La fusion de communes bruxelloises évoquée au moment du départ de Joseph Michel


Herstappe IngangIl est des hasards de l’actualité étranges: c’est juste avant le décès de l’ancien maire de Virton, Joseph Michel, que, dans une interview à nos confrères du «Vif», le bourgmestre de Bruxelles, Yvan Mayeur, ressort l’idée de… fusionner des communes bruxelloises. Le propos aurait sûrement fait sourire le père des fusions de communes: il reste à expliquer pourquoi, en 1977, les dix-neuf communes de l’agglomération bruxelloises ont été  les seules – outre Herstappe, en province de Limbourg (87 habitants), et Messines, en Flandre Occidentale (952 habitants), pour raisons de facilités linguistiques – ont échappé au regroupement obligatoire imposé d’une main de fer par celui qui a occupé le poste de ministre de l’Intérieur, de 1974 à 1977.

Joseph MichelJoseph Michel s’est attelé de manière énergique à la tâche. Et l’opération ne l’a pas rendu populaire: en septembre 1975, il sera même pendu en effigie lors d’une manifestation, à Arlon, des opposants à son projet de fusion des communes. Sans que cela provoque les mêmes remous que ceux qui ont suivi la même opération qui a ciblé Charles Michel à Mons, la semaine dernière! Un «Front pour la démocratie locale» l’accusera d’avoir mis sur rails un plan «illégal, despotique et arbitraire»: rien moins que cela!

Ces opposants invoquaient parfois des raisons sentimentales, étaient mus d’autres fois par d’inavouables raisons politiciennes, mais pouvaient aussi avoir de bonnes raisons, liées aux particularités locales.

Qu’importe, le ministre gaumais verrouillera son projet, qui ne pourra être amendé par les parlementaires. Officiellement, afin d’éviter qu’un plan d’ensemble ne soit retoqué pour de simples considérations locales. L’avis du Conseil d’État ne sera même pas sollicité sur le sujet,sous prétexte d’urgence!

Près de quatre décennies plus tard, il faut bien admettre que le «plan Michel» a tenu globalement la route. Certes, dans de grandes villes, Anvers notamment, il a fallu créer des «districts» pour compenser la distance créée entre le pouvoir communal et les citoyens; mais les nouvelles communes sont entrées dans les mœurs.

L’affaire n’en a pas moins coûté cher à Joseph Michel: plus jamais, l’homme politique gaumais n’a retrouvé de portefeuille: qu’importe, il est retourné à sa chère mairie (le terme est d’usage à un jet de pierre de l’Hexagone) virtonaise, et il a repris ses activités d’avocat: je me souviens de la surprise d’un confrère du Tijd, en stage dans le journal qui (air connu) m’emploie mais ne me rémunère pas assez à mon goût, dans le cadre d’une opération mise sur pied par le Fonds Prince Philippe, qui avait reconnu le père des fusions parmi les avocats anonymes, plaidant un procès banal devant le tribunal correctionnel d’Arlon, plus de vingt ans après les fusions des communes.

Étrangement, pourtant, les dix-neuf communes bruxelloises échapperont à cette fusion imposée à l’ensemble des communes belges: le «plan Michel» prévoyait pourtant d’en réduire le nombre à six, basées plus sur les «bassins de vie», comme on le disait encore à l’époque, que sur les strictes limites communales. Le mille-feuilles institutionnel  bruxellois a donc subsisté jusqu’à nos jours, ce qui a permis à un grand nombre de mandataires communaux de conserver leur fromage, mais qui, surtout, a fait perdurer des situations absurdes qui permettent une arnaque légale: je vise ici, notamment, le stationnement dans l’agglomération bruxelloise, qui permet de «pigeonner» nombre d’usagers, persuadés d’être en règle, alors que le ticket de stationnement toujours en cours qu’ils arborent vaut pour la commune voisine… dont la limite est parfois de l’autre côté de la rue.

Près de quarante ans plus tard, le bourgmestre de Bruxelles, Yvan Mayeur, veut-il aujourd’hui remettre à l’honneur le «plan Michel»? Sûrement pas: une meilleure gestion e827a95a9822be247254f56b615e7beb-1389643235n’est sûrement pas la préoccupation essentielle de l’occupant de l’Hôtel de ville bruxellois, quand il formule pareille proposition. Le tout doit se lire dans le combat fratricide qui oppose le bourgmestre bruxellois à Rudy Vervoort, le très effacé ministre-président de la Région bruxelloise.

L’ambition d’Yvan Mayeur est manifestement de devenir vizir à la place du vizir. Ou alors de vider la fonction de vizir de sa substance, et d’en récupérer l’essentiel à son profit. Le coup lui a déjà réussi à Bruxelles; il est en passe de le réussir pour la Région. On devine qu’il ne voudra pas s’arrêter là: les parquets de l’Hôtel de ville de Bruxelles sont déjà largement rayés de ses dents!

