De l’eau au moulin de l’extrémisme flamingant

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La démarche du Premier ministre, Elio Di Rupo, qui a écrit aux six présidents de partis de la majorité, pour leur demander un “cadastre” des fonctions administratives importantes détenues par leur formation, ainsi que celles qu’ils pourraient “revendiquer”, dans le train de nominations auxquelles un gouvernement de plein exercice va enfin pouvoir procéder, a quelque chose de choquant. Le “lotissement” de l’administration, aussi résistant chez nous qu’en Autriche ou en Italie, est combattu au nom de l’efficacité de l’administration. Le Gerfa (Groupe d’étude et de réforme de la fonction administrative) mène campagne, en vain, contre ce phénomène depuis de nombreuses années.

Cet appel est survenu au moment où un grave déséquilibre au détriment des femmes, dans les fonctions supérieures de notre administration, était dénoncé.

Guy Tegenbos, éditorialiste du “Standaard”, commentait ce déséquilibre, ce lundi, en soulignant notamment que cette situation montre que “les politiques ne sont pas vraiment sincères, quand ils discourent sur la diversité ou sur l’égalité des genres“. Jusque là, on veut bien le suivre.

Mais notre confrère est allé plus loin, en s’attaquant à cette “inclinaison à procéder à des nominations politiques, qui est une véritable addiction“. Car, selon lui, cette inclinaison est typiquement francophone. “Sous pression de l’opinion publique flamande , on est beaucoup plus réservé (en Flandre) depuis quelques années”, a-t-il écrit. Par contre “la culture politique francophone n’est nullement affectée par cette réserve. Ils (les Francophones) sont surpris par cette réserve flamande. (Mais) depuis l’entrée en fonction du gouvernement Di Rupo, c’est cette culture (francophone) qui domine à nouveau. Et l’addiction réapparaît, chez les politiques flamands, qui avaient réussi à la maîtriser“…

Qu’en termes choisis ces choses-là sont dites! La N-VA et le Vlaams Belang pourront à coup sûr conserver cet éditorial, pour le ressortir à l’envi au cours des campagnes électorales à venir: pensez, c’est “De Standaard”, le quotidien de référence flamand, qui a procédé au constat…

Le hasard veut que, le même jour, le périodique du Gerfa nous parvenait. Et qu’un tableau intéressant y était publié. Le document montre que sur les quatorze postes de président(e)s des Services Publics Fédéraux, deux seulement sont occupés par des femmes, mais aussi que neuf sont aux mains de “top managers”… flamands. Et le saupoudrage politique a été soigneux: trois des neuf patrons de l’administration fédérale sont étiquetés CD&V; quatre roulent pour l’Open VLD; et les deux derniers sont socialistes. Alors, quand Guy Tegenbos parle de “culture politique francophone”, il pèche soit par ignorance, soit par mauvaise foi. Vous voulez mon avis?

Les journalistes belges solidaires de leurs confrères turcs

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Il y a eu trop peu de monde, ce samedi, à l’assemblée générale des journalistes professionnels belges, réunis à Bruxelles. Les sujets de préoccupation ne manquaient pourtant pas. L’avenir des retraite, notamment, a fait l’objet d’un large débat.

Mais l’assemblée a surtout vu exprimer sa solidarité totale à Bariş Terkoğlu, le journaliste turc détenu que l’AGJPB a “adopté, ainsi qu’à tous ses confrères et consoeurs emprisonnés pour avoir exercé leur profession.

Une motion, adoptée à l’unanimité, exprime cette solidarité, réclame la libération immédiate de tous les journalistes turcs incarcérés, et demande au gouvernement belge de faire sienne cette revendication.

 

COURAGE, BARIŞ, TES CONFRÈRES BELGES NE T’OUBLIENT PAS!

La liberté d’expression victime de l’intolérance hypocrite

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Des manifestants intégristes ont empêché, mardi soir, la tenue d’un débat sur l’extrême-droite dans les locaux de l’ULB. Leur cible était notre consœur et conférencière française Caroline Fourest,auteur d’un ouvrage cinglant sur Marine Le Pen et aussi adversaire résolue du port public de la burqa dans son pays. La France, comme la Belgique, rappelons-le, a interdit le voile intégral dans l’espace public.

