Li walon so VivaCité a ritrôvé si deuzin-me soffle!


Stoemp, péket et des rawètesSi, dans un autre billet, j’ai critiqué la « ertéellisation » de VivaCité, en soulignant que l’audiovisuel public fait fausse route quand il adopte le ton et les pratiques de l’audiovisuel privé, il m’est par contre beaucoup plus agréable de souligner le nouveau souffle qui, le lundi soir, anime les anciennes émissions wallonnes, regroupées désormais sous le label très « Fédération Wallonie-Bruxelles », « Stoemp, péket et des rawètes ».

La pratique du wallon recule de plus en plus, malgré la vitalité nouvelle de nombreuses troupes théâtrales d’amateurs, et c’est dommage. Car le wallon, ce « latin venu à pied du fond des âges« , pour reprendre la belle expression de Julos Beaucarne, a une richesse propre, qui ne porte nul préjudice à la connaissance approfondie et à la pratique correcte du français, dont il est le cousin, au même titre que du portugais, de l’espagnol (où « se réveiller » se dit « despertarse », tellement proche du wallon « si dispièrté »), de l’italien, ou du roumain.

Depuis toujours, VivaCité, ou plus exatement la deuxième chaîne de la radio publique a soutenu la défense du wallon: personne n’a oublié les célèbres « Mots wallons » de notre excellent ancien confrère Guy Fontaine.

Ce conteur hors norme parti, une autre formule avait pris le relais, avec des décrochages régionaux pour protéger les différentes versions du wallon, et, petit à petit, la formule s’était érodée.

« Stoemp, péket et des rawètes » est partie d’un bon pied: le ton est alerte, les échanges vifs, et le programme est commun à tous les auditeurs wallons. Manière de découvrir d’un coin à l’autre de la Wallonie, la richesse des différentes déclinaisions du wallon.

Bon, la programmation en début de soirée ne favorise pas la grande écoute. Et la limitation à une soirée des programmes en wallon situe VivaCité loin en-deçà des soirées en « platt deutsch » de la radio publique limbourgeoise néerlandaise. Il est vrai qu’à Maastricht et dans la région, y compris les Fourons, le « platt » est toujours une langue vivante, que l’on entend aussi au cours des soirées carnavalesques de Cologne. Mais l’amélioration est à saluer. En espérant qu’elle encourage les jeunes acteurs de théâtre wallon, qui disent parfois des textes qu’ils ne comprennent que peu, à persévérer, et à aider, eux aussi, à la sauvegarde de cette part linguistique de notre patrimoine culturel.

 

https://www.rtbf.be/auvio/detail_stoemp-peket-et-des-rawettes?id=2545334&jwsource=cl

VivaCité s’« ertéellise »-t-elle?


On se souvient des remous suscités naguère par l’émission « C’est vous qui le dites » sur VivaCité. Le recadrage est passé essentiellement par le remplacement de l’animateur, par un (relatif) changement de ton et sans doute aussi par un choix plus resserré de thèmes de débat.

On pensait qu’avec cet épisode, la deuxième chaîne de la radio publique avait compris qu’il ne lui servait à rien de glisser sur le modèle du privé, de s’« ertéelliser » en quelque sorte. Naïf que nous étions: avec les transferts massifs d’animateurs de Bel RTL vers VivaCité -le dernier en date, André Torrent, annoncé sur une nouvelle déclinaison de Viva, Viva+, à écouter «au petit déjeûner»- le mouvement a repris de plus belle.

VivaCitéAinsi, en début de soirée, une nouvelle émission est apparue, « C’est pas fini», qui est un copié/collé d’une émission à laquelle Bel RTL avait mystérieusement fin l’an dernier, et qui s’intitulait « On refait le monde!». Rien d’étonnant à cela, puisque l’animateur de cette émission a fait retour de la radio privée à la radio publique, après avoir effectué, il y a quelques années, le chemin en sens inverse.

Même animateur, même canevas, et mêmes débats, qui flirtent souvent avec un poujadisme ambiant: plus ça change, et plus ce serait la même chose sur Viva? Avec un simple glissement de la tranche du matin à cetlele de l’avant-soirée?

On ne discute pas des goûts et des couleurs, ou des goûts et des sons, m’opposera-t-on. Il n’empêche, quand l’audiovisuel public adopte les pratiques de l’audiovisuel privé, n’y aurait-il pas comme une confusion des genres?

 

Marre des «experts» qui pérorent sans même se documenter!


Deborsu

Ainsi donc, après deux numéros seulement, l’émission dominicale de Christophe Deborsu va subir un relifting sur RTL TVI. Les mauvais scores d’audience du transfuge de VT4 ont apparemment déclenché une espèce de «football-panique» sur la chaîne privée. Reste à savoir si un simple remaniement suffira, car les ingrédients de l’émission restent identiques. Et ses experts ou prétendus experts aussi, hélas. Hors Alessandra D’Alessio, bien sûr, dont on se demandait bien ce qu’elle venait faire là, et qui a disparu de la circulation non pour son incompétence, mais pour ses affinités avec un ancien député d’extrême-droite, qui ne manque vraiment pas au Parlement.

En disant cela, ce n’est pas l’animateur de «C’est pas tous les jours dimanche» que je cible, même si sa prestation, dimanche dernier face à Lio a été désastreuse, au point qu’Alexander De Croo, le ministre Open vld de la Coopération, interloqué, l’a interpellé en lui demandant qui dirigeait le débat, de lui ou de l’interprète de «Banana Split» (le succès qui a assuré sa notoriété jusqu’à aujourd’hui!), tandis que Karin Lalieux, la députée PS, subissait l’agressivité de cette has been qui prenait des attitudes de Pasionaria! Non, c’est à Michel Henrion que je pense, catastrophique, vendredi soir, dans la désolante émission «On refait le monde», sur Bel-RTL.

