Alerte, la censure fait son apparition aux USA!


Les masques sont tombés à la Maison-Blanche: après les attaques ad hominem de Donald Trump, contre des journalistes trop critiques qui avaient notamment osé évaluer correctement les foules venues assister à sa prestation de serment, un nouveau pas a été franchi ce vendredi: des médias ont été interdits d’entrée au point de presse de son porte parole, Sean Spicer.

censure-aux-usaCNN, le New York Times, le Los Angeles Times, la BBC et Politico ont été au nombre des médias ainsi frappés d’interdits professionnels par le chef d’un État qui, jusqu’à ce jour, pouvait être qualifié de plus grande démocratie du monde.

La meilleure réponse à apporter à pareil obscurantisme est la solidarité professionnelle: le boycott de la conférence de presse par les journalistes du Time Magazine ou de The Associated Press a parfaitement répliqué à l’outrage ainsi fait à la liberté de la presse: leur solidarité est l’honneur de la profession.

Les représentants de Breitbart News (dont le patron fait partie de l’administration Trump: bonjour l’indépendance!) et de One American News Network (OAN), autorisés, eux, à gagner la salle de presse, s’y sont précipités. Sans surprise. ABC News et CBS les ont malheureusement imités. On sait désormais qu’il ne faut pas compter ces médias au rang des défenseurs de la liberté de la presse; cela n’empêchera pas la solidarité professionnelle de leur bénéficier, le jour où, à leur tour, ils subiront des mécomptes.  Car tôt ou tard, certains d’entre eux feront l’objet de l’ire du satrape de la Maison-Blanche.

Cela a été le cas, notamment, l’an dernier, en Turquie, quand des médias qui avaient approuvé précédemment les mesures répressives à l’égard de certains de leurs confrères prises par le gouvernement Erdogan ont, à leur tour, vu leurs journalistes emprisonnés et leurs bureaux fermés, dans le cadre de la répression à grande échelle du coup d’État avorté de la mi-juillet.

Aux États-Unis, on n’en est pas (encore?) là. Mais en refusant l’accès au point de presse, tel, naguère, les dirigeants médiocres d’un club de football professionnel belge, les responsables de la Maison-Blanche ont franchi un premier pas vers la censure. Il est plus que temps de les arrêter!

Quatorze ans après les mêmes questions… sans réponses


donald-trumpOn se rassure comme on peut, en se disant que le président Donald Trump se différenciera forcément du candidat Donald Trump. Parce que la fonction fait l’homme; parce qu’il sera entouré d’une équipe; et parce qu’il devra tenir compte d’un Congrès dont la majorité républicaine n’est pas forcément la sienne. Tout cela est sans doute vrai, mais un fait est plus important qu’un lord maire: les États-Uniens ont élu, mardi, un butor, raciste et machiste, à la tête de leur pays. Comme pour rappeler cet aphorisme attribué à Winston Churchill: la démocratie est le pire des systèmes… à l’exception de tous les autres.

Avec cette élection qu’aucun sondage n’avait annoncé, le 8 novembre 2016 rejoint le 21 avril 2002 dans l’histoire des cauchemars politiques. Et comme au jour où Jean-Marie Le Pen avait bouleversé la France en se hissant au deuxième tour de l’élection présidentielle de cette année-là, au détriment de Lionel Jospin, on entend des questions auxquelles quatorze années de distance n’ont toujours pas apporté de réponses: comment de tels individus dépourvus de toute crédibilité peuvent-ils se hisser aux portes du pouvoir, ou, pour Trump, au pouvoir lui-même? Pourquoi les politiques et les médias n’ont-ils pas compris la colère, ou le désespoir populaire, qui conduit à pareil extrême? Comment un fossé s’est-il creusé entre la population et celles ou ceux qui entendent la diriger?

Pour ce qui est des médias, la réponse n’est peut-être pas trop malaisée à apporter: elle va d’un désinvestissement général dans les rédactions, qui a réduit de plus en plus les initiatives de reportages sur le terrain, à l’accélération de l’information qui, à l’ère du Web, s’est faite au détriment de l’enquête en profondeur. Avec aussi une pratique courante, entre journalistes et mandataires politiques, de moins en moins souvent sollicités par les journalistes sur des thèmes choisis par ceux-ci, mais qui accordent en fonction de plans de communication dûment établis des entrevues sur des thèmes qu’ils ont eux-même déterminé. Et puis une «pipolisation» de l’information: les péripéties des aventures des fumeuses soeurs Kardashian étaient sans doute mieux connues des électeurs américains que le détail des programmes des deux principaux candidats à la présidence qu’ils devaient départager, et qui se sont surtout échinés à s’étriper.

