Quand les journalistes se prennent pour des justicier(e)s, ils (elles) se trompent de rôle


Au terme du procès de Bernard Wesphael, devant la cour d’assises du Hainaut, bien malin de dire si l’ancien chef de groupe écolo au Parlement wallon sera finalement reconnu coupable du meurtre de son épouse, notre ancienne consoeur Véronique Pirotton, ou s’il sera acquitté des faits mis à sa charge.

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Rien d’étonnant à cela: ce qui est vrai d’un procès d’assises normal l’est encore plus d’un procès d’assises de longue durée: le moindre détail, la moindre attitude, peuvent orienter les débats dans un sens plutôt que dans l’autre. Et, spécialement dans un dossier aussi sensible et aussi délicat que celui qui nous occupe, le rôle des journalistes est crucial: rendre compte de ce qui se passe à l’intérieur de la salle d’audience, et expliquer aux lecteurs, auditeurs, ou téléspectateurs, le déroulement et le sens des événements qui s’y déroulent.

Malheureusement, il faut bien constater qu’à Mons, tou(te)s les journalistes présent(e)s ne sont pas forcément habité(e)s de cette préoccupation. Comme cela a été le cas, dans le passé, et de la façon la plus spectaculaire, dans le procès Dutroux, certain(e)s d’entre eux (elles) s’inscrivent dans deux camps opposés: celui des croyants (à la thèse de la culpabilité de Bernard Wesphael) et celui des incroyants.

Dérapages journalistiques et médiatiques

Ce faisant, les journalistes sortent de leur rôle. Car qu’ils (elles) soient adeptes d’une des deux thèses ou de l’autre, ils (elles) présentent les débats sous l’angle qu’ils (elles) ont choisi(e). Ils (elles) n’aident donc pas leur public à bien comprendre les enjeux des débats comme ils (elles) devraient le faire. Et, à l’arrivée, quel que soit le verdict des jurés montois, ils (elles) ancreront dans une partie de l’opinion la conviction que la Justice n’a pas été bien rendue. Conviction renforcée par les interventions de la partie qui sortira «perdante» des trois prochaines semaines.

Ajoutez à cela des comportements, m’a-t-on rapporté, fort peu confraternels entre eux (elles), et, malheureusement, une partie de la presse donne de la profession de journaliste judiciaire une image assez déplorable.

Ceci n’est, soit dit au passage, pas le fait des seul(e)s journalistes: quand une émission radio de la chaîne privée qui déforme plus qu’elle ne refait le monde entreprend de dresser le portrait de la victime, par des pseudo-polémistes qui n’assistent pas forcément au procès, elle dérape en plein virage. Et le moindre paradoxe, en l’espèce, n’a pas été d’entendre une chroniqueuse s’émouvoir que, dans un procès d’assises, on donne un tas de détails sur la vie tant de l’accusé que de la victime. Au nom, on le suppose, d’un prétendu respect de la vie privée dont elle n’a guère fait preuve dans son passé professionnel, et comme si pour permettre aux jurés de se forger une intime conviction (le seul critère décisif aux assises, rappelons-le) dans une affaire aussi complexe ne postulait pas qu’on aborde les personnalités de ses principaux protagonistes!

Publicité, sauvegarde du peuple!

Tout cela ne serait qu’anecdotique si on ne se situait pas dans un contexte judiciaire, où, faute d’avoir obtenu la suppression de la cour d’assises, les adversaires du jury populaire, au premier rang desquels le ministre de la Justice, Koen Geens (CD&V) , n’avaient déjà pas entrepris de la contourner en renvoyant toute une série de dossiers criminels devant des tribunaux correctionnels, en vertu de nébuleux critères. Et si le même n’évoquait pas la création de «cours criminelles» en invoquant le prétendu avantage que constituerait la possibilité de se pourvoir en appel des jugements de ces cours, au contraire des verdicts d’assises. En oubliant sûrement involontairement que nos voisins français ont, depuis longtemps, introduit le mécanisme d’appel des procès d’assises.

