Une solidarité propre aux journalistes

Une solidarité propre aux journalistes


Il a été (évidemment) question du conflit aux Édition de l’Avenir, ce samedi, à l’assemblée générale de l’Association des Journalistes Professionnels (AJP). Le conflit social, toujours en cours, et surtout la manière exemplaire dont les journalistes du groupe l’ont mené (et continuent à le faire) a été saluée, notamment par le vote unanime d’une motion de soutien.

Le vote de cette motion a traduit la solidarité de tou(te)s les journalistes francophones et germanophones, quel que soit le média pour lequel ils ou elles travaillent,  pour vote-de-la-motion-de-soutienleurs consœurs et confrères confrontés à une vague de licenciements dont les effets restent à mesurer. Il reflète aussi une spécificité d’une profession, que les organisations syndicales classiques ont décidément grand peine à prendre en compte.Le conflit aux Éditions de l’Avenir a effectivement été marqué, ces derniers jours, par la dénonciation unilatérale par les organisations syndicales de l’accord de coopération qui les liait, depuis une bonne dizaine d’années, à l’AJP et à la société des rédacteurs (SDR). Ce front commun, forgé lors d’un précédent social, avait permis, à l’époque, de limiter les dégâts. Il n’avait pas fonctionné sans heurts, mais avait tenu bon jusqu’ici.Pourquoi a-t-il pris fin?Un plan social aussi brutal que celui mis en œuvre par Nethys aux Éditions de l’Avenir crée inévitablement des tensions en interne.

Mais la restructuration d’un journal a des aspects spécifiques, que les deux organisationssyndicales en lice n’ont pu, ou n’ont voulu, prendre en compte, dans un débat pollué dès le départ par la proximité de l’une d’entre elles, avec les dirigeants de l’actionnaire principal.

La portée du débat politique et médiatique engagé sur le sort des Éditions de l’Avenir a Motion de soutienainsi manifestement échappé aux responsables syndicaux en charge du dossier.

«La restructuration de NLMK à Clabecq suscite elle aussi pas mal de remous» a expliqué l’un d’entre eux. Le constat est exact. Mais les causes de ces remous sont différentes. Dans ce cas-ci, c’est la combativité des sidérurgistes, que j’ai bien connue lorsque je couvrais la restructuration de la sidérurgie liégeoise, qui fait déborder le conflit du cadre strict des entreprises concernées. Mais lectrices ou lecteurs de journal ont avec leur quotidien une relation personnelle voire philosophique avec son quotidien, qu’ils n’ont pas avec la canette de boisson achetée dans leur grande ou moyenne surface habituelle ou avec leur voiture.Il y a de nombreuses années, j’avais visité l’usine de Wolfburg, en Allemagne, siège central de Vokswagen, où on m’avait montré l’emboutissement de tôles à flans soudés (c’est-à-dire une tôle dont l’épaisseur varie selon les endroits où on la mesure) dont j’avais assisté à la production, quelques heures auparavant, en région liégeoise. Le service de communication de Cockerill-Sambre, à l’époque, avait parfaitement fait son travail. Mais ce constat ne m’a pas poussé, pour la cause, à changer de marque de voiture. Et quand j’achète une canette, je ne vérifie pas si l’acier dont elle est faite a été produite à Liège, à Charleroi, à Gand, à Fos-sur-mer ou en Chine. Essayez, par contre, de convaincre une lectrice ou un lecteur de quotidien de changer de journal: il vous faudra des trésors d’imagination pour vaincre sa réticence!

De même si l’existence de «listes noires» est évoquée dans tous les graves conflits sociaux, elle est le plus souvent évoquée pour dénoncer les risques pris par des délégués ou par des travailleurs particulièrement engagés pour défendre l’emploi de leurs collègues.Dans le cas d’un journal, et plus précisément des Éditions de l’Avenir, elle traduisait la volonté potentielle de l’actionnaire de se débarrasser de journalistes particulièrement indépendants. Si l’existence de cette liste n’a pas (bien entendu) pas été confirmée, une allusion (indirecte) y a été faite par Stéphane Moreau lui-même: en conseil d’administration d’Enodia, le nouveau nom de Publifin, le patron de Nethys a avoué que désormais, il n’oserait plus licencier un(e)s seul(e) journaliste qui avait traité le dossier, sans être accusé de vouloir régler ses comptes.