En studio, l’ancien porte-parole de feu Guy Spitaels apparaissait comme le seul expert en politique, face à ce vieux briscard de Marc Metdepenningen, grand journaliste judiciaire au «Soir», et à la rédactrice en chef-adjointe de Ciné-Télé-Revue, qui semble être le seul hebdomadaire d’«information» (???) connu de Patrick Weber. Et c’est donc tout naturellement vers Michel Henrion que le sirupeux «Monsieur Loyal» de l’émission aux allures de café du Commerce s’est tourné, pour lui demander son avis sur la nomination par la ministre flamande N-VA Lisbeth Homans, d’un échevin francophone comme bourgmestre de Linkebeek, en lieu et place du bourgmestre MR ff Damien Thiéry, qui donne des boutons à cette flamingante enragée.

hqdefault

Et ô surprise, Michel Henrion a… donné raison à la ministre N-VA. Parce que, a-t-il doctement tranché, depuis la dernière réforme de l’État et la scission de l’arrondissement électoral et judiciaire de Bruxelles-Hal-Vilvorde,  les communes flamandes à facilités de la périphérie bruxelloise relèvent des chambres réunies du conseil d’État. Et que ces chambres réunies ont validé le refus de nomination de M. Thiéry par la ministre Homans, et par contre invalidé la décision identique qu’elle avait prise à l’égard de Valérie Caprasse, mayeure cdH de Crainhem. Lisbeth Homans n’avait donc d’autre choix que de nommer un autre bourgmestre, a-t-il conclu, et elle l’a fait dans le respect du verdict électoral, comme elle l’a elle-même dit.

Confiants dans la sagacité de cet «expert», les autres participants à l’émission ont fait chorus. Tout juste a-t-on entendu timidement parler de respect du choix des électeurs de Linkebeek, qui ont plébiscité Damien Thiéry. Mais en Flandre, on n’est pas en Wallonie, a rappelé opportunément Marc Metdepenningen: les électeurs ne peuvent pas peser sur le choix du bourgmestre.

Carrousel en vue

L’ennui, c’est que Michel Henrion… ne connaissait pas bien son dossier. Oui, la scission de l’arrondissement électoral et judiciaire de Bruxelles-Hal-Vilvorde, réclamée depuis des lustres par la Flandre, s’est accompagnée d’une compétence accordée aux chambres réunies du Conseil d’État sur les communes à facilités de la périphérie. Mais ces chambres sont présidées alternativement par un magistrat francophone ou néerlandophone dont la voix est prépondérante! Il n’est donc pas sot de penser que, selon le sexe linguistique du président, les décisions de l’instance basculeront dans un sens ou dans l’autre. Et que leur valeur, donc, est très relative. Mais cela, manifestement avait échappé à la sagacité de l’ancien porte-parole de feu Guy Spitaels.

Et puis l’expert (?) est apparemment parti un peu vite en estimant que l’affaire était désormais réglée. Car tout indique aujourd’hui que l’échevin pressenti… refusera le cadeau empoisonné que lui avait préparé l’extrémiste ministre. Et si lui refuse, il faudra que Lisbeth Homans se lève tôt pour trouver dans les rangs francophones un(e) élu(e) prêt(e) ) suppléer le candidat-bourgmestre porté par la majorité. On suppose qu’alors la ministre flamingante des Affaires intérieures se tournera vers un membre de l’opposition, ou nommera un(e) bourgmestre hors conseil. À qui il est déjà prudent de prendre des médicaments contre la dépression, car il ne sera pas difficile à la majorité francophone de Linkebeek de torpiller toutes les initiatives de ce mayeur imposé.

Michel Henrion aurait été bien inspiré de relire «Génération Fourons»: cet ouvrage collectif rappelle la trouvaille de Charles-Ferdinand Nothomb, alors ministre PSC de l’Intérieur, le 15 octobre 1986. Pour mettre fin au «carrousel fouronnais» (à chaque fois que les magistrats flamands du Conseil d’État cassaient la nomination de José Happart, bête noire de la Flandre, au mayorat de Fourons, tous les échevins démissionnaient; et José Happart était réélu premier échevin et bourgmestre ff de Fourons), l’homme politique luxembourgeois avait déniché un excellent candidat au poste de bourgmestre hors conseil: Roger Wynants, de Fouron-Saint-Pierre, est un des fils d’un ancien mayeur fouronnais. Dans un climat extrêmement tendu, car de sa décision dépend le sort du gouvernement, le Premier ministre, feu Wilfried Martens, part, le 17 octobre peu après minuit, au Palais de Laeken pour faire signer par le défunt roi Baudouin son arrêté de nomination comme mayeur de Fourons. Mais patatras, l’homme n’accepte qu’à la condition, inacceptable pour les Flamands, de ramener les six villages de la Voer de la province du Limbourg à celle de Liège. Il n’y aura pas de bourgmestre hors conseil  à Fourons. Et Charles-Ferdinand Nothomb sera contraint de démissionner.

Un autre carrousel risque de se mettre en route, dès ce week-end, à Linkebeek. Et il pourrait secouer le gouvernement de Charles Michel. Car ce dernier, et tous ses ministres libéraux francophones, ont beau, à la manière Coué, seriner que la N-VA se limite aux problèmes socio-économiques jusqu’à la fin de la législature, l’initiative de Lisbeth Homans et venue prouver le contraire. Et le MR devra bien décider si, oui ou non, il soutient toujours son candidat-bourgmestre de Linkebeek. Il en est sûrement, dans la grande maison bleue, pour déplorer secrètement que le parti ait ouvert ses portes, naguère, à ce transfuge du FDF…