Ce n’aurait qu’une importance minime, aussi, si certains, dans les milieux judiciaires, y compris au sein des barreaux, ne ressuscitaient pas l’idée de bannir les journalistes des enceintes des cours et tribunaux, comme on a pu s’en rendre compte, encore, dimanche dernier, au débat hebdomadaire de La Une. On peut s’en gausser, quand on pense à la disponibilité extrême de certains «chers Maîtres» pour les micros et caméras. On doit s’en inquiéter, en se souvenant des dérives d’une justice à huis clos. Les révolutionnaires issus du siècle des Lumières l’avaient bien compris, eux qui ont fait graver «Publicité, sauvegarde du peuple» au fronton de l’Hôtel de ville de Verviers. La maxime n’a rien perdu de sa pertinence!

 

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9 réflexions sur “Quand les journalistes se prennent pour des justicier(e)s, ils (elles) se trompent de rôle

  1. Ce n’est pas que dans le procès Wesphael !…. Ce fut le cas aussi d’un maman en mars 2015 aux Assises de Namur suite à un déni de grossesse total…. Un lynchage médiatique, une honte !…. Une Vérité Judiciaire passée en force envers et contre tout… Et là, plus incroyable, contre l’avis unanime et favorable à l’accusée à tout point de vue d’un Collège de 4 experts mandatés par la Justice (même il y en a eu 5), contre la conviction d’un famille, d’un père, des proches (aucune partie civile)…. Les médias ont superbement ignoré tout cela, pire enfoncé cette maman, en passant sous silence les expertises, enfoncé une famille…. Résultat 10 ans de prison ferme alors que même le Ministère public n’avait requis qu’un sursis probatoire de 5 ans. 3 enfants orphelins de père avec une maman jetée en prison…. Un scandale ! Nulle part dans ces médias, je n’ai entendu parlé de ces enfants orphelins qui vivaient avec cette maman et moi-même dans une famille stable, aimante et équilibrée depuis plusieurs années…. La révolte me vient encore…. Quelle déontologie pour les journalistes ? Non, pour moi, il y a de moins en moins un véritable journalisme d’information, d’investigation, d’analyse, d’esprit critique…. Ce qui compte, c’est le « clic « qui permet d’appâter l’audience et les publicistes…. Et les articles qui pleuvent juste avant le procès, les informations parcellaires, orientées, retirées de tout contexte, et l’omission d’informations essentielles (ce qui est aussi grave et manipulatoire) ? D’où viennent-t-elles ces infos tronquées ?…. Dans le procès que je connais, je peux vous assurer, ni de nous, ni des avocats, des proches !?!?!…. Mais, alors de qui et pourquoi, dans quel but ? Et ces journalistes… Que faites-vous avec « l’humain » ? Connaissez-vous encore ce que veut-dire « humanité » ? Pensez-vous un seul instant, aux familles, aux proches, aux conséquences de vos articles sur toutes ces vies qui devront survivre, après,….. après vos articles gravés dans « le marbre » ? Oui, « j’accuse » comme père de Nicolas, père de notre petite bébé né dans une étincelle de vie, vous, les journalistes d’avoir « assassiné » toute une famille, des enfants, une maman, un papa…. Philippe Piot

    • N’ayant pas suivi ce procès dans les médias, je vous laisse juge de votre avis. Mais le travail des journalistes qui couvrent un procès d’assises est de relater ce qui s’y dit, sans pouvoir évidemment tout donner en détails, afin d’informer de ce qui s’y dit, et de témoigner que ce procès se déroule normalement. Ce que les parties apportent aux journalistes, en dehors des débats, ne sont là que pour les aider à mieux en évaluer le contexte du dossier. Quant au verdict et à l’arrêt, en général, les journalistes l’exposent, mais ne le commentent pas.