Les motifs de l’engagement particulier des journalistes dans le conflit aux Éditions de l’Avenir a ainsi échappé aux syndicats. En témoigne notamment la manière dont ils ont ignoré volontairement une motion unanime du personnel réclamant la sortie du groupe du périmètre de Nethys. Bel exemple de démocratie syndicale, et en même temps témoignage éclatant de leur volonté de traiter la restructuration comme n’importe quelle restructuration! La préoccupation de voir Nethys assumer la responsabilité des dégâts qu’il cause était légitime; le rejet, par exemple, de toute hypothèse de «portage» par la Région wallonne, montre l’étroitesse de la réflexion syndicale sur le volet sociétal du conflit.

La défense obstinée de leurs droits par les journalistes portait sur la nature même du quotidien, et ce qui est remarquable aux Éditions de l’Avenir, c’est que les autres catégories du personnel, tout aussi attachées à leur produit, l’ont bien ressenti: des employé(e)s ont demandé, et obtenu, l’accès à la dernière assemblée générale des journalistes, organisée par l’AJP. Pour (enfin) être bien informés des derniers développements du dossier? Ou parce qu’ils étaient bien conscients que c’est à l’action des journalistes qu’ils devaient l’augmentation de 100 euros bruts par mois (cf. un billet précédent sur ce blog) pour tou(te)s les partant(e)s en RCC (régime de chômage avec complément d’entreprise), concédée par la direction aux syndicats au moment du seul jour de grève des journalistes. Espérant, en vain, désamorcer leur mouvement, heureusement conclu le dimanche suivant.

On ne peut exclure que cette perte d’audience des syndicats aux Éditions de l’Avenir ait provoqué leur raidissement. Ce n’est pas la seule entreprise, hors secteur médiatique, où ils sont pourtant confrontés à des organisations auxquelles des professionels d’un secteur font plus confiance pour défendre leurs droits. «Des organisations corporatistes», dénoncent-ils, dans une invective qui sent à la fois le médiéval et le soufre: les mouvements fascistes des années 30, du fascisme mussolinien au régime de Vichy prônaient le retour aux corporations.

L’injure est l’arme des faibles. Entre-temps, les syndicats autonomes de conducteurs de train ont réussi à s’imposer dans le débat social, au sein de la SNCB. Et chez Ryanair, on a vu la CNE bruxelloise prendre le pas des associations de pilote, tandis que le Setca restait à l’écart, au point de ne pas appuyer les grèves qui y ont imposé la négociation sociale à un patron aussi dure que Michael O’Leary.

Aux Éditions de l’Avenir, les syndicats ont, involontairement je l’espère, joué exactement la partition que Stéphane Moreau attendait d’eux. C’est incontestablement un recul. On n’en rejettera pas le bébé avec l’eau du bain pour la cause: les organisations syndicales sont et restent des acteurs essentiels de la défense des droits et du dialogue social. Mais quand leur appareil songe aussi, voire d’abord, à se défendre lui-même, ils perdent de leur crédibilité.

Cela n’échappe pas à des journalistes, habitués à la critique. Qui savent que leur union professionnelle comprend leurs préoccupations et défend leur cause. Et où ils trouvent la solidarité de celles et ceux dont ils sont habituellement des concurrents.

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Un «privilège» scandaleusement mis en cause


Paolo Borrometi, Sandro Ruotolo, et Michele Albanese ne vivent pas la vie de M. et Mme Toutlemonde. Au congrès de la FNSI, la Fédération nationale de la Presse italienne, à laquelle j’ai participé cette semaine, ils étaient présents, accompagnés de leurs gardes du corps. Des policiers en civil, détectables à leur oreillette, qui les accompagnent partout, même quand ils vont aux toilettes. Qui les attendent à la sortie de leur domicile ou de leur hôtel, pour les faire embarquer dans une voiture banalisée, munie d’un gyrophare bleu.

La raison? Paolo Borrometi, Sandro Ruotolo et Michele Albanese s’en sont pris à la Mafia sicilienne, ou à une de ses déclinaisons régionales en Italie. Et ils sont menacés de mort.

Récemment, le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini (Lega, extrême-droite) a évoqué le «privilège» dont bénéficient ces journalistes. Et il s’est demandé s’il convenait de le leur maintenir

Tous trois ont évoqué ces propos du leader populiste à la tribune d’un congrès, indigné par ces propos.

Acompagné du président de la FNSI, Beppe Giulietti, Paolo Borrometi s’en est aussi entretenu avec des habitants de Levico Terme, la petite station thermale du Trentin où le congrès des journalistes italiens faisait étape.