 

 

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Irresponsabilité en cascade


La responsabilité en cascade est un principe bien connu des journalistes belges, qui, depuis l’adoption de la première Constitution, en 1831, protège la liberté de la presse, en posant que «si l’auteur est connu ou domicilié en Belgique», ni l’éditeur, ni l’imprimeur, ni le distributeur de journaux (à l’époque, c’était la seule forme de presse), ne pourront être poursuivis. En 1993, c’est un vertu de ce principe de droit que l’hebdomadaire «Charlie Hebdo» sera bloqué dans notre pays, pour avoir titré «Le roi des cons est mort», à l’occasion du décès du roi Baudouin, le 31 juillet. Les autorités politiques et judiciaires de l’époque n’avaient pas le sens de l’humour, et n’avaient peut-être pas perçu l’allusion aux blagues belges qui circulaient à l’époque en France.

Pourquoi cette évocation? Parce que la dégradation du climat social dans notre pays, et singulièrement en Wallonie, me semble procéder d’une… irresponsabilité en cascade, à laquelle personne ne semble plus échapper.

Grève au finishOr donc, les cheminots en grève, sauvage puis couverte par leurs syndicats, depuis mercredi dernier, viennent de déposer un nouveau préavis de grève, pour ces mercredi, jeudi et vendredi. Avec une revendication inchangée: le retrait de la décision de mettre en relation l’octroi de leurs jours de crédit aux journées de travail effectivement prestées.

Cette  revendication est d’autant plus difficile à faire passer dans le grand public, que, dans le privé, cette liaison entre récupérations et prestations est automatique dans tous les secteurs. Mais aussi parce que, depuis dimanche, on sait que les cheminots ont accepté cette liaison pour le passage de leur semaine de travail de 40 à 38 heures, mais pas pour la réduction de leur durée hebdomadaire de travail de 38 à 36 heures: le secrétaire général de la CGSP-Cheminots, Michel Abdissi, n’a en tout cas pas contredit l’ancien patron de la SNCB, Étienne Schouppe, sur ce point, dimanche, sur le plateau de «Ce n’est pas tous les jours dimanche» sur RTL TVI!

Les cheminots peuvent encore se faire comprendre des usagers, quand ils disent se battre pour le maintien d’un service public de qualité sur le rail. Ils n’en jouent pas moins un jeu dangereux: comme l’a rappelé le nouveau ministre MR de la Mobilité, François Bellot, la Belgique n’a obtenu qu’une exception limitée dans le temps au principe de libéralisation du rail dans notre pays, à la condition de démontrer que la solution nationale est plus efficace que la libéralisation.

Les cheminots expliquent à juste titre qu’ils ont déjà fait preuve d’un effort notable de productivité ces dernières années. Mais la paralysie prolongée du rail, wallon en tout cas, ne plaide pas en leur faveur. Et si plus aucun obstacle ne s’oppose à la libéralisation, ce ne sont pas tant des acteurs privés qui débouleront chez nous, comme ceux que le ministre Open vld de la Coopération, Alexander De Croo a évoqués de manière provocatrice… et donc très peu responsable, évoqués aujourd’hui. Mais des transporteurs, type la SNCF et la Deutsche Bundesbahn, voire les NS (Nederlandse Spoorwegen), tout aussi publics que notre paralysée SNCB.

Bus du TecLes chauffeurs du TEC, qui vont à nouveau débrayer ce mercredi, auront plus de difficultés à se dépeindre comme d’aussi rigoureux défenseurs du transport public, tant leurs grèves à répétition leur ont donné l’image, depuis des années, de gréviculteurs prêts à démarrer pour un oui ou pour un non.

Le mouvement a été initié par le TEC de Liège-Verviers, où on évoquait, ce mardi, la possibilité de prolonger la grève de ce mardi sans doute jusqu’à la fin de semaine. Cela ne redorera pas son blason: il y a plus de vingt ans déjà que les relations sociales sont parties en quenouille au TEC Liège-Verviers, et rien ne semble en mesure de les rétablir durablement.

Tout cela pose, mais pas là uniquement, la question de la gestion syndicale en elle-même. Je l’ai déjà exprimé en un précédent billet, un(e) leader syndical(e) est là, d’abord et avant tout, pour porter les revendications de ses mandataires. Et, parfois, pour déclencher une grève, arme ultime afin de débloquer une situation. Mais la responsabilité syndicale est aussi d’analyser la situation. De savoir jusqu’où on peut faire triompher le point de vue de ses mandataires. De se rappeler qu’un accord est toujours fait de compromis de part et d’autre. Et de pouvoir arrêter une grève quand elle cesse de servir l’objectif fixé.

Négocier un pré-accord, puis annoncer qu’on le présentera à «la base», mais qu’on ne le défendra pas, ne témoigne pas d’un grand sens des responsabilités. Car soit on estime qu’on a atteint dans ce pré-accord le maximum de ce qu’on pouvait espérer, et il faut alors aller l’expliquer. Soit on se rend compte qu’il reste encore une marge de progression… et on ne conclut pas un pré-accord. Présenter un pré-accord à «la base» sans le défendre, c’est paver la voie à un rejet, derrière lequel il est ensuite facile de s’abriter. On y gagne rarement en crédibilité.

Dans le dossier des cheminots, le retrait de la circulaire contestée de la direction semble être devenu un enjeu plus symbolique qu’autre chose. Difficile, dans ces conditions, attendre que les choses bougent encore.