La vidéo de cette obstruction obscurantiste est visible sur Youtube, y jeter un coup d’œil est édifiant:

Le spectacle est consternant à plus d’un titre. D’abord parce que les manifestants font preuve d’une intolérance parfaitement hypocrite. Ils ne défendent pas la religion musulmane, comme ils le prétendent, mais une vision de la société où la femme qui ne se dissimule pas intégralement est, passez-moi l’expression, une pute en puissance; et où tous les hommes qui regardent une femme dévoilée sont des violeurs potentiels, et où la loi autorise l’amputation de la main d’un voleur, ou encore la lapidation de la femme adultère. En taxant Caroline Fourest d’islamophobie, ils s’assimilent à leurs ennemis jurés, les juifs intégristes qui taxent d’antisémitisme tout qui ose critiquer la politique d’Israël.

Le spectacle est aussi consternant parce que cette manifestation a été suscitée par un assistant de l’ULB. Que l’on me comprenne bien: M. Souhail Chichah a parfaitement le droit d’organiser une manifestation; même si je ne partage pas ses idées, il peut soutenir l’humoriste (?) français Dieudonné, le copain de l’historien (?) révisionniste Robert Faurisson, et il peut même préférer la charia à notre droit commun. Mais qu’il soit logique, alors: qu’il n’attende pas la décision des instances disciplinaires de l’Université Libre de Bruxelles, qu’il en démissionne. Comment peut-il, lui, collaborer à une institution dont les valeurs sont exactement inverses à celles qu’il défend? Si, cela, ce n’est pas de l’hypocrisie…?

Le débat sociétal  ne concerne pourtant pas l’ULB: une atteinte à la liberté d’expression, d’où qu’elle vienne, est une attaque contre la démocratie qui est en place dans notre pays depuis sa création. Car, pour le reste, l’université bruxelloise a été sérieusement secouée dans les commentaires faits autour des incidents de mardi. Certains n’ont pas manqué de rappeler l’interdiction de s’exprimer faite il y a quelques mois à Tariq Ramadan, de s’exprimer en ses murs. D’autres ont rappelé l’opération montée par Anne Morelli, ancienne enseignante à l’ULB, en mai dernier, pour aller entarter Mgr Léonard, en débat à l’UCL avec un prof non-croyant de l’Université Catholique de Louvain. Et un internaute de poser sérieusement la question: le dialogue avorté mardi à l’ULB n’aurait-elle pu avoir lieu à l’UCL? Je me garderai bien de répondre à la question. Mais l’indignation ne doit pas être univoque, sans quoi, là aussi, l’hypocrisie n’est pas loin.

Le MR prêt à faire le lit de la N-VA

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Si beaucoup d’observateurs ont loué le courage politique de Wouter Beke, le président du CD&V, lors de la récente et interminable crise politique, pour avoir osé s’engager dans la négociation d’un accord communautaire qui impliquait des concessions, au risque, s’il ne s’implémente pas, de subir encore plus la loi de la N-VA au prochain rendez-vous électoral de 2014, on s’était accordé aussi pour créditer Charles Michel, le nouveau président du MR, d’un sens tout aussi aigu des responsabilités, pour avoir souscrit à l’accord au prix d’une rupture avec son partenaire FDF, et donc en prenant le risque de faire perdre à son parti sa précieuse première place à  Bruxelles.

Depuis lors, le “fils de…” n’a de cesse de contrer cette évolution inéluctable dans la capitale: le “transfert” de Didier Reynders, de Liège à Bruxelles,annonçant peut-être, ou probablement?, celui de “Monsieur Père”,d e Jodoigne dans la capitale, traduit ce que les Flamands, en pareil cas, baptisent le “football panique” pratiqué par les libéraux.