Côté politique, on épingle, comme il y a quatorze ans, la distance de plus en plus grande entre électeurs et élus; la professionnalisation de la fonction politique; l’incapacité de certains à quitter l’exercice du pouvoir, ou l’accaparement de mandats politiques par de véritables dynasties. Les nouveau venus ont souvent du mal à forcer les portes d’un milieu qui apparaît décidément inaccessible.

Le rejet de ces «dynasties» a sans doute fait le succès de Donald Trump: Jeb Bush, le cadet de la famille, a été éliminé dans les tout premiers rounds de la primaire républicaine. Et Hillary Clinton a vraisemblablement payé à la fois le fait que, depuis 1992, elle fait partie du paysage politique, et le fait qu’elle ait brigué à distance la succession de son propre époux.

À ne pas négliger, non plus, l’écart entre les promesses et les actes politiques: la pratique des coalitions, chez nous, rend inévitable pareille distanciation. On est néanmoins curieux de voir si Donald Trump respectera, lui, de ses engagements électoraux, de la construction d’un mur à la frontière mexicano-américaine à la relance de l’exploitation du pétrole de schiste ou  à la taxation douanière des produits d’importation. S’il le fait, le monde sera plongé dans l’inquiétude; s’il ne le fait pas, il commettra à l’égard de ses électeurs la faute qu’il a imputée, précisément, à ses adversaires dans la course à la Maison-Blanche

Il faudra peut-être aussi, pour expliquer l’échec de la candidate démocrate, mesurer l’impact de la révélation de l’avantage indu qui lui a été accordé au cours de la campagne des primaires, quand, avant un débat qui devait l’opposer à Bernie Sanders, son inattendu rival, elle a été informée par la présidente par interim du parti de deux questions qui allaient leur être posées le lendemain. On s’étonnera après cela qu’une bonne part des jeunes que Bernie Sanders avait réussi à mobiliser, avec des propositions lui aussi largement démagogiques, ne se soient plus dérangés pour venir voter ce mardi.

On ne doit pas enfin éluder la responsabilité des électeurs eux-mêmes: le distinguo classique entre des candidats ou des partis racistes ou xénophobes et leur électorat est un trompe-l’oeil: comment peut-on prétendre que les électeurs qui accordent leur soutien à ces candidats et à ces formations ne partagent pas eux-mêmes peu ou prou leur racisme et leur xénophobie?

Tout cela pourrait-il se produire chez nous? Chez nos voisins français, on imagine déjà 2002 en pire, avec une possible élection à la présidence de Marine Le Pen, pourtant héritière politique de son père, et elle aussi au coeur d’une «dynastie» qui n’entend pas partager son pouvoir.

Pas sûr que la comparaison fasse raison. Mais les récents propos du commissaire européen Oettinger sur le refus de la Région wallonne de signer le Ceta,le traité de libre-échange canado-européen, ou le commentaire du président de la Commission, Jean-Claude Juncker, à propos du mécanisme de ratification des traités dans notre pays ont irrité même des Wallonnes et des Wallons qui n’avaient pas soutenu la position de la majorité PS-cdH. Il n’en faut pas plus pour détruire l’image des dirigeants de l’Union Européenne aux yeux de l’opinion. Un peu comme l’establishment américain s’est déconsidéré auprès de son électorat.

Certes,selon la formule célèbre, quand le gouvernement n’a plus la confiance du peuple, il suffit de dissoudre le peuple. Mais la réaction de celui-ci est, à l’instar des éruptions volcaniques périodiques, d’une violence rare. Et quand pareille explosion se produit, comme en ce 8 novembre 2016, chacun se lance dans une grande introspection. Sans réponse. Jusqu’au prochain séisme politique sans doute…

 

TTIP, CETA: la peur est rarement bonne conseillère…


Quelques jours après les élus de la majorité au Parlement wallon, à propos du CETA, l’accord de libre-échange entre l’Union Européenne et le Canada, c’est Greenpeace qui, cette semaine, a sonné une énième charge contre le TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership), le traité transatlantique, en cours de négociation entre la même Union Européenne et les États-Unis. Avec dans l’un et l’autre cas, un discours anxiogène: le CETA ne «rassure pas» les députés wallons (qui n’ont guère précisé de quoi leur inquiétude se nourrissait); tandis qu’à en croire l’ONG de défense de l’environnement, le TTIP se préparerait à faire sauter tous les verrous européens en matière, notamment, de protection de la santé.

