L’indécence de l’UEFA sans bornes: les «poppies» du souvenir à l’amende!


À l’instar des cons, à en croire la célèbre réplique de Michel Audiard, les indécents osent tout, et c’est même à cela qu’on les reconnaît: c’est la première réflexion qui m’est venue à la découverte de la nouvelle que la toute-puissante FIFA, la Fédération Internationale de Football-Association avait décidé d’infliger des amendes à la Fédération anglaise (45000 francs suisses), et à la Fédération écossaise (20000 francs suisses) de football. Pourquoi cette sanction? Les joueurs des deux équipes nationales ont eu l’audace, lors de leur confrontation, le 11 novembre dernier, de porter au bras un brassard à l’image du «poppy» (le coquelicot qui, dans tous les pays anglo-saxons, figure à toutes les boutonnières, pour rappeler le souvenir des soldats morts en 1914-1918), malgré l’avertissement qui leur avait été fait par la FIFA de s’abstenir.

poppyPire, la même FIFA -tant qu’à faire, elle aurait grand tort de s’arrêter en chemin- a ouvert des procédures disciplinaires similaires contre les Fédérations galloise et nord-irlandaise. Le lendemain, 12 novembre, lors de matches de qualification pour la prochaine coupe du monde en Russie, ce ne sont pas les footballeurs gallois, face à la Serbie, ou nord-irlandais, devant l’Azerbaïdjan, qui ont arboré le coquelicot du souvenir, mais les supporters le portaient dans les tribunes, comme ils l’ont toujours fait, à l’instar de leurs parents, leurs grands-parents, et leurs arrière-grands parents, aux premiers jours de novembre, depuis 1918 ou 1919. Au pays de Galles, circonstance sans doute aggravante aux yeux de la FIFA, ils l’ont même déployé sous forme d’un «tifo-mosaïque» du plus bel effet!

Pas vite gêné -mais pourquoi le serait-il?-  le président de l’instance de discipline de la FIFA, Claudio Sulser, a expliqué que «par ces décisions, notre intention n’est pas de juger ou de mettre en question des commémorations spécifiques: nous respectons au contraire pleinement la signification de pareils moments dans les différents pays, chacun avec sa propre histoire et son propre passé. mais la règle doit être appliquée de manière objective et neutre pour les 211 fédérations qui font partie de la FIFA. Et cette règle proscrit, entre autres, le déploiement de tout symbole politique ou religieux».

Mais qu’en termes choisis ces choses-là sont dites! Symbole politique le coquelicot des «Flanders fields»? Symbole qui, en tout cas, a été accepté jusqu’il y a peu, sans la moindre remarque par cette FIFA brusquement frappée par une impérieuse recherche de neutralité! Le «poppy» était perçu comme le souvenir de tous les malheureux emportés par la boucherie du premier conflit mondial. Oui, M. Sulser, un conflit mondial: il n’est pas question là de pays individuels, «chacun avec sa propre histoire et son propre passé».

Au cours de cette guerre qui devait être la «Der des ders», des footballeurs des toutes premières équipes nationales sont morts sur tous les fronts: Français, Allemands, Britanniques, Autrichiens, Russes, Serbes, Belges confondus. À l’instar de nombre d’autres sportifs, comme le Liégeois Marcel Kerff, sixième du tout premier tour de France.

Le «poppy» commémore aussi, dans la foulée, de tous ceux qui, trente ans plus tard, ont été broyés dans l’horreur du second conflit mondial, beaucoup d’entre eux mourant pour que survive la démocratie. Et donc la liberté d’exprimer son opinion, par exemple en déployant un coquelicot du souvenir, dans une tribune de football, par une grise soirée de novembre!

Si M. Sulser avait le moindre sens de l’Histoire, il aurait aussi pu se rappeler que les timides tentatives de fraternisation qui se sont déroulées sur le front franco-belge, à l’hiver de 1914, se sont parfois accompagnées de l’organisation de… rencontres de football entre soldat des armées ennemies. La lecture de la somme «Sur les traces de 14-18 en Wallonie» révèle qu’une de ces rencontres improvisées se serait déroulée aux environs de Ploegsteert…

Tout cela, bien sûr, est très très ancien. Cela remonte à une époque que les moins de… cent ans ne peuvent pas connaître. Celui d’un temps où le football commençait petit à petit à se démocratiser et à se répandre, mais où les fédérations nationales étaient le plus souvent dirigées par des messieurs au patronyme à rallonge. Pas nécessairement tous démocrates? Peut-être!

