Le racisme anti-wallon encouragé dans le football belge


supporters RC GenkLes dirigeants du RC Genk doivent être effondrés : la Cour Belge d’Arbitrage du Sport (CBAS), l’instance créée pour perpétuer sous une autre forme l’interdiction antique faite aux affiliés de l’Union belge de football de s’adresser à la Justice pour faire valoir leurs droits, leur a infligé une amende faramineuse de 1000 euros, pour sanctionner les chants anti-wallons de ses supporters lors de la dernière rencontre entre leur club et le Standard de Liège.

Heureusement, les arbitres du sport belge ont fait preuve d’une relative clémence : ils ont accordé le sursis à ce club, dont les coffres se sont gonflés, au fil du temps des dizaines de millions rapportées par les transferts sortants (on parlait jadis de « ventes ») de joueurs comme Courtois, De Bruyne, ou plus proches de nous, Bailey, Coulibaly, ou Pozuelo pour n’en citer que quelques-uns : le RC Genk échappe donc ainsi au spectre de la faillite, pourvu que ses joyeux supporters ne récidivent pas.

Pour rappel, le RC Genk est ce club champion qui avait cédé quelques joueurs essentiels et avait jeté son dévolu sur Felice Mazzù, l’emblématique entraîneur du Sporting de Charleroi pour reconstruire une formation compétitive. Comme Mazzù n’y arrivait pas en trois coups de cuillère à pot, il a été licencié, ce qui est un lot commun pour beaucoup d’entraîneurs: Michel Pavic ne disait-il pas qu’un entraîneur devait toujours avoir sa valise faite à portée de la main?

Ce qui est piquant, c’est le motif invoqué pour justifier le licenciement de Felice Mazzù: l’homme ne parlait pas la moedertaal, ont expliqué les patrons du club, qui ne devaient pas ignorer cette lacune en l’engageant. Du coup, ils sont allés chercher un entraîneur Outre-Rhin. Hannes Wolf ne maîtrise pas non plus la langue de Vondel, mais on suppose que pour les dirigeants limbourgeois, dont certains parlent peut-être le « platt’ », le dialecte encore pratiqué de « Keule » à « Mestreech », son cousinage avec celle de Goethe est suffisant. Et que Wolff ne réussisse pas mieux que Mazzu a du coup été mieux accepté…

L’arrêt de la CBAS dans ce dossier confirme une tendance fort répandue dans la société flamande: si le racisme est généralement condamné, le racisme anti-wallon est étonnamment toléré. Il y a plus de quatre décennies déjà le slogan « Waalse ratten, rolt uw matten » (« Rats wallons, repliez vos bagages ») était hurlé dans des manifestations flamingantes haineuses. Sans réactions de l’autorité judiciaire qui aurait réprimé immédiatement des chants identiques où le mot « Juifs » aurait remplacé le mot «Wallons »: on ne plaisante pas avec l’Holocauste, et c’est très bien ainsi. Mais les slogans et les chants anti-wallons, eux relèvent bien entendu du folklore, comme on l’a dit des chars stigmatisant la communauté juive aux récents carnavals d’Alost. Et dire que «les Wallons, c’est du caca », cela ne mange quand même pas de pain, non?

Et puis en sport, on se défoule n’est-ce pas? Le joueur malgache du Sporting de Charleroi Marco Ilaihamaritra l‘avait appris à ses dépens quand l’arbitre du match entre Malines (le club maintenu en première division malgré une tentative avérée de manipulation d’un match conte Waasland-Beveren) et les Zèbres lui avait adressé une carte jaune parce que le joueur, en larmes, dénonçait les cris racistes qui lui avaient été adressés.

