Un expert qui pagaie dans le sens du courant

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Le rapport de l’expert Laplace Conseil, qui condamne la phase à chaud de la sidérurgie liégeoise, est tombé comme un coup de massue ce week-end. Ainsi donc, à l’en croire, les hauts-fourneaux d’Ougrée et de Seraing devraient définitivement disparaître, au risque de déstabiliser toute la phase à froid, dont l’approvisionnement est périodiquement perturbé depuis que les outils du chaud liégeois sont à l’arrêt.

Bien sûr, il y a longtemps déjà que la rentabilité de la sidérurgie continentale est mise en cause. Le patron d’Arcelor, Guy Dollé, avait ainsi condamné la phase à chaud liégeoise en 2003, et la mise sous cocon du haut-fourneau n°6 avait pavé la voie à une cessation d’activité définitive dans le secteur. Et puis, Lakshmi Mittal a réussi son OPA sur Arcelor, pour créer le plus grand groupe sidérurgique mondial. Et tout est redevenu possible, puisque le haut-fourneau n°6 a même été rallumé.

À cette époque, déjà interrogé, le bureau Laplace Conseil estimait qu’un… nouvel avenir était possible pour la phase à chaud liégeoise. C’était il y a un peu plus de deux ans. Aujourd’hui, le même expert déclare exactement le contraire.

Certes, on connaît l’adage: seuls, les imbéciles ne changent jamais d’avis (c’est d’ailleurs ce que j’ai toujours pensé! ;) ). Mais j’ai quand même été assez stupéfait, ce matin, d’entendre Marcel Genet, l’expert en question, déclarer sur “La Première”, que la cause première du déclin de la sidérurgie à chaud liégeoise était la “guerre” liégeo-liégeoise, entre “communes“, “syndicats“, et la direction du groupe. Sans doute ne venons-nous pas de la même planète, car, pour ma part, ne suivant le dossier sidérurgique que depuis une vingtaine d’années, j’avais toujours eu le sentiment que la concertation sociale s’y déroulait de manière assez classique (la négociation entre Guy Dollé et les syndicats, au siège d’Arcelor à Luxembourg, portant pourtant sur l’arrêt de la phase à chaud, avait été un modèle du genre), mais que Lakshmi Mittal, depuis lors, a radicalement modifié la donne. Les Liégeois ne sont d’ailleurs pas les seuls à en faire les frais; on suppose que M. Genet a entendu parler des fermetures réalisées ou déjà programmées dans le bassin lorrain…

L’expert ne remet en tout cas pas en cause l’attitude de M. Mittal “qui a constaté que la phase à chaud liégeoise n’était plus rentable“. Il ne pose au passage pas la question de savoir quels investissements seraient nécessaires pour la rentabiliser. Mais il conclut en appelant à une grande “conférence de la paix” liégeo-liégeoise, rassemblant communes, syndicats, et direction principautaire du groupe, seule susceptible, selon lui, de sauver la phase à froid dans la région.

Ce qu’il faut bien constater, ici, c’est que Laplace Conseil abonde à chaque fois dans le sens du géant de la sidérurgie: pour conforter l’avenir de la phase à chaud de Liège quand Lakshmi Mittal la rallume, fût-ce pour quelques semaines; pour la condamner aujourd’hui, parce que Lakshmi Mittal la juge irrémédiablement déficitaire. Comme le disent les Africains dans leur grande sagesse, celui qui pagaie dans le sens du courant fait rire les crocodiles. Le devenir de la phase à chaud de Liège, dont je n’oserais affirmer qu’il peut être rentable (qui serais-je pour le dire?) méritait sans aucun doute un examen plus fin…

