Prostitution: un choix à opérer entre reconnaissance et répression (de la clientèle)


Il faut rendre à Anne-Marie ce qui appartient à Lizin: le vote, par une très large majorité (343 voix contre 139) des députés européens, d’une résolution qui «exhorte» les États européens à suivre le modèle nordique et à pénaliser les clients des prostituées s’inscrit dans la ligne du combat jadis mené par l’ex-bourgmestre de Huy  dans la même enceinte.

Une nuance, toutefois, cette résolution est «non-contraignante». Autant dire, dès lors, qu’en la matière, l’Europe n’adoptera une attitude unique, et que deux théories continueront à s’y affronter: celle des Scandinaves, qui pensent éliminer la prostitution (si tant est que cela soit possible) en jugulant la demande, ce qui conduira forcément à tarir l’offre de services sexuels; et celle des Allemands, pour qui la prostitution est un fait de société incontournable, et que dès lors il faut la reconnaître comme telle, tout en luttant contre la traite des êtres humains, et en vérifiant (si tant est que ce soit possible) que les femmes qui optent pour ce métier qu’on dit le plus vieux du monde, le font volontairement et sans contrainte.

Le débat n’est pas que politique, il est sociétal. Et on voit qu’il divise même les associations qui s’efforcent de venir en aide sur le terrain aux prostituées et, encore plus, à celles qui s’efforcent de sortir de la prostitution.

eros-vue07Il ne fait pas de doute que cette discussion rebondira chez nous, notamment à mesure qu’avancera le projet d’«Eros Center» que la ville de Seraing a mis sur rails.

Cet «Eros Center» ne sera pas le premier du genre: il y a longtemps, déjà, qu’Anvers a sa «villa Tinto», où, que l’on sache, les problèmes liés à la prostitution «sauvage» qui régnait jadis dans la cité portuaire, ont largement disparu.

La construction d’un centre similaire à Seraing n’en aura pas moins des aspects paradoxaux: c’est une asbl qui gérera l’«Eros Center», et, comme on le sait, une asbl qui réalise un bénéfice doit le réinvestir dans son objet social. Cela voudrait-il donc dire que l’asbl devrait, à terme, étendre son centre de prostitution? Son objet lui évitera pareil dilemme: d’éventuels bénéfices pourront être redirigés vers l’aide aux prostituées, et notamment, là aussi, vers celles qui veulent quitter le milieu.

Il n’empêche: la résolution du Parlement européen devrait conduire à un débat de fond au Parlement fédéral, pour qu’une option claire soit prise. Les «Eros Center» sérésien et anversois semblent indiquer que l’option dominante, dans notre pays, est plus à la régularisation sur le mode allemand. Mais si l’hypothèse de la pénalisation de la clientèle doit être retenue, dans le sens de l’«exhortation» de l’assemblée européenne, devait l’emporter, autant que la décision soit vite prise. Manière d’éviter, à Seraing, un grand travail inutile…

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