  2. Un grand merci à Monsieur philruth pour avoir resitué la mission d’un journaliste dans le cadre d’un procès d’Assises…. Mais, voici mon ressenti. Dans le procès de cette maman en mars 2015, est ce que le témoignage durant une après-midi devant le jury d’Assises des 4 experts judiciaires (soit 3 psychiatres et une psychologue + un cinquième psychiatre) du Collège mandaté dans par la justice dans le cadre de l’instruction, est un point de détail qui fait qu’on n’en parle pas dans les médias ? Je rappelle que ce Collège avait avancé et accrédité l’hypothèse du déni de grossesse total et de l’altération du jugement et du contrôle de ses actes lors des faits (à la naissance du bébé en pleine nuit du 12 février 2012) de la maman. Que ces experts judiciaires ont rencontré cette maman durant des mois, chacun à plusieurs reprises lors de sa détention préventive de mars 2012 à novembre 2012, lui ayant fait en plus passé des batteries de tests. Que cette maman fut libérée en fin novembre 2012 sur Ordonnance de la Chambre du Conseil de Namur, confirmée par la Chambre des Mises en Accusation de Liège, reprenant notamment dans leurs « attendus » les conclusions du Collège de Experts avançant le déni de grossesse, l’impossibilité de toute récidive et l’absence de dangerosité de cette maman ! Que cette maman était suivie très régulièrement, plusieurs fois par mois sur préconisation de cette même ordonnance judiciaire depuis sa libération par l’équipe universitaire UCL du Professeur Reynaert, Psychiatre et Chef de service de l’Unité médicale en psychosomatique et psychopathologie à Mont-Godinne ? Qu’elle respectait scrupuleusement ses conditions et était très motivée par un travail sur elle-même ? Non, vous ne verrez nulle part cela dans les comptes-rendu de presse ! Avez-vous vu dans les médias comment fonctionnait le couple de cette maman ? Qui était le papa, son compagnon de vie en cohabitation légale (actuellement mariée avec la maman) ? Avez-vous vu dans la presse que depuis début 2010, ce couple fonctionnait bien, était aimant, stable, et avait été confronté à un terrible drame, le décès accidentel du père des trois enfants de l’accusée en avril 2011 ? Que ce couple vivait avec tous les enfants, ceux de la maman et celui de « son compagnon », en plein harmonie dans le soutien des enfants dans ce terrible drame ?… Non, vous ne verrez aucun article de presse le relater ! Est ce des points de détail ?…. Oui, je suis le père de cet enfant, le mari de cette maman, le beau-père de ces enfants orphelins dont je m’occupe toujours ! Oui, je suis père d’une fille que j’ai toujours à ma charge ! Oui, je suis assistant social depuis 1982 travaillant depuis plus d’un quart de siècle comme fonctionnaire fédérale assermenté auprès de l’IV-INIG (Institut National de Invalides de Guerre, Anciens Combattant et Victimes de Guerre, avec d’ailleurs des missions auprès des Victimes des attentats terroristes en collaboration avec le SPF Justice)… 10 ans de prison ferme ! 10 ans alors que même le Procureur Général n’avait requis qu’une peine de 5 ans avec sursis probatoire ! Oui, vous les journaliste,vous qui êtes ce 4 ème pouvoir… est ce que cela ne vous pose pas problème ?… Est ce un simple fait-divers dont il n’est pas utile de s’interroger au niveau de la société ? Pourquoi une maman au 21 ème siècle en Belgique, victime d’un déni de grossesse reconnu à l’unanimité par un Collège d’Experts Judiciaires, paniquée lors de cette naissance inattendue en pleine nuit, un bébé décédé, notre bébé, Nicolas, dans les deux deux secondes (d’après le médecin légiste), sans aucune lésion probante… Pourquoi un jury populaire arrive contre toute attente de condamner cette maman à 10 ans ???? Vous, journaliste, ça ne vous pose la question ???? Très cordialement, Philippe PIOT