Le tout et son contraire

Un petit complément ce midi, au JT de la RTBF, où Marcel Genet met bien en cause Lakshmi Mittal pour la manière “inacceptable” dont il planifie l’avenir du site sidérurgique liégeois, mais redit que, pour lui, la phase à chaud est condamnée, et la phase à froid en grand péril, sauf, pour les Liégeois à “mieux s’organiser” pour faire face aux nuages qui s’accumulent sur l’aval sidérurgique. Ce qui confirme sa dénonciation de la “guerre liégeo-liégeoise”, à l’origine, selon lui, de bien des déboires. Seul “petit” souci, interpellé, cette fois (enfin) sur l’avis contraire remis par sa société, en 2009, Marcel Genet souligne que, dans ce document, Laplace Conseil indiquait l’urgence de réaliser des investissements, énergétiques notamment, pour rendre sa compétitivité à la sidérurgie liégeoise. Deux ans plus tard, les investissements n’ont pas été réalisés, constate-t-il, et l’effort est désormais hors de prix. CQFD? Faut-il encore savoir à qui incombaient ces investissements, et qui d’autre que le groupe ArcelorMittal aurait-il dû y procéder? Tout en mettant en cause les syndicats, Marcel Genet démontre en fait que c’est bien le groupe sidérurgique qui a délibérément choisi d’enterrer la phase à chaud de Liège. Cela, les syndicats le disent depuis des semaines. Et on ne les a pas grassement rémunérés (195000 euros?) pour ce faire…

On n’est jamais aussi bien servi que par… son frère

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Un peu surréaliste, la séquence du JT de la RTBF, ce dimanche midi, qui montrait deux touristes flamandes découvrant Namur, la capitale de la Wallonie, sous la conduite d’un guide exceptionnel, notre confrère Christophe Deborsu, devenu, grâce à la complicité des télés publiques par-delà la frontière linguistique, une authentique vedette télévisée en Flandre.

Une vedette,dont la tête avait fait l’objet d’une “mise à prix”, remportée par ces deux lauréates, dans une opération caritative lancée, en fin d’année, par la VRT. On pourrait s’émouvoir, sans doute, de voir un journaliste professionnel se livrer à ce genre de démarche, mais enfin, comme c’était pour la bonne cause, on pardonnera d’autant plus à notre bouillant confrère namurois cette initiative insolite qu’elle a manifestement permis à ces deux visiteuses de découvrir sous un jour particulièrement agréable, apparemment, une ville qu’elles ne connaissaient absolument pas.

Ce qui est assez piquant, dans la séquence de la RTBF, c’est qu’elle était réalisée par… Frédéric Deborsu, frère de la “vedette” du jour. Le professionnalisme de “l’autre Deborsu” n’est sûrement pas à mettre en cause, ici, mais tout de même: la chaîne publique francophone n’aurait-elle pas gagné en crédiblité, en ne demandant pas à un des deux frères Deborsu de servir ainsi complaisamment la soupe à son aîné? On n’est pas sûr, en tout cas, que ce reportage les auras servis, et l’un, et l’autre…

Jean-Claude Marcourt n’est pas inspiré par Woody Allen

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Alors qu’on croyait les régionalistes wallons définitivement enterrés par Elio Di Rupo, voici que le ministre socialiste wallon de l’Économie, et communautaire de l’Enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt, entonne un couplet qu’on aurait pu imaginer dans la bouche de José Happart, de Jean-Claude Van Cauwenberhge, voire de José Fontaine et de ses amis.

“ Je rappelle que la Région bruxelloise n’aurait jamais existé sans le soutien des régionalistes wallons. Sans les régionalistes wallons, il n’y aurait pas eu de refinancement de Bruxelles. A chaque mouvement de l’émergence d’une Région bruxelloise, les Wallons ont été un élément essentiel. Maintenant la Wallonie mérite aussi qu’on s’intéresse à elle” a-t-il déclaré à La Libre Belgique, qui publiait son interview ce samedi. Et d’ajouter dans la foulée que “La fédération Wallonie-Bruxelles doit être déconstruite puis reconstruite. Déconstruite dans le sens où elle ne correspond plus à rien. “

La prise de position a le mérite de la clarté. Et, on peut l’espérer, de la sincérité: Jean-Claude Marcourt n’a jamais jusqu’ici manifesté un sentiment wallon exacerbé; mais l’évangile ne rappelle-t-il pas qu’il y a plus de joie au ciel pour un pécheur qui se repent que pour cent justes? Et ne promet-il pas le même salaire aux ouvriers de la onzième et de la première heure? Ou alors le peu populaire ministre liégeois a-t-il senti se lever un “courant porteur” au sein du PS, et n’entend-il pas rater ce train?

