Europe: l’inconséquence britannique


Les informations télévisées de ce matin, à la BBC, revenaient sur les tensions entre l’Espagne et le Royaume-Uni à propos du rocher de Gibraltar: contrairement à ce qu’on croyait, indiquait un journaliste de la chaîne publique britannique, dépêché sur place, les contrôles frontaliers mis en place par les autorités espagnoles, officiellement pour lutter contre la contrebande de tabac, ne se sont pas relâchés, et les files s’allongent aux points de passage vers l’intérieur des terres.

15259724-le-rocher-de-gibraltar-et-la-merLa pression n’est certes pas unilatérale: les pêcheurs espagnols se plaignent des restrictions qui leur sont imposées par les autorités du rocher, et les contrôles frontaliers évoqués semblent bien être la réponse du berger espagnol à la bergère anglaise.

Le plus piquant, dans l’histoire, c’est que le Premier ministre britannique, David Cameron, vient de s’adresser à l’Union Européenne d’intervenir, parce que ces contrôles, a-t-il souligné, sont contraires à la liberté de mouvement qui est un des principes moteurs de l’intégration européenne.

On lui donnerait raison sans réserve… si le même David Cameron ne continuait pas, dans la lignée de ses prédécesseurs, à être un frein continu à plus d’intégration européenne. Car enfin, le Royaume-Uni a délibérément refusé de s’intégrer à l’espace Schengen, au sein duquel les contrôles frontaliers sont proscrits. Le Royaume-Uni a pesé de tout son poids pour empêcher toute augmentation du budget européen pour les années à venir, et continuer à exiger d’en recevoir une part non-négligeable, en application du principe cher à feu la Dame de fer «I want my money back!». Et c’est toujours le Royaume-Uni qui refuse toute avancée vers une Europe plus fédérale, au point d’avoir opposé son véto à la nomination de deux anciens Premiers ministres belges à la présidence de la Commission.

Dans ce contexte, la demande de David Cameron à l’Union Européenne apparaît donc à tout le moins inconséquente. On ajoutera que la persistance de la présence britannique à Gibraltar reste un reliquat d’une époque coloniale aujourd’hui résolument révolue, où pour régner sur les mers, Britannia multipliait les points d’appui stratégiques le long des routes maritimes. Ces anachronismes ont progressivement disparu. En s’accrochant au Rocher, le Royaume-Uni rame décidément à contre-courant…

L’épisode renforcera sans doute le courant anti-européen au pays de la Queen Elizabeth. Il n’y a peut-être pas de quoi s’en réjouir. Mais si, au bout du compte, le Royaume-Uni reprenait clairement la route du grand large, peut-être l’Europe intégrée y trouverait-elle bénéfice…

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s