Le maire de Toronto, Rob Ford, a-t-il fumé du crack? L’homme politique, controversé pour ses déclarations racistes et son penchant marqué pour l’alcool, nie les accusations portées contre lui par le site Web états-unien Gawker, et par le «Toronto Star» qu’il accuse d’être acharnés à lui nuire. Et il annonce de grandes explications pour ce mardi.
Ni le site, ni le quotidien ne sont effectivement favorables à Rob Ford. Et le maire de Toronto n’en est pas à un écart près: en novembre dernier, il a même été destitué pour une sombre histoire de donation, avant d’être blanchi et de réintégrer son bureau.
Ici, l’accusation se fonde sur une vidéo, qui le montrerait en compagnie de membres de gangs de Toronto, inhalant de la fumée d’une pipe en verre.
Le problème, c’est que seuls John Cook, journaliste de la rédaction de Gawker, et une journalist du «Toronto Star» ont vu cette vidéo, enregistrée sur un smartphone, et que leur a montrée un informateur anonyme, qui les avait «appâtés» en leur présentant une photo de Rob Ford avec ces membres de gang. Et aussi longtemps que la vidéo n’est pas publiquement présentée, le débat risque fort de se résumer à la parole des uns contre la parole de l’autre.
Pour tirer l’affaire au clair, il faudrait donc posséder cette vidéo. Et là, les criminels qui la possèdent posent leur condition: elle sera disponible pour 200000 dollars. Inimaginable? Aussitôt, un site a été lancé, qui invite les donateurs à verser leur contribution, pour réunir la somme demandée par les malfaiteurs!
La manœuvre suscite la controverse au Canada. D’abord parce que, de l’autre côté de l’Atlantique comme ici, la démarche qui consiste à rémunérer une information suscite beaucoup de réticences. Ensuite parce que, ici, il s’agit clairement de financer une organisation criminelle, et qu’au-delà des réticences déontologiques que la proposition suscite, il y a surtout les problèmes légaux que l’acceptation emporterait.
Dans quelques jours, on saura si l’appel à fonds a porté ses fruits, et le résultat suscitera sans aucun doute de nombreux commentaires. Mais entre-temps, Rob Ford aura peut-être tiré ses conclusions de l’épisode, dès ce mardi…
Dans un tout autre contexte, c’est le comportement d’une journaliste de la télévision publique turque qui interpelle: à la mi-avril, dans la salle d’audience de la prison de Silivri, devant une audience parmi lesquelles se trouvaient trois députés francophones bruxellois, dont notre ancien confrère de la RTBF Jean-Claude Defossé, elle a lu le très long acte d’accusation dressé à l’encontre de confrères kurdes, dans le cadre du procès KCK. Le procureur souhaitait en l’occurrence une voix que tout le monde écouterait, et a fait appel à la journaliste en raison de sa capacité à lire de manière posée le texte accusateur.
Bien sûr, les journalistes de la télé publique turque sont des fonctionnaires, à l’instar des journalistes des chaînes publiques dans de nombreux pays, dont la Belgique. Mais à part en Turquie, où un(e) journaliste d’une radio télé publique accepterait-il de se plier à pareil exercice? Au-delà du manque de confraternité évident que ce comportement révèle (mais certains journalistes turcs dénient à leurs confrères et consœurs emprisonnés la moindre reconnaissance professionnelle), il y a aussi et surtout la question de l’indépendance de la journaliste et de son employeur, à l’égard d’un gouvernement turc prédateur de la liberté de la presse!