Ce qui pose question, par contre, c’est le manque de cohérence interne qui semble se faire de plus en plus sentir au sein du PS: il y avait eu les déclarations contre la Commission Européenne de Paul Magnette, rappelé à l’ordre par Elio Di Rupo, en début de semaine dernière; voilà maintenant la prise de position de Jean-Claude Marcourt, qu’on dit actif au sein d’un “think-tank” très liégeo-liégeois sur le sujet, notamment avec Anne Poutrain, directrice de l’Institut Emile Vandervelde, et… bras droit d’Elio Di Rupo; Thierry Bodson, secrétaire de l’interrégionale wallonne de la FGTB et… Alain Mathot, député-bourgmestre de Seraing, qui se distrait peut-être là de ses tracas judiciaires actuels.

Mais la question de cohérence se pose peut-être surtout pour Jean-Claude Marcourt, ministre communautaire de l’Enseignement supérieur, répétons-le. S’il ne croit plus à l’institution dont il est une des têtes de file, ne serait-il dès lors pas logique avec lui-même en démissionnant de son poste? Woody Allen disait qu’il ne voudrait jamais faire partie d’un club qui accepterait des membres tels que lui; Jean-Claude Marcourt, apparemment, n’est pas sensible à l’humour juif new-yorkais…

 

L’art de dire tout et son contraire

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La dégradation de la note de la France, qui a perdu son précieux “triple A”, a valu beaucoup de commentaires ironiques, et pas volés, à l’égard de Nicolas Sarkozy: le président français, il y a quelques mois, annonçait qu’il serait “mort”, politiquement s’entend, si l’événement se produisait, puis, le sentant venir ces dernières semaines, il avait estimé que cela ne serait pas si grave que cela. Soit…

Mais s’il est aisé de cibler les politiques, les discours des experts, ou pseudo-experts, mériteraient, eux aussi, d’être passés sous la loupe. Car eux peuvent se permettre de dire avec aplomb tout et son contraire, sans craindre la moindre remise en cause.

Maintenant que l’une d’entre elles a frappé un des plus grands pays de l’Union Européenne, le rôle des agences de notation vient, par exemple, d’être remis en cause, mais à nouveau de manière bien trop timide. Car enfin, toute une série de mesures ont été décidées, ces derniers temps, qui ont été décrites de nature à juguler la crise financière actuelle, et c’est au moment où ces mesures entrent en vigueur qu’une agence, qui n’a de compte à rendre à personne, annonce une dégradation, qui risque d’avoir des conséquences pour le quotidien de centaines de milliers, voire de millions de personnes. Ne serait-il pas temps, vraiment, de débattre de la création d’une agence de notation publique, indépendante des intérêts privés?

Dans un autre ordre d’idées, un économiste sans aucun doute très compétent expliquait, aujourd’hui, en radio, que la dégradation de la note de la France aura des conséquences pour le quotidien des Européens, parce que, par ricochet, le mécanisme de garantie mis en place par l’Europe serait déprécié, que l’euro sera donc affaibli, “ce qui rendra plus chers les biens importés de l’étranger, et alourdira la facture du pétrole, payée en dollars“.

Le constat est sans doute exact. Mais celui d’autres économistes qui, il y a quelques jours à peine, se plaignaient de la vigueur de l’euro, qui handicape les exportations européennes, et ne soufflaient mot de l’effet bénéfique d’un euro fort sur nos factures énergétiques, l’était-il moins?

Georges Clémenceau, on le sait, estimait que la guerre est chose trop sérieuse pour la laisser aux mains des militaires. Ne devrait-on pas, aujourd’hui, dire mutatis mutandis, qu’il serait préférable que les économistes ne se préoccupent plus trop d’économie?

Une communication tardive et confuse

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La semaine politique a commencé dans un certain surréalisme, voire dans un surréalisme certain (ce qui est peut-être normal chez nous) avec l’examen, en commission des Finances de la Chambre, d’un budget 2012 dont on sait déjà qu’au moment où il sera soumis au vote de la séance plénière, il ne sera plus actuel.

Cela n’en efface pas la pantalonnade du week-end dernier, quand, en réaction à la dénonciation, par le vice-président de la N-VA, Ben Weyts, de l’augmentation des salaires des ministres, le gouvernement n’a expliqué, dans la confusion et avec retard, que le député nationaliste flamand s’était appuyé sur le document qu’il avait reçu en tant que parlementaire, mais que, pour y figurer, les chiffres sur lesquels il s’était basé pour lancer sa diatribe, n’étaient pas corrects: on n’avait, ou n’aurait, simplement pas eu le temps de les adapter à la nouvelle donne.

