L’Histoire de l’Ukraine explique pourtant bien des choses…


L’Ukraine n’a pas fini d’être au centre des préoccupations internationales: l’annonce, ce jeudi soir, d’une conférence de presse, ce vendredi, du président, ou de l’ex-président, selon le point de vue où on se place, et l’évocation des incidents qui se sont produits en Crimée ont fait, aujourd’hui, la «une» des journaux télévisés sur la plupart des chaînes européennes, et autres.

On est curieux de voir la posture que prendra, ce vendredi, Viktor Ianoukovitch, qu’on sait aujourd’hui en Russie, après qu’il ait disparu pendant deux jours. De son attitude dépendra, peut-être, le maintien d’un calme (relatif) en Ukraine, ou la reprise de la violence, qui y a déjà fait un nombre trop élevé de morts.

L’ex-président, ou le président, c’est selon, porte incontestablement une lourde responsabilité sur la répression sanglante qui s’est exercée dans son pays. Il n’en a pas moins été renversé par ce qu’on appellerait un coup d’État dans de nombreux pays. Et la manière dont le gouvernement provisoire ukrainien a reçu son investiture, à l’applaudimètre de la foule assemblée au centre de Kiev (ou Kyiv), fait tout de même assez froid dans le dos, si on considère l’ultranationalisme et la xénophobie qui animent une partie de ceux qui ont renversé Viktor Ianoukovitch. Et ce dernier, ne l’oublions pas, avait été légalement élu, à la tête d’un parti qui a obtenu une très large majorité dans la partie orientale de l’Ukraine…

Le président, ou l’ex-président, n’en a pas moins été contesté, dans cette partie aussi de l’Ukraine, très proche de la Russie. Mais là, c’est la corruption du régime qui était mise en cause, alors que dans la partie occidentale du pays, et notamment le long de la frontière polonaise, c’était le choix opposé de l’Union Européenne qui était fait.

Nous l’avons déjà souligné ici, on n’a pas suffisamment rappelé le poids de l’Histoire dans ce choix différencié des deux parties de l’Ukraine. Il faut rappeler ici que la partie occidentale du pays n’est ukrainienne que depuis 1939, quand les troupes soviétiques ont envahi la Pologne, déjà attaquée par l’Allemagne nazie. Jusque-là, la Galicie n’avait jamais été ukrainienne, ni fait partie de l’empire russe: Lviv était la ville polonaise de Lwow, et était auparavant incluse, sous le nom allemand de Lemberg, dans l’empire austro-hongrois. Six ans après, le coup de force était entériné: la région, jusqu’alors très majoritairement constituée de Polonais et de Juifs (ces derniers exterminés durant la Seconde guerre mondiale par les nazis et leurs séides ukrainiens), était incorporée à l’Ukraine, et se retrouvait peuplée quasi-exclusivement… d’Ukrainiens, tandis que la frontière ouest de la Pologne était, par compensation, repoussée sur la ligne Oder-Neisse.

crimee

Histoire ancienne que tout cela? Soixante ans font à peine deux générations. Et on connaît l’aphorisme selon lequel ceux qui oublient l’Histoire sont condamnés à la revivre. Expression sans doute excessive. Mais si on ne connaît pas le passé, il est impossible d’expliquer le présent. Et de trouver les réponses adéquates aux problèmes qui s’y posent…

Publicités

L’Union Européenne doit-elle prendre parti dans la querelle ukrainienne?


Il ne se passe pas un jour sans que nos journaux télévisés nous repassent des images des manifestations «pro-européennes» qui se déroulent à Kiev pour l’instant, et qu’on diffuse de temps à autre une interview de manifestants réclamant le soutien de l’Union Européenne à l’opposition. La question mérite donc d’être posée: l’Union Européenne doit-elle prendre parti dans la querelle ukrainienne?

Ukraine-Kiev-manifestations-2013Cette première question en appelle naturellement une autre: quelle est l’ampleur du mouvement pro-européen en Ukraine? Les manifestations de Kiev sont sans aucun doute impressionnantes… mais elles se déroulent toutes à Kiev. Normal, direz-vous, c’est la capitale du pays. Argument partiellement recevable seulement: on sait que l’Ukraine est coupée en deux, et que dans une partie du pays, c’est un rapprochement avec la Russie qu’on souhaite plutôt qu’avec l’UE. Un peu compréhensible: après tout, l’Ukraine a fait partie pendant plusieurs siècles de la Russie; et ces liens «naturels» entre les deux pays se sont doublés de nombreux liens personnels et familiaux. L’opinion des pro-russes doit donc être tout autant prise en considération que celle des pro-européens.

Autre élément à prendre en considération: l’opposition actuellement dans la rue, et qui vient de refuser les postes de Premier ministre et de vice-Premier ministre proposés par le président Viktor Ianoukovitch… a occupé le pouvoir avant l’élection de ce dernier au fauteuil présidentiel. Et on ne peut pas dire que la présidence de Viktor Iouchtchenko a laissé un souvenir indélébile à la population ukrainienne. Sauf erreur de ma part, le scrutin qui a amené Ianoukovitch au pouvoir a été reconnu comme légitime. Alors, pourquoi devrait-il faire place nette? Si l’opposition veut le remplacer, elle n’a qu’à bien préparer les prochaines élections présidentielles et législatives: cela s’appelle l’alternance démocratique.

On a noté, par ailleurs, ces derniers temps, parmi les manifestants, la résurgence d’une extrême-droite aussi puante en Ukraine que partout ailleurs dans le monde. J’ai déjà évoqué dans ce blog le remarquable documentaire sur les «Einsatzgruppen» récemment diffusé par France 2, au risque de donner la nausée à toutes celles et tous ceux qui l’ont regardé. En Ukraine, les nazis n’ont pas eu besoin de chercher longtemps pour recruter des tueurs réjouis de casser du Juif et du Bolchevik. Manifestement, ils ont laissé des héritiers, aussi répugnants qu’eux.

Qu’on le veuille ou non, la géographie place l’Ukraine dans la sphère d’influence russe, et l’Union Européenne, qui doit d’abord réapprendre à se gérer elle-même, serait bien imprudente d’aller s’y pousser de manière trop ostentatoire. En cette année où on va commémorer le début de la Première guerre mondiale, il y a cent ans, il n’est pas inutile de dire que c’est la confrontation entre les influences russe et austro-hongroise dans les Balkans qui a provoqué la première grande boucherie du XXeme siècle, et par là-mêle l’horreur de la Seconde guerre mondiale. Bien sûr, on n’est plus en 1914, mais il est des réalités dont il est toujours prudent de tenir compte.

Où l’Union Européenne, par contre, doit se profiler de manière très ferme, c’est dans la défense de la liberté d’expression et des libertés démocratiques en Ukraine. C’est là qu’elle peut exercer une influence positive. Encore que, en Hongrie comme en Turquie, on a vu et on continue à voir les limites de l’exercice….