Au TEC, c’est plus simple: aucune revendication spécifique ne semble avoir été invoquée: le mouvement de grève annoncés, outre le volet de confort qu’il contient, relèverait alors du bras-de-fer engagé par la CGSP et le gouvernement Michel. Qu’une grève ait, par nature, quelque chose de politique, ne doit pas surprendre; qu’elle ait une portée exclusivement politique est déjà plus discutable. L’exercice, en tout cas, est risqué: le puissant syndicat britannique des mineurs s’est laminé, en tentant de faire reculer une jeune Première ministre, dont les leaders syndicaux n’avaient pas compris qu’elle allait s’attirer le surnom de «dame de fer».

Un conflit social, je le répète, se conclut nécessairement par un compromis, où tout le monde est gagnant… ou perdant selon les points de vue. Le raisonnement vaut aussi pour le camp patronal, ou politique.

La direction de HR-Rail savait pertinemment bien qu’en appliquant une décision contestée par les syndicats après son adoption en commission nationale paritaire, en décembre dernier, elle risquait de provoquer un incendie social. Qu’elle n’ait, en l’espèce, apparemment pas préparé de position de repli semble, là aussi, singulièrement irresponsable.

Et que dire alors des acteurs du conflit dans les prisons? Côté syndical, l’encadrement du mouvement ne dégage pas une impression de maîtrise particulière. Mais on ose espérer que le ministre CD&V de la Justice, Koen Geens, n’a pas cru éteindre l’incendie, quand il a annoncé hier avoir signé un accord avec «trois syndicats sur quatre» et donc qu’il n’y avait plus matière à négociation! Que cet accord soit rejeté à plus de 90% dans les établissements pénitentiaires wallons est un fait dont le ministre ne peut pas ne pas tenir compte, d’autant que la représentativité du gouvernement  dont il fait partie est tout à fait déficitaire en Wallonie. Son annonce, dans ce contexte, manquait, elle aussi, singulièrement de responsabilité!

Koen Geens s’est déclaré prêt, encore, à rencontrer les leaders syndicaux de la FGTB et de la CSC. Mais pour qui leur dire, encore?

Reste, en dernier recours, une solution responsable, quand plus rien ne paraît pouvoir sortir une négociation de l’impasse: changer le niveau et les acteurs de la discussion. Allo, Charles Michel, Marc Goblet, ou Marie-Hélène Ska?

Communauté germanophone: légitimité et limites d’une autonomie


Les Germanophones ne doivent plus être qualifiés de «derniers Belges», comme ils l’ont été longtemps été, tant au sens propre qu’au sens figuré: ils se veulent désormais «Germanophones de Belgique», et postulent leur autonomie à l’égard de la Wallonie: telle est la conclusion qu’on peut tirer d’un dossier intéressant publié par mon excellent confrère Pierre Havaux, dans le «Vif» de cette semaine.

white flagLe constat ne surprendra pas celles et ceux qui, depuis des années, ont suivi l’évolution de cette minorité linguistique qu’on peut qualifier de mieux protégée au monde: l’éviction, en 2014, de l’inamovible ministre-président socialiste Karl-Heinz Lambertz, au bénéfice du ProDG (dénomination de l’ancien PDB, Parti des Belges de langue allemande) Lorenz Paasch, concrétisait déjà cette évolution, marquée depuis près d’une décennie par la revendication, par la Communauté germanophone, du transfert d’un maximum de compétences régionales wallonnes. Pareil transfert ferait de cette Communauté culturelle une Région à part entière, composante d’un fédéralisme à quatre (Flandre, Wallonie, Bruxelles, et Région germanophone), présenté comme d’aucuns (à Eupen, notamment…) comme le remède à la sempiternelle confrontation entre Flamands et Francophones, à la base des révisions constitutionnelles depuis 1970. Des réformes qui, pour certains, n’ont fait que déliter l’État fédéral, et nourrir l’indépendantisme flamand…

Paradoxalement, cette revendication régionale n’est généralement pas acceptée par les… régionalistes wallons, qui refusent en quelque sorte aux Germanophones ce qu’ils réclament pour eux-mêmes. Un peu à l’instar de ces Britanniques, qui veulent se retirer de l’Union Européenne, mais n’acceptent pas que les Écossais, par exemple, manifestent leur désir de se séparer du Royaume (encore pour l’instant) Uni.

Ce refus se cache souvent sous un prétexte condescendant: la Communauté germanophone serait trop exiguë pour exercer seule des attributions qui dépasseraient rapidement sa capacité budgétaire.

L’argument est irrecevable: pour paraphraser un confrère à la préretraite, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est aussi le droit des peuples à s’indisposer eux-mêmes. Et à supposer que l’exercice de toutes les compétences régionales impose un régime fiscal très sévère aux Germanophones de Belgique, c’est leur affaire, et pas celle de l’ensemble des Wallons. Après tout, l’autonomie a un prix.!

On comprend parfaitement par ailleurs la frustration des Germanophones de Belgique qui ne peuvent bénéficier dans leur langue des services auxquels tous les Wallons et tous les Belges, Flamands ou Francophones, ont par ailleurs droit. Pour rappel, l’allemand est une des trois langues officielles de la Belgique fédérale: on n’imaginerait pas qu’en Suisse, l’allemand, l’italien, ou le français, subisse le même sort que la langue de Goethe chez nous. Et que l’allemand ne soit pas la langue prioritairement enseignée dans l’arrondissement de Verviers, voisin, où je vis, ne me paraît pas seulement une aberration: cette lacune témoigne aussi, sans doute, d’un manque de considération qu’on peut deviner de moins en moins supportable à Eupen ou à Saint-Vith.

