L’indécence de l’UEFA sans bornes: les «poppies» du souvenir à l’amende!


À l’instar des cons, à en croire la célèbre réplique de Michel Audiard, les indécents osent tout, et c’est même à cela qu’on les reconnaît: c’est la première réflexion qui m’est venue à la découverte de la nouvelle que la toute-puissante FIFA, la Fédération Internationale de Football-Association avait décidé d’infliger des amendes à la Fédération anglaise (45000 francs suisses), et à la Fédération écossaise (20000 francs suisses) de football. Pourquoi cette sanction? Les joueurs des deux équipes nationales ont eu l’audace, lors de leur confrontation, le 11 novembre dernier, de porter au bras un brassard à l’image du «poppy» (le coquelicot qui, dans tous les pays anglo-saxons, figure à toutes les boutonnières, pour rappeler le souvenir des soldats morts en 1914-1918), malgré l’avertissement qui leur avait été fait par la FIFA de s’abstenir.

poppyPire, la même FIFA -tant qu’à faire, elle aurait grand tort de s’arrêter en chemin- a ouvert des procédures disciplinaires similaires contre les Fédérations galloise et nord-irlandaise. Le lendemain, 12 novembre, lors de matches de qualification pour la prochaine coupe du monde en Russie, ce ne sont pas les footballeurs gallois, face à la Serbie, ou nord-irlandais, devant l’Azerbaïdjan, qui ont arboré le coquelicot du souvenir, mais les supporters le portaient dans les tribunes, comme ils l’ont toujours fait, à l’instar de leurs parents, leurs grands-parents, et leurs arrière-grands parents, aux premiers jours de novembre, depuis 1918 ou 1919. Au pays de Galles, circonstance sans doute aggravante aux yeux de la FIFA, ils l’ont même déployé sous forme d’un «tifo-mosaïque» du plus bel effet!

Pas vite gêné -mais pourquoi le serait-il?-  le président de l’instance de discipline de la FIFA, Claudio Sulser, a expliqué que «par ces décisions, notre intention n’est pas de juger ou de mettre en question des commémorations spécifiques: nous respectons au contraire pleinement la signification de pareils moments dans les différents pays, chacun avec sa propre histoire et son propre passé. mais la règle doit être appliquée de manière objective et neutre pour les 211 fédérations qui font partie de la FIFA. Et cette règle proscrit, entre autres, le déploiement de tout symbole politique ou religieux».

Mais qu’en termes choisis ces choses-là sont dites! Symbole politique le coquelicot des «Flanders fields»? Symbole qui, en tout cas, a été accepté jusqu’il y a peu, sans la moindre remarque par cette FIFA brusquement frappée par une impérieuse recherche de neutralité! Le «poppy» était perçu comme le souvenir de tous les malheureux emportés par la boucherie du premier conflit mondial. Oui, M. Sulser, un conflit mondial: il n’est pas question là de pays individuels, «chacun avec sa propre histoire et son propre passé».

Au cours de cette guerre qui devait être la «Der des ders», des footballeurs des toutes premières équipes nationales sont morts sur tous les fronts: Français, Allemands, Britanniques, Autrichiens, Russes, Serbes, Belges confondus. À l’instar de nombre d’autres sportifs, comme le Liégeois Marcel Kerff, sixième du tout premier tour de France.

Le «poppy» commémore aussi, dans la foulée, de tous ceux qui, trente ans plus tard, ont été broyés dans l’horreur du second conflit mondial, beaucoup d’entre eux mourant pour que survive la démocratie. Et donc la liberté d’exprimer son opinion, par exemple en déployant un coquelicot du souvenir, dans une tribune de football, par une grise soirée de novembre!

Si M. Sulser avait le moindre sens de l’Histoire, il aurait aussi pu se rappeler que les timides tentatives de fraternisation qui se sont déroulées sur le front franco-belge, à l’hiver de 1914, se sont parfois accompagnées de l’organisation de… rencontres de football entre soldat des armées ennemies. La lecture de la somme «Sur les traces de 14-18 en Wallonie» révèle qu’une de ces rencontres improvisées se serait déroulée aux environs de Ploegsteert…

Tout cela, bien sûr, est très très ancien. Cela remonte à une époque que les moins de… cent ans ne peuvent pas connaître. Celui d’un temps où le football commençait petit à petit à se démocratiser et à se répandre, mais où les fédérations nationales étaient le plus souvent dirigées par des messieurs au patronyme à rallonge. Pas nécessairement tous démocrates? Peut-être!

Mais les dirigeants actuels du foot mondial le sont-ils plus, eux qui sont soumis pieds et poings liés à la dictature de Sa Majesté le Fric?

Sepp Blatter a beau avoir été obligé de prendre la porte, les conditions dans lesquelles la Russie puis le Qatar ont obtenu l’organisation des prochains championnats du monde n’ont pas fait l’objet, et ne feront pas l’objet de la moindre remise en question. Il est bien plus simple, bien sûr, d’infliger des amendes à des fédérations qui osent commémorer de pauvres gars qui, embrigadés dans des causes qui les dépassaient, sont partis se faire massacrer. Tiens, là, par contre, rien n’a changé…

 

 

 

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