La preuve par Ryanair, la mobilisation finit toujours par payer!


Si, selon un adage bien connu, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, alors on peut dire de Michael O’Leary, le patron de Ryanair, qu’il frise le génie. Car enfin, quand un homme qui avait affirmé qu’il préférait se couper la main droite plutôt que d’autoriser les syndicats dans sa compagnie, admet aujourd’hui une représentation syndicale, et l’ouverture d’une négociation sociale, on peut parler de retournement complet de situation!

Michael O'LearySi l’homme, habitué aux déclarations fracassantes, mange ainsi son chapeau, ce n’est pas l’effet du hasard: c’est la menace de grève brandie par les pilotes italiens de Ryanair, qui l’a obligé à plier.

Son geste d’ouverture a désamorcé le mouvement dans la péninsule. Mais il lui faudra sans doute plus de concessions encore, par exemple autoriser la mise en place d’une représentation du personnel au niveau de la compagnie (sous forme d’un conseil d’entreprise européen?), pour dissuader les pilotes portugais et irlandais de paralyser à leur tour le trafic, le 20 décembre prochain.

Avions Ryanair cloués au solLa preuve est ainsi une nouvelle fois faite qu’une mobilisation sociale réussie peut conduire à des résultats positifs. Le contexte, il est vrai, est plutôt favorable au personnel de Ryanair, après les départs massifs de pilotes qui ont contraint la compagnie low-cost irlandaise à annuler des milliers de vols. Des dizaines d’appareils se sont ainsi retrouvés cloués au sol, et leurs passagers potentiels plongés dans des difficultés que Ryanair leur avait épargnées depuis ses débuts chaotiques. Et la communication maladroite de la compagnie n’a pas réussi à masquer le vrai malaise social qui la minait, compliqué encore par un arrêt de la Cour de Justice de Luxembourg, confirmant à la cour d’appel de Mons que le droit du travail s’applique à ses salarié(e)s, même si les contrats qu’elle leur a fait signer sont des contrats de travail irlandais.

C’est tout un modèle de développement du transport ultra-libéral qui se trouve ainsi remis en cause par la justice, mais surtout grâce à la mobilisation sociale, car si des cas ont été soumis aux juridictions du travail, c’est aussi sous impulsion syndicale.

Des esprits chagrins ressortiront sans doute à cette occasion la vieille association entre mouvement syndical et actions de grève. C’est oublier qu’une entreprise bien gérée ne peut l’être sans bonne concertation sociale, et que celles où la concertation se déroule de manière naturelle sont rarement celles qui se trouvent en difficultés. Car on sait y faire face ensemble.

Depuis une vingtaine d’années, c’est un autre type de gestion que Michael O’Leary a pratiquée, basée sur une forme de «terrorisme social». Contraint et forcé, le voilà aujourd’hui forcé de changer son fusil d’épaule. Trop tard? Il y a plus de joie au ciel pour un pécheur qui se repent que pour cent justes, a dit quelqu’un, il y a plus de deux mille ans…

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