Le malaise et la colère


Bien sûr, il faut toujours rappeler le principe sacré de la présomption d’innocence: aussi longtemps que la culpabilité d’un accusé n’est pas établie, il est innocent. Bien sûr, «l’affaire Luperto», puisqu’elle s’appelle désormais ainsi, devra encore parcourir un long chemin avant de débouler, éventuellement, devant un tribunal correctionnel: il appartiendra notamment au Parlement wallon de se prononcer sur une éventuelle immunité parlementaire de l’ancien président du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de l’ex-bourgmestre de Sambreville.

Il n’aura pas fallu longtemps au PS pour combler le double vide: Philippe Courard, à peine revenu du gouvernement fédéral, occupera le perchoir au Parlement de la Communauté française, et le premier échevin de Sambreville, Denis Lisélélé, se voit investi de la fonction mayorale, jusqu’à plus ample informé. Il ne peut y avoir vacance du pouvoir…

RE_NAM_E1_Luperto-Jean-Charles_109Il serait malvenu de voir, dans la double démission rapide du bourgmestre-président, une forme d’aveu de culpabilité: on a suffisamment dénoncé, sous les précédentes législatures, la manière dont certains responsables politiques visés par des affaires judiciaires s’accrochaient à leur mandat, pour ne pas considérer ici que le pas de côté de Jean-Charles Luperto s’inscrit dans une forme de logique démocratique. Et qu’il lui permettra par surcroît de mieux assurer une défense que tout annonce difficile.

Car les faits qui lui sont reprochés sont particulièrement graves. Et la tactique de ses avocats qui mettent en cause le non-respect du secret de l’instruction est usée: dans tous les grands procès médiatiques, les meilleurs plaideurs ont soulevé l’argument, qui a à chaque fois été repoussé par la cour de cassation. Et ici, le dossier implique un personnage public de premier plan, au niveau de la Belgique francophone: le public a le droit d’être informé des charges qui pèsent contre lui.

Les charges sont sérieuses, et en reconnaissant qu’il fréquentait l’aire d’autoroute de Spy, dont j’ignorais qu’elle fût lieu de rendez-vous homosexuels, l’ancien bourgmestre et président reconnaît qu’il s’est placé, à tout le moins, dans un contexte incompatible avec la dignité des fonctions qu’il occupait.

Et voilà bien pourquoi ce dossier suscite à la fois malaise et colère aujourd’hui. Malaise, car, avant cela, il y avait eu ce coup de fil pas si anonyme que cela du ci-devant mayeur sambrevillois à son homologue de Jemeppe-sur-Sambre, pour le menacer de mettre le feu à sa ferme. «Plaisanterie de potache!», avait-il plaidé. Étrange plaisanterie, qui lui avait coûté un poste de ministre, mais ne l’avait pas empêché d’occuper ensuite une fonction importantissime dans le cadre du dialogue communautaire, toujours crucial en Belgique. Colère, parce qu’avec cette affaire, c’est l’image de la Wallonie qui en prend à nouveau un sacré coup. Colère parce que cette incartade à elle seule aurait dû empêcher le PS de lui confier pareil mandat. Colère enfin parce que ses fréquentations autoroutières devaient être connues dans le sérail socialiste de la Basse-Sambre. Et personne n’y a mis le holà.

Le résultat est désastreux pour l’homme politique, et pour l’homme tout court. Il l’est pour son parti. Mais il l’est surtout pour l’institution qu’il présidait, et dont la nécessité est périodiquement remise en cause, ainsi que pour la Wallonie tout entière. Pauvre W….!

Publicités