Fadila Laanan ne méritait peut-être pas cet excès d’honneur, mais sûrement pas cette indignité!


La remise de la Légion d’honneur à Fadila Laanan, ministre communautaire de la Culture et de l’Audiovisuel, a suscité bien des commentaires, cette semaine. La plupart ne volaient pas très haut, sentant… mauvais le poujadisme, le sexisme, voire même un racisme sous-jacent. D’autant que Fadila Laanan a été décorée par Yasmina Benguigui, ministre française de la Francophonie.

Capture d'écran 2014-02-01 10.20.44Sur certains sites, on n’y est pas allé avec le dos de la cuiller: on ne mentionnait pas l’origine de la ministre belge, on lui volait carrément sa nationalité. Tout dans la nuance, on le voit…

Des courriers, dont certains envoyés au journal qui m’emploie et ne me rémunère pas assez à mon goût (N.D.L.R.: air connu des habitués de ce blog, et d’autres…) ont, eux, plutôt donné dans le populisme primaire. «Qu’on ne vienne pas me dire que durer en politique chez les socialistes, c’est exceptionnel et qu’on se maintient dans son niveau d’inculture pendant dix ans, tout en prenant bien soin de passer tout le secteur culturel au Roundup, afin de ne plus laisser pousser que de la culture OGM», écrivait ainsi une personne, qui avait manifestement pas relu sa phrase inachevée.«On bafoue les titres honorifiques de façon déraisonnable, on les ridiculise, on les galvaude, on les gaspille. Cela ne veut plus dire grand-chose» ajoutait un autre «indigné».

Et si on se calmait? Si on se souvenait, d’abord, qu’une Légion d’honneur ne se sollicite pas: elle est attribuée. De manière souvent inattendue: feu Pierre Desproges disait, avec l’humour qui n’appartenait qu’à lui, et dont certains (je ne m’y risquerais jamais) ne donnent qu’une caricature, en voulant le plagier, «Les décorations, c’est comme les bombes, ça tombe souvent sur quelqu’un qui ne les mérite pas». Mais à tout prendre, mieux vaut prendre une décoration qu’une bombe sur la gueule.  On peut la refuser, disent certains beaux esprits. Je serais curieux de voir si, eux, refuseraient pareil(le) (Légion d’) honneur?

Si on se demandait, ensuite, si les commentaires, ou les courriers de lecteurs qui en ont découlé, auraient été les mêmes si Fadila Laanan avait été… un homme? Que l’on sache, on n’a pas déversé de tombereaux d’invectives, quand le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, s’est vu, lui aussi, remettre la Légion d’honneur, il y a quelques mois, par son copain Nicolas Sarkozy. Ce qui est scandaleux aujourd’hui, était honorable hier? Parce que c’est une femme qui reçoit la Légion d’honneur, et non plus un homme?

6246749-9334374Réflexion excessive, direz-vous? Fort bien, alors: le bilan de Didier Reynders justifie plus sa Légion d’honneur, que celui de Fadila Laanan? Mais, à propos, sauf cette sentence définitive, et quelques réflexions ironiques, a-ton envisagé la remise ce cette prestigieuse décoration à la ministre de la Culture et de l’Audiovisuel à l’aune de son action?

Les artistes la vomissent: ils ont subi de plein fouet les restrictions qu’elle a appliquées. Soit dit au passage, ces restrictions budgétaires, Fadila Laanan les a appliquées comme tous les ministres du gouvernement communautaire. Et comme tous ses collègues ministres, fédéraux comme régionaux. Plutôt que la cibler, elle seule, le moment serait peut-être enfin venu, à l’approche du scrutin du 25 mai, de poser la question du coût du maintien d’une institution, la Communauté française de Belgique pour l’appeler par son nom constitutionnel, dont le fonctionnement est pris de manière très large en charge par les Régions…

Des «cultureux» reprochent aussi à la ministre bruxelloise une forme de «bruxello-centrisme», et là, c’est une critique recevable. Pour reposer, à nouveau, la question de la pertinence de cette Communauté française qui, du point de vue wallon, nie largement la Culture wallonne: il y a trente ans, déjà, le «Manifeste pour une Culture wallonne» dénonçait cette situation.

Mais Fadila Laanan, c’est aussi notamment la ministre qui est arrivée, après des années d’efforts vains, notamment de ses prédécesseurs libéraux, à remettre de l’ordre dans le plan de fréquences des radios francophones, sans déclencher une guerre de l’éther avec la Communauté flamande. C’est particulièrement dans le secteur audiovisuel, d’ailleurs, qu’elle s’est attachée à cette défense de la francophonie, qui lui a valu cette semaine la reconnaissance de la France.

Fadila Laanan a également constaté la navrante désertion des patrons de presse, qui ont la singularité de gérer un secteur en crise en ne le recentrant pas sur son cœur d’activité, et elle a créé un «Fonds d’investigation journalistique», qui permet en particulier à de jeunes journalistes de financer des reportages réputés nourrir le débat sociétal. Tous les reportages ainsi soutenus ne donnent pas forcément les résultats espérés, c’est vrai. Au moins ne versent-ils pas dans la caricature et les à peu-près, pas toujours en-deçà des limites imposées par la déontologie professionnelle, qui ont caractérisé les commentaires émis à l’occasion de sa réception de la Légion d’honneur.

La ministre ne méritait peut-être pas pareil excès d’honneur; mais sûrement pas une telle indignité.

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