    • N’ayant pas eu connaissance de cette affaire, je ne peux vous répondre sur le fond. Si ce n’est pour dire qu’il arrive, effectivement, qu’un arrêt de cour d’assises (pris, pour rappel, par les jurés et par les magistrats professionnels) aille plus loin que les réquisitions du ministère public. Pourquoi? En principe, la motivation du verdict doit aider à le comprendre. Ceci dit de manière générale, je le répète. Comme je répète que je suis partisan depuis des années de la création dans notre pays d’un mécanisme d’appel pour les procès d’assises, sur le modèle français. On s’y oppose au nom du coût d’un procès d’assises: une justice à bon marché n’est pas une bonne justice…

  3. En effet, la Belgique est un des seuls pays au monde (je pense qu’il n’y en a que deux) où il n’y a pas d’appel pour les procès d’Assises. Je rappelle aussi que jusqu’à ce début d’année 2016, les magistrats professionnels ne faisaient pas partie du jury d’Assises lors de la délibération pour la culpabilité. Le changement s’est opéré lors du procès de cette maman en mars 2016 pour l’assassinat de ses 2 enfants handicapés (elle écopa de 10 ans). Ceux-ci n’intervenaient que pour la délibération sur la peine (pour seulement assisté les jurés) sur la peine mais sans voix délibérative. En France, comme vous le savez, sans doute, le système est fort différent. Si le me souviens bien, le jury est composé de 6 jurés et 3 magistrats professionnels ayant également voix délibérative.

  4. Quant aux motivations, hélas, je ne les comprends pas moi-même. Si effectivement, on devait les suivre, pourquoi alors je suis toujours libre et n’ai pas été inquiété par la justice ? Je suis effectivement alors un fameux menteur et de plus j’aurais dû être poursuivi pour non assistance en personne en danger ou complicité…. Je suis le père de cet enfant, je vis avec la maman, pas une nuit, je l’ai quittée, nous partageons ensemble toutes nos activités, nous n’avons pas de problème de couple, nous nous aimons. L’enquête n’a jamais mis en évidence ne fusse qu’un doute à ce sujet (d’ailleurs, vous ne verrez rien dans les médias à ce sujet). J’ai toujours affirmé haut et fort que jamais, je n’ai vu de symptômes de grossesse (pas de prise de poids, pas de nausée, pas de ventre rond, des randos de 25 km à 9 mois de grossesse – avec un jean, pas de robe ample – avec notre groupe de marche) et que j’ai eu des relations intimes régulières jusqu’à la naissance de l’enfant…. Personne n’a vu cette maman enceinte et elle ne se cachait pas, ni dissimulait une quelconque grossesse. Aucun témoignage en ce sens durant les 9 mois de grossesse. RIEN ! Deux jours avant la naissance de Nicolas, nous participions à une grosse manifestation de notre club de spéléo. De nombreuses personnes l’ont vue toujours en jean et tout le club (plus de 30 membres). Toute la journée, elle s’est activée, debout au bar, à servir les personne, à déménager des tables. Non, croyez-moi, ça ne tient pas debout ! Il n’y a pas de logique, quelque chose ne va pas dans ce procès…. Bien à vous. Philippe Piot

  5. …..Et surtout, hélas, je suis désolé envers la profession des journalistes, quelque chose n’a pas été, et c’est grave, dans la manière dont a été rapporté par la presse, et le procès, et les faits et ce drame humain !…. Je le répète, j’ai vécu un véritable lynchage médiatique dans ce drame…. Là, pour moi, je pointe une grosse responsabilité des journalistes, avec un très très gros apriori sur ce drame, sans aucune analyse, sans réflexion, sans prise de distance, sans confrontation des sources, et une nette orientation au seul but d’émouvoir l’opinion publique, à l’indigner jusqu’à mettre au pilori cette maman et toute une famille par dégâts collatéraux ! Vous, les journalistes, il est temps de réfléchir sur l’avenir de votre profession pour revenir à l’information et ce qu’elle devrait être !… car, elle est fameusement en péril…. Ne devenez pas les justiciers du bon peuple !

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