Les choses seraient peut-être, à dire vrai, encore plus machiavéliques que cela. Dans l’interview qu’il m’a accordée en fin de semaine dernière, le ministre-président flamand, Kris Peeters, a répété sa crainte de ne pas voir l’intégralité du grand accord communautaire mise en œuvre avant 2014. “La scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde est programmée avant l’été, et c’est bien, mais, pour le reste, rien n’est programmé”, a-t-il relevé. Et d’expliquer qu’il ne se méfie pas des Francophones, mais bien plus des… libéraux flamands et francophones, qui ne sont au pouvoir ni en Flandre, ni en Wallonie, ni à Bruxelles, et qui n’ont donc aucun intérêt, précise Kris Peeters, à voir des compétences transférées aux entités fédérées avant 2014, puisque ce transfert permettrait à leurs concurrents de bénéficier de la gestion de ces nouvelles compétences. À condition, serions-nous tenté d’ajouter, que cette gestion soit efficace, ce qui n’est pas démontré d’avance. Les partis pourraient ainsi faire campagne sur la manière dont ils ont pris en charge toutes ces nouvelles compétences, concluait Kris Peeters

Je n’étais pas loin de penser que le ministre-président flamand, versait dans la politique politicienne, au moment où il me donnait cette opinion. Mais, à ma grande surprise, samedi, je découvre que Charles Michel, à mes confrères de “La Libre”, a dit tout net que, selon lui, ces compétences ne devaient pas être transférées avant le scrutin de 2014, ce qui permettrait aux partis de faire campagne sur la manière dont ils… comptent gérer ces compétences.

L’argumentation est cousue de câble blanc. Le propos semble plutôt être, dans le camp libéral, de limiter au maximum l’application de l’accord communautaire, et les concessions que les francophones ont dû y faire, dans l’espoir, peut-être, d’en renégocier certains aspects au moment où il faudra reconstituer une majorité, après les élections fédérales et régionales de 2014.

Le MR, en l’occurrence, joue à l’apprenti-sorcier. Car si les partis flamands de la majorité ont pris le risque de s’engager dans un accord communautaire vilipendé par la N-VA, c’est pour couper l’herbe sous le pied de cette dernière, en démontrant qu’eux parviennent à réformer l’État, tandis que les nationalistes se contentent de vitupérer. Si le MR réussit dans son entreprise machiavélique, c’est, en 2014, non plus une N-VA à 28% mais à 40 ou 45% que les francophones devront affronter après le scrutin. Et les libéraux se retrouveront alors dans la position de Gribouille qui s’était jeté dans la mare, pour ne pas être mouillé par la pluie…

La démocratie locale bafouée

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Ainsi donc, Charleroi va avoir un nouveau bourgmestre à six mois de l’élection communale. En soi, pour inhabituelle qu’elle soit, la nouvelle n’a rien d’anormal, puisque le mayeur carolorégien, Jean-Jacques Viseur, vient de démissionner pour raisons de santé. Ce qui pose problème, par contre, c’est la manière dont Éric Massin a été désigné au fauteuil mayoral: 48 personnes lui ont accordé l’écharpe, au mépris même des règles de la démocratie locale en Wallonie.

Qu’on se comprenne bien: je n’ai rien ni pour, ni contre Éric Massin ou Paul Ficheroulle, jusqu’ici bourgmestre ff, qui, amer, a annoncé qu’il ne se représenterait plus au suffrage de ses concitoyens. Et, d’où je suis, il m’est difficile de dire si Éric Massin est ou non le candidat idoine ou non à cette fonction qui, à Charleroi, semble, depuis la défenestration (justifiée) de Jean-Claude Van Cauwenberghe, ne guère porter bonheur à qui l’exerce. Mais son mode de désignation, tout de même, prête largement le flanc à la critique.

Petit rétroacte: quand, pour remettre de l’ordre dans le foutoir carolorégien, une coalition hétéroclite s’est mise en place, et que Jean-Jacques Viseur a été nommé bourgmestre, il s’en est trouvé un grand nombre, dans les rangs socialistes et ailleurs, pour fustiger le fait que l’ancien ministre des Finances n’avait recueilli que 732 suffrages à l’élection communale d’octobre 2006. La situation d’urgence avait, en l’occurrence, permis une dérogation au Cod de la démocratie locale qui, en Wallonie, prévoit que le bourgmestre doit être le candidat qui a reçu le plus de voix sur la liste majoritaire.