Mais les dirigeants actuels du foot mondial le sont-ils plus, eux qui sont soumis pieds et poings liés à la dictature de Sa Majesté le Fric?

Sepp Blatter a beau avoir été obligé de prendre la porte, les conditions dans lesquelles la Russie puis le Qatar ont obtenu l’organisation des prochains championnats du monde n’ont pas fait l’objet, et ne feront pas l’objet de la moindre remise en question. Il est bien plus simple, bien sûr, d’infliger des amendes à des fédérations qui osent commémorer de pauvres gars qui, embrigadés dans des causes qui les dépassaient, sont partis se faire massacrer. Tiens, là, par contre, rien n’a changé…

 

 

 

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Le dédain du foot amateur… qui ne l’est plus


Que le Club Brugeois ou le Standard décroche la coupe de Belgique n’a, dans le fond, aucune espèce d’importance: le niveau de notre football, exception faite de l’équipe nationale qui sera confrontée à un sacré défi en France, où elle se présentera comme l’une des favorites au sacre européen, rend tout à fait anecdotique le succès de l’une ou l’autre de ces équipes. Quand la compétition continentale reprendra cours, en août prochain, le détenteur de la coupe nationale sera appelé plus que vraisemblablement à y faire de la figuration.

FootballCe qui n’est pas indifférent, par contre, c’est le total mépris affiché une nouvelle fois par la Ligue professionnelle, qui a programmé cette finale de coupe un dimanche à 16 heures. On aurait voulu un peu plus encore enfoncer les clubs amateurs qu’on ne s’y serait pas pris autrement. Combien de supporters, en effet, ne choisiront pas de préférer le confort douillet de leur salon, pour suivre l’affrontement entre «Gazelles» et «Rouches», plutôt que d’aller endurer froidure et pluie, dans une tribune mal protégée, pour suivre une rencontre de provinciale qui prendra essentiellement lieu de partie de pousse-ballon, et démentira par là-même la qualification d’«intelligence en mouvement» qu’avait décernée Henri de Montherlant au ballon au pied?

Les multiples bénévoles qui se démènent pour assurer la survie des clubs de football amateur récrimineront donc à juste titre, au moins autant que les amateurs de foot pour qui cette finale de coupe, disputée avant le début des fantaisistes «play-offs», que le foot belge est le seul à proposer, et dont le déroulement sera nécessairement faussé par le résultat de cette finale. Si le Standard l’emporte, les «play-offs 2» seront tout simplement vidés de leur substance, puisque les Liégeois, qualification européenne en poche, n’auront plus aucune raison de se faire violence afin de forcer une place en finale de cette compétition particulière, pour, ensuite, tenter de décrocher un ticket européen contre le troisième, le quatrième, voire le cinquième des «play-offs 1». Mais si le Club Brugeois l’emporte, conformément à la logique sportive d’avant-match, quel intérêt aura-t-il encore à se faire mal, si, d’aventure, il se retrouve contre toute attente rapidement écarté de la course au titre?

Doit-on plaindre le football amateur pour la cause? Faudrait-il d’abord que son comportement soit irréprochable. Or, depuis janvier, les colonnes sportives des quotidiens ne sont remplies que d’annonces de transferts de joueurs dans la perspective de la prochaine saison! Peut-on dès lors croire qu’ils continueront à se livrer sans réserve pour leur club actuel?

Nous ne sommes pas naïf: de tout temps, même dans le football provincial, des joueurs ont été contactés en cours de saison, en vue de la conclusion d’un futur transfert. Mais à tout le moins, rien ne pouvait-il être conclu avant la très officielle période de transferts.

