Une solidarité intacte


La paix sociale qui régnait aux Editions de l’Avenir depuis la négociation d’un plan de restructuration vieux, déjà, de deux ans, a été perturbée, mardi en fin de journée, par l’annonce du licenciement brutal de deux membres du personnnel, un délégué syndical, et son collègue, candidat aux dernières élections sociales, priés de quitter l’entreprise sur le champ, placés sous la surveillance d’un vigile, et privés quasi séance tenante de la carte d’accès aux bâtiments du groupe,  à Bouge. Pour brutal qu’il ait été, l’épisode a surtout confirmé par grande naïveté: employé depuis bientôt 32 ans par ce journal (qui, je ne résiste pas à l’envie de répéter cette boutade, ne me rémunère pas assez à mon goût 😉 ), j’avais la faiblesse de croire que des méthodes de licenciement en vigueur, il y a quelques années, dans les anciens pays de l’Est, importées chez nous par le groupe Roularta – je me limite évidemment au seul secteur de la presse – n’auraient jamais cours aux Editions de l’Avenir.

UNE_NationaleFatale erreur: il ne faut jamais perdre de vue l’évolution des choses, qu’elle soit positive, ou, dans ce cas, négative. Une fois de plus, il a été démontré qu’un engagement de plus de 30 ans au profit d’un employeur ne compte plus aux yeux de ce dernier, si la personne en cause ne se contente pas d’écouter les instructions données, mais se mobilise dès qu’elle estime ses droits, et surtout ceux de ses collègues, bafoués. De même si l’évolution barémique liée à l’ancienneté, c’est-à-dire l’expérience, soit-elle considérée comme la somme d’erreurs accumulées, amène le salaire d’un individu à un niveau un peu plus que correct. Le caractère inique du licenciement était accentué par la présence de vigiles dans l’établissement: la direction craignait, semble-t-il, des débordements physiques. Comme s’il s’en était produit au cours des conflits qui, précédemment, ont secoué le groupe!!!

Cette évolution est-elle inéluctable? Pas nécessairement: la solidarité qui s’était exprimée hier avec les collègues licenciés, et qui avait conduit à la non-parution des journaux du groupe ce mercredi, a été très largement confirmée ce mercredi. Après un authentique débat contradictoire où tous les points de vue ont pu s’exprimer, y compris ceux des collègues qui étaient fondamentalement opposés à la décision d’arrêt de travail prise, la veille, par une trentaine de membres du personnel, dont votre serviteur. C’est fort de ce soutien massif que les négociateurs sont retournés voir la direction du groupe, et qu’ils en sont ressortis avec un accord satisfaisant. Les deux collègues licenciés ne sont pas réintégrés, comme l’assemblée le demandait, mais leur préavis est suspendu, et deux semaines de négociation vont permettre de discuter de leur reclassement éventuel… s’ils le souhaitent. Une convention devrait proscrire ce type de licenciement à l’avenir: c’est parce que chacun, désormais, se sentait sous la menace théorique d’une pareille démarche que la solidarité a été aussi large. La négociation de cette convention démarrera, elle aussi, dans les tout prochains jours. En fin d’après-midi, chacun retournait donc à ses tâches.

Il y a plusieurs leçons à tirer, pour tout le monde, de ce conflit. La direction en fera son profit en comprenant que briser la paix sociale par des méthodes de gestion qui ne respectent pas le personnel conduit immanquablement à l’impasse. Les travailleurs, eux, auront éprouvé une fois de plus les vertus de la solidarité et de l’esprit collectif, qui se sont déjà à plusieurs reprises manifestés au sein du groupe. Même celles et ceux qui se sont opposés à la décision d’arrêt de travail pourraient, un jour, en bénéficier. C’est un constat qui, en ces circonstances chahutées, fait chaud au coeur….

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