Depuis lors, cependant, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts de la Sambre. Et dès lors que le PS, principal parti carolo, récupérait le poste de bourgmestre, la logique, me semble-t-il, aurait voulu qu’on en revienne au prescrit de la loi. Et, tenant compte de la règle qui empêche des mandataires toujours impliqués dans des dossiers judiciaires d’occuper la fonction, il apparaît assez clairement qu’Éric Massin, crédité de 1006 voix en octobre 2006, devait céder le pas à Paul Ficheroulle (1658 voix), pour se limiter aux membres du collège échevinal démissionnaire, et donc sans tenir compte d’Alisson De Clercq (2848 voix), qui doit composer avec une inexpérience certaine mais surtout une hérédité politique encombrante.

Au lieu de cela, le PS de Charleroi a renoué avec les pratiques que, précisément, le Code de la démocratie locale voulait éradiquer, en attribuant la fonction mayorale à huis clos, ou à peu près. Une réunion à laquelle, de manière étonnante, seules 76 personnes ont participé, dont 48 se sont prononcées en faveur d’Éric Massin. Ce dernier a donc littéralement été élu par 48 Carolorégien(ne)s, ce qui, dès le départ, porte un singulier coup à sa crédibilité politique.

Qu’Éric Massin ne soit en poste que pour un semestre ne change rien au caractère contestable de la manœuvre. Au contraire. Ce qui s’est passé ce week-end peut laisser craindre, à nouveau, une opacité certaine dans la constitution de la liste du PS à Charleroi, pour le prochain scrutin communal!

Lénine, reviens, ils sont devenus fous!

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Effarante, l’histoire contée, hier matin, par Alain Gerlache, sur “La Première”: un couple de jeunes touristes britanniques a été arrêté, contait-il, dès son arrivée en Californie, et, après avoir été incacérés, le jeune homme et la jeune femme ont été réexpédiés “manu militari”‘ vers le Royaume-Uni.

Leur crime? Avant de partir, ils avaient “twitté”. Et le jeune homme avait indiqué qu’il allait “destroy California“. Entendez, dans son langage, “mettre le feu” à la Californie. Il était loi d’imaginer qu’au pays de l’oncle Sam, les flics prennent ce genre de déclaration au pied de la lettre. Et là, les limiers états-uniens étaient allés plus loin, puisqu’ils avaient épluché le compte Twitter de ce dangereux terroriste. Et ils avaient repéré, dixit Alain Gerlache, un autre de ses messages, trois semaines avant le voyage, où il annonçait rien moins que son intention d’aller… déterrer Marylin Monroe. D’où l’inspection de ses bagages, pour voir s’il avait amené une pelle?

Notre confrère a pris soin de préciser qu’il fallait vérifier si cette histoire était rigoureusement exacte. Mais il a tout de même noté que la BBC, dont on connaît la réputation de sérieux, l’a reprise sur son site Web. Et que l’association britannique des agences de voyage en a tiré un avertissement, à l’intention de tous les touristes qui comptent se rendre aux USA, pour les inviter à la plus grande prudence.

Cet avertissement ne me concerne pas: je n’ai nullement l’intention de me rendre dans un pays où, à l’arrivée, on doit déclarer si on a l’intention de flinguer le chef de l’Etat. Et, où, surtout, on prend très au sérieux une réponse affirmative à cette question du plus haut stupide!

 

 

Un expert qui pagaie dans le sens du courant

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Le rapport de l’expert Laplace Conseil, qui condamne la phase à chaud de la sidérurgie liégeoise, est tombé comme un coup de massue ce week-end. Ainsi donc, à l’en croire, les hauts-fourneaux d’Ougrée et de Seraing devraient définitivement disparaître, au risque de déstabiliser toute la phase à froid, dont l’approvisionnement est périodiquement perturbé depuis que les outils du chaud liégeois sont à l’arrêt.

Bien sûr, il y a longtemps déjà que la rentabilité de la sidérurgie continentale est mise en cause. Le patron d’Arcelor, Guy Dollé, avait ainsi condamné la phase à chaud liégeoise en 2003, et la mise sous cocon du haut-fourneau n°6 avait pavé la voie à une cessation d’activité définitive dans le secteur. Et puis, Lakshmi Mittal a réussi son OPA sur Arcelor, pour créer le plus grand groupe sidérurgique mondial. Et tout est redevenu possible, puisque le haut-fourneau n°6 a même été rallumé.

