à fait le Beerschot. Même s’il a gardé son public, malheureusement d’un flamingantisme exacerbé.

Rien de tout cela à Liège: le spectre de la fusion avec l’ennemi héréditaire de Sclessin une fois éloigné, dans les années 1980, il y a eu, c’est vrai, une union calamiteuse avec un Tilleur aux abois. L’essentiel, dans cette opération, a été le sauvetage du matricule du plus vieux club wallon, mais on ne peut dire que cette opération qui, aux yeux de l’Union belge, n’était pas une fusion, ait permis d’écrire les heures les plus enthousiasmantes de l’histoire du club.

La renaissance du RFC Liégeois n’est pas non plus le fruit d’une de ces opérations de rachat qui, depuis le sommet du football européen jusqu’aux niveaux les plus modestes, voient des clubs soudainement promis à des lendemains qui chantent, avant de déchoir irrémédiablement une fois que les bailleurs de fonds se sont lassés. L’exemple, en province de Liège, du CS Visé, qui a vécu ces dernières années sur des fonds indonésiens et attend d’hypothétiques repreneurs chinois est là pour démontrer le caractère illusoire de ces solutions. Les espèces sonnantes et trébuchantes apportées par le FC Metz au club de Seraing, qui n’a décroché le droit d’évoluer en division II que grâce au rachat du matricule des Francs-Borains, ne feront pas longtemps illusion, le club messin lui-même étant promis à relégation en fin de saison. Elles n’ont pas suffi à lui apporter des supporters que, même à sa meilleure époque, sous la présidence de feu Gerald Blaton, le FC Seraing n’a jamais réussi à fidéliser. Le mariage de Lille et de Mouscron-Péruwelz, à l’autre bout de la Belgique, n’est pas non plus très rassurant sous cet angle. Et bien que des résultat sportifs puissent être au rendez-vous, comme on peut le voir à l’AS Eupen désormais dirigée depuis le Qatar, le public n’adhère pas au projet. Car le club n’a plus aucune attache régionale.

L’intérêt et l’originalité de l’opération menée depuis le 25 juin 2011par les actuels dirigeants du RFC Liégeois, c’est que le club, conformément à sa tradition, a reconstruit son avenir sur ses propres forces. Et notamment en veillant à conserver le noyau de supporters qui, depuis deux décennies, en dépit de toutes les vicissitudes, ont continué à lui manifester leur soutien.

Pour remonter en division III, le matricule 4 n’a pas trahi son âme: c’est la marque des grands clubs, qui, pour cette raison, ne meurent jamais.

De quoi son avenir sera-t-il fait? Même si les ambitions sont grandes, au moment où on fête un titre en surclassement, il lui faudra d’abord se stabiliser en division III avant, qui sait, de reprendre sa marche en avant, malgré les obstacles multipliés par les clubs professionnels ou réputés tels, pour empêcher toute concurrence de venir leur faire de l’ombre.

Ces réformes n’auront qu’un temps: mises en place par des dirigeants sans grande imagination, elles démontreront rapidement leur inanité. Et d’ailleurs qu’importe: le retour du Stade de Reims au plus haut niveau du football français, il y a deux ans, la réussite renouvelée des «Verts» de Saint-Étienne, ou l’arrivée en première division espagnole du SC Eibar, un club qui… joue en rouge et bleu, l’an dernier, sont là pour montrer qu’une identité sportive forte est le meilleur garant de la pérennité des clubs. Alors, si on se remémore le précédent de 1943, Liège champion de Belgique en 2024?

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Les héritiers d’une tradition footballistique vieille de 116 ans


La com’ du RFC Liégeois avait bien travaillé, en fin de semaine dernière: plus personne ne pouvait ignorer que si les «Sang et Marine» l’emportaient sur le FC Huy, ils signeraient un onzième succès d’affilée, et qu’ils égaleraient ainsi un record établi, avant eux, par leurs lointains prédécesseurs de 1899, et leurs glorieux ancêtres de 1943.