L’arrêt de la CBAS fait jurisprudence. Si le racisme anti-wallon est aussi mollement réprimé, il lui sera difficile de justifier des sanctions plus fermes, par exemple pour des cris de singe adressés à des joueurs africains. Encore que: si, selon une expression célèbre quoique discutée de Georges Clémenceau, la justice militaire est à la justice ce que la musique militaire est à la musique, on en conclura par analogie que la justice sportive est à la justice ce que les braillements de supporters avinés sont à un concert des trois ténors

Jean, Cédric, Jean-Paul, Dominique, Anne, Jean-Marc, Catherine: une liste trop longue


Il est des journalistes dont la mort fait l’actualité de la presse mondiale: les retombées de l’assassinat horrible de Jamal Kashoggi, célèbre critique du régime saoudien, n’ont pas fini de perturber les relations internationales de l’Arabie Saoudite.

Il est des journalistes dont le meurtre ébranle toute l’Europe: les disparitions brutales de Daphné Caruana Galicia, à Malte; de Jan Kuciak en Slovaquie; et de Viktoria Marinova en Bulgarie ont jeté une lumière crue sur les rapports obscurs entre le monde politique et les milieux mafieux.

Et puis à côté de tous ces journalistes victimes de mort violente, dont les répertoires annuels rappellent un sacrifice d’autant plus insupportable que dans neuf cas sur dix, leurs assassins restent impunis, il y a toutes celles et tous ceux dont le décès frappe ne foudroie «que» leurs collègues, leurs consœurs et leurs confrères.

Disparu soudainement en ce début de semaine, Jean s’est joint à la liste des collègues qui, depuis le grand départ de Catherine, il y a trois ans et demi, ont laissé les journalistes de «L’Avenir» dans l’affliction. Emportés comme eux soit par la maladie, soit de manière tout à fait inopinée, Cédric, Jean-Pol, Anne, Dominique et Jean-Marc ont laissé dans l’eau des trous, qui comme le chante Brassens, «jamais ne se refermeront».

Un collègue, mais surtout un mari, un papa, un fils, un frère, a été arraché à l’amour des siens, à l’affection de ses voisins de bureau et de toute une rédaction.

La fatalité? Peut-être! Mais la répétition de ces décès, que la rédaction de «L’Avenir» n’est pas la seule à subir, doit interpeller. Car s’il est rassurant de tenter une explication pour chacun d’entre eux – «il était fort porté sur la boisson»; «elle fumait depuis longtemps»; «son père est décédé de la même manière, au même âge»– il est un élément caractéristique de notre profession dont les effets n’ont jamais été vraiment pris en compte: le stress inhérent à une profession de plus en plus marquée par un impératif d’immédiateté.

Ce stress explique à coup sûr les trop nombreux épuisements enregistrés dans les rédactions, et dans celle de «L’Avenir» en particulier. Mais quels sont ses effets les plus dévastateurs?

Comme tou(te)s les collègues disparu(e)s, Jean ne souffrait sûrement pas d’un «manque de goût pour le travail» évoqué en début d’année par le président du conseil d’administration des Éditions de l’Avenir, en conseil d’entreprise, qui prenait connaissance du nombre de personnes en congé de maladie de longue durée!. Au contraire: son talent ne s’était pas limité à l’écriture de nombreux articles aux titres «choisis» dans le journal qui (air connu) m’emploie et ne me rémunère pas assez à mon goût, mais il l’avait poussé vers la bande dessinée en qualité de scénariste, et, tout récemment, à l’écriture d’un livre sur Felice Mazzú, l’entraîneur à succès du Sporting de Charleroi, le club dont il s’était fait le chantre.

L’hommage qu’il a reçu de la direction des «Zèbres», mais aussi de l’ensemble de la profession – presse écrite et audiovisuelle, francophone et flamande confondues, ce qui est exceptionnel!- témoigne de la trace qu’il a laissée.

Raison de plus pour s’inquiéter de manière plus attentive de l’état de santé physique des journalistes (pour l’état de santé mentale, il est déjà trop tard- lol): y en a marre de ces rédactions décimées!