Une scission de la Région germanophone de la Wallonie mettrait enfin fin à un mécanisme assez absurde, qui se produit à chaque élection régionale, où, dans le même arrondissement de Verviers, tous les partis mettent des candidat(e)s germanophones en ordre très utile pour être élus au Parlement de Namur: la manœuvre leur permet de placer un(e) élu(e) francophone additionnel(le), en suppléance, au Parlement de la Communauté française (pour conserver l’appellation constitutionnelle de l’institution).

Pour autant, l’exiguïté de la Communauté germanophone pose, en soi, des limites à cette volonté d’autonomie totale, sous l’angle de son fonctionnement démocratique. La démocratie, telle que l’ont conçue les Lumières, suppose en effet un équilibre entre les pouvoirs législatif, exécutif, et judiciaire. Pareil équilibre postule de trouver, à chaque étage de ces différents niveaux de pouvoirs, des élu(e)s ou des magistrat(e)s qui puissent exercer leur mission en toute indépendance, sans prêter le flanc au moindre soupçon de partialité.

La démocratie, telle que nous la concevons, suppose aussi une presse démocratique, présente en Communauté germanophone, avec un (seul) quotidien, une chaîne publique de radiotélévision, et des radios privées. Qui remplissent  incontestablement leur office en toute indépendance, mais on sait, comme l’a écrit Alain Besson, que la presse locale est en «liberté surveillée»: des journalistes, d’aussi grande qualité qu’ils et elles soient (et il n’en manque pas en Belgique germanophone), par définition très proches du public et des institutions dont ils (et elles)  observent le fonctionnement sont, par essence, soumis à un contrôle social plus sourcilleux. À l’heure où il faut des coalitions de journalistes d’investigation, au niveau mondial, pour dévoiler de grands dossiers qui dévoilent la face cachée de dossiers particulièrement complexes, tels les Panama Papers ou le LuxLeaks, l’exercice est difficile. Même dans une région frontalière du Grand-Duché de Luxembourg. Foi de journaliste d’un quotidien… régional!

Ce qui vaut pour la presse vaut aussi pour les pouvoirs législatif et exécutif: l’interdiction du cumul des mandats, mise en place avec beaucoup de difficultés au niveau wallon, pour réduire les possibilités de conflits d’intérêts, est pratiquement impossible en Communauté germanophone.

Et que dire d’une Justice, où, par exemple, un travailleur qui s’est vu donner tort devant le tribunal du travail, se retrouve, en appel, devant un ancien collègue du juge qui a examiné son dossier en première instance?  Cela ne suffit évidemment pas pour le récuser, encore moins pour l’accuser d’impartialité. Mais cela nourrit d’autant plus chez le justiciable un soupçon de connivence, que le premier juge, lui, croise à de multiples reprises, au cours de réceptions officielles qui rassemblent le gratin de la petite Communauté, non seulement les responsables politiques germanophones de touts niveaux de pouvoirs; mais aussi les autorités militaires; les principaux employeurs; ou les principaux mandataires syndicaux. Tout un petit monde qui se tient par la barbichette, et où le risque de relâchement de la vigilance démocratique est bel et bien présent.

Pour légitime qu’il soit, le désir d’autonomie accrue des Germanophones belges représente pour eux un  défi bien plus démocratique que simplement budgétaire. Le transfert de compétences, sans doute inévitable, devra être bien pesé…

 

Interpeller sans rien proposer?


La présence massive de militaires et de policiers en rue; les stigmates qui marquent toujours l’aéroport de Zaventem et la station de métro de Maelbeek; les précautions particulières prises dans les aéroports régionaux; les fleurs déposées à la Bourse, à Bruxelles; et puis les arrestations qui se sont multipliées depuis le sanglant 22 mars: tout nous rappelle la journée tragique qu’a vécue la Belgique, il y a trois semaines. Et la réponse principale qui y est apportée est sécuritaire.

Chacun, pourtant, s’accorde à dire que cette réaction seule ne suffira pas. Qu’il y a un travail en profondeur à effectuer. Du type de celui qu’effectue, non sans péril, côté flamand, le chercheur belgo-palestinien Montasser AldE’emeh, que j’ai eu le privilège d’interviewer l’été dernier. Depuis lors, sa position à l’égard du Groupe État Islamique n’a fait que se durcir, et il dénonce sans cesse l’imposture philosophique de ces prétendus représentants d’un islam pur. Ou intégral.

Quelle réponse apporter à cet intégrisme sanglant? Pour certains, et l’émission «Face à l’info», sur la Première, l’a encore répété aujourd’hui, la riposte principale, sinon la seule, passe par une laïcité conquérante. Au risque d’isoler encore un peu plus les musulmans, à qui on ne cesse de demander de condamner les crimes de Daech, comme s’ils en étaient tous individuellement coupables?

sykes-picotEt si on tentait un autre logiciel? Confronté à un discours anti-occidental de plus en plus répandu par Internet ou par des chaînes satellitaires, le romancier Fouad Laroui, bien résolu à combattre les fondamentalistes «thèse contre thèse», expliquait, il y a peu que «la façon dont on raconte en Europe l’histoire récente, celle du XXe siècle, est désormais remise en cause. Le XXe siècle est vécu (dans le monde arabe) comme une série de mensonges et de trahisons de la part de l’Occident: les promesses non tenues de Lawrence et de McMahon; la déclaration Balfour; les accords Sykes-Picot; la création de l’État d’Israël; etc. J’insiste sur ce point: un discours n’est jamais « juste » ou « faux ». Du moment qu’il a une cohérence interne, il fonctionne».