C’est aujourd’hui chose faite: l’équipe de 2015 rejoint ainsi les vainqueurs définitifs de la «coupe du championnat», attribuée, au tout début de la compétition belge, à la première équipe qui décrocherait trois titres d’affilée (le trophée ayant été aussi rapidement acquis, la fédération belge de l’époque décida de ne plus le remettre en jeu, l’acquisition régulière d’une coupe dépassant sans doute ses moyens financiers), et la formation promotionnaire qui amorça, en pleine Seconde Guerre mondiale, une remontée qui a conduit le Club Liégeois à ses deux derniers titres nationaux, en 1952 et en 1953.

Promotion-D-Huy_RFC-Liege-04-10-2014-48-626x380Il «suffirait» donc à l’équipe actuelle, maintenant solidement en tête de la promotion D, d’ajouter une nouvelle victoire à sa belle série, le week-end prochain, pour établir un record qui ne sera sans doute pas près d’être égalé.

L’événement est bien sûr anecdotique: il ne fera pas l’actualité des médias sportifs du monde. Il n’en a pas moins une valeur symbolique, qui ne devrait pas intéresser que les sympathisants du plus vieux club wallon et francophone de Belgique, comme votre serviteur.

Que ce succès ait été remporté face au FC Huy est à cet égard significatif: si la pérennité du football a été assurée dans la Cité du Pontia, ce n’a a été qu’au prix de la fusion entre Huy Sports, et l’Union Hutoise, qui, faut-il le rappeler, a évolué avant la Seconde Guerre mondiale au niveau de la division II actuelle. Les clubs hutois n’ont pas été les seuls, loin de là, à devoir passer par une fusion pour pouvoir poursuivre leurs activités: Genk, au plus haut niveau, a chassé des mémoires Winterslag et Waterschei, tous deux clubs européens en leur temps; Zulte-Waregem a permis au club du Gaverbeek de renouer avec les sommets; Waasland-Beveren a uni deux moribonds, Beveren-Waas et Sint-Niklaas et Mouscron-Peruwelz, qui vient de retomber sur un siège à bascule, n’a survécu qu’au prix d’une fusion et de l’intervention financière du club voisin de Lille. Intervention qui va s’étendre en fin de saison, soit dit au passage, ce qui peut laisser. Ailleurs, c’est l’intervention de capitaux beaucoup plus exotiques qui, au Lierse, à Turnhout, ou à Eupen, a permis à des clubs de surnager tant bien que mal.

Le phénomène, faut-il le rappeler, n’est pas uniquement belge: Manchester City, Manchester United, Chelsea, le Paris-Saint-Germain, Barcelone et le Real Madrid, pour ne nommer que ceux-là, ne doivent qu’à l’arrivée de magnats de continuer à régner sur leur foot national et européen. Avec toutes les questions que ces dérives suscitent: j’ai déjà évoqué ici le transfert d’Eliaquin Mangala de Porto à Manchester City. Le club de Bastia a été sanctionné financièrement pour une banderole, brandie lors de la victoire des Corses sur le PSG, qui rappelait le rôle trouble du Qatar, propriétaire du club parisien, dans le financement du fondamentalisme islamiste.

RFCL 1899Le RFC Liégeois ne joue pas, loin de là, dans les mêmes divisions. Mais il n’empêche, avec leur victoire de ce dimanche, qui rappelle leur filiation directe avec les premiers footballeurs «rouge et bleu» de la fin du XIXeme siècle, ce n’est pas uniquement un succès sentimental qu’ils ont remporté. Ils ont démontré, à leur modeste niveau, qu’une autre voie est possible dans le football. Une voie essentiellement basée sur des valeurs, et l’attachement à des couleurs.

C’est cette voie que les clubs allemands ont depuis longtemps empruntée. Le Bayern, dont la suprématie pèse sur la Bundesliga, véhicule toujours le particularisme bavarois. Et la mauvaise fortune sportive, cette année, du Borussia Dortmund, ne l’a pas privé de son très large soutien populaire. Dois-je encore rappeler, aussi, les 30000 personnes récemment présentes au Tivoli d’Aix-la-Chapelle, pour un match au sommet de la division IV entre l’Alemania locale et le Rot Weiss Essen?

