Femen, un féminisme aux relents sinistres…


Quatre militantes belges de «Femen» ont peut-être le sentiment d’avoir été héroïques, en aspergeant d’eau, mardi soir, le primat de Belgique, André-Joseph Léonard, venu débattre du blasphème à l’ULB. Si leur but était de stigmatiser ce dernier, il faut bien constater qu’elles ont largement loupé leur objectif: très calme, apparaissant en victime de l’intolérance de ses agresseuses, l’ancien évêque de Namur s’est plutôt mis l’auditoire, qui lui était a priori hostile,  dans la poche, a commenté le philosophe Guy Haarscher, son contradicteur.

Soit dit au passage, avec  ce nouvel incident, l’ULB apparaît de moins en moins comme l’université du «libre examen»: on se rappelle qu’un chahut orchestré par Souhail Chichah, un assistant de l’institution, a empêché un débat sur la burqa auquel devait prendre part la polémiste française Caroline Fourest, il y a quelques mois. L’intolérance, ici, ne s’est pas manifestée du côté qu’on croyait. Et, s’agissant du débat sur le «mariage pour tous», en France, l’intolérance a répondu à l’intolérance: qualifier d’homophobe tout qui s’oppose non tellement au mariage des homosexuels («S’ils veulent se marier, qu’ils le fassent, et tant pis pour eux!» avait plaisanté un de mes confrères et amis, au moment du vote de la loi en Belgique), mais un peu plus sur l’adoption par les couples homosexuels, et surtout sur la procréation médicalement assistée (PMA) et la grossesse pour autrui (GPA), est une position aussi extrémiste que celle de tous ceux qui traitent d’antisémite tout critique de la politique de l’Etat d’Israël. Les invectives adressées hier, sur Bel RTL, par Pierre Chomé à mon excellent confrère Marc Metdepenningen, qui essayait, dans une relative confusion il est vrai, de rappeler cette évidence, que l’intolérance nourrit l’intolérance, procèdent de la même dérive. Cela n’empêchera éventuellement pas ce grand pénaliste, dans le futur, d’invoquer pour un(e) accusé(e) le traumatisme subi dans son enfance d’avoir été élevé par un couple homosexuel, comme il le fait aujourd’hui quand il excipe de l’influence désastreuse d’un père autoritaire ou défaillant au titre de circonstance atténuante…

Galia Ackerman, une journaliste russe qui a écrit un livre sur le mouvement, pour lequel elle a manifestement beaucoup de sympathie, a par ailleurs donné sur «Femen» des détails qui ont un goût particulièrement amer.

Il y a d’abord l’arrogance extraordinaire de ces péronnelles, pour qui les féministes qui les ont précédées sont ringardes. Ou qui posent un regard condescendant, par exemple sur les musulmanes voilées qui leur disent qu’elles se libéreront bien sans elles. «Il y avait un appel au secours dans leurs yeux», ont-elles décrété: elles ont la vue perçante!

Les militantes belges ont peut-être l’excuse d’être nées après 1966, mais si elles se piquent de féminisme, elles devraient à tout le moins savoir que, cette année-là, des femmes ont mené à la FN une grève exemplaire, malgré les risques physiques qu’elles couraient,et les invectives, voire les commentaires sournois de leurs collègues masculins, pour défendre le principe de l’égalité de salaire pour l’égalité de travail. C’était autrement courageux que d’asperger d’eau un prélat qui n’a pas bronché sous l’assaut! Et que dire, en France, d’une Simone Veil, rescapée des camps de la mort, qui a fait front aux menaces de mort, ou aux qualifications de « nazie », pour faire passer, envers et contre tout, la loi sur l’interruption volontaire de grossesse. En utilisant la force de sa conviction, pas la taille de ses seins…

«Toutes les jeunes femmes sont minces. Et c’est parce qu’elles croient à leur cause qu’elles apparaissent aussi belles», a tenté de faire croire Galia Ackerman, quand une des invitées en studio (Nadia Boumazougghe, Ariane Dierickx et Irène Kaufer, toute trois militantes féministes) a signalé que les «Femen» écartent soigneusement de leurs rangs toutes les femmes en surpoids. Car, apparemment, elles ne veulent parmi elles  que des «Bimbos», à l’image de cette militante, agressée par des manifestants d’extrême-droite à Paris, il y a quelques mois, qui se plaignait d’avoir eu une (jolie) dent cassée dans l’aventure. «Si elles se dénudent, en partie, en masquant leur poitrine sous des slogans peints (NDLR: de manière très relative, comme la photo le démontre), c’est parce que c’est la seule manière pour eux d’attirer l’attention des médias», a poursuivi notre consoeur russe, très très discrète sur le financement du mouvement. Ouais…

Toutes ces manifestantes n’en sont pas moins sculpturales. «Parce qu’elles forment les sections d’assaut d’une armée. Elles doivent être capables de sauter, de courir, pour faire partie de ces commandos», a-t-elle justifié. Tout en dénonçant la violence que ces membres de «sections d’assaut» subissent régulièrement (à Bruxelles, mardi, elles n’ont cependant pas vraiment été molestées. Pas plus, en tout cas, que tout qui s’expose à une répression policière, en manifestant de manière non autorisée, a rappelé une interlocutrice en studio).

Des «sections d’assaut»? En allemand, «Sturmabteilung»,  en abrégé, SA:  avec le culte du corps, qu’elles célèbrent, les militantes de «Femen» ont des références sinistres…

De plus en plus vulgaires

Depuis la rédaction de ce billet, ces manifestantes-bimbos se sont encore un peu plus déconsidérées, elles qui, Ukrainiennes, se gardent bien maintenant d’aller manifester en Ukraine. Dernièrement, à Paris, certaines d’entre elles se sont exhibées en pleine rue, urinant sur une photo du président ukrainien Viktor Ianoukovitch qui, du coup, a retrouvé de la crédiblité. Il y a quelques jours, une autre de ces courageuses militantes a pénétré dans l’église de la Madeleine, à Paris, pour y uriner sur un foie qu’elle avait jeté par terre, pour figurer un foetus avorté. Il paraît que c’était sa manière de dénoncer l’opposition de l’Eglise catholique à l’avortement, que d’autres pin-ups aux seins nus ont voulu également stigmatiser, en s’exhibant place Saint-Pierre, à Rome, pour annoncer que Noël serait annulé parce que Jésus aurait avorté (?-sic).

Ne leur en déplaise, Noël sera fêté. Et, que l’on sache, ces péronnelles ne sont pas concernées par les points de vue de l’Eglise catholique, dont elles ne font pas partie. Qu’elles disparaissent donc; on se passera désormais  volontiers de leur vulgarité, qui n’est pas même celle des prostituées dont elles dénonçaient l’hypothétique afflux en Ukraine avant le dernier Euro de football. La plupart de ces dernières ont plus de dignité qu’elles!

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