La Justice française au secours de la liberté d’expression


La cour d’appel de Paris a enfin rendu son arrêt à la fin juin: elle  a confirmé le jugement du Tribunal correctionnel du 19 octobre 2006, et condamné Philippe Karsenty pour diffamation à l’encontre de Charles Enderlin et France Télévisions à la suite de ses accusations infondées sur le reportage effectué sur la mort de Mohamed Al Durah.

sante2Mohamed Al Durah, ce nom ne vous dit peut-être plus rien? C’est cet enfant palestinien de 12 ans, mort sous les balles de l’armée israélienne, le 30 septembre 2000, au carrefour de Netzarim, dans la bande de Gaza. La région, alors est en pleine Intifada, à la suite de la visite sur l’esplanade de la Mosquée, à Jerusalem, du Premier ministre israélien Ariel Sharon (dont, soit dit au passage, on ne se rappelle plus qu’il vit depuis des années dans un état végétatif). Les soldats israéliens ouvrent le feu: Mohamed est tué, et son père, Jamal, est grièvement blessé.

Accompagné de  Talal Hassan Abu Rahma, un cameraman palestinien de France 2, Charles Enderlin est présent. Le reportage qu’il présentera au monde entier, sur les images tournées par son compagnon, provoqueront une onde de choc médiatique, sociétale, et politique.

C’est la raison pour laquelle depuis lors, notre confrère, de nationalité franco-israélienne, et un des meilleurs spécialistes du Proche-Orient, est pratiquement depuis lors l’objet d’une campagne de dénigrement et de haine inimaginable. On l’a accusé d’avoir présenté un reportage trafiqué, on a affirmé que l’adolescent est mort sous des balles palestiniennes, et on a même prétendu que les blessures graves dont souffrait son père, opéré en urgence, étaient des blessures très anciennes, attestées par des cicatrices vieilles de plusieurs années.

Toutes ces attaques, Charles Enderlin les a endurées. Les plus féroces sont (évidemment) venues de France. Et  Philippe Karsenty, fondateur de l’agence de notation des médias Media-Ratings, s’en est fait l’un des plus ardents activistes. Condamné en première instance pour diffamation, en 2006, il avait été acquitté deux ans plus tard en appel. Mais Charles Enderlin et France 2 n’ont pas lâché prise. La Cour de cassation française ayant cassé l’arrêt d’appel, le procès a repris devant une autre cour d’appel l’an dernier. Et, à la fin juin, l’arrêt est tombé: le jugement du 19 octobre 2006 est confirmé, et M. Karsenty est condamné à verser 7000 euros de dommages et intérêts, au lieu de l’euro symbolique qui lui avait été infligé à l’origine.

charles-enderlin-L-1France Télévision et Charles Enderlin se sont réjouis de cette décision de justice «qui vient sanctionner une grave atteinte à un journaliste» a commenté leur avocate.

Cela ne suffira évidemment pas à mettre fin à la campagne de diffamation qui le vise et qui a repris dès le lendemain de l’arrêt favorable au journaliste.

Mais à tout le moins, la Justice française aura-t-elle définitivement posé que Mohammed Al Durah est mort sous les balles de l’armée israélienne, le 30 septembre 2000. Si la vérité est toujours la première victime d’une guerre, la rétablir est d’autant plus crucial.

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Austérité et liberté de la presse ont été au menu verviétois des journalistes européens


Par un hasard heureux, c’est à Verviers que je suis arrivé au terme de mes trois mandats successifs à la vice-présidence de la Fédération Européenne des Journalistes. Une aventure a pris fin sur les rives de Vesdre, en attendant, peut-être, une autre qui pourrait démarrer dans quelques semaines en terre irlandaise…

Le rassemblement, à Verviers, de 88 délégués, journalistes et permanents de syndicats ou d’associations de journalistes européens, venus de 29 pays, était une «première», et ne se reproduira plus dans le futur. Tout le monde n’a peut-être pas pris la mesure de l’événement, mais qu’importe: l’essentiel est dans le travail fourni au cours des deux journées de réunion, de lundi à mercredi, et de la mise en place d’une nouvelle équipe qui conduira les travaux de la FEJ dans les trois années à venir.

Que retenir de cette assemblée générale?

D’abord, en ouverture, la prestation de la ministre de la Culture et de l’Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles: Fadila Laanan n’a pas seulement prononcé un discours qui est allé au cœur des préoccupations des journalistes (http://europe.ifj.org/fr/articles/le-journalisme-en-tant-que-bien-public-selon-mme-laanan), elle a aussi répondu à une interpellation directe de l’assemblée,montrant ainsi, si besoin en était, qu’elle connaît les problèmes auxquels les journalistes sont confrontés. Des confrères français en ont d’ailleurs immédiatement twitté qu’ils échangeraient bien leur ministre contre la nôtre: on aura apprécié, chez Aurélie Filipetti!

Ensuite, la qualité des débats, qui ont porté sur les deux grands volets de l’action de la FEJ: la précarisation croissante du métier, dans toute l’Europe, et la défense de la liberté de la presse, comme l’illustrait la séquence tournée en début d’assemblée par Televesdre

Précarisation croissante, illustrée par une excellente interview de ma consœur et amie chypriote, Androula Georgiadou, réalisée par un jeune confrère de la «Meuse-Verviers», Jean-Philippe Embrechts: les motions adoptées par l’assemblée (http://europe.ifj.org/assets/docs/088/226/9ccbd58-37259e2.pdf) et aussi la Déclaration sur  Chypre (http://europe.ifj.org/assets/docs/084/178/2a17054-0fd8cb2.pdf) ont souligné que l’austérité aveugle ne constitue pas une réponse à la crise économique, et que si les journalistes ne veulent pas être exemptés des mesures générales qui touchent la population, leur rôle dans une société démocratique est encore plus menacé par cette austérité à tous crins.

Liberté de la presse: une motion belge sur la liberté de la presse en Turquie, l’exposé fait par Mehmet Koksal sur la situation actuelle dans ce pays, et la résolution de poursuivre, avec le nouveau comité directeur de la FEJ, l’action entreprise en la matière par le comité directeur sortant ont remis une nouvelle fois la situation dramatique des journalistes turcs emprisonnés à l’ordre du jour. Mais une déclaration, aussi, sur les nouvelles attaques subies par le grand journalistes franco-israélien Charles Enderlin, soumis à des attaques sournoises en raison de sa couverture du conflit israélo-palestinien, a voulu exprimer le soutien sans faille de la FEJ au journalisme libre et critique.

Nouveau SCLe travail reste à mener par la nouvelle équipe mise en place lors de cette assemblée générale, mais les délégués sont repartis de Verviers, gonflés à bloc. Pour la plupart d’entre eux cette visite en province de Liège, complétée mardi soir par une balade dans la Cité Ardente, était une première: toutes et tous sont repartis enchantés de leur séjour. Il y a là peut-être comme un signe encourageant pour l’ancienne cité lainière….