Sur le métier, remettez votre ouvrage…


La décision était attendue, mais il faut la mentionner: Xavier Gonay et l’AGJPB, l’assocation nationale des journalistes professionnels se sont pourvus en appel du jugement incroyable du tribunal correctionnel de Tongres, relatif à l’agression du cameraman par un Fouronnais flamand. Comme le disait un ami avocat, ce jugement confirme, si besoin en était, que la pseudo dépolitisation de la justice, effectuée dans la foulée de l’affaire Dutroux, n’empêche pas qu’on ait à faire à des juges ô combien politiques!
Mais les pressions sur un journalisme libre ne sont pas que judiciaires ou politiques: la firme Universal, qui s’est déjà rendue tristement célèbre avec ce contrat inique imposant des amendes pharamineuses aux journalistes qui ne respecteraient pas un embargo aux visées strictement commerciales, entend dicter à certains médias quel(le)s journalistes ils doivent leur déléguer pour interviewer l’une ou l’autre de leurs vedettes ou réputées telles.
À cela, une seule réponse: le black-out pour les artistes (du moins selon les goûts) de l’écurie Universal. Il serait peut-être urgent de rappeler à ces messieurs-dames qu’à l’instar de ces footballeurs qui jouent aux chochottes après une défaite qui leur a valu des critiques, c’est eux qui ont besoin des médias. Pas l’inverse!

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Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose…


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Décidément, il n’y en a plus que pour «Bye bye Belgium» pour l’instant! Surfant sur la vague d’incompréhension du public francophone devant les difficultés politiques actuelles, les pontes de la RTBF et les auteurs de l’émission-canular du 13 décembre 2006 ont, le jour anniversaire de leur «coup fumant» fait largement diffuser le DVD de l’émission en profitant du soutien de certain journal qui avait oublié son ton critique de l’année précédente, et, surtout, ont ressorti un nouvel ouvrage sur le making of (pardon, Etiemble!) de l’émission, ouvrage qui va faire l’objet d’une séance de dédicaces, annoncée à grands renforts de publicité, à la prochaine Foire du livre!

Dans ces conditions, il est devenu de mauvais ton de répéter les réserves et les critiques formulées, dès le départ, non seulement sur le dérapage déontologique commis, en décembre 2006, par les responsables du projet, mais aussi et surtout sur l’exploitation commerciale qui en était faite par la chaîne publique. Un billet d’humeur signé par Martine Simonis, la secrétaire générale de l’Association des Journalistes Professionnels francophones et germanophones, et de l’Association Générale des Journalistes Professionnels de Belgique dans l’avant-dernier numéro du mensuel de l’Association lui vaut, dans le numéro de ce mois-ci, une double volée de bois vert.

Éric Deffet, ancien président de la Société des Journalistes Professionnels du Soir (SJPS), et aussi membre éphémère du conseil de direction de l’AJP se fend d’un «poulet», où il fustige, dans le chef de Martine Simonis, «la critique en chambre, qui est l’arme des faibles»! Pour qui connaît l’engagement sans faille sur le terrain de l’infatigable combattante des droits des journalistes, l’argument paraît assez risible.
Plus avant, mon confrère cite, parmi les effets bénéfiques de l’émission, «les échanges de journalistes flamands et francophones (NDLR: qui avaient démarré bien longtemps avant «Bye bye Belgium», sous l’égide de la Fondation Prince Philippe et de notre ancien confrère Guido Fonteyn), les efforts rédactionnels communs entre le Nord et le Sud (NDLR: dont le «Soir» s’est, avec le «Standaard», un peu hâtivement paré des plumes du paon. Les deux quotidiens bruxellois s’inscrivaient ainsi à contre-courant du propos de l’émission-bidon de la RTBF, ce qui n’a pas empêché le «Soir», en décembre dernier, de se faire un maximum de fric en proposant le DVD de l’émission…), la place accordée aux citoyens sur les plateaux des grands débats télévisés (NDLR: une mode qui avait déjà pris cours dans le prolongement de la Marche blanche)» et, dans la foulée, de façon un peu audacieuse, «le succès extraordinaire des « chats » et des forums sur les sites internet des médias, qui montrent que le public se réapproprie l’information». Des signes, pour l’ancien ombudsman du «Soir», qui donnait le plus souvent raison au quotidien de la rue Royale contre ses critiques, d’une «chance historique pour notre profession» que seuls «des esprits chagrins que l’audace rebute et que l’originalité effraie» ne perçoivent pas: rien moins que cela! Ce sont, conclut Éric Deffet, des «fossoyeurs d’une presse moderne, inventive et en perpétuelle évolution»! Fermez le ban!