À cette époque, déjà interrogé, le bureau Laplace Conseil estimait qu’un… nouvel avenir était possible pour la phase à chaud liégeoise. C’était il y a un peu plus de deux ans. Aujourd’hui, le même expert déclare exactement le contraire.

Certes, on connaît l’adage: seuls, les imbéciles ne changent jamais d’avis (c’est d’ailleurs ce que j’ai toujours pensé! ;) ). Mais j’ai quand même été assez stupéfait, ce matin, d’entendre Marcel Genet, l’expert en question, déclarer sur “La Première”, que la cause première du déclin de la sidérurgie à chaud liégeoise était la “guerre” liégeo-liégeoise, entre “communes“, “syndicats“, et la direction du groupe. Sans doute ne venons-nous pas de la même planète, car, pour ma part, ne suivant le dossier sidérurgique que depuis une vingtaine d’années, j’avais toujours eu le sentiment que la concertation sociale s’y déroulait de manière assez classique (la négociation entre Guy Dollé et les syndicats, au siège d’Arcelor à Luxembourg, portant pourtant sur l’arrêt de la phase à chaud, avait été un modèle du genre), mais que Lakshmi Mittal, depuis lors, a radicalement modifié la donne. Les Liégeois ne sont d’ailleurs pas les seuls à en faire les frais; on suppose que M. Genet a entendu parler des fermetures réalisées ou déjà programmées dans le bassin lorrain…

L’expert ne remet en tout cas pas en cause l’attitude de M. Mittal “qui a constaté que la phase à chaud liégeoise n’était plus rentable“. Il ne pose au passage pas la question de savoir quels investissements seraient nécessaires pour la rentabiliser. Mais il conclut en appelant à une grande “conférence de la paix” liégeo-liégeoise, rassemblant communes, syndicats, et direction principautaire du groupe, seule susceptible, selon lui, de sauver la phase à froid dans la région.

Ce qu’il faut bien constater, ici, c’est que Laplace Conseil abonde à chaque fois dans le sens du géant de la sidérurgie: pour conforter l’avenir de la phase à chaud de Liège quand Lakshmi Mittal la rallume, fût-ce pour quelques semaines; pour la condamner aujourd’hui, parce que Lakshmi Mittal la juge irrémédiablement déficitaire. Comme le disent les Africains dans leur grande sagesse, celui qui pagaie dans le sens du courant fait rire les crocodiles. Le devenir de la phase à chaud de Liège, dont je n’oserais affirmer qu’il peut être rentable (qui serais-je pour le dire?) méritait sans aucun doute un examen plus fin…

Le tout et son contraire

Un petit complément ce midi, au JT de la RTBF, où Marcel Genet met bien en cause Lakshmi Mittal pour la manière “inacceptable” dont il planifie l’avenir du site sidérurgique liégeois, mais redit que, pour lui, la phase à chaud est condamnée, et la phase à froid en grand péril, sauf, pour les Liégeois à “mieux s’organiser” pour faire face aux nuages qui s’accumulent sur l’aval sidérurgique. Ce qui confirme sa dénonciation de la “guerre liégeo-liégeoise”, à l’origine, selon lui, de bien des déboires. Seul “petit” souci, interpellé, cette fois (enfin) sur l’avis contraire remis par sa société, en 2009, Marcel Genet souligne que, dans ce document, Laplace Conseil indiquait l’urgence de réaliser des investissements, énergétiques notamment, pour rendre sa compétitivité à la sidérurgie liégeoise. Deux ans plus tard, les investissements n’ont pas été réalisés, constate-t-il, et l’effort est désormais hors de prix. CQFD? Faut-il encore savoir à qui incombaient ces investissements, et qui d’autre que le groupe ArcelorMittal aurait-il dû y procéder? Tout en mettant en cause les syndicats, Marcel Genet démontre en fait que c’est bien le groupe sidérurgique qui a délibérément choisi d’enterrer la phase à chaud de Liège. Cela, les syndicats le disent depuis des semaines. Et on ne les a pas grassement rémunérés (195000 euros?) pour ce faire…

Jean-Claude Marcourt n’est pas inspiré par Woody Allen

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Alors qu’on croyait les régionalistes wallons définitivement enterrés par Elio Di Rupo, voici que le ministre socialiste wallon de l’Économie, et communautaire de l’Enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt, entonne un couplet qu’on aurait pu imaginer dans la bouche de José Happart, de Jean-Claude Van Cauwenberhge, voire de José Fontaine et de ses amis.