Beppe Giuletti présente Paolo Borrometi et son livre

«En fait de privilège, leur a-t-il expliqué, il m’est impossible, pour raisons de sécurité, d’aller voir un match de football. D’assister à un concert. Ou simplement de répondre à l’invitation à l’improviste d’un ami qui me propose de venir manger chez lui».

Paranoïa? Vraiment pas. Il y a d’abord eu le vol du disque dur de son ordinateur, qui contenait nombre de données recueillies dans son enquête sur les propriétaires siciliens qui font cueillir les tomates-cerises dont les champs s’étendent à perte de vue par des Roumaines à la fois exploitées économiquement et sexuellement. Pour les exporter dans toute l’Italie, dans toute l’Europe, et au-delà, pour recueillir des bénéfices colossaux: au Canada, le kilo de tomates-cerises, qui leur a coûté 0,14 euros à la production, se vend à 15 dollars…

Sans compter que les camions qui transportent ces tomates et qui, le plus souvent, ne sont pas contrôlés, peuvent aussi véhiculer de la drogue. Ou des armes.

Il y a eu ensuite cet attentat à la voiture piégée qui le visait, et dont il n’a réchappé que grâce à la vigilance de policiers qui avaient intercepté les tueurs à temps.

La rencontre était organisée à l’initiative d’une librairie locale. Une initiative citoyenne.

Car il en va de la responsabilité citoyenne, a insisté Paolo Borrometti: dans le simple achat automatique de tomates-cerises, on peut, ou non, soutenir l’activité criminelle de ces réseaux mafieux.

Pas évident, sans doute, de s’en rendre compte quand on les voit à l’étal d’une grande surface. Mais des labels garantissent l’origine de certains légumes et agrumes, a rappelé notre confrère. Et l’exclusion d’un producteur mafieux de ces labels a coûté à ce dernier «des millions d’euros». On comprend la fureur que son travail a suscitée.

On parle, avec raison, régulièrement des journalistes assassinés dans le monde. On dénonce l’impunité scandaleuse de leurs assassins. Mais si le nom de Jamal Kashoggi, ce journaliste saoudien massacré au consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul, a fait le tour du monde, trop peu de personnes parlent des Paolo Borrometi, Sandro Ruotolo, et autre Michele Albanese

Un autre témoignage a impressionné les congressistes: celui de Luigi Ciotti.

L’homme n’est pas n’importe qui.

C’est tout d’abord un prêtre. Un prêtre à un congrès de journalistes? J’entends déjà l’ironie: ailleurs qu’en Italie, impossible!

Mais Luigi Ciotti est bien plus qu’un prêtre «de base» (voir le reportage ci-dessous, si vous comprenez l’italien): engagé depuis les années 1960 dans l’aide aux personnes en situation de grande précarité, et notamment les toxicomanes, il est, depuis les années 1990, un adversaire résolu de (nous y revoilà!) la Mafia. Et à 74 ans, il a une combativité remarquable. Son invitation, aux journalistes italien(ne)s, à ne pas se contenter de l’information-spectacle, à traquer la vérité, ne déparait à dire vrai pas dans un congrès de professionnels de l’information.

Avec les témoignages des trois confrères vivant sous protection, elle rappelait le rôle démocratique central des journalistes. Qui doivent en être bien conscients, et l’assumer. Mais que les politiques devraient respecter, n’est-ce pas, M. Salvini?

Éditions de l’Avenir: les 2% qui révèlent l’intention


Les masques sont tombés, ce lundi, aux Éditions de l’Avenir avec la fin de non-recevoir brutale opposée par la direction, obéissant aux ordres venus d’en haut, à la demande de l’Association des Journalistes Professionnels d’application d’une convention de travail et de rémunération des journalistes du groupe. Cette demande aurait eu pour effet d’améliorer de… 2% l’offre faite aux journalistes susceptibles de partir en RCC (Régime de chômage avec complément d’entreprise) et donc de rendre possible l’exécution du plan social signé par les syndicats il y a quelques semaines. Le refus de la direction témoigne, en dépit des dénis répétés de Nethys, l’actionnaire unique des Éditions de l’Avenir (EdA), de sa volonté de licencier des journalistes ciblés, notamment ceux qui ont relaté les débats nés des graves dysfonctionnements relevés tant au sein de Nethys que de son actionnaire public, l’intercommunale Publifin aujourd’hui rebaptisée Enodia.