Y a-t-il lieu de s’inquiéter? S’agissant des élus wallons, tout d’abord, il me paraît assez étonnant que le CETA les préoccupe, notamment parce que le mécanisme d’arbitrage que l’Union Européenne s’efforce d’y faire inscrire  (une chambre judiciaire composée paritairement et dotée d’une instance d’appel, pour trancher les différends entre États et investisseurs privés) ne leur donne pas toutes les assurances voulues, alors qu’ils ont déjà largement approuvé l’ISDS (Investor-State Settlement Dispute), ce mécanisme purement privé, largement contesté, dans nombre d’accords économiques bilatéraux conclus par l’Union Européenne et ratifiés par la Belgique, sans objection wallonne.

S’agissant de Greenpeace, TTIP USA-UEla technique utilisée à propos du TTIP me paraît singulièrement spécieuse. Car pour appuyer sa démonstration, l’ONG s’appuie sur des documents en cours de négociation, où de nombreux crochets indiquent les options toujours à trancher.

En déduire que, d’office, le résultat final de la négociation sera défavorable aux Européens témoigne d’un singulier manque de confiance de Greenpeace dans les négociateurs européens… et dans ses propres instances: au même titre que de nombreuses associations, l’ONG est des «parties intéressées» écoutées, lors de chaque round de négociation, par les divers négociateurs. Écoutées et pas entendues? C’est peut-être que leurs arguments ne sont pas suffisamment pertinents? On pourra vraiment en juger, quand la négociation sera conclue, et quand un texte complet sera soumis à l’examen des Parlements nationaux, et chez nous, régionaux et communautaires…

Bien sûr, le TTIP, et notamment le secret qui entoure sa négociation, prête largement le flanc à la critique. Mais l’argumentaire développé par les opposants témoigne d’une étroitesse de vues rarement annonciatrice de succès.

Pourquoi, par exemple, Greenpeace et les ONG de défense de l’environnement ne prennent-elles pas contact avec leurs homologues Outre-Atlantique, pour peser de la même manière sur les deux interlocuteurs de la négociation? Pourquoi nos politiques ne prennent-ils pas le pouls d’élus états-uniens, ou canadiens, à propos du CETA, pour coordonner leurs actions? Savent-ils, par exemple, qu’aux États-Unis, certains attendent du TTIP un…renforcement des normes environnementales, pour s’aligner sur celles qui leur apparaissent les plus rigoureuses, les… européennes?

Construire un front transatlantique est il est vrai beaucoup plus ardu que crier haro sur le baudet, de notre côté de l’océan. Il y a un peu plus de vingt ans, nos syndicats, qui dénonçaient la mondialisation, signaient un accord social pour favoriser le transfert, vilipendé Outre-Rhin, de Cologne à Liège des activités aéroportuaires de TNT Express…

FrometisDans le domaine agricole, Marc Tarabella, un des députés européens belges les plus actifs… et des plus médiatiques, annonce, lui, l’apocalypse pour l’agriculture européenne, si le TTIP est conclu.Mais jamais il ne dit par exemple que… les producteurs de fromages européens au lait cru pourraient en bénéficier largement.

On serait curieux de connaître l’opinion, à ce propos, des producteurs de camembert, ou de… fromage de Herve. Pourvu, bien sûr, que l’Union Européenne obtienne un résultat sur la défense des «Indications géographiques», qui fait partie de la négociation.En contrepartie d’une ouverture du marché européen au bœuf aux hormones ou au poulet lavé au chlore, brandis régulièrement par des opposants au TTIP. Et alors? Aucun consommateur européen, que l’on sache, ne serait, si tel est le cas, tenu de consommer de tels produits.

Alors, oui ou non au TTIP ou au CETA? S’agissant du TTIP, on jugera sur pièces. Mais avant de se prononcer, il sera peut-être utile de réfléchir à l’alternative suivante: s’insérer dans un mécanisme global, avec tous les risques qu’il comporte, pour faire prévaloir des normes sociales ou environnementales, souvent invoquées à l’égard par exemple d’une production chinoise décrite comme déloyale; ou rester en-dehors, et laisser les autres partenaires, dont la Chine et les États-Unis notamment, imposer leurs critères au commerce mondial, en marge duquel l’Europe ne peut rester. Et encore moins la Wallonie…