Il reste aux «Rouge et Bleu» actuels  à poursuivre leur chevauchée. Dès la prochaine rencontre, pour marquer définitivement l’histoire du club. En laissant les pontes de l’Union Belge et de la Ligue Pro préparer un championnat fermé à vingt clubs «pros», qui à force de se rencontrer, finiront par tuer tout l’intérêt sportif pour leurs prétendus affrontements.

Record battu

En battant Bertrix ce week-end, l’équipe 2014-2015 du RFC Liégeois est définitivement entré dans l’histoire sportive du club: sa série actuelle de 12 succès de rang n’avait jamais connu d’égale dans le passé. Et le mieux… c’est qu’elle n’est pas terminée!

Un club SSF depuis vingt ans mais toujours vivant


Grâce à «La Tribune» de lundi, puis à «La Première» de ce matin, toute la Belgique sportive sait que le RFC Liégeois, premier club wallon et premier champion de Belgique de l’histoire de notre football, est un club SSF (Sans Stade Fixe) depuis vingt ans.

L’évocation de ce triste soir de novembre 1994, avec une rencontre entre les «Sang et Marine» et le Cercle de Bruges, conclue sur un triste 0-0 qui, sans cette circonstance particulière, ne serait pas passé à la postérité, n’a pas rappelé le jeu de rôles à trois qui, à l’époque, a conduit à la destruction du vieux stade-vélodrome de Rocourt.

1434452603L’acteur principal de cette dépossession était le président de l’époque du matricule 4: en toute légalité, André Marchandise avait, quelques années auparavant, remplacé l’antique coopérative du RFC Liégeois par une double société anonyme: l’une dont le capital était constitué par le stade et son site; l’autre par les joueurs du club. Dans le cas de cette dernière, l’arrêt Bosman, concluant une affaire entamée… au RFC Liégeois, allait réduire à néant la valeur du capital.

L’autre acteur était le groupe Kinepolis, en quête, à l’époque, d’un site pour implanter un complexe cinématographique en région liégeoise. Le site de Rocourt était parfaitement situé, à deux pas d’une sortie autoroutière: cette situation tout à fait favorable aurait d’ailleurs dû faire du stade-vélodrome rénové le stade liégeois de l’Euro belgo-néerlandais de football, si celui-ci s’était déroulé en 1996 plutôt qu’en 2000.

Le troisième partenaire était la ville de Liège, prise entre la volonté de vendre le stade à l’encan du premier (pour 1,4 million d’euros finalement); le désir d’acheter du second, et soumise au «chantage» exercé par les deux partenaires potentiels. Du côté du club, on attirera subtilement l’attention de l’autorité communale sur des problèmes de sécurité graves au stade… qui n’en avait pas moins accueilli, un an auparavant, et sans la moindre objection, un match européen du Club Brugeois, condamné à disputer une rencontre à au moins 200 kilomètres de ses bases. Le groupe Kinepolis menacera, lui, d’implanter son complexe à Hognoul, ou à Herstal, et non seulement de priver ainsi la ville du produit de la taxe sur les spectacles perçue sur les tickets d’entrée, mais également de fermer, à terme, les salles du complexe Opera et celles du Palace. Les premières ont effectivement fermé leurs portes, mais dans l’accord final, la rénovation des salles du Palace fut incluse: le centre-ville de Liège ne perdait ainsi pas complètement la clientèle des passionnés de salles obscures.

Le Club Liégeois s’est ainsi, depuis vingt ans, retrouvé balloté de stade en stade (Eupen, Sclessin, Tilleur, Ans, Seraing…) et attend, maintenant, de faire retour dans un site à Rocourt. C’est un exemple unique dans le football belge, et sans doute dans le football européen. Que le matricule 4, livré, entre-temps, à une époque, à d’authentiques mafieux, n’ait pas sombré dans l’aventure montre que les grands clubs ne meurent jamais. Mais surtout, que dans le monde du football pourri par l’argent, la corruption, et la criminalité en col blanc, il subsiste encore des valeurs simples, comme celles de l’attachement de sympathisants à leurs couleurs, et de pratique du football pour l’amour du sport.