La liberté de tout dire n’est pas le droit de raconter n’importe quoi


Tout le battage médiatique organisé ce week-end autour du livre de Frédéric Deborsu aura été efficace: «Questions royales» se vend comme des petits pains; et on imagine que «La Renaissance du Livre» ne poussera pas trop loin sa plainte contre X pour «violation de l’embargo», à la fois parce qu’elle n’a que peu de chances d’aboutir, parce que pousser l’enquête lui réserverait peut-être des surprises, et surtout parce que, in fine, même si le groupe Sud Presse a critiqué l’ouvrage à la «une» (beaucoup moins dans l’article de Pierre Nizet, que Frédéric Deborsu continue manifestement à considérer comme un excellent confrère et un grand ami, au même tire que certains des journalistes invités à la conférence de présentation de son livre, et à d’autres qui avaient dû se faire remplacer, à son vif étonnement apparemment…), la polémique qu’il a lancée a constitué une excellente propagande pour le livre.

Maintenant que la présentation du livre a eu lieu, et tout en n’ayant pas encore eu l’occasion de le lire moi-même, je ne peux m’empêcher de procéder à certaines observations, de poser certaines questions, et de faire