Entre journalistes et politiques, connivence ou agressivité?


Quelle mouche a donc piqué Fientje Moerman? L’ancienne ministre libérale flamande de l’Économie s’était plainte, mercredi, dans une carte blanche publiée par le «Standaard» du dédain des journalistes pour le travail parlementaire en profondeur, et du coup, depuis lors, son coup de gueule a fait l’objet de nombreux commentaires dans tous les médias, flamands essentiellement, mais aussi francophones. Où tout le monde, soit dit au passage, n’a pas forcément lu son texte, car cela postule une connaissance élémentaire du néerlandais..

fientje-moermanFientje Moerman n’est pas la première responsable politique à se plaindre du comportement des journalistes. Elle s’est présentée en victime («comme une paria»…) là où un François Mitterrand s’était fait procureur, dans des circonstances il est vrai nettement plus dramatiques, après le suicide de son ancien Premier ministre, Pierre Bérégovoy. Le défunt président de la République, qui s’y entendait comme pas deux pour manipuler les médias, avait, on s’en souvient, qualifié les journalistes de «chiens». Pareille agressivité ne se retrouvait pas dans le texte de la députée flamande.

Parmi les multiples réactions que sa sortie a suscitées, l’éditorial d’Eric Donckier, dans le «Belang van Limburg» équilibrait avec beaucoup de pertinence les responsabilités des uns et des autres. Les journalistes, constatait-il, doivent balayer devant leur propre porte, en réfléchissant à leur manière de couvrir la politique; mais les politiques feraient bien d’en faire autant, sur la manière dont ils organisent leur communication vers les journalistes. Une communication faite de nombre d’effets d’annonces; d’engagements dont ils et elles savent qu’ils (elles) ne pourront les tenir; voire d’infos de derrière les coulisses, pourvu qu’elles nuisent à leurs adversaires, voire à leurs camarades de partis…

La manière dont la politique est couverte dans les rédactions mérite une réflexion particulière, à quelques mois des scrutins du 25 mai 2014, où le public, invité à renouveler sa représentation régionale, fédérale, et européenne, aura besoin d’éclaircissements particulièrement précis pour bien identifier les enjeux des différentes élections. La tentation pour les journalistes d’éluder leur responsabilité sera grande: il est tellement plus facile de se réfugier derrière des bilans du type nombre de questions parlementaires posées, des interviewes convenues, ou, mieux, des «petites phrases» qui font le «buzz». Fientje Moerman épingle notamment les médias sociaux, en révélant qu’une des obsessions des mandataires politiques est de vérifier au petit matin tout ce que les médias sociaux peuvent véhiculer à leur sujet, sans faire le tri du vrai et du faux…

Mais les politiques eux-mêmes seraient bien inspirés de revoir leur conception de leur relation avec les médias. J’ai déjà eu l’occasion, dans ce blog, d’épingler la stratégie des partis qui imposent tel(le) ou tel(le) de leurs représentant(e)s à divers médias, à un moment donné, pour donner à un message la plus large diffusion possible. En faisant bien comprendre au média qui refuserait d’entrer dans ce jeu de dupes que la note lui sera présentée tôt ou tard, par exemple en réservant à d’autres une exclusivité soigneusement dosée.

De la même manière, l’inaccessibilité relative de ministres en fonction, qui ne concèdent d’interviewes s’ils (elles) n’en choisissent pas eux-mêmes le moment et le thème montre la considération qu’ils (elles) ont pour le rôle démocratique des médias. Dans la même veine, on épinglera également les interviewes «groupées» qu’imposent de plus en plus de ministres. Bien conscient(e)s du fait qu’une interview à plusieurs mains doit être soigneusement préparée. Mais que pareille préparation, précisément, entre journalistes travaillant pour des médias concurrents est bien plus difficile, même quand ils (elles) se connaissent. Et que dès lors, l’interview ira rarement au fond des choses.

Eric Donckier, en conclusion, suggère l’idée d’un dialogue entre journalistes et politiques, mais après la triple élection du 25 mai 2014. Pourquoi pas? Mais les journalistes s’y présenteraient avec encore plus de crédibilité, si entre-temps, ils et elles réfléchissaient déjà plus à leurs pratiques…

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4 réflexions sur “Entre journalistes et politiques, connivence ou agressivité?

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