L’existence d’une telle «liste noire» a été évoquée, il y a de nombreuses semaines déjà, par l’hebdomadaire «Le Vif»; elle a été démentie rapidement et à plusieurs reprises tant par la direction des Éditions de l’Avenir que par l’actionnaire principal de la société. Tout laisse entendre que sa réalité sera démontrée dès lundi prochain, quand la même direction des EdA transmettra au ministère de l’Emploi, une liste de cinquante noms, dont une majorité de personnes visées par un licenciement «sec», essentiellement des journalistes, dans l’espoir de faire reconnaître l’entreprise comme entreprise en restructuration.

Kris Peeters, ministre fédéral de l’Emploi, n’aura peut-être guère d’attention pour ce dossier: il lui serait bon de se rappeler que sa nature n’est pas essentiellement économique, mais politique, sociétale et démocratique. Et que la précipitation en la matière serait mauvaise conseillère.

Un accord incontesté

L’argumentation développée hier par le porte-parole de Nethys démontre la faiblesse du démenti qu’il a à nouveau apporté ce lundi à l’existence d’une «liste noire» de journalistes.

«L’AJP, explique-t-il, conteste un accord intervenu un décembre dernier dans le cadre du plan de restructuration (NB: enfin un aveu: jusque-là, la direction parlait toujours hypocritement de «plan de redéploiement») de L’Avenir, approuvé par 84% du personnel».

Premier enfumage: l’Association des Journalistes Professionnels ne conteste pas cet accord, dont le personnel n’avait approuvé que le principe, mais pas le contenu.

Elle a simplement demandé que, dans le cadre de ce plan, la direction des EdA applique les dispositions de la convention de travail et de rémunération des journalistes qu’elle a délibérément choisi d’ignorer. Comme, pour rappel, elle avait choisi de contourner un autre accord, sur la nomination d’une rédactrice ou d’un rédacteur en chef, pour imposer un directeur des rédactions frappé par une motion de défiance générale.

La demande de l’AJP ne remet donc pas en cause cet accord. Elle ne vise pas non plus à obtenir pour les journalistes un quelconque privilège: revendiquer le repect d’un accord social est un droit. Par surcroît, l’application de cette convention améliorerait un fifrelin (2%: un total de 180000 euros sur un coût global de 9 millions) l’offre faite aux journalistes susceptibles de partir en RCC et aiderait donc à atteindre l’objectif des 50 équivalents temps-plein (ETP) que le plan social a fixé. Le refus de la direction témoigne clairement de sa volonté de passer par des licenciements ciblés. De quoi accréditer l’idée d’une «liste noire».

Qui est qui?

«Les dispositions de cet accord ont été négociées entre la direction des Éditions de l’Avenir et les syndicats et en aucun cas avec Nethys»  ajouté le porte-parole.

Qu’en termes pesés cette chose-là est dite: oui, la direction des Éditions de l’Avenir a négocié l’accord. Mais pas de manière autonome. Sous contrôle de son conseil d’administration, d’abord, présidé par Pol Heyse, dirigeant de Nethys et quasi-exclusivement composé de représentants de Nethys, actionnaire unique de l’entreprise!

Alors, on peut jouer sur les mots. Mais la réalité du pouvoir au sein des Éditions de l’Avenir est évidemment chez Nethys. S’il n’en fallait qu’une preuve supplémentaire, son administrateur-délégué est… salarié de Nethys. Les multiples suspensions de séance, au cours des négociations, sollicitées par la direction qu’on devinait demander ses instructions à Liège, en est une autre. Et la preuve cardinale en est le maintien à son poste d’un directeur des rédactions imposé par Stéphane Moreau, administrateur-délégué de Nethys, qui entend le maintenir contre vents et marées, et malgré les avis contraires de la direction même des EdA!

Le porte-parole de Nethys est payé pour tenter de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Mais la ficelle utilisée, là, est vraiment trop grosse. Et son démenti sur l’existence d’une «liste noire» de journalistes tombe à plat. Heureusement, dans la vie réelle, le nez de celles et ceux qui disent ce qui n’est pas ne s’allonge pas, comme celui de Pinocchio!

Où notre contradicteur a parfaitement raison, par contre, c’est quand il rappelle que le plan social a été négocié entre la direction des EdA et les syndicats, avec des délégués de l’AJP présents au titre seulement d’observateurs. L’AJP n’a donc pas signé cette convention, négociée à la hussarde, et sous une pression du temps tout à fait artificielle (l’intention de licencier a été annoncée le 24 octobre, et tout devait être bouclé pour le 21 décembre: cette négociation aurait pu, ou plutôt dû, être entamée au moins trois mois plus tôt!). L’eût-elle fait, comme elle avait été invitée à le faire chez Rossel, par exemple, une clause discriminatoire à l’égard des journalistes n’y aurait pas été maintenue. Faute d’atteinte de l’objectif de 50 EQT, y lit-on, il sera procédé à des licenciements… de journalistes.

