La démarche du Premier ministre, Elio Di Rupo, qui a écrit aux six présidents de partis de la majorité, pour leur demander un “cadastre” des fonctions administratives importantes détenues par leur formation, ainsi que celles qu’ils pourraient “revendiquer”, dans le train de nominations auxquelles un gouvernement de plein exercice va enfin pouvoir procéder, a quelque chose de choquant. Le “lotissement” de l’administration, aussi résistant chez nous qu’en Autriche ou en Italie, est combattu au nom de l’efficacité de l’administration. Le Gerfa (Groupe d’étude et de réforme de la fonction administrative) mène campagne, en vain, contre ce phénomène depuis de nombreuses années.
Cet appel est survenu au moment où un grave déséquilibre au détriment des femmes, dans les fonctions supérieures de notre administration, était dénoncé.
Guy Tegenbos, éditorialiste du “Standaard”, commentait ce déséquilibre, ce lundi, en soulignant notamment que cette situation montre que “les politiques ne sont pas vraiment sincères, quand ils discourent sur la diversité ou sur l’égalité des genres“. Jusque là, on veut bien le suivre.
Mais notre confrère est allé plus loin, en s’attaquant à cette “inclinaison à procéder à des nominations politiques, qui est une véritable addiction“. Car, selon lui, cette inclinaison est typiquement francophone. “Sous pression de l’opinion publique flamande , on est beaucoup plus réservé (en Flandre) depuis quelques années”, a-t-il écrit. Par contre “la culture politique francophone n’est nullement affectée par cette réserve. Ils (les Francophones) sont surpris par cette réserve flamande. (Mais) depuis l’entrée en fonction du gouvernement Di Rupo, c’est cette culture (francophone) qui domine à nouveau. Et l’addiction réapparaît, chez les politiques flamands, qui avaient réussi à la maîtriser“…
Qu’en termes choisis ces choses-là sont dites! La N-VA et le Vlaams Belang pourront à coup sûr conserver cet éditorial, pour le ressortir à l’envi au cours des campagnes électorales à venir: pensez, c’est “De Standaard”, le quotidien de référence flamand, qui a procédé au constat…
Le hasard veut que, le même jour, le périodique du Gerfa nous parvenait. Et qu’un tableau intéressant y était publié. Le document montre que sur les quatorze postes de président(e)s des Services Publics Fédéraux, deux seulement sont occupés par des femmes, mais aussi que neuf sont aux mains de “top managers”… flamands. Et le saupoudrage politique a été soigneux: trois des neuf patrons de l’administration fédérale sont étiquetés CD&V; quatre roulent pour l’Open VLD; et les deux derniers sont socialistes. Alors, quand Guy Tegenbos parle de “culture politique francophone”, il pèche soit par ignorance, soit par mauvaise foi. Vous voulez mon avis?