Accords Sykes PicotOn se souvient d’ailleurs de la mise en scène, par le Groupe État Islamique alors conquérant, de la suppression de la frontière entre la Syrie et l’Irak, signe, proclamait-il, de la fin des accords Sykes-Picot… dont bien des Européens ignorent par ailleurs à la fois l’existence et la portée!

Ma consœur Hind Fraihi, elle aussi, mène campagne contre l’intégrisme islamiste, qu’elle avait débusqué à Molenbeek dès 2005. Ses avertissements d’alors, malheureusement, n’ont pas été pris au sérieux. Commentant l’édition de son livre en français, elle me confiait récemment qu’en Belgique «on s’est focalisé sur le voile, en le qualifiant de signe religieux ostentatoire. Mais quand les arbres de Noël prolifèrent en fin d’année, on ne dit rien. Alors que l’arbre de Noël a aussi un fondement religieux». Précision importante: Hind Fraihi n’est pas voilée.

Dans son livre «Terreur dans l’Hexagone», l’islamologue français, Gilles Kepel, rappelle, snas préciser qu’il en était un des auteurs, (p.232) «un rapport sur la politique d’intégration française, commandée par le Premier ministre (socialiste) Jean-Marc Ayrault en 2012, et publié en décembre 2013».  Une des cinq parties de ce rapport, rappelle Gilles Kepel, «suggère de revenir sur l’interdiction du port du voile dans les établissements scolaires, prenant position contre l’orientation voulue par le ministre de l’Éducation nationale». Le document «invite à réfléchir aux conditions de développement d’une laïcité inclusive et libérale de la laïcité, une laïcité commune, sensible à la fois au contexte et aux conséquences de sa mise en pratique». Il sera… rapidement retiré du site Web de l’hôtel Matignon, résidence du Premier ministre français.

La question mérite réflexion chez nous également. Interdire le voile dans l’enseignement primaire est cohérent et respectueux de l’islam, qui ne prône ou ne réclame pas le port du voile par les filles prépubères. Mais perdrait-on à le tolérer dans l’enseignement secondaire, pourvu qu’on soit intransigeant pour le reste, et que soient refusés, par exemple, le rejet de certains enseignements, ou l’exigence d’horaires séparés pour d’autres cours?

Et pourquoi pas un débat sur la fonction publique? Est-il équitable de soupçonner une fonctionnaire de partialité, au motif qu’elle est voilée? La discussion, au sein de l’administration, est parfois d’un… jésuitisme assez effarant: des fonctionnaires qui ne sont pas en contact avec le public pourraient être voilées, mais devraient retirer leur voile, dès qu’elles sont en contact avec le public?

Ah, bien sûr, tout cela en vertu de la «sphère privée» dans lequel devrait se cantonner la religion. L’exigence témoigne d’une singulière méconnaissance des religions qui, quelles qu’elles soient, invitent  leurs adhérents à manifester leur foi et à la partager. Avec un succès très relatif d’ailleurs. Mais elle est aussi assez hypocrite, car, in fine, elle ne permettrait qu’aux laïques militants de ne pas réserver, eux, leur opinion à leur sphère purement privée.

Aucune réponse simple, ou hâtive, ne peut être apportée à ces questions. Mais une chose est acquise: la réponse sécuritaire seule ne suffira pas à réduire l’intégrisme islamiste. Comme, pour rappel, la victoire des Alliés, en 1945, et la dénazification qui l’a suivie n’a pas empêché d’anciens nazis de conserver de plantureux postes, ou des fonctions de pouvoir, dans la République fédérale allemande. Jusqu’à ce que la facture soit violemment présentée, trente ans plus tard, par la Rote Armee Fraktion. Mettre au placard le rapport évoqué par Gilles Kepel n’a pas aidé à résoudre le problème. Ignorer la réflexion d’un Fouad Louari n’y contribuera pas plus…

Le dédain du foot amateur… qui ne l’est plus


Que le Club Brugeois ou le Standard décroche la coupe de Belgique n’a, dans le fond, aucune espèce d’importance: le niveau de notre football, exception faite de l’équipe nationale qui sera confrontée à un sacré défi en France, où elle se présentera comme l’une des favorites au sacre européen, rend tout à fait anecdotique le succès de l’une ou l’autre de ces équipes. Quand la compétition continentale reprendra cours, en août prochain, le détenteur de la coupe nationale sera appelé plus que vraisemblablement à y faire de la figuration.

FootballCe qui n’est pas indifférent, par contre, c’est le total mépris affiché une nouvelle fois par la Ligue professionnelle, qui a programmé cette finale de coupe un dimanche à 16 heures. On aurait voulu un peu plus encore enfoncer les clubs amateurs qu’on ne s’y serait pas pris autrement. Combien de supporters, en effet, ne choisiront pas de préférer le confort douillet de leur salon, pour suivre l’affrontement entre «Gazelles» et «Rouches», plutôt que d’aller endurer froidure et pluie, dans une tribune mal protégée, pour suivre une rencontre de provinciale qui prendra essentiellement lieu de partie de pousse-ballon, et démentira par là-même la qualification d’«intelligence en mouvement» qu’avait décernée Henri de Montherlant au ballon au pied?