Et après cela, on nous baladera encore en prétendant qu’il n’existe pas de liste préétablie? Mieux vaut lire ou entendre cela que d’être sourd ou aveugle, dira-t-on. Pas sûr…

Bart De Wever abandonne les Anversois pour (tenter de) redonner du «peps» à la Flandre


Bart De Wever a donc voulu frapper fort: à peine réinstallé dans le fauteuil mayoral d’Anvers, le président de la N-VA s’est annoncé candidat à la présidence du gouvernement flamand, et dans la foulée a «poussé» Jan Jambon, pourquoi se gêner, comme candidat Premier ministre fédéral.

Au moins les choses seront-elles plus claires après les élections de mai prochain: en mettant ainsi les mains dans le cambouis, Bart De Wever n’apparaîtra plus, comme cela a été régulièrement le cas au cours de la législature qui s’achève, une espèce de shadow Premier ministre, prêt à semer la zizanie quand le fédéral semblait trop ronronner à son goût.

Il n’empêche, son annonce est d’abord une trahison de ses engagements à l’égard des Anversois, dont il a sollicité le vote, en octobre dernier, comme candidat bourgmestre.

La comparaison avec Paul Magnette, à cet égard, est significative: le bourgmestre de Charleroi figurera sur la liste européenne du PS en mai. Mais pour défendre ses idées, car le message est clair: il ne siégera pas au Parlement européen, même s’il y est élu, malgré cette posture assez particulière, mais il restera mayeur de Charleroi comme il s’y était engagé en octobre. Au contraire des électeurs carolorégiens, les électeurs anversois, aujourd’hui, doivent se sentir cocus…

Que Bart De Wever se profile en tant que candidat ministre-président flamand est significatif de trois choses. Il avoue ainsi d’abord son incapacité à construire une coalition fédérale avec des partis francophones, surtout si le PS, ce qui reste à démontrer, réussit la «remontada» qu’a annoncée, avec une certaine forfanterie, son président, Elio Di Rupo, lors de la séance des vœux du parti.

En principe, au niveau flamand, le président de la N-VA aura moins de mal à conclure… à condition que son parti se rende à nouveau incontournable. Et s’il s’engage de la sorte, c’est peut-être parce qu’il craint que le reflux de son parti au profit du Vlaams Belang, amorcé aux récentes élections communales, ne s’amplifie, ce qui permettrait peut-être la formation d’une coalition dont la N-VA serait exclue. En montant en ligne, le bourgmestre anversois qui reste un des hommes politiques les plus populaires de Flandre, espère bien enrayer le mouvement.

Le troisième constat est que Geert Bourgeois, renvoyé à l’Europe, n’a pas réussi à donner à son gouvernement une visibilité suffisante en Flandre, où au fil des ans, l’électeur commence à se rendre compte que, contrairement à ce que proclamait un slogan en vogue il y a quelques années, ce que la Flandre fait elle-même, elle ne le fait pas forcément mieux. Le déclin de son enseignement, qui commence à inquiéter le corps enseignant, en est un signe.

Le gouvernement Bourgeois n’est pas le premier à souffrir de ce manque de visibilité. Dans le passé, les gouvernements Peeters, Leterme, ou Somers ont souffert du même handicap. Tandis que le gouvernement wallon parvenait, par exemple, à donner à son «Plan Marshall» une notoriété nationale, voire internationale, le document VIA (Vlaanderen in Actie) de son pendant flamand restait confiné, lui, dans une désolante confidentialité.

Il n’est pas indifférent non plus de constater que les prédécesseurs de Geert Bourgeois, Kris Peeters et Yves Leterme, sont ensuite «montés» au gouvernement fédéral. Comme si, par un étrange paradoxe, les dirigeants de la région la plus autonomiste du pays considéraient toujours le fédéral comme un niveau de pouvoir supérieur.

Bart De Wever espère peut-être renouer, à la tête du gouvernement flamand, avec l’engouement qu’avait suscité, à la fin des années 90, l’équipe Van den Brande, avec son célèbre slogan Vlaanderen 2002 qui annonçait, ou semblait promettre, une quasi indépendance de la Flandre pour le sept centième anniversaire de la Bataille des Eperons d’Or. L’élan romantique a fait long feu, les Flamands de 2019 ne croient plus au père Noël…

Jean, Cédric, Jean-Paul, Dominique, Anne, Jean-Marc, Catherine: une liste trop longue


Il est des journalistes dont la mort fait l’actualité de la presse mondiale: les retombées de l’assassinat horrible de Jamal Kashoggi, célèbre critique du régime saoudien, n’ont pas fini de perturber les relations internationales de l’Arabie Saoudite.