On veut bien admettre l’explication… mais elle n’est pas admissible pour la cause. Car Ben Weyts, dont nous n’apprécions pas pour la cause la démarche populiste, ne pouvait se baser que sur la note budgétaire qui lui avait été remise, et qui, jusqu’à amendement justifié, est la seule faisant foi. Et il est tout de même assez ahurissant que, pour une mesure aussi importante et significative en période de crise que la diminution des rémunérations ministérielles, il n’ait pas été procédé à la correction avant envoi du projet de budget 2012 aux parlementaires.

Il y a là un amateurisme assez inquiétant, qu’on a décelé aussi dans les réponses à une autre critique virulente de la N-VA, à propos de la dotation royale. En la matière, d’ailleurs, il n’est peut-être pas iconoclaste de prolonger la réflexion. On sait que, il y a quelque temps déjà, le Parlement a décidé que, dans le futur, c’est-à-dire après que le roi Albert II aura quitté le pouvoir, le mécanisme de dotation de la famille royale sera revu à la baisse: seuls, alors, le ou la chef de l’Etat et son ou sa futur(e) successeur bénéficieront plus avant d’une dotation publique. Et dans l’attente, les situations acquises (entendez: une dotation de chacun des enfants du roi actuel) le restent, avait-il été décidé.

Le problème, c’est que la crise bancaire et financière a conduit à la remise en cause de bien des situations acquises. Le mécanisme de la pension de survie, notamment, a été remis en question. Tandis que la réforme des pensions a été votée à la hussarde juste avant la fin d’année. Que, dans ces conditions, le principe et le montant de la dotation à chacun des enfants de la famille royale ne soient simplement pas remis en cause peut tout de même apparaître choquant à toutes celles et tous deux dont les conditions de vie se sont dégradées ou vont se dégrader au cours des prochains mois. Cela ne suffirait pas à redresser les finances publiques, on l’entend bien. Mais un “geste”, dans ce domaine, n’en aurait pas moins un caractère plus que symbolique…

Je ne suis pas “Messimane”

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Pour la troisième année consécutive, Lionel Messi a donc été sacré “Ballon d’Or”, cette semaine. Un choix justifié? Qui serais-je, d’abord, pour le critiquer? Et puis, ne gâtons pas notre plaisir, l’attaquant du FC Barcelone est, sans conteste, de la race des buteurs d’exception. De là à en faire l’égal d’un Michel Platini par exemple, dont il vient d’égaler le record, en remportant trois années de suite ce fameux ballon, dans lequel il se garderait bien de taper, on suppose, ou d’autres légendes du football mondial, il y a tout de même quelques pas qu’on ferait bien de ne pas franchir trop vite.

Car là, pardonnez à l’ancien amateur de football que je suis d’apporter un bémol au concert de louanges que tous les médias ont entonné à l’unisson, ces derniers jours. Car enfin, quel argument-massue a-t-on développé pour justifier les lauréats apportés à Lionel Messi plutôt qu’à Cristiano Ronaldo, par exemple, son principal concurrent? Leur palmarès a fait la différence, a-t-on dit: Messi a tout remporté cette année: Ligue des champions, championnat d’Espagne, coupe du monde des clubs… alors que son concurrent portugais n’a, avec le Real de Madrid, empoché que la nationale coupe du roi.

Ah bon, Lionel Messi a gagné tous ces trophées à lui tout seul? J’ignorais, par exemple, qu’il avait affronté seul, en finale de la Ligue des Champions, la mythique équipe de Manchester United… D’accord, foin de ce cette réflexion à deux balles ou plutôt deux ballons: le football est évidemment un sport collectif, et le buteur patenté du FC Barcelone est un pion majeur de l’équipe catalane. Tous ces trophées ne lui appartiennent donc pas en propre. Et, a contrario,  on peut donc supposer que si Ronaldo jouait au Camp Nou plutôt qu’au stade Bernabeu, et Messi au Real plutôt qu’à Barcelone, c’est à Ronaldo que serait revenu ce Ballon d’or? Voilà qui relativise décidément beaucoup la portée du trophée…

Il est aussi un bémol sur lequel on a rapidement passé: avec son équipe nationale, Lionel Messi n’a rien réussi de bon. “Oui mais l’équipe argentine ne joue pas pour lui, comme l’équipe de Barcelone le fait”, a-t-on notamment invoqué comme explication. Ce qui, paradoxalement, diminue singulièrement les mérites du prodige argentin, qui ne vaut donc, si on suit bien ses laudateurs, que par le travail fourni par ses coéquipiers!

