L’échec de Teresa May expose l’imbroglio britannique


Une défaite «catastrophique» a ironisé le chef de l’opposition travailliste, Jeremy Corbyn, en commentant le rejet massif, par 432 voix contre 202, du projet d’accord négocié par la Première ministre conservatrice, Teresa May, avec l’Union Européenne, pour encadrer le départ du Royaume-Uni, à l’horizon du 29 mars prochain.

La rebuffade est il est vrai très sévère. Et si le Parlement britannique n’avait pas instauré une procédure de motion de censure, pour renverser le gouvernement, Teresa May, en d’autres temps, n’aurait eu de choix que de démissionner immédiatement. La Première ministre n’a sans doute obtenu qu’un sursis. Et elle n’a pas eu tort, en commentant le résultat du vote, de constater qu’il n’indiquait «aucune solution» au problème des Britanniques qui reste entier, à l’approche du Brexit.

Pas tellement simple de démonter le puzzle!

Le no-deal apparaît en effet comme l’issue de plus en plus vraisemblable. Avec toutes les difficultés que cette sortie entraînera, notamment du côté de l’Irlande du Nord. Car on voit mal quel nouveau lapin Teresa May pourrait sortir de son chapeau d’ici à lundi prochain pour renverser la vapeur. Et quelle concession supplémentaire elle pourrait arracher à l’Union Européenne pour convaincre les sceptiques au sein de la Chambre des Communes.

C’est que son échec résulte de la conjonction de deux oppositions: celle des partisans d’un Brexit pur et dur, incarnés par son ancien ministres des Affaires étrangères, Boris Johnson, dont la coiffure hirsute semble le disputer originalité à celle du président des Etats-Unis, Donald Trump. Et celle des opposants au Brexit, qui veulent absolument le maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union Européenne. Cette tendance est majoritaire en Écosse: les nationalistes écossais l’ont déjà rappelé bruyamment au sein du Parlement britannique. Les lendemains du Brexit pourraient être douloureux pour le Royaume (Dés)uni!

Cet imbroglio est le résultat d’une campagne référendaire où les arguments mensongers ont fleuri du côté des partisans du Brexit, où le débat n’a jamais abordé les problèmes de fond que soulèverait une sortie de l’Union Européenne, et où, surtout, aucune majorité spéciale n’avait été fixée pour obtenir une réponse claire des électeurs.

Il apparaît aujourd’hui qu’un nouveau référendum donnerait sans doute un résultat inverse, et ils sont de plus en plus nombreux à le réclamer au Royaume-Uni. Mais l’organiser reviendrait à alimenter le moulin de ces opposants obsessionnels à l’Europe, qui l’accusent de ne pas respecter des votes démocratiques en organisant à chaque fois des votes contraires!

Le constat, qui se vérifie aujourd’hui au Royaume-Uni, et qui pourrait se manifester demain dans une Catalogne où le débat sur l’indépendance ne sort jamais des poncifs émotionnels, c’est qu’une décision aussi importante ne peut dépendre d’une majorité aussi étroite et hasardeuse que la majorité plus une voix. Seul, un référendum fixant un seuil de participation (75 à 80%), et exigeant une majorité spéciale (75 à 80%) peut garantir l’adhésion d’une frange majoritaire de l’électorat à un projet essentiel. Et dès lors indiquer clairement aux élus le sens dans lequel ils doivent travailler. Faute de cette clarté, Teresa May continuera à naviguer dans le brouillard. Avant immanquablement d’être renversée, par des élus qui ne parviendront pas plus qu’elle à sortir de l’imbroglio actuel.

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Bart De Wever abandonne les Anversois pour (tenter de) redonner du «peps» à la Flandre


Bart De Wever a donc voulu frapper fort: à peine réinstallé dans le fauteuil mayoral d’Anvers, le président de la N-VA s’est annoncé candidat à la présidence du gouvernement flamand, et dans la foulée a «poussé» Jan Jambon, pourquoi se gêner, comme candidat Premier ministre fédéral.

Au moins les choses seront-elles plus claires après les élections de mai prochain: en mettant ainsi les mains dans le cambouis, Bart De Wever n’apparaîtra plus, comme cela a été régulièrement le cas au cours de la législature qui s’achève, une espèce de shadow Premier ministre, prêt à semer la zizanie quand le fédéral semblait trop ronronner à son goût.

Il n’empêche, son annonce est d’abord une trahison de ses engagements à l’égard des Anversois, dont il a sollicité le vote, en octobre dernier, comme candidat bourgmestre.

La comparaison avec Paul Magnette, à cet égard, est significative: le bourgmestre de Charleroi figurera sur la liste européenne du PS en mai. Mais pour défendre ses idées, car le message est clair: il ne siégera pas au Parlement européen, même s’il y est élu, malgré cette posture assez particulière, mais il restera mayeur de Charleroi comme il s’y était engagé en octobre. Au contraire des électeurs carolorégiens, les électeurs anversois, aujourd’hui, doivent se sentir cocus…

Que Bart De Wever se profile en tant que candidat ministre-président flamand est significatif de trois choses. Il avoue ainsi d’abord son incapacité à construire une coalition fédérale avec des partis francophones, surtout si le PS, ce qui reste à démontrer, réussit la «remontada» qu’a annoncée, avec une certaine forfanterie, son président, Elio Di Rupo, lors de la séance des vœux du parti.

En principe, au niveau flamand, le président de la N-VA aura moins de mal à conclure… à condition que son parti se rende à nouveau incontournable. Et s’il s’engage de la sorte, c’est peut-être parce qu’il craint que le reflux de son parti au profit du Vlaams Belang, amorcé aux récentes élections communales, ne s’amplifie, ce qui permettrait peut-être la formation d’une coalition dont la N-VA serait exclue. En montant en ligne, le bourgmestre anversois qui reste un des hommes politiques les plus populaires de Flandre, espère bien enrayer le mouvement.

Le troisième constat est que Geert Bourgeois, renvoyé à l’Europe, n’a pas réussi à donner à son gouvernement une visibilité suffisante en Flandre, où au fil des ans, l’électeur commence à se rendre compte que, contrairement à ce que proclamait un slogan en vogue il y a quelques années, ce que la Flandre fait elle-même, elle ne le fait pas forcément mieux. Le déclin de son enseignement, qui commence à inquiéter le corps enseignant, en est un signe.

Le gouvernement Bourgeois n’est pas le premier à souffrir de ce manque de visibilité. Dans le passé, les gouvernements Peeters, Leterme, ou Somers ont souffert du même handicap. Tandis que le gouvernement wallon parvenait, par exemple, à donner à son «Plan Marshall» une notoriété nationale, voire internationale, le document VIA (Vlaanderen in Actie) de son pendant flamand restait confiné, lui, dans une désolante confidentialité.

Il n’est pas indifférent non plus de constater que les prédécesseurs de Geert Bourgeois, Kris Peeters et Yves Leterme, sont ensuite «montés» au gouvernement fédéral. Comme si, par un étrange paradoxe, les dirigeants de la région la plus autonomiste du pays considéraient toujours le fédéral comme un niveau de pouvoir supérieur.

Bart De Wever espère peut-être renouer, à la tête du gouvernement flamand, avec l’engouement qu’avait suscité, à la fin des années 90, l’équipe Van den Brande, avec son célèbre slogan Vlaanderen 2002 qui annonçait, ou semblait promettre, une quasi indépendance de la Flandre pour le sept centième anniversaire de la Bataille des Eperons d’Or. L’élan romantique a fait long feu, les Flamands de 2019 ne croient plus au père Noël…