La pratique actuelle rompt avec l’hypocrisie de l’époque, nous dira-t-on? On pourrait entendre le raisonnement, si la pratique de rétributions en noir, déguisée par exemple sous forme de remboursements de frais, ne se perpétuait pas, comme à cette époque passée. Car ces transferts, désormais très tôt annoncés, se doublent de primes invraisemblables accordées aux footballeurs amateurs, par des présidents-mécènes, en mal de notoriété, et qui espèrent redorer leur blason en patronnant un club susceptible de décrocher un titre, fût-ce au plus bas niveau.

À la réflexion, c’est tout le foot, professionnel et amateur, qui est aujourd’hui bien malade. Raison de plus pour se désintéresser de cette finale de coupe: que le Club Brugeois ou le Standard de Liège l’emporte ne changera, dans le fond, rien à cette double dérive….

 

 

Le RFC Liégeois champion: les grands clubs ne meurent jamais!


Liège champion

Une nouvelle fois, le RFC Liégeois a connu les joies d’un titre ce dimanche: quatre ans après l’avoir quittée, les «Sang et Marine» vont retrouver la division III, et comme un bonheur ne vient jamais seul, dès la saison prochaine, ils retrouveront les hauteurs de Rocourt, d’où ils ont été chassés il y a vingt ans dans les circonstances nébuleuses que l’on connaît. Le matricule 4 cessera alors d’être le seul club SSF (Sans Stade Fixe) du football belge, voire du football européen, et peut-être même du football mondial!

Un nouveau chapitre dans l’histoire mouvementée du club s’est ainsi clôturé: ce titre décroché en surclassement en promotion D renvoie à celui conquis, en 1943, par une équipe où évoluaient Roger Agneessens et Pol Anoul, tous deux champions de Belgique neuf ans plus tard. Il s’additionne aux cinq titres nationaux du RFC Liégeois (1895,1896,1899, 1952, 1953); au titre de division I B (le niveau de la division II actuelle) en 1944; et aux titres de division III de 1996 et de 2008.

Le hasard du calendrier fait qu’en même temps que l’équipe d’Alain Bettagno, un autre monument du football belge célèbre un titre identique, en promotion C. Mais un monument ravalé: on a beau parler du Beerschot, dont l’appellation finira sans doute par prévaloir, on ne doit pas oublier que seule une fusion avec Wilrijk a permis au club de Kiel de renouer avec sa superbe. Et avant cela, il y avait déjà eu l’union des «Mauves» anversois avec le Germinal Ekeren, pour donner naissance à un club, le Germinal Beerschot d’Anvers, dont l’acronyme GBA avait suscité l’ironie du président du grand rival de la Métropole. «Cela veut sans doute dire Grand Bazar d’Anvers» avait avancé Eddy Wauters, alors grand patron de l’Antwerp. Le Beerschot qui remonte en division III n’est donc plus tout à fait le Beerschot. Même s’il a gardé son public, malheureusement d’un flamingantisme exacerbé.

Rien de tout cela à Liège: le spectre de la fusion avec l’ennemi héréditaire de Sclessin une fois éloigné, dans les années 1980, il y a eu, c’est vrai, une union calamiteuse avec un Tilleur aux abois. L’essentiel, dans cette opération, a été le sauvetage du matricule du plus vieux club wallon, mais on ne peut dire que cette opération qui, aux yeux de l’Union belge, n’était pas une fusion, ait permis d’écrire les heures les plus enthousiasmantes de l’histoire du club.

La renaissance du RFC Liégeois n’est pas non plus le fruit d’une de ces opérations de rachat qui, depuis le sommet du football européen jusqu’aux niveaux les plus modestes, voient des clubs soudainement promis à des lendemains qui chantent, avant de déchoir irrémédiablement une fois que les bailleurs de fonds se sont lassés. L’exemple, en province de Liège, du CS Visé, qui a vécu ces dernières années sur des fonds indonésiens et attend d’hypothétiques repreneurs chinois est là pour démontrer le caractère illusoire de ces solutions. Les espèces sonnantes et trébuchantes apportées par le FC Metz au club de Seraing, qui n’a décroché le droit d’évoluer en division II que grâce au rachat du matricule des Francs-Borains, ne feront pas longtemps illusion, le club messin lui-même étant promis à relégation en fin de saison. Elles n’ont pas suffi à lui apporter des supporters que, même à sa meilleure époque, sous la présidence de feu Gerald Blaton, le FC Seraing n’a jamais réussi à fidéliser. Le mariage de Lille et de Mouscron-Péruwelz, à l’autre bout de la Belgique, n’est pas non plus très rassurant sous cet angle. Et bien que des résultat sportifs puissent être au rendez-vous, comme on peut le voir à l’AS Eupen désormais dirigée depuis le Qatar, le public n’adhère pas au projet. Car le club n’a plus aucune attache régionale.