Les multiples bénévoles qui se démènent pour assurer la survie des clubs de football amateur récrimineront donc à juste titre, au moins autant que les amateurs de foot pour qui cette finale de coupe, disputée avant le début des fantaisistes «play-offs», que le foot belge est le seul à proposer, et dont le déroulement sera nécessairement faussé par le résultat de cette finale. Si le Standard l’emporte, les «play-offs 2» seront tout simplement vidés de leur substance, puisque les Liégeois, qualification européenne en poche, n’auront plus aucune raison de se faire violence afin de forcer une place en finale de cette compétition particulière, pour, ensuite, tenter de décrocher un ticket européen contre le troisième, le quatrième, voire le cinquième des «play-offs 1». Mais si le Club Brugeois l’emporte, conformément à la logique sportive d’avant-match, quel intérêt aura-t-il encore à se faire mal, si, d’aventure, il se retrouve contre toute attente rapidement écarté de la course au titre?

Doit-on plaindre le football amateur pour la cause? Faudrait-il d’abord que son comportement soit irréprochable. Or, depuis janvier, les colonnes sportives des quotidiens ne sont remplies que d’annonces de transferts de joueurs dans la perspective de la prochaine saison! Peut-on dès lors croire qu’ils continueront à se livrer sans réserve pour leur club actuel?

Nous ne sommes pas naïf: de tout temps, même dans le football provincial, des joueurs ont été contactés en cours de saison, en vue de la conclusion d’un futur transfert. Mais à tout le moins, rien ne pouvait-il être conclu avant la très officielle période de transferts.

La pratique actuelle rompt avec l’hypocrisie de l’époque, nous dira-t-on? On pourrait entendre le raisonnement, si la pratique de rétributions en noir, déguisée par exemple sous forme de remboursements de frais, ne se perpétuait pas, comme à cette époque passée. Car ces transferts, désormais très tôt annoncés, se doublent de primes invraisemblables accordées aux footballeurs amateurs, par des présidents-mécènes, en mal de notoriété, et qui espèrent redorer leur blason en patronnant un club susceptible de décrocher un titre, fût-ce au plus bas niveau.

À la réflexion, c’est tout le foot, professionnel et amateur, qui est aujourd’hui bien malade. Raison de plus pour se désintéresser de cette finale de coupe: que le Club Brugeois ou le Standard de Liège l’emporte ne changera, dans le fond, rien à cette double dérive….

 

 

Mais pourquoi ne parle-t-on jamais du coût de la gare d’Anvers?


Jacqueline Galant, a passé une semaine difficile, et elle a encore fait l’actualité ce week-end: bourgmestre en titre de Jurbise, elle y a organisé son bal annuel sous haute surveillance policière, et les cheminots qui voulaient venir lui répéter tout le mal qu’ils pensent de son plan stratégique n’ont pas eu l’occasion de l’approcher.

Il faut dire que les palinodies de la ministre MR de la Mobilité, la semaine dernière, sur la réalisation du RER bruxellois en Wallonie ont eu quelque chose de surréaliste: même les parlementaires libéraux, présents en commission, confirmaient ses déclarations sur la mise en service du futur RER sur les deux lignes ferroviaires actuelles (ce qui transformerait d’office les travaux déjà réalisés en travaux inutiles, qui ont fait la gloire médiatique de Jean-Claude Defossé), alors que la ministre, le lendemain, assurait n’avoir jamais tenu ces propos. Entre-temps, le Premier ministre, Charles Michel, était intervenu en urgence: la grogne en Brabant Wallon, terre libérale par excellence, était semble-t-il de plus en plus forte.

Sur la Une, aujourd’hui, l’administrateur-délégué de la SNCB, Jo Cornu, y est allé de sa petite pique à l’égard d’Infrabel, gestionnaire du réseau, dont les fonds, pour la réalisation du RER bruxellois, sont désormais largement entamés. Tandis que Jacqueline Galant, toujours elle, s’est fait des amis à Anvers, et notamment chez ses partenaires gouvernementaux de la N-VA, en annonçant que Bruxelles aurait la priorité, au détriment d’Anvers, mais également de Liège et de Gand, pour la réalisation, là aussi,de réseaux express.  Ce qui permettrait, soit dit au passage, de réutiliser des infrastructures ferroviaires aujourd’hui à l’abandon.

Au cours des débats de cette semaine, et de manière plus générale, on épingle par ailleurs généralement les dépenses «somptuaires» d’Infrabel et de la SNCB pour les gares de prestige de Liège-Guillemins et de Mons, pour dénoncer une faute de gestion: les priorités auraient été mises là où elles ne devaient pas l’être, dans des gares plutôt que dans des réseaux. Ce qui n’empêche pas les mêmes de s’indigner des fermeture des gares programmées par la SNCB: preuve qu’il n’y a pas de gares sans lignes, ni de lignes sans gares.

