L’instabilité au Burundi est une menace pour toute la région


Une nouvelle fois, un drame menace l’Afrique Centrale, avec les violences qui ont lieu depuis plusieurs jours au Burundi, avec les morts qu’elles y ont déjà provoquées, avec les mouvements de population qu’elles ont entraînées, et avec l’incertitude qui y règne depuis hier, avec l’annonce d’un coup d’État, dont l’issue paraît toujours incertaine.

Ma pensée va d’abord aux journalistes burundais qui, dans ces circonstances dramatiques, s’efforcent d’assurer leur mission de leur vie, au péril de leur liberté et parfois de leur vie. Des radios ont ainsi été attaquées apparemment par des milices fidèles au président Nkunrunziza: l’Association des journalistes d’Afriques de l’est cite notamment Radio Bonesha, Radio TV Renaissance, Radio Isanganiro, and Radio Publique Africaine(RPA). Quant à la Radio Télévision Nationale Burundaise (RTNB), elle a cessé d’émettre il y a quelques minutes à peine: elle venait à peine de diffuser un discours du président burundais, actuellement en Tanzanie, où se déroule un sommet régional, impliquant les pays de la région, censé trouver une issue à la crise. Les forces de sécurité ont par ailleurs fermé le Centre de presse de Bujumbura, de même que les locaux de l’Union des Journalistes Burundais. L’initiative, hélas, ne surprend pas, dans un pays où les violations de la liberté de la presse étaient déjà nombreuses.

burundiL’inquiétude est d’autant plus grande que personne n’a oublié les violences interethniques qui, il y a une quinzaine d’années, ont ravagé le Burundi. Les accords d’Arusha, en 2001, avaient mis fin à ces affrontements, et avaient pour ambition de stabiliser définitivement la démocratie dans le pays. Pierre Nkunrunziza avait été élu pour la première fois en 2005 dans le cadre de ces accords; toute la polémique porte sur la question de savoir si son premier mandat doit être comptabilisé dans les deux mandats au maximum qu’il pouvait exercer, ou si, comme la Cour constitutionnelle, dont l’arrêt n’est pas admis par ses opposants, l’a considéré, le premier doit être considéré comme «hors normes», parce qu’il n’a pas été consacré par le suffrage universel.

La controverse juridique n’a hélas plus de raison d’être, dès lors que les armes ont parlé au Burundi, et que rien, désormais, ne semble plus en mesure de la brider. Et l’inquiétude ne peut qu’être grande dans une région des Grands Lacs marquée par le génocide rwandais, en 1994, et par le débordement du conflit interethnique rwandais au Kivu voisin; par les affrontements entre Tutsis et Hutus au Burundi au tournant du siècle; et par la violence endémique dans l’est de la République Démocratique du Congo. Toute déstabilisation dans un des pays de la région se répercute immédiatement dans les pays voisins: des cortèges de réfugiés burundais ont déjà traversé les frontières rwandaise et congolaise, et déjà l’UNICEF a dressé, pour les abriter, des tentes qui se sont implantées de façon durable au Kivu.

Comment prévenir un nouveau drame? En étendant la mission de la MONUSCO? Elle est déjà bien en peine de l’assurer dans l’est de la RDC. Par une initiative régionale? C’est le but de la réunion en cours en Tanzanie. Faudrait-il alors que les arrière-pensées qu’on devine souvent présentes dans ce type de situations soient démenties. Et qu’une réaction se dessine rapidement, car chaque heure qui passe plonge un peu plus le Burundi dans une instabilité à très haut risques.

L’épisode Nkunrunziza pose par ailleurs un problème préoccupant pour son grand voisin: en RDC aussi, en principe, Joseph Kabila ne peut plus briguer un troisième mandat. Et de récents épisodes ont pu laisser croire qu’il va s’efforcer de contourner ou de faire modifier la règle constitutionnelle.

La limitation du nombre de mandats à la tête d’un État est une mesure éminemment démocratique: les États-Unis, par exemple, l’ont mise en place… après près de deux siècles d’existence de leur démocratie. Mais faut-il alors trouver une voie de sortie «par le haut», pour les chefs d’État ainsi  écartés de la magistrature suprême. Le Burundi semblait avoir mis en place pareille sortie honorable; il n’avait apparemment pas été tenu compte de la conception «messianique» de son rôle par Pierre Nkunrunziza

Un épilogue qui n’en est pas un

La situation s’est clarifiée, finalement, ce vendredi, avec l’aveu de leur échec par les putschistes, et par le retour au pays du président Nkurunziza. Un épilogue est ainsi apporté à ces événements, mais sûrement pas à la crise politique qui secoue le Burundi. Car le problème, la troisième candidature à la présidence du président sortant, reste entier.

Il lui reste maintenant à faire un geste non tellement en direction des putschistes, mais en direction des opposants à sa candidature. Son retrait serait sans doute la solution la plus élégante, mais, dans le contexte actuel, au vu de sa personnalité, et en vertu de l’arrêt de la cour constitutionnelle, on doute que Pierre Nkunrunziza pose ce geste fort.