L’intérêt et l’originalité de l’opération menée depuis le 25 juin 2011par les actuels dirigeants du RFC Liégeois, c’est que le club, conformément à sa tradition, a reconstruit son avenir sur ses propres forces. Et notamment en veillant à conserver le noyau de supporters qui, depuis deux décennies, en dépit de toutes les vicissitudes, ont continué à lui manifester leur soutien.

Pour remonter en division III, le matricule 4 n’a pas trahi son âme: c’est la marque des grands clubs, qui, pour cette raison, ne meurent jamais.

De quoi son avenir sera-t-il fait? Même si les ambitions sont grandes, au moment où on fête un titre en surclassement, il lui faudra d’abord se stabiliser en division III avant, qui sait, de reprendre sa marche en avant, malgré les obstacles multipliés par les clubs professionnels ou réputés tels, pour empêcher toute concurrence de venir leur faire de l’ombre.

Ces réformes n’auront qu’un temps: mises en place par des dirigeants sans grande imagination, elles démontreront rapidement leur inanité. Et d’ailleurs qu’importe: le retour du Stade de Reims au plus haut niveau du football français, il y a deux ans, la réussite renouvelée des «Verts» de Saint-Étienne, ou l’arrivée en première division espagnole du SC Eibar, un club qui… joue en rouge et bleu, l’an dernier, sont là pour montrer qu’une identité sportive forte est le meilleur garant de la pérennité des clubs. Alors, si on se remémore le précédent de 1943, Liège champion de Belgique en 2024?

Les héritiers d’une tradition footballistique vieille de 116 ans


La com’ du RFC Liégeois avait bien travaillé, en fin de semaine dernière: plus personne ne pouvait ignorer que si les «Sang et Marine» l’emportaient sur le FC Huy, ils signeraient un onzième succès d’affilée, et qu’ils égaleraient ainsi un record établi, avant eux, par leurs lointains prédécesseurs de 1899, et leurs glorieux ancêtres de 1943.

C’est aujourd’hui chose faite: l’équipe de 2015 rejoint ainsi les vainqueurs définitifs de la «coupe du championnat», attribuée, au tout début de la compétition belge, à la première équipe qui décrocherait trois titres d’affilée (le trophée ayant été aussi rapidement acquis, la fédération belge de l’époque décida de ne plus le remettre en jeu, l’acquisition régulière d’une coupe dépassant sans doute ses moyens financiers), et la formation promotionnaire qui amorça, en pleine Seconde Guerre mondiale, une remontée qui a conduit le Club Liégeois à ses deux derniers titres nationaux, en 1952 et en 1953.

Promotion-D-Huy_RFC-Liege-04-10-2014-48-626x380Il «suffirait» donc à l’équipe actuelle, maintenant solidement en tête de la promotion D, d’ajouter une nouvelle victoire à sa belle série, le week-end prochain, pour établir un record qui ne sera sans doute pas près d’être égalé.

L’événement est bien sûr anecdotique: il ne fera pas l’actualité des médias sportifs du monde. Il n’en a pas moins une valeur symbolique, qui ne devrait pas intéresser que les sympathisants du plus vieux club wallon et francophone de Belgique, comme votre serviteur.