Sur ce plan, il ne serait pas mauvais de remettre les choses en perspective. La construction d’une nouvelle gare à Liège était indispensable pour permettre le passage du TGV par la Cité Ardente: l’ancienne gare, et son ancienne structure ferroviaire, n’autorisaient pas ce passage, pour lequel le défunt gouverneur des provinces de Liège et de Luxembourg, Pierre Clerdent, a longuement ardemment bataillé. Conscient du fait que le TGV venant de Paris à destination de Cologne devait représenter un atout économique important pour la ville. L’alternative aurait été une gare TGV liégeoise sur les hauteurs, à proximité de l’aéroport de Bierset: on imagine le coût de la réalisation de cette nouvelle infrastructure.

Dès lors qu’une nouvelle gare était indispensable, fallait-il dès lors construire une gare de seconde zone? Le choix de Santiago Calatrava comme architecte l’a été dans une perspective de redéploiement urbain, et, régulièrement depuis son inauguration, des visiteurs viennent la découvrir. Car il s’agit aussi d’un monument urbain.

thumb_nieuws-item-7194À Anvers aussi, il a fallu adapter la gare à l’arrivée du TGV, de Paris et Londres à Amsterdam. Le choix, là, a été de conserver l’ancienne gare, monument classé, et d’implanter les quais TGV en sous-sol.

Et là, chose étrange, Anvers n’est jamais mentionnée quand les dépenses «somptuaires» de la SNCB et d’Infrabel pour des gares de prestige sont épinglées.

Les chiffres sont pourtant parlants: la nouvelle gare TGV de Liège-Guillemins a coûté 312 millions d’euros, 437 si on y ajoute les modifications de l’infrastructure ferroviaire qui ont accompagné sa construction. Anvers-Central, elle, a coûté 404 millions d’euros, auxquels se sont ajoutés 371 millions d’euros pour la mise en place de la nouvelle structure d’accueil du TGV, soit au total 775 millions. Un montant à côté duquel les 272 millions annoncés pour la gare Calatrava de Mons apparaissent, en comparaison, relativement riquiquis.

Tout se passe donc comme si, pour les navetteurs wallons aussi, les sommes englouties à Anvers-Central étaient naturelles, tandis que les dépenses faites à Liège ou à Mons seraient, elles, «somptuaires».

Nous avons par ailleurs eu déjà plusieurs fois l’occasion de souligner ici le déséquilibre en faveur de la Flandre du réseau ferroviaire national. Logique, dans la mesure où, chaque année, 60% des moyens y sont dépensés, pour 40% en Wallonie, où l’étendue du territoire, et son caractère vallonné entraînent d’office à la hausse le coût des travaux d’infrastructures.

Si l’on veut donc entretenir la polémique à perpétuité, il serait donc bon de rappeler que, pour les gares aussi, la Flandre a bénéficié d’un effort colossal, supérieur à celui de la réalisation des gares de Liège-Guillemins et de Mons. Mais les travaux étant réalisés, ou en sur le point d’être achevés, ce débat n’a plus de raison d’être. Et il serait temps de réfléchir sérieusement à la cohérence d’un gouvernement qui a proclamé à Paris, à la COP21, sa volonté de réduire résolument les émissions de gaz à effets de serre, et qui, dans le même temps, désinvestit massivement et de la société gestionnaire du réseau, et de l’opérateur ferroviaire traditionnel. Peut-être serait-il également utile de se demander si la ministre en charge de deux des dossiers les plus explosifs qui soient en Belgique (la SNCB, et le plan de vol autour de l’aéroport de Bruxelles) n’a pas définitivement fait la preuve de son incompétence.

Marre des «experts» qui pérorent sans même se documenter!


Deborsu

Ainsi donc, après deux numéros seulement, l’émission dominicale de Christophe Deborsu va subir un relifting sur RTL TVI. Les mauvais scores d’audience du transfuge de VT4 ont apparemment déclenché une espèce de «football-panique» sur la chaîne privée. Reste à savoir si un simple remaniement suffira, car les ingrédients de l’émission restent identiques. Et ses experts ou prétendus experts aussi, hélas. Hors Alessandra D’Alessio, bien sûr, dont on se demandait bien ce qu’elle venait faire là, et qui a disparu de la circulation non pour son incompétence, mais pour ses affinités avec un ancien député d’extrême-droite, qui ne manque vraiment pas au Parlement.

En disant cela, ce n’est pas l’animateur de «C’est pas tous les jours dimanche» que je cible, même si sa prestation, dimanche dernier face à Lio a été désastreuse, au point qu’Alexander De Croo, le ministre Open vld de la Coopération, interloqué, l’a interpellé en lui demandant qui dirigeait le débat, de lui ou de l’interprète de «Banana Split» (le succès qui a assuré sa notoriété jusqu’à aujourd’hui!), tandis que Karin Lalieux, la députée PS, subissait l’agressivité de cette has been qui prenait des attitudes de Pasionaria! Non, c’est à Michel Henrion que je pense, catastrophique, vendredi soir, dans la désolante émission «On refait le monde», sur Bel-RTL.

