L’Organisation Internationale de la Francophonie n’est pas réservée aux seuls Francophones


«Le français, rien que pour les Francophones»: c’est, à peine caricaturée, la position de Geert Bourgeois. La présence de la Belgique, État trilingue, à l’Organisation Internationale de la Francophonie donne apparemment des boutons au ministre-président N-VA flamand, qui entend qu’à l’avenir, ce soit la Communauté française de Belgique qui y siège. «Communauté française de Belgique», et pas «Fédération Wallonie-Bruxelles»: cette dénomination, elle, lui donne de l’urticaire et il veut la faire proscrire. En rappelant, à juste titre-là, que seule la première appellation est constitutionnelle et légale.

bourgeois-300x218Si l’on suit donc le raisonnement de Geert Bourgeois, l’OIF ne peut donc s’adresser qu’aux seuls 270 millions de Francophones dans le monde. Parmi lesquels, donc, les Wallons, et comme le disait Julos Beaucarne, «volà pouqwê no s’tons fîrs d’èsse Walons».

La prise de position de Geert Bourgeois témoigne, à tout le moins d’un certain culot: à quel titre pourrait-il imposer à une organisation son mode de fonctionnement et son périmètre d’activité?

L’Organisation Internationale de la Francophonie regroupe, pour rappel, 80 États et gouvernements dans le monde (57 États-membres et 23 observateurs) «qui procèdent du partage d’une langue, le français, et de valeurs universelles».

Tous ces États, loin s’en faut, ne sont pas exclusivement francophones. La présence de certains d’entre eux au sein de l’OIF peut même étonner, je le concède: la population francophone du Qatar, le dernier arrivé, doit être assez limitée. Mais la promotion de la langue française «et de la diversité culturelle et linguistique» ne peut, par définition, se limiter aux territoires exclusivement francophones. La nouvelle secrétaire générale de l’Organisation, Michaelle Jean, ne vient-elle pas du Canada, pays bilingue par excellence? Le Rwanda, où l’anglais occupe une place prépondérante dans l’administration depuis l’instauration du pouvoir actuel, y a tout autant sa place. Et tant d’autres. Pour tous ces pays, faire partie de la Francophonie est à la fois un atout et une chance de diversité linguistique: ils sont heureux du soutien que l’Organisation internationale peut apporter aux initiatives francophones sur leur territoire.

La remarque de Geert Bourgeois est donc particulièrement inappropriée. Elle ne surprend pas: la promotion de la diversité linguistique ne figure en effet pas au programme de la N-VA. Sa vision d’une Région, qu’il espère voir devenir un pays, linguistiquement homogène, est par ailleurs particulièrement irréaliste: hors le français que les flamingants abhorrent, bien d’autres langues sont parlées sur le territoire flamand. Au fait, si le rêve d’une Flandre indépendante, que la N-VA caresse, devait se réaliser un jour, il lui faudrait bien, pour adhérer à l’Union Européenne et entrer au Conseil de l’Europe, adopter la convention-cadre sur la protection des minorités, car elle ne pourrait plus invoquer, comme elle le fait actuellement pour la Belgique, les protections particulières dont bénéficie  la minorité francophone. Et donc, par là, autoriser la Communauté française de Belgique à soutenir des initiatives culturelles en Flandre, comme elle peut le faire actuellement sur toute la planète… sauf au nord de la frontière linguistique.

Une réaction à nouveau désastreuse pour l’image de la Flandre

Si Geert Bourgeois avait suggéré qu’à l’avenir, un vice-Premier francophone assiste d’office aux assemblées de l’OIF, on l’aurait bien volontiers suivi. Comme on suppose que les Québécois en ont assez de voir un Stephen Harper, qui, lui, baragouine plutôt qu’il ne parle le français, y représente le Canada, il m’est arrivé, sur ce blog, de fustiger la présence à un sommet de la Francophonie d’un Premier ministre flamand s’exprimant en français sans maîtriser les subtilités de la langue.

Mais sur un plan plus général, la sortie de son ministre-président donne une nouvelle fois l’image d’une Flandre racrapotée sur elle-même, hostile à toute ouverture sur le monde. Pareille attitude, bien plus qu’une prétendue influence francophone sur les instances internationales et européennes ont fait à la Flandre une réputation extrêmement négative en Europe. Elle a conduit le Conseil de l’Europe à condamner plusieurs fois sont attitude à l’égard des Francophones de Flandre. Dans tout le monde francophone, cette perception négative, désormais, est encore plus ancrée.

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