Que ce succès ait été remporté face au FC Huy est à cet égard significatif: si la pérennité du football a été assurée dans la Cité du Pontia, ce n’a a été qu’au prix de la fusion entre Huy Sports, et l’Union Hutoise, qui, faut-il le rappeler, a évolué avant la Seconde Guerre mondiale au niveau de la division II actuelle. Les clubs hutois n’ont pas été les seuls, loin de là, à devoir passer par une fusion pour pouvoir poursuivre leurs activités: Genk, au plus haut niveau, a chassé des mémoires Winterslag et Waterschei, tous deux clubs européens en leur temps; Zulte-Waregem a permis au club du Gaverbeek de renouer avec les sommets; Waasland-Beveren a uni deux moribonds, Beveren-Waas et Sint-Niklaas et Mouscron-Peruwelz, qui vient de retomber sur un siège à bascule, n’a survécu qu’au prix d’une fusion et de l’intervention financière du club voisin de Lille. Intervention qui va s’étendre en fin de saison, soit dit au passage, ce qui peut laisser. Ailleurs, c’est l’intervention de capitaux beaucoup plus exotiques qui, au Lierse, à Turnhout, ou à Eupen, a permis à des clubs de surnager tant bien que mal.

Le phénomène, faut-il le rappeler, n’est pas uniquement belge: Manchester City, Manchester United, Chelsea, le Paris-Saint-Germain, Barcelone et le Real Madrid, pour ne nommer que ceux-là, ne doivent qu’à l’arrivée de magnats de continuer à régner sur leur foot national et européen. Avec toutes les questions que ces dérives suscitent: j’ai déjà évoqué ici le transfert d’Eliaquin Mangala de Porto à Manchester City. Le club de Bastia a été sanctionné financièrement pour une banderole, brandie lors de la victoire des Corses sur le PSG, qui rappelait le rôle trouble du Qatar, propriétaire du club parisien, dans le financement du fondamentalisme islamiste.

RFCL 1899Le RFC Liégeois ne joue pas, loin de là, dans les mêmes divisions. Mais il n’empêche, avec leur victoire de ce dimanche, qui rappelle leur filiation directe avec les premiers footballeurs «rouge et bleu» de la fin du XIXeme siècle, ce n’est pas uniquement un succès sentimental qu’ils ont remporté. Ils ont démontré, à leur modeste niveau, qu’une autre voie est possible dans le football. Une voie essentiellement basée sur des valeurs, et l’attachement à des couleurs.

C’est cette voie que les clubs allemands ont depuis longtemps empruntée. Le Bayern, dont la suprématie pèse sur la Bundesliga, véhicule toujours le particularisme bavarois. Et la mauvaise fortune sportive, cette année, du Borussia Dortmund, ne l’a pas privé de son très large soutien populaire. Dois-je encore rappeler, aussi, les 30000 personnes récemment présentes au Tivoli d’Aix-la-Chapelle, pour un match au sommet de la division IV entre l’Alemania locale et le Rot Weiss Essen?

Il reste aux «Rouge et Bleu» actuels  à poursuivre leur chevauchée. Dès la prochaine rencontre, pour marquer définitivement l’histoire du club. En laissant les pontes de l’Union Belge et de la Ligue Pro préparer un championnat fermé à vingt clubs «pros», qui à force de se rencontrer, finiront par tuer tout l’intérêt sportif pour leurs prétendus affrontements.

Record battu

En battant Bertrix ce week-end, l’équipe 2014-2015 du RFC Liégeois est définitivement entré dans l’histoire sportive du club: sa série actuelle de 12 succès de rang n’avait jamais connu d’égale dans le passé. Et le mieux… c’est qu’elle n’est pas terminée!

Un club SSF depuis vingt ans mais toujours vivant


Grâce à «La Tribune» de lundi, puis à «La Première» de ce matin, toute la Belgique sportive sait que le RFC Liégeois, premier club wallon et premier champion de Belgique de l’histoire de notre football, est un club SSF (Sans Stade Fixe) depuis vingt ans.

L’évocation de ce triste soir de novembre 1994, avec une rencontre entre les «Sang et Marine» et le Cercle de Bruges, conclue sur un triste 0-0 qui, sans cette circonstance particulière, ne serait pas passé à la postérité, n’a pas rappelé le jeu de rôles à trois qui, à l’époque, a conduit à la destruction du vieux stade-vélodrome de Rocourt.