Surtout, voilà qui relativise singulièrement les (flatteuses) comparaisons qu’on dresse à distance pour lui. Car, ou je me trompe fort, on n’a jamais dit que Zidane, Maradona, Platini, Beckenbauer, Pelé, Bobby Charlton, ou Stanley Matthews étaient moins bons dans leur équipe nationale respective, parce qu’elle ne jouait pas pour eux. Mais on a pu dire, plus d’une fois, que leur équipe nationale jouait moins bien, parce qu’ils n’étaient pas en forme. Ou au contraire, que c’est eux qui avaient tiré leur équipe nationale vers les sommets qu’elles ont atteints.

Lionel Messi, j’y reviens, a mérité son Ballon d’or. La réflexion s’adresse plutôt aux commentateurs, qui devraient tremper sept fois leur plume dans l’encre, ou tourner sept fois leur langue dans la bouche, avant de lui tresser des couronnes de laurier, qui, dans le contexte du football-fric actuel (la finale de la dernière Ligue des Champions a tout de même mis en présence deux des équipes les plus endettées du continent, sans que cela fasse apparemment lever un sourcil des pontes de l’Union Européenne des Sociétés ou de la Fédération Internationale du Football Association), en apparaissent bien dévaluées. Et en filigrane, c’est la question de la capacité critique du journalisme sportif qui est une nouvelle fois posée…

Des découvertes historiques décoiffantes!

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«Le Vif-L’Express» a entrepris, cette semaine, de revisiter l’Histoire de Belgique, ou plutôt «l’histoire de Belgique», sans capitale au mot «histoire», comme il l’écrit. Plus exactement, il revient sur ce qu’il baptise «Les fiascos de l’histoire de Belgique», laissant entendre que des erreurs historiques ont été commises, qui pèsent toujours sur notre existence.

À certains moments, il faut bien l’avouer, on est perplexe. En quoi «Le guet-apens d’Ambiorix», ou «La traque des protestants»ont-ils influé de manière significative sur la Belgique contemporaine? Quand l’histoire du XXe siècle, par contre, est abordée, le lien se fait plus visible. Reste à voir, bien sûr, comment les choses sont présentées. Le sous-titre du sujet intitulé «La Belgique tourne le dos au bilinguisme» évoque, par exemple, une thèse chère à Bart De Wever, historien flamand, et aussi, pour rappel, à titre accessoire, président de la N-VA: «Les Wallons rejettent le bilinguisme étendu à tout le pays, lâchant ainsi les francophones de Flandre et accélérant l’évaporation de la Belgique».

Le problème, c’est qu’à force de vouloir trop démontrer une thèse historique, on en finit par oublier les faits eux-mêmes. «Le Mouvement flamand réclamait de longue date le bilinguisme en Flandre», écrit notamment l’hebdomadaire du groupe Roularta. C’est faire bien peu de cas d’un combat essentiel du Mouvement flamand, à l’époque évoquée par «Le Vif-LExpress»: celui mené pour la flamandisation de l’université de Gand.

«Vers la fin du XIXeme sicèle, le mouvement flamand s’employa à obtenir la néerlandisation (dite aussi, improprement, flamandisation) de l’université gantoise, ce qui fut chose faite, une première fois sous l’occupation allemande en 1916, — néerlandisation éphémère, puisque promptement annulée sitôt la guerre terminée — puis une deuxième fois en 1923, à titre définitif, partiellement tout d’abord, puis intégralement en 1930. L’université de Gand fut la première université belge dans ce cas ; cet événement est considéré comme un jalon important dans la lutte d’émancipation flamande» lit-on ainsi sur Wikipedia, sous la rubrique «Université de Gand». On est loin du bilinguisme intégral, dont le Mouvement flamand aurait fait son objectif…

Mais l’hebdomadaire  veut aller plus loin dans sa démonstration. Et là, il dérape complètement. «Les Wallons ont voulu préserver l’intégrité linguistique du sud du pays. Cette crainte d’une invasion de la langue flamande en Wallonie était un fantasme» écrit-il, citant l’historien Michel Dumoulin.

Pour illustrer cet aveuglement historique des Wallons, «Le Vif-L’Express» cite une phrase de «François Bovesse, grande figure du socialisme francophone» (sic), qui aurait lancé, une fois votées les lois instaurant l’usage du français en Wallonie et du néerlandais en Flandre dans l’enseignement comme dans les administrations «Le bilinguisme est mort et personne ne le ressuscitera»!