“ Je rappelle que la Région bruxelloise n’aurait jamais existé sans le soutien des régionalistes wallons. Sans les régionalistes wallons, il n’y aurait pas eu de refinancement de Bruxelles. A chaque mouvement de l’émergence d’une Région bruxelloise, les Wallons ont été un élément essentiel. Maintenant la Wallonie mérite aussi qu’on s’intéresse à elle” a-t-il déclaré à La Libre Belgique, qui publiait son interview ce samedi. Et d’ajouter dans la foulée que “La fédération Wallonie-Bruxelles doit être déconstruite puis reconstruite. Déconstruite dans le sens où elle ne correspond plus à rien. “

La prise de position a le mérite de la clarté. Et, on peut l’espérer, de la sincérité: Jean-Claude Marcourt n’a jamais jusqu’ici manifesté un sentiment wallon exacerbé; mais l’évangile ne rappelle-t-il pas qu’il y a plus de joie au ciel pour un pécheur qui se repent que pour cent justes? Et ne promet-il pas le même salaire aux ouvriers de la onzième et de la première heure? Ou alors le peu populaire ministre liégeois a-t-il senti se lever un “courant porteur” au sein du PS, et n’entend-il pas rater ce train?

Ce qui pose question, par contre, c’est le manque de cohérence interne qui semble se faire de plus en plus sentir au sein du PS: il y avait eu les déclarations contre la Commission Européenne de Paul Magnette, rappelé à l’ordre par Elio Di Rupo, en début de semaine dernière; voilà maintenant la prise de position de Jean-Claude Marcourt, qu’on dit actif au sein d’un “think-tank” très liégeo-liégeois sur le sujet, notamment avec Anne Poutrain, directrice de l’Institut Emile Vandervelde, et… bras droit d’Elio Di Rupo; Thierry Bodson, secrétaire de l’interrégionale wallonne de la FGTB et… Alain Mathot, député-bourgmestre de Seraing, qui se distrait peut-être là de ses tracas judiciaires actuels.

Mais la question de cohérence se pose peut-être surtout pour Jean-Claude Marcourt, ministre communautaire de l’Enseignement supérieur, répétons-le. S’il ne croit plus à l’institution dont il est une des têtes de file, ne serait-il dès lors pas logique avec lui-même en démissionnant de son poste? Woody Allen disait qu’il ne voudrait jamais faire partie d’un club qui accepterait des membres tels que lui; Jean-Claude Marcourt, apparemment, n’est pas sensible à l’humour juif new-yorkais…

 

L’art de dire tout et son contraire

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La dégradation de la note de la France, qui a perdu son précieux “triple A”, a valu beaucoup de commentaires ironiques, et pas volés, à l’égard de Nicolas Sarkozy: le président français, il y a quelques mois, annonçait qu’il serait “mort”, politiquement s’entend, si l’événement se produisait, puis, le sentant venir ces dernières semaines, il avait estimé que cela ne serait pas si grave que cela. Soit…

Mais s’il est aisé de cibler les politiques, les discours des experts, ou pseudo-experts, mériteraient, eux aussi, d’être passés sous la loupe. Car eux peuvent se permettre de dire avec aplomb tout et son contraire, sans craindre la moindre remise en cause.

Maintenant que l’une d’entre elles a frappé un des plus grands pays de l’Union Européenne, le rôle des agences de notation vient, par exemple, d’être remis en cause, mais à nouveau de manière bien trop timide. Car enfin, toute une série de mesures ont été décidées, ces derniers temps, qui ont été décrites de nature à juguler la crise financière actuelle, et c’est au moment où ces mesures entrent en vigueur qu’une agence, qui n’a de compte à rendre à personne, annonce une dégradation, qui risque d’avoir des conséquences pour le quotidien de centaines de milliers, voire de millions de personnes. Ne serait-il pas temps, vraiment, de débattre de la création d’une agence de notation publique, indépendante des intérêts privés?