1434452603L’acteur principal de cette dépossession était le président de l’époque du matricule 4: en toute légalité, André Marchandise avait, quelques années auparavant, remplacé l’antique coopérative du RFC Liégeois par une double société anonyme: l’une dont le capital était constitué par le stade et son site; l’autre par les joueurs du club. Dans le cas de cette dernière, l’arrêt Bosman, concluant une affaire entamée… au RFC Liégeois, allait réduire à néant la valeur du capital.

L’autre acteur était le groupe Kinepolis, en quête, à l’époque, d’un site pour implanter un complexe cinématographique en région liégeoise. Le site de Rocourt était parfaitement situé, à deux pas d’une sortie autoroutière: cette situation tout à fait favorable aurait d’ailleurs dû faire du stade-vélodrome rénové le stade liégeois de l’Euro belgo-néerlandais de football, si celui-ci s’était déroulé en 1996 plutôt qu’en 2000.

Le troisième partenaire était la ville de Liège, prise entre la volonté de vendre le stade à l’encan du premier (pour 1,4 million d’euros finalement); le désir d’acheter du second, et soumise au «chantage» exercé par les deux partenaires potentiels. Du côté du club, on attirera subtilement l’attention de l’autorité communale sur des problèmes de sécurité graves au stade… qui n’en avait pas moins accueilli, un an auparavant, et sans la moindre objection, un match européen du Club Brugeois, condamné à disputer une rencontre à au moins 200 kilomètres de ses bases. Le groupe Kinepolis menacera, lui, d’implanter son complexe à Hognoul, ou à Herstal, et non seulement de priver ainsi la ville du produit de la taxe sur les spectacles perçue sur les tickets d’entrée, mais également de fermer, à terme, les salles du complexe Opera et celles du Palace. Les premières ont effectivement fermé leurs portes, mais dans l’accord final, la rénovation des salles du Palace fut incluse: le centre-ville de Liège ne perdait ainsi pas complètement la clientèle des passionnés de salles obscures.

Le Club Liégeois s’est ainsi, depuis vingt ans, retrouvé balloté de stade en stade (Eupen, Sclessin, Tilleur, Ans, Seraing…) et attend, maintenant, de faire retour dans un site à Rocourt. C’est un exemple unique dans le football belge, et sans doute dans le football européen. Que le matricule 4, livré, entre-temps, à une époque, à d’authentiques mafieux, n’ait pas sombré dans l’aventure montre que les grands clubs ne meurent jamais. Mais surtout, que dans le monde du football pourri par l’argent, la corruption, et la criminalité en col blanc, il subsiste encore des valeurs simples, comme celles de l’attachement de sympathisants à leurs couleurs, et de pratique du football pour l’amour du sport.

Le football n’échappe pas à ses racines… d’Ancien Régime


La Wallonie malmédienne footballistique vient de connaître des semaines d’effervescence, avec le projet annoncé, combattu, puis rejeté de fusion entre les clubs de football voisins de Turkania Faymonville et de Wallonia Waimes. Le décision est aujourd’hui définitive: les Turcs, qui luttent pour leur maintien en promotion, redémarreront en septembre prochain en quatrième provinciale liégeoise; l’honneur du village est sauf. Car des irréductibles, il n’en manquait pas à Faymonville, comme on a pu l’entendre encore ce matin, dans un reportage de Bel RTL sur cette fusion avortée. La radio privée s’aventurait ainsi en terra incognita: il fallait entendre les présentateurs du journal, en studio à Bruxelles, s’étonner de l’accent du cru, pour constater, une nouvelle fois, que la Wallonie profonde est largement ignorée de nos médias audiovisuels nationaux!

FayTurc1L’envoyé spécial «belertéellien» connaissait d’ailleurs lui-même fort peu la région, puisqu’il a attribué, sans trop de conviction, le nom de «Turcs», donné aux habitants de Faymonville, à leur résistance acharnée au projet de fusion entre leur club de football et le club du village voisin, et adversaire.