Moins véhément, mais peut-être plus efficace, André François, secrétaire de rédaction à la RTBF, rappelle, lui, que «Bye-bye Belgium» a été retenue, en mai 2007, par l’officiel Festival international des Télévisions publiques comme l’un des meilleurs programmes mondiaux des télévisions publiques de l’année. Cet organisme, rappelle notre éminent confrère, couronne, depuis plus d’un quart de siècle, «les programmes des télés publiques qui ont manifesté, quant au fond et à la forme, les signes les plus évidents d’originalité, de créativité, de prises de risques, de courage, et d’anticonformisme». L’AJP, informée de cette distinction, l’aurait tue volontairement, signale André François. Si tel est le cas, je le déplore personnellement. Cela posé, personne n’a jamais contesté que «Bye-bye Belgium» a été, de fait, une émission originale, créative, et anticonformiste. Le seul problème est que cette émission était une émission de fiction, et non d’information, comme le rappelle Philippe Lamotte, dans le même dernier numéro de «Journalistes», le mensuel de l’AJP. «L’émission de la RTBF fut une réussite commerciale et médiatique, mais – désolé – pas journalistique» commente-t-il simplement. Disant tout en peu de mots…

Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose…, dit la sagesse populaire. L’adage se vérifie une nouvelle fois avec l’émission-bidon du 13 décembre 2006. Et à mesure que, à coups de pub’ savamment orchestrés, se développe ainsi l’aura de «Bye-bye Belgium», les critiques de la démarche se voient cloués au pilori, comme l’avait fait Philippe Dutilleul, dès la présentation de son ouvrage.

Peu importe, bien sûr. Si la critique en chambre est l’arme des faibles, comme l’affirme Éric Deffet, l’injure, qu’il manipule, l’est tout autant. Reste une question décisive: si la RTBF est aussi droite dans ses bottes que certains, en son sein, l’affirment, comment expliquer que la chaîne publique freine ainsi des quatre fers pour empêcher la mise sur pied, en Belgique francophone, d’un Conseil de Journalisme, qui pourrait en toute indépendance se prononcer sur le caractère déontologique ou non d\’une émission comme «Bye-bye Belgium»?