Il est des journalistes dont le meurtre ébranle toute l’Europe: les disparitions brutales de Daphné Caruana Galicia, à Malte; de Jan Kuciak en Slovaquie; et de Viktoria Marinova en Bulgarie ont jeté une lumière crue sur les rapports obscurs entre le monde politique et les milieux mafieux.

Et puis à côté de tous ces journalistes victimes de mort violente, dont les répertoires annuels rappellent un sacrifice d’autant plus insupportable que dans neuf cas sur dix, leurs assassins restent impunis, il y a toutes celles et tous ceux dont le décès frappe ne foudroie «que» leurs collègues, leurs consœurs et leurs confrères.

Disparu soudainement en ce début de semaine, Jean s’est joint à la liste des collègues qui, depuis le grand départ de Catherine, il y a trois ans et demi, ont laissé les journalistes de «L’Avenir» dans l’affliction. Emportés comme eux soit par la maladie, soit de manière tout à fait inopinée, Cédric, Jean-Pol, Anne, Dominique et Jean-Marc ont laissé dans l’eau des trous, qui comme le chante Brassens, «jamais ne se refermeront».

Un collègue, mais surtout un mari, un papa, un fils, un frère, a été arraché à l’amour des siens, à l’affection de ses voisins de bureau et de toute une rédaction.

La fatalité? Peut-être! Mais la répétition de ces décès, que la rédaction de «L’Avenir» n’est pas la seule à subir, doit interpeller. Car s’il est rassurant de tenter une explication pour chacun d’entre eux – «il était fort porté sur la boisson»; «elle fumait depuis longtemps»; «son père est décédé de la même manière, au même âge»– il est un élément caractéristique de notre profession dont les effets n’ont jamais été vraiment pris en compte: le stress inhérent à une profession de plus en plus marquée par un impératif d’immédiateté.

Ce stress explique à coup sûr les trop nombreux épuisements enregistrés dans les rédactions, et dans celle de «L’Avenir» en particulier. Mais quels sont ses effets les plus dévastateurs?

Comme tou(te)s les collègues disparu(e)s, Jean ne souffrait sûrement pas d’un «manque de goût pour le travail» évoqué en début d’année par le président du conseil d’administration des Éditions de l’Avenir, en conseil d’entreprise, qui prenait connaissance du nombre de personnes en congé de maladie de longue durée!. Au contraire: son talent ne s’était pas limité à l’écriture de nombreux articles aux titres «choisis» dans le journal qui (air connu) m’emploie et ne me rémunère pas assez à mon goût, mais il l’avait poussé vers la bande dessinée en qualité de scénariste, et, tout récemment, à l’écriture d’un livre sur Felice Mazzú, l’entraîneur à succès du Sporting de Charleroi, le club dont il s’était fait le chantre.

L’hommage qu’il a reçu de la direction des «Zèbres», mais aussi de l’ensemble de la profession – presse écrite et audiovisuelle, francophone et flamande confondues, ce qui est exceptionnel!- témoigne de la trace qu’il a laissée.

Raison de plus pour s’inquiéter de manière plus attentive de l’état de santé physique des journalistes (pour l’état de santé mentale, il est déjà trop tard- lol): y en a marre de ces rédactions décimées!

Enodia pourra-t-elle faire oublier Publifin?


Surréalistes, les assemblées générales extraordinaire et ordinaire de Publifin, qui se sont tenues ce vendredi à Liège.

Surréalistes d’abord parce qu’elles ont été précédées d’un conseil d’administration assez chahuté, qui s’est réuni malgré une absence apparente de quorum au départ; qui a pinaillé pendant très longtemps sur une formulation, au point que le président du conseil provincial, le MR Jean-Claude Jadot, en est sorti, excédé; qui a évité de coopter le conseiller provincial écolo Julien Vandenburie, afin de n’avoir pas à débattre de la proposition écolo de motion à propos des Éditions de l’Avenir; et qui s’est enfin abstenu de désigner un(e) président(e). Afin de laisser le champ libre à la bourgmestre de Verviers, Muriel Targnion, groupie de Nethys dans sa forme actuelle?