En studio, l’ancien porte-parole de feu Guy Spitaels apparaissait comme le seul expert en politique, face à ce vieux briscard de Marc Metdepenningen, grand journaliste judiciaire au «Soir», et à la rédactrice en chef-adjointe de Ciné-Télé-Revue, qui semble être le seul hebdomadaire d’«information» (???) connu de Patrick Weber. Et c’est donc tout naturellement vers Michel Henrion que le sirupeux «Monsieur Loyal» de l’émission aux allures de café du Commerce s’est tourné, pour lui demander son avis sur la nomination par la ministre flamande N-VA Lisbeth Homans, d’un échevin francophone comme bourgmestre de Linkebeek, en lieu et place du bourgmestre MR ff Damien Thiéry, qui donne des boutons à cette flamingante enragée.

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Et ô surprise, Michel Henrion a… donné raison à la ministre N-VA. Parce que, a-t-il doctement tranché, depuis la dernière réforme de l’État et la scission de l’arrondissement électoral et judiciaire de Bruxelles-Hal-Vilvorde,  les communes flamandes à facilités de la périphérie bruxelloise relèvent des chambres réunies du conseil d’État. Et que ces chambres réunies ont validé le refus de nomination de M. Thiéry par la ministre Homans, et par contre invalidé la décision identique qu’elle avait prise à l’égard de Valérie Caprasse, mayeure cdH de Crainhem. Lisbeth Homans n’avait donc d’autre choix que de nommer un autre bourgmestre, a-t-il conclu, et elle l’a fait dans le respect du verdict électoral, comme elle l’a elle-même dit.

Confiants dans la sagacité de cet «expert», les autres participants à l’émission ont fait chorus. Tout juste a-t-on entendu timidement parler de respect du choix des électeurs de Linkebeek, qui ont plébiscité Damien Thiéry. Mais en Flandre, on n’est pas en Wallonie, a rappelé opportunément Marc Metdepenningen: les électeurs ne peuvent pas peser sur le choix du bourgmestre.

Carrousel en vue

L’ennui, c’est que Michel Henrion… ne connaissait pas bien son dossier. Oui, la scission de l’arrondissement électoral et judiciaire de Bruxelles-Hal-Vilvorde, réclamée depuis des lustres par la Flandre, s’est accompagnée d’une compétence accordée aux chambres réunies du Conseil d’État sur les communes à facilités de la périphérie. Mais ces chambres sont présidées alternativement par un magistrat francophone ou néerlandophone dont la voix est prépondérante! Il n’est donc pas sot de penser que, selon le sexe linguistique du président, les décisions de l’instance basculeront dans un sens ou dans l’autre. Et que leur valeur, donc, est très relative. Mais cela, manifestement avait échappé à la sagacité de l’ancien porte-parole de feu Guy Spitaels.

Et puis l’expert (?) est apparemment parti un peu vite en estimant que l’affaire était désormais réglée. Car tout indique aujourd’hui que l’échevin pressenti… refusera le cadeau empoisonné que lui avait préparé l’extrémiste ministre. Et si lui refuse, il faudra que Lisbeth Homans se lève tôt pour trouver dans les rangs francophones un(e) élu(e) prêt(e) ) suppléer le candidat-bourgmestre porté par la majorité. On suppose qu’alors la ministre flamingante des Affaires intérieures se tournera vers un membre de l’opposition, ou nommera un(e) bourgmestre hors conseil. À qui il est déjà prudent de prendre des médicaments contre la dépression, car il ne sera pas difficile à la majorité francophone de Linkebeek de torpiller toutes les initiatives de ce mayeur imposé.

Michel Henrion aurait été bien inspiré de relire «Génération Fourons»: cet ouvrage collectif rappelle la trouvaille de Charles-Ferdinand Nothomb, alors ministre PSC de l’Intérieur, le 15 octobre 1986. Pour mettre fin au «carrousel fouronnais» (à chaque fois que les magistrats flamands du Conseil d’État cassaient la nomination de José Happart, bête noire de la Flandre, au mayorat de Fourons, tous les échevins démissionnaient; et José Happart était réélu premier échevin et bourgmestre ff de Fourons), l’homme politique luxembourgeois avait déniché un excellent candidat au poste de bourgmestre hors conseil: Roger Wynants, de Fouron-Saint-Pierre, est un des fils d’un ancien mayeur fouronnais. Dans un climat extrêmement tendu, car de sa décision dépend le sort du gouvernement, le Premier ministre, feu Wilfried Martens, part, le 17 octobre peu après minuit, au Palais de Laeken pour faire signer par le défunt roi Baudouin son arrêté de nomination comme mayeur de Fourons. Mais patatras, l’homme n’accepte qu’à la condition, inacceptable pour les Flamands, de ramener les six villages de la Voer de la province du Limbourg à celle de Liège. Il n’y aura pas de bourgmestre hors conseil  à Fourons. Et Charles-Ferdinand Nothomb sera contraint de démissionner.

Un autre carrousel risque de se mettre en route, dès ce week-end, à Linkebeek. Et il pourrait secouer le gouvernement de Charles Michel. Car ce dernier, et tous ses ministres libéraux francophones, ont beau, à la manière Coué, seriner que la N-VA se limite aux problèmes socio-économiques jusqu’à la fin de la législature, l’initiative de Lisbeth Homans et venue prouver le contraire. Et le MR devra bien décider si, oui ou non, il soutient toujours son candidat-bourgmestre de Linkebeek. Il en est sûrement, dans la grande maison bleue, pour déplorer secrètement que le parti ait ouvert ses portes, naguère, à ce transfuge du FDF…