Le temps de l’ignorance obligatoire


Le temps des réformes est à nouveau venu pour l’enseignement. Les jeunes qui auront loupé leur première année du secondaire ne pourront plus être « déviés » d’office vers le professionnel, mais devront passer par une année de transition. De même, pour les élèves qui éprouvent des difficultés à la sortie de la sixième primaire, on veillera, a annoncé la sémillante Marie Arena, coiffée de son chapeau de ministre de l’Enseignement obligatoire, à les orienter vers des filières « où ils pourront développer leurs potentialités, sportives ou artistiques, mais attention: il y aura toujours du français et des mathématiques » (citation pas tout à fait conforme, mais pas très éloignée non plus).
Soyons positifs: toute initiative visant à faire sortir l’enseignement professionnel de son statut de « poubelle » de l’enseignement général mérite d’être saluée. Il y a suffisamment longtemps qu’on plaide pour la revalorisation du professionnel, pour qu’on ne salue pas toute initiative en ce sens.
Globalement, le bilan de l’enseignement n’en reste pas moins navrant: le taux d’échec dans l’enseignement supérieur, universitaire ou non universitaires, reste effrayant, et rien n’indique que la barre pourra, à terme, être relevée. En cause, à la base, une formation déficiente, notamment en langue maternelle: combien de profs’ d’univ’ ne relèvent-ils pas, même dans les sciences exactes, que nombre de leurs étudiants ne comprennent tout simplement pas les énoncés qui leur sont présentés!
Guère étonnant, quand on voit la baisse constante du niveau d’exigence attendu des élèves du primaire! Naguère, le ministre en charge, Jean-Marc Nollet, lançait une charge contre les devoirs à domicile: il ne fallait surtout pas traumatiser nos jeunes enfants! À l’examen, pourtant, les matières qui leur sont enseignées sont vachement plus légères que celles « infligées » à leurs lointains prédécesseurs, jusqu’aux années 70. C’est à cette époque que mon paternel a quitté sa profession d’instituteur primaire, qu’il avait pratiquée pendant près de quatre décennies, à part une interruption de cinq ans, entre 1940 et 1945, pour de « grandes vacances » en Bavière, puis dans le Schleswig-Holstein. Une des ses phrases favorites, à l’époque, mainte fois rappelée par ses anciens élèves, était qu' »après s’être battus pour l’enseignement obligatoire, nous allions tout droit à l’ignorance obligatoire ». « Radotage », se disait-on alors, mettant la réflexion sur le compte d’une nostalgie bien compréhensible au moment du départ à la retraite. Trente-cinq ans plus tard, paraphrasant Sacha Guitry, je pourrais écrire « Mon père avait raison« . Bien sûr, les temps ont changé, et les méthodes d’enseignement anciennes ne pouvaient indéfiniment subsister. Mais l’exigence de qualité, elle, devait rester intacte. Après tout, tous ces instituteurs et institutrices, en charge à l’époque de six classes primaires, au sein desquelles les normes de fréquentation étaient une vue de l’esprit, ont, depuis la fin du XIXe siècle, assuré une tâche énorme: former des enfants dont la plupart arrivaient dans leur salle de classe en ne connaissant qu’à peine le français, puisque leur langue maternelle était le wallon. Le critère de réussite, alors, était de savoir calculer, et d’écrire sans fautes d’orthographe, au sortir des primaires, et nombreux étaient celles et ceux qui y arrivaient. Il suffit, aujourd’hui, dans les médias écrits, de voir comment rédigent nombre de jeunes journalistes pour mesurer l’ampleur du pas en arrière qui a été effectué! Seuls, désormais des enfants plus favorisés pourront surmonter le handicap. Ah oui, on l’oubliait, l' »instruction obligatoire » était aussi une conquête de la démocratie…

Inégalable Charles de Gaulle!


La campagne électorale française donne l’occasion à la chaîne « Histoire » de revenir sur les diverses campagnes électorales présidentielles qui se sont déroulées en France, depuis la ratification de l’élection du président de la République au suffrage universel.
La toute première de ces campagnes électorales mettait aux prises, les 5 et 19 décembre 1965, le général de Gaulle et François Mitterrand. C’est l’occasion de revoir les fameuses interviewes du « grand Charles » réalisées par Michel Droit, avec toute la déférence qui était de mise à l’époque, et qui s’imposait sans doute devant un personnage de cette stature, au propre comme au figuré. Une passage célèbre de ces interviewes montre de Gaulle se balancer sur son fauteuil en pariodant ceux « qui sautent comme des cabris, en criant: «Europe, Europe, Europe!»« . Or cette scène a été… reconstituée. Car le général de Gaulle avait bien évoqué « ceux qui crient «Europe, Europe, Europe!»« , mais en les comparant aux… « enfants de chœur qui ont vidé la bouteille de vin de messe« . On lui représenta, dit-on, que l’image allait choquer l’électorat catholique, dont le vote était crucial, et de Gaulle modifia sa phrase. Dommage, car elle témoignait sans aucun doute d’un sens assez aigu de l’observation. Mais au-delà de la patine du temps, quel rayonnement!