Si le calendrier électoral est maintenu tel quel, on peut craindre de nouveaux débordements. Par ailleurs, on ne sait toujours pas si le sommet de Dar-es-Salaam, où le président burundais s’était rendu, a permis aux pays de la région de convenir d’une sortie de crise honorable. Les jours à venir seront cruciaux au Burundi…

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L’Organisation Internationale de la Francophonie n’est pas réservée aux seuls Francophones


«Le français, rien que pour les Francophones»: c’est, à peine caricaturée, la position de Geert Bourgeois. La présence de la Belgique, État trilingue, à l’Organisation Internationale de la Francophonie donne apparemment des boutons au ministre-président N-VA flamand, qui entend qu’à l’avenir, ce soit la Communauté française de Belgique qui y siège. «Communauté française de Belgique», et pas «Fédération Wallonie-Bruxelles»: cette dénomination, elle, lui donne de l’urticaire et il veut la faire proscrire. En rappelant, à juste titre-là, que seule la première appellation est constitutionnelle et légale.

bourgeois-300x218Si l’on suit donc le raisonnement de Geert Bourgeois, l’OIF ne peut donc s’adresser qu’aux seuls 270 millions de Francophones dans le monde. Parmi lesquels, donc, les Wallons, et comme le disait Julos Beaucarne, «volà pouqwê no s’tons fîrs d’èsse Walons».

La prise de position de Geert Bourgeois témoigne, à tout le moins d’un certain culot: à quel titre pourrait-il imposer à une organisation son mode de fonctionnement et son périmètre d’activité?

L’Organisation Internationale de la Francophonie regroupe, pour rappel, 80 États et gouvernements dans le monde (57 États-membres et 23 observateurs) «qui procèdent du partage d’une langue, le français, et de valeurs universelles».

Tous ces États, loin s’en faut, ne sont pas exclusivement francophones. La présence de certains d’entre eux au sein de l’OIF peut même étonner, je le concède: la population francophone du Qatar, le dernier arrivé, doit être assez limitée. Mais la promotion de la langue française «et de la diversité culturelle et linguistique» ne peut, par définition, se limiter aux territoires exclusivement francophones. La nouvelle secrétaire générale de l’Organisation, Michaelle Jean, ne vient-elle pas du Canada, pays bilingue par excellence? Le Rwanda, où l’anglais occupe une place prépondérante dans l’administration depuis l’instauration du pouvoir actuel, y a tout autant sa place. Et tant d’autres. Pour tous ces pays, faire partie de la Francophonie est à la fois un atout et une chance de diversité linguistique: ils sont heureux du soutien que l’Organisation internationale peut apporter aux initiatives francophones sur leur territoire.

La remarque de Geert Bourgeois est donc particulièrement inappropriée. Elle ne surprend pas: la promotion de la diversité linguistique ne figure en effet pas au programme de la N-VA. Sa vision d’une Région, qu’il espère voir devenir un pays, linguistiquement homogène, est par ailleurs particulièrement irréaliste: hors le français que les flamingants abhorrent, bien d’autres langues sont parlées sur le territoire flamand. Au fait, si le rêve d’une Flandre indépendante, que la N-VA caresse, devait se réaliser un jour, il lui faudrait bien, pour adhérer à l’Union Européenne et entrer au Conseil de l’Europe, adopter la convention-cadre sur la protection des minorités, car elle ne pourrait plus invoquer, comme elle le fait actuellement pour la Belgique, les protections particulières dont bénéficie  la minorité francophone. Et donc, par là, autoriser la Communauté française de Belgique à soutenir des initiatives culturelles en Flandre, comme elle peut le faire actuellement sur toute la planète… sauf au nord de la frontière linguistique.

Une réaction à nouveau désastreuse pour l’image de la Flandre

Si Geert Bourgeois avait suggéré qu’à l’avenir, un vice-Premier francophone assiste d’office aux assemblées de l’OIF, on l’aurait bien volontiers suivi. Comme on suppose que les Québécois en ont assez de voir un Stephen Harper, qui, lui, baragouine plutôt qu’il ne parle le français, y représente le Canada, il m’est arrivé, sur ce blog, de fustiger la présence à un sommet de la Francophonie d’un Premier ministre flamand s’exprimant en français sans maîtriser les subtilités de la langue.

Mais sur un plan plus général, la sortie de son ministre-président donne une nouvelle fois l’image d’une Flandre racrapotée sur elle-même, hostile à toute ouverture sur le monde. Pareille attitude, bien plus qu’une prétendue influence francophone sur les instances internationales et européennes ont fait à la Flandre une réputation extrêmement négative en Europe. Elle a conduit le Conseil de l’Europe à condamner plusieurs fois sont attitude à l’égard des Francophones de Flandre. Dans tout le monde francophone, cette perception négative, désormais, est encore plus ancrée.