Il lui aurait pourtant suffi d’aller se renseigner sur le site Web du Turkania, pour savoir que le surnom de «Turcs», donné aux habitants de Faymonville, et par voie de conséquence le nom donné à leur club, en 1921, vient tout droit de la période d’Ancien Régime: avant la Révolution française, le village de Faymonville faisait en effet partie du Duché de Luxembourg, au contraire des villages voisins, relevant de la principauté abbatiale de Stavelot-Malmedy. Et quand, aux XVIeme et XVIIeme siècles, les princes-abbés pressurèrent leurs administrés d’impôts, pour financer la chrétienté en lutte contre l’invasion du Saint-Empire romain de la nation germanique par les Ottomans – c’est de leur échec devant les murs de Vienne qu’est né le croissant qui régale nos petits déjeuners! – les habitants de Faymonville, eux, échappèrent à cette «rage taxatoire». Et, jaloux, leurs voisins les affublèrent du surnom de «Turcs», qui a perduré jusqu’à nos jours.

Cette appellation est une des ces manifestations de ce que les historiens appellent la persistance du passé. La rivalité acharnée qui oppose Faymonville à Waimes, réunis au sein d’une même commune, trouve incontestablement aussi son origine dans ces temps anciens.

Le nom du club waimerais, «Wallonia» est également le témoin d’une époque. Même si la fondation du club, là, est plus tardive (1945), il témoigne de l’attachement à leur identité des habitants d’une région, la Wallonie malmédienne, devenue prussienne puis allemande contre son gré, après le traité de Vienne, et qui n’est devenue belge qu’après la Première guerre mondiale. Dès la fin mai 1940 et jusqu’en 1945, avec les cantons voisins de Saint-Vith et de Malmedy, plus quelques communes de l’arrondissement de Verviers, le canton de Malmedy fut à nouveau annexé dans le Reich nazi: la création du «Wallonia», au sortir du second conflit mondial, était également l’affirmation d’une identité culturelle et à des valeurs démocratiques, qui persiste aujourd’hui.

Tout cela nous entraine fort loin des paillettes de la Ligue des champions, ou du financement étrange de certains clubs de nos première et deuxième divisions. Mais c’est à ce niveau que vit encore le football populaire, où les supporters ont leur mot à dire sur le devenir de leur équipe. Et où l’attachement à ses couleurs a encore quelque sens. Comme la dénomination des équipes, qui a comme un parfum d’éternité…

 

Le baiser qui tue la crédibilité journalistique


Précautions liminaires: le football, noyé sous le fric, ne m’intéresse plus autant qu’il ne ne faisait jadis, ce qui ne m’a pas empêché de regarder deux ou trois rencontres du «Mondial» sud-africain, et notamment une finale méritoirement remportée par l’Espagne. Je ne suis pas non plus un spécialiste des potins des stars, et jusqu’à ce qu’un ancien confrère aujourd’hui à la préretraite m’alerte sur la vision du baiser donné par Iker Casillas, le gardien espagnol, à la journaliste Sara Carbonero, j’ignorais tout à fait que la «bimba» de la chaîne privée espagnole Telecinco était, en fait, la nouvelle petite amie du portier du Real.

Cela posé, rien que la vision de cette charmante consœur interviewant le gardien de but champion du monde, les joues peintes aux couleurs du drapeau espagnol me paraissait déjà choquante: bien sûr, l’Espagne vivait, avant-hier soir, une soirée sportive exceptionnelle, mais cela autorisait-il une (pseudo?) journaliste sportive à s’afficher ainsi résolument aux antipodes de la sacro-sainte objectivité, qui devrait être la règle cardinale de notre métier?