IMG_7413L’occasion a ainsi été donnée à Hassan Bousetta de présider l’assemblée et de révéler, à côté de ses évidentes qualités d’enseignant et de spécialiste de l’immigration, une aptitude non moins grandes à manier la langue de bois et à éluder les questions et interpellations. Celle de la conseillère provinciale Muriel Gerkens (Ecolo), par exemple, sur le sort fait par le conseil d’administration de l’intercommunale aux motions du Parlement wallon et du conseil provincial de Liège à propos du groupe L’Avenir. Pour rappel, le texte voté à l’unanimité par le Parlement wallon  «demande au gouvernement de prendre en considération toutes les perspectives possibles de nature à assurer le pluralisme de la presse, de mettre en oeuvre la sortie des Éditions de l’Avenir de Publifin/Nethys et d’examiner en conséquence les possibilités permettant aux Éditions de l’Avenir de poursuivre leur mission d’information, que ce soit par une reprise de celles-ci par un opérateur de presse, par un portage régional temporaire ou toute autre alternative, dans une perspective qui garantisse la préservation de la diversité indispensable en démocratie des titres de presse et de la liberté de leurs équipes rédactionnelles». Le conseil d’administration a «pris connaissance» de ces motions, a expliqué doctement Hassan Bousetta, et il en «reparlera» dès sa prochaine réunion. En parler est une chose, a répliqué Muriel Gerckens; mais c’est de leur mise en œuvre qu’il aurait fallu débattre.

La motion du Parlement wallon interpelle en effet directement l’intercommunale, dont le conseil d’administration, en janvier, était intervenu, en la personne de sa présidente de l’époque, Stéphanie De Simone, pour signifier au conseil d’administration des Éditions de l’Avenir, qu’il ne lui appartenait pas de prendre une décision stratégique, comme le choix d’un nouveau centre d’impression. Le conseil d’administration de Publifin, rappelait sa présidente, est responsable des options stratégiques de toutes ses filiales privées…

Dix mois plus tard, le même conseil d’administration des Éditions de l’Avenir, colonisé par le conseil d’administration de Nethys, filiale privée de Publifin, non seulement a fait le choix (erroné) du centre d’impression du groupe Rossel, qui imprimera dès le 17 décembre les journaux du groupe L’Avenir dans un format rejeté par… 82% de leurs lecteurs; mais il a également lancé un féroce plan social, dont la négociation doit se poursuivre dès ce lundi. Sans réaction du conseil d’administration de Publifin, déstabilisé par les récentes élections provinciales et communales. Et qui aurait donc pu, ou dû, se manifester dès ce dernier vendredi, n’eussent été les manœuvres politiciennes du Parti socialiste liégeois.

L’autre question éludée par Hassan Bousetta était une des plus prévisibles qui soient dans une assemblée générale: le nouveau bourgmestre d’Olne, Cédric Halin, voulait savoir combien ont coûté les opérations de changement de nom de l’intercommunale, dénommée Enodia depuis vendredi. Manière de faire oublier le «scandale Publifin» né de la révélation, par le même Cédric Halin, alors échevin des Finances de sa commune, des rémunérations plantureuses accordées aux membres de fumeux «comités de secteur» de l’intercommunale, quel que soit le nombre de réunions de ces comités de secteur?

Donner le nom de lapin à une carpe n’a jamais transformé un poisson en rongeur amateur de carottes. Il en faudra manifestement plus que ce changement de nom pour faire oublier les graves dérives de gestion de l’intercommunale liégeoise, qui ne semble pas prête à tourner le dos aux anciennes pratiques: la probable élection de Muriel Targnion à la présidence; et le maintien dans Nethys de ses dirigeants les plus compromis ne vont pas dans le sens d’une orientation radicalement inverse.

On en saura plus dès ce mardi: le nouveau conseil d’administration de l’intercommunale se réunira à nouveau, et cette fois, cooptera les nouveaux membres issus du conseil provincial et des conseils communaux, installés la veille.

Du côté des Éditions de l’Avenir, le personnel – prêt à accepter un sacrifice social pour rétablir les finances du groupe, avec le préaccord convenu ce dernier jeudi, qui se traduira par le départ d’une cinquantaine de personnes – sera attentif à la fermeté d’Enodia à l’égard de Nethys. Car il y a urgence à empêcher la mise en oeuvre du choix illégitime du centre d’impression et la publication d’un journal qui aura tout pour déplaire à ses lecteurs.