François Bovesse socialiste? Voilà une révélation tardive. Jusqu’ici en effet, le défunt ministre de la Défense et gouverneur de la province de Namur, assassiné par des tueurs rexistes en 1944, était décrit comme un des grandes figures du parti… libéral de l’Entre-deux-guerres. Certes, son petit-fils, Jean-Louis Close, fut bien plus tard bourgmestre socialiste de la capitale wallonne. Mais on ignorait que le bouillant défenseur de la cause wallonne eût donc été, à en croire l’hebdomadaire, un «crypto-socialiste»!

Cela posé, nous aurions mauvaise grâce à épingler le seul «Vif-L’Express» pour ses étonnantes réécritures de l’Histoire de Belgique. Même la lecture de l’«Histoire de Belgique pour les nuls», pourtant largement célébrée lors de sa parution, il y a quelques mois, laisse apparaître de surprenantes affirmations.

En page 369 dans le sous-chapitre  «La fixation de la frontière linguistique» on peut notamment lire que «Les six villages de la région des Fourons sont détachés de la province de Liège au bénéfice du Limbourg. Les habitants y parlent un dialecte issu du néerlandais et de l’allemand, mais manifestent leur volonté de rester dans la région francophone». Et plus loin, en page 371, juste avant un intertitre «La contagion des tensions communautaires»,  la phrase: «Ces tensions communautaires se vivent surtout aux alentours de la frontière linguistique et voient s’opposer les groupes radicaux des deux camps: Action fouronnaise, TAK, VMO, Voorpost etc».

Les linguistes, on le sait, se divisent sur la nature allemande ou néerlandaise du «plat’», parlé de Cologne à Maastricht, même si, comme nombre de dialectes, il est plutôt en voie d’extinction de nos jours. Mais, de la même manière qu’il est erroné de voir dans le wallon un simple dialecte du français, peut-on affirmer que le «plat’» dérive du néerlandais ou de l’allemand? Ne devrait-on plutôt pas dire qu’il leur est contemporain, voire antérieur?

Quant au parallèle dressé entre  l’Action fouronnaise, asbl qui a toujours pignon sur rue aujourd’hui, et le TAK, mouvement d’extrême-droite, et le VMO, milice privée également d’extrême-droite, illégale depuis près de trente ans en vertu de la loi sur les milices privées, on en laissera la responsabilité aux auteurs d’une Histoire de Belgique… qui est peut-être vraiment pour les nuls!

«Ils nous ont pris notre passé. Nous les avons laissé écrire et  enseigner l’histoire de Belgique, sans nous douter des conséquences  que les traditions historiques pouvaient avoir dans le temps présent», dénonçait Jules Destrée, dans sa célèbre «Lettre au Roi», en 1912. «Celui qui oublie son passé est condamné à le revivre», dit-on aussi souvent, en attribuant la réflexion tantôt à Milan Kundera, tantôt à Santayana, ou à d’autres encore. Nous nous contenterons, en conclusion, de citer Albert Camus, en rappelant que «mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur d’autrui»…

Le premier qui dit la vérité?

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Le ministre-président wallon et communautaire, Rudy Demotte (PS), s’est réfugié dans un silence assourdissant, ce jeudi: alors que son homologue flamand, Kris Peeters, trouvait dans l’étude universitaire liégeoise sur les «performances de l’État providence”, en Belgique, de l’eau pour alimenter son moulin revendicatif de plus d’autonomie encore pour la Flandre, le futur candidat au mayorat de Tournai a choisi de ne rien dire. «L’attitude que j’adopte de façon générale face à des études semblables» a-t-il expliqué. Manière de (tenter de) la banaliser.

Le souci, c’est qu’André Antoine, lui, ne s’est pas cantonné dans la même attitude. Mais ce n’est qu’en fin d’après-midi que le ministre wallon de l’Emploi (cdH) est sorti de son mutisme, pour dire que les auteurs de l’étude avaient fait le choix… des mauvais paramètres. Car s’ils avaient choisi les éléments d’appréciation adéquats (entendez: ceux qui conviennent aux princes qui nous gouvernent?), ils n’auraient pu en conclure qu’à l’amélioration manifeste de la situation en Wallonie, a-t-il insisté.