Disant cela, j’ai conscience de ramer largement à contre-courant. Les grandes compétitions sportives voient de plus en plus les journalistes sportifs (sportives), et spécialement les journalistes sportifs (sportives) de la télévision se muer en partisans plutôt qu’en observateurs. La dérive est générale, même en Belgique, où on n’oubliera pas la manière dont la rédaction sportive de la chaîne publique francophone, la RTBF, s’est naguère désolidarisée d’un journaliste du journal télévisé, qui avait eu le grand tort de rappeler les casseroles judiciaires attachées aux basques du vice-président du Standard de Liège, le jour où ce club avait renoué avec un titre qui se dérobait à lui depuis un quart de siècle. L’Allemagne fait encore exception à la règle: les journalistes sportifs y font toujours preuve d’une (relative) sérénité de bon aloi. Mais c’est bien là une exception, qui se vérifie peut-être aussi dans les pays scandinaves: partout ailleurs, la passion nationaliste pollue le journalisme sportif, et d’abord le journalisme sportif télévisé. D’ailleurs, dimanche soir, c’est revêtus du… maillot de la «Roja» que les journalistes espagnols de la… chaîne publique (RTVE) ont couvert la finale. C’est dire s’ils avaient à l’esprit leur devoir d’impertinence!!!

Dans le cas de Sara Carbonero, il y a pire: c’est la relation qu’elle entretient avec le gardien de l’équipe espagnole. Un fait qui relève de sa vie privée… aussi longtemps que, comme ce dimanche, la chaîne commerciale qui l’emploie —et dont elle est tout de même directrice-adjointe, à 25 ans: sur base de sa seule compétence, on n’en doute pas un seul instant! — ne lui fasse interviewer son partenaire! L’interview, soit dit au passage, était d’une indigence crasse: Sara Carbonero — que d’excellents confrères espagnols me décrivent pourtant comme une bonne journaliste — n’a fait que bredouiller quelques «Bueno!», «Bueno!», pendant que son interlocuteur remerciait pour leur soutien ses parents, ses entraineurs, ses équipiers, saint Nicolas, le roi d’Espagne, le père Noël, et tutti quanti. Avant de lui clouer définitivement le bec d’une manière radicale, mais qui n’a pas dû lui déplaire. Elle n’a retrouvé la voix que  lundi, pour interviewer les stars espagnoles pendant leur interminable triomphe madrilène. Ses interviewes, disponibles en ligne (http://www.telecinco.es/informativos/mundial_2010/VideoViewer/VideoViewer.shtml?videoURL=20454) sont d’une acuité tout aussi affligeante. Et pour les visionner, il faut d’abord subir un intermède publicitaire. On touche le fond!

L’épisode a peut-être fait pleurer dans des chaumières espagnoles et même étrangères. Il devrait faire pleurer surtout dans les rédactions. Car c’est la crédibilité journalistique qui a été tuée par ce baiser. Définitivement. Si des questions s’étaient posées en Espagne, avant ce «Mondial», sur la relation entre M. Casillas et Mme Carbonero, elles ne l’avaient en effet pas spécialement été sous l’angle de l’éthique professionnelle: de nombreux observateurs s’étaient plutôt interrogés sur le risque de déconcentration du dernier rempart espagnol, ainsi observé en permanence par sa petite amie. La défaite de l’Espagne dans son match initial contre la Suisse avait même réveillé quelques critiques à ce propos. Seul, le président de l’Association des Journalistes Madrilènes at un tant soit peu sauvé l’honneur de la presse en posant la question de la crédibilité professionnelle de la belle  sur l’événement: vox clamans in deserto

Aujourd’hui, bien rares seront ceux qui oseront reposer cette question de l’éthique professionnelle, et de la dérive du journalisme sportif. La question est pourtant grave: le sport professionnel mérite en effet une vigilance toute particulière. Et il n’est peut-être pas indifférent qu’il soit si difficile d’y faire la lumière sur des dossiers de corruption, de tricherie, de dopage, etc… qui sont pourtant légion. L’omertà qui règne dans ces milieux fait que ces scandales sont souvent révélés par des journalistes d’information générale, comme on en avait eu l’exemple, en Belgique, lors de la révélation du fameux scandale des matches truqués par la mafia chinoise…

La question devrait interpeller les journalistes sportifs (sportives) encore dignes de ce nom. Elle devrait inquiéter l’ensemble des journalistes. Car elle se résume à une interrogation terrible: le journalisme est-il soluble dans le sport? Mme Sara Carbonero a apporté, à sa manière, une réponse positive à cette question. Hélas.