La sortie des Éditions de l’Avenir du groupe Nethys n’est au demeurant plus qu’une question de temps: en tout état de cause, elles en sortiront au plus tard dans les six mois, dans le cadre de la revente de son pôle TelCo (Télécommunications). S’ils sont responsables, les administrateurs d’Enodia peuvent anticiper et favoriser la solution de portage par la Région, qui donnera le temps nécessaire de planifier sereinement l’avenir de L’Avenir. On verra très vite s’il y a des maçons au pied du mur…

Jusqu’à quand les assassins de journalistes resteront-ils impunis?


Le journalisme d’investigation a une nouvelle fois payé un lourd tribut à son indépendance d’esprit et à la liberté d’expression ce week-end: le corps de la journaliste bulgare Victoria Marinova (TVN), violée et étranglée, a été retrouvé ce samedi soir à Roussé, tandis qu’en Turquie, tout indique que Jamal Khashoggi, journaliste saoudien critique qui collabore notamment avec le Washington Post, à lui aussi été assassiné. Entré mardi dernier au consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul, il n’a plus réapparu depuis lors, et sa mort a publiquement été évoquée par les autorités judiciaires turques qui enquêtent sur sa disparition et laissent entendre qu’il aurait été tué dans l’enceinte même du consulat. L’Arabie Saoudite dément et affirme que Jamal Khashoggi est ressorti libre de son consulat à Istanbul mais n’a pu fournir la preuve de cette assertion. Le consulat doit pourtant enregistrer entrées et sorties, et s’il est équipé de caméras de surveillance, il ne serait pas difficile de démontrer ce qui est affirmé.

Les noms de Victoria Marinova, à coup sûr, et de Jamal Khashoggi plus que probablement vont ainsi s’ajouter à la sinistre liste des 72 journalistes et collaborateurs de presse répertoriés par la Fédération Internationale des Journalistes depuis le début de cette année, et au scandale de leur mort violente s’ajoutera sans doute le scandale de l’impunité dont bénéficient leurs assassins. Les récents progrès faits en Slovaquie dans l’enquête sur l’assassinat de Jan Kuciak et de sa fiancée n’est en effet que l’arbre qui cache la forêt. Selon des chiffres dévoilés par la FIJ lors d’un colloque sur l’impunité il y aura bientôt deux ans, neuf assassinats de journalistes sur dix restent impunis dans le monde. À Malte, par exemple, les commanditaires de l’assassinat de Daphné Caruana restent inconnus, et on n’est pas certains que ce sont bien ses meurtriers qui sous les verrous.

Une des raisons qui expliquent cette situation scandaleuse tient sans doute dans le fait que des assassinats de journalistes ne sont pas considérés d’office comme une atteinte à la liberté de la presse, à laquelle tant d’États se disent attachés, du moins en théorie. Si des enquêteurs doivent travailler au départ sur toutes les hypothèses possibles, pourquoi ne pas privilégier l’attaque contre la journaliste critique plutôt que l’agression sexuelle dans un cas comme celui de Victoria Marinova?

La création au niveau de chaque État d’équipes de magistrats spécialisés dans les attaques de journalistes aiderait aussi à systématiser des enquêtes qui pourraient conduire plus souvent à l’arrestation d’assassins et de leurs donneurs d’ordres.

L’indifférence favorise aussi cette impunité, à commencer par celle des journalistes eux-mêmes : hors les médias bulgares et peut- être de la région, hors les médias turcs et quelques médias arabes dont Al Jazeera, victime, il faut s’en souvenir, d’une demande de fermeture formulée par une coalition menée par… l’Arabie Saoudite, AUCUN des multiples journaux télévisés que j’ai vus ce week-end (France, Belgique, Allemagne, USA, Espagne) n’ont mentionné ou fait un gros titres des « affaires » Marinova ou Khashoggi! Comme si cela ne nous concernait pas, nous, journalistes qui avons la chance de vivre dans un monde où la principale menace sur notre liberté ne venait que d’actionnaires ou de gros clients publicitaires plus que de politiques. Personne ne peut pourtant se croire vraiment à l’abri, et la solidarité professionnelle doit être notre outil essentiel de résistance.

À la fin de ce mois, par ailleurs, la FIJ ramènera le scandale de l’impunité devant l’Assemblée générale des Nations-Unies à New York en invitant les États à appuyer un projet de texte contraignant en la matière. Là aussi, il y aura de l’indifférence voire de la réticence à surmonter. Certains pays, heureusement, ont déjà annoncé leur appui, j’ose espérer que la Belgique, qui a fait dès le début de la liberté de la presse une valeur fondamentale de sa démocratie, se joindra à eux. Les contacts pris sont prometteurs…