Dans un autre ordre d’idées, un économiste sans aucun doute très compétent expliquait, aujourd’hui, en radio, que la dégradation de la note de la France aura des conséquences pour le quotidien des Européens, parce que, par ricochet, le mécanisme de garantie mis en place par l’Europe serait déprécié, que l’euro sera donc affaibli, “ce qui rendra plus chers les biens importés de l’étranger, et alourdira la facture du pétrole, payée en dollars“.

Le constat est sans doute exact. Mais celui d’autres économistes qui, il y a quelques jours à peine, se plaignaient de la vigueur de l’euro, qui handicape les exportations européennes, et ne soufflaient mot de l’effet bénéfique d’un euro fort sur nos factures énergétiques, l’était-il moins?

Georges Clémenceau, on le sait, estimait que la guerre est chose trop sérieuse pour la laisser aux mains des militaires. Ne devrait-on pas, aujourd’hui, dire mutatis mutandis, qu’il serait préférable que les économistes ne se préoccupent plus trop d’économie?

Une communication tardive et confuse

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La semaine politique a commencé dans un certain surréalisme, voire dans un surréalisme certain (ce qui est peut-être normal chez nous) avec l’examen, en commission des Finances de la Chambre, d’un budget 2012 dont on sait déjà qu’au moment où il sera soumis au vote de la séance plénière, il ne sera plus actuel.

Cela n’en efface pas la pantalonnade du week-end dernier, quand, en réaction à la dénonciation, par le vice-président de la N-VA, Ben Weyts, de l’augmentation des salaires des ministres, le gouvernement n’a expliqué, dans la confusion et avec retard, que le député nationaliste flamand s’était appuyé sur le document qu’il avait reçu en tant que parlementaire, mais que, pour y figurer, les chiffres sur lesquels il s’était basé pour lancer sa diatribe, n’étaient pas corrects: on n’avait, ou n’aurait, simplement pas eu le temps de les adapter à la nouvelle donne.

On veut bien admettre l’explication… mais elle n’est pas admissible pour la cause. Car Ben Weyts, dont nous n’apprécions pas pour la cause la démarche populiste, ne pouvait se baser que sur la note budgétaire qui lui avait été remise, et qui, jusqu’à amendement justifié, est la seule faisant foi. Et il est tout de même assez ahurissant que, pour une mesure aussi importante et significative en période de crise que la diminution des rémunérations ministérielles, il n’ait pas été procédé à la correction avant envoi du projet de budget 2012 aux parlementaires.

Il y a là un amateurisme assez inquiétant, qu’on a décelé aussi dans les réponses à une autre critique virulente de la N-VA, à propos de la dotation royale. En la matière, d’ailleurs, il n’est peut-être pas iconoclaste de prolonger la réflexion. On sait que, il y a quelque temps déjà, le Parlement a décidé que, dans le futur, c’est-à-dire après que le roi Albert II aura quitté le pouvoir, le mécanisme de dotation de la famille royale sera revu à la baisse: seuls, alors, le ou la chef de l’Etat et son ou sa futur(e) successeur bénéficieront plus avant d’une dotation publique. Et dans l’attente, les situations acquises (entendez: une dotation de chacun des enfants du roi actuel) le restent, avait-il été décidé.

Le problème, c’est que la crise bancaire et financière a conduit à la remise en cause de bien des situations acquises. Le mécanisme de la pension de survie, notamment, a été remis en question. Tandis que la réforme des pensions a été votée à la hussarde juste avant la fin d’année. Que, dans ces conditions, le principe et le montant de la dotation à chacun des enfants de la famille royale ne soient simplement pas remis en cause peut tout de même apparaître choquant à toutes celles et tous deux dont les conditions de vie se sont dégradées ou vont se dégrader au cours des prochains mois. Cela ne suffirait pas à redresser les finances publiques, on l’entend bien. Mais un “geste”, dans ce domaine, n’en aurait pas moins un caractère plus que symbolique…

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