Bon, d’accord, tout choix de critère est subjectif. Mais Pierre Pestieau n’est tout de même pas un premier venu sur le plan scientifique. Il est reconnu pour son expertise en matière de retraites, de sécurité sociale, de politiques redistributrices ou encore de concurrence fiscale. Le taxer d’amateurisme est donc un peu court.

André Antoine n’a pas tort, non plus, de souligner les disparités sous-régionales du bien-être, en Flandre et en Wallonie. Le niveau de bien-être est sans doute plus élevé dans son Brabant Wallon qu’en Limbourg. Il n’en reste pas moins que, sur le plan global, la performance de la Wallonie est inférieure à celle de la Flandre. Et Pierre Pestieau a raison de pointer que si on trouverait sans doute des divergences plus grandes entre la Bavière et la Poméranie, la différence entre l’Allemagne et la Belgique est que l’éclatement de la RFA ne figure généralement pas au rang des hypothèses plausibles.

André Antoine n’a sûrement pas tort de pointer des indicateurs positifs qui peuvent annoncer des lendemains meilleurs pour la Wallonie. Mais ni lui, ni Rudy Demotte ne peuvent ignorer le constat posé par l’étude qui les embête tellement. Leur réaction, de mépris silencieux pour l’un, de diversion pour l’autre, semble malheureusement indiquer qu’ils s’empresseront de la mettre au placard. En application du principe célèbre, qui veut que soit exécuté le premier qui dit la vérité? Encore qu’en l’espèce, Pierre Pestieau ne soit pas le premier à mettre le doigt où cela fait mal: on se souvient que bien longtemps avant de verser dans la dérive populiste, dans la foulée du drame de Liège, l’élu libéral Alain Destexhe avait, il y a quelques années, fort énervé l’ancien ministre libéral wallon de l’Économie Serge Kubla, en pointant les retards de la Wallonie. Et lui aussi s’était rapidement retrouvé au pilori….

Le souci, c’est que Kris Peeters, lui, la brandira au moment voulu. Et faute d’avoir travaillé à la réplique… ou à corriger les défauts révélés par le document, c’est une nouvelle fois en position de faiblesse que la Wallonie se trouvera face à la Flandre.

Près de cent journalistes turcs emprisonnés!

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Les autorités judiciaires turques ont à nouveau ciblé la presse, le 20 décembre: quarante-neuf  journalistes et travailleurs des médias turcs supplémentaires ont été arrêtés au cours d’une vase opération policière, et conduits derrière les barreaux sous l’accusation fausse et classique d’adhésion à une organisation terroriste, ou encore de propagande pour des organisations terroristes. Sept d’entre eux, dont un photographe travaillant pour l’AFP, ont été libérés le 23, après avoir été interrogés par le procureur, et six autres ont retrouvé la liberté le 24 décembre, après avoir fait une déclaration devant un tribunal. Au total, ils sont  donc trente-six, dont vingt-neuf journalistes à être restés sous les barreaux: la Justice (mais ce terme est-t-il encore correct?) turque les accuse d’avoir soutenu les activités du KCK, l’Union Civique du Kurdistan.

Avec les soixante-six journalistes déjà emprisonnés, pour lesquels une mission internationale s’était rendue dans le pays, il y a moins d’un mois, c’est donc au total nonante cinq  journalistes qui sont détenus en Turquie. De en quoi faire, selon les mots du président de la Fédération Européenne des Journalistes, Arne König, «un des pays les plus dangereux au monde pour les journalistes»!

Ce lundi, lendemain de Noël, à Istanbul, le procès de dix journalistes du site Web Odatv a d’ailleurs repris. La première audience de ce procès, le 22 novembre, avait vu les avocats de la défense réclamer le dessaisissement du président du tribunal, au motif qu’il avait précédemment assigné l’un des prévenus, Bariş Terkoǧlu (celui-là même que l’Association Générale des Journalistes Professionnels de Belgique a décidé d’«adopter») au motif qu’il avait diffusé sur le site des photos le montrant attablé, dans un lieu public, avec des membres du parquet et des policiers. Le procès avait donc été reporté, et finalement, contrairement à ce que l’on avait redouté, ce président a été remplacé. Avec pour conséquence que les débats ont dû reprendre de zéro. Mais au moins le principe d’une Justice (en principe) impartiale aura-t-il finalement été sauvé in extremis. Toute la journée d’hier, en tout cas, n’a pas suffi pour épuiser les débats: l’audience reprendra ce mardi 27 décembre…

Tout cela se passe dans une indifférence quasi générale: depuis la fin de la dictature militaire, beaucoup d’observateurs étrangers ont l’impression que la démocratie a retrouvé ses droits en Turquie. Les réactions qu’y provoque, dans les milieux officiels, le vote par le Parlement français d’une loi réprimant la négociation du génocide arménien montre pourtant bien que tout n’y est pas comme ailleurs. Les emprisonnements de journalistes jettent une lumière crue sur le pays. Comment les expliquer? Sans aucun doute par la volonté de l’AKP au pouvoir, qui dispose d’une très large majorité, mais à qui il manque quelques sièges au Parlement pour disposer de l’indispensable majorité de deux-tiers, de modifier la constitution. Faire taire les journalistes est donc impératif, car un journalisme critique peut faire obstacle à cette volonté…

Encore un avocat flamand sensible aux sirènes du flamingantisme!

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Il y avait déjà eu le célèbre avocat flamand Vic Van Aelst, ex-futur candidat de la N-VA aux élections communales, trop occupé maintenant par sa récente paternité de l’enfant né de sa nouvelle jeune conjointe, et qui s’était répandu en commentaires amènes sur l’inutilité pour les jeunes Flamands d’apprendre plus avant le français, ou encore qui s’était déclaré plus prompt à la solidarité avec les Turcs qu’avec les Wallons. Sans préciser d’ailleurs de quels Turcs il parlait: de ceux qui sont en prison pour défendre la liberté d’expression et la liberté de la presse, ou de ceux qui les y enferment pour les mêmes motifs. Et puis, depuis la semaine dernière, il y a le non moins renommé plaideur Jef Vermassen.

L’homme, on le sait, est obsédé par les médias. Et les médias le lui rendent bien, parce qu’il est un bon «client». Le juriste, qui s’est notamment investi, sous l’oeil complaisant d’une caméra, pour la Fondation Damien, allant jusqu’à se rendre sur la tombe du saint flamand, sur l’île de Molokai, est aussi un criminologue averti. Et son volumineux ouvrage sur «Les criminels et leurs mobiles», qui aurait peut-être pu être réduit d’un tiers en volume, fait d’autant plus autorité, en Flandre, qu’à chaque procès où il intervient, Jef Vermassen ne se fait pas faute de le citer, avec le talent et l’habileté que chacun lui reconnaît.

C’est donc tout naturellement qu’une chaîne néerlandaise lui a demandé, la semaine dernière, de commenter la fusillade de Liège. Et Jef Vermassen, sans avoir pu, et pour cause, connaître le détail du dossier de Nordine Amrani à ce moment-là, y a trouvé une explication très simples: les détenus bénéficient beaucoup plus facilement d’une libération conditionnelle en Wallonie qu’en Flandre, a-t-il posé. Une analyse reprise, le lendemain, con amore, par la plupart des quotidiens flamands, toujours à l’écoute de ce que peut raconter le cher maître.

Le problème, c’est… qu’aucune statistique ne vient confirmer l’affirmation de Jef Vermassen. Un peu penaud, il a dû en convenir, ce dimanche, sur le plateau de la RTBF, face à des juristes aussi redoutables que lui, qu’il s’agisse du procureur général de Liège, Cédric Visart de Bocarmé, ou de la présidente de la cour d’assises de Bruxelles, Karin Gérard. «Mais c’est le sentiment qui règne en Flandre», a-t-il lancé, pour s’en tirer par une pirouette, comme tout avocat éprouvé sait le faire.

Ben tiens, si l’opinion publique du nord du pays est convaincu que le laxisme est la règle en Wallonie, c’est sans doute qu’on lui martèle régulièrement le message. Et l’affirmation de Jef Vermassen à la télé hollandaise ne contribuera pas peu à renforcer ce sentiment. Faut-il simplement en conclure que, comme d’autres plaideurs, le ténor du Barreau flamand ferait parfois mieux de tourner sept fois sa langue dans sa bouche, avant de s’exprimer? Ou bien doit-on s’attendre à le voir rallier, à son tour, le panache jaune et noir de la N-VA? Si tel n’est pas le cas, de toute manière, Jef Vermassen a bien servi la soupe, la semaine dernière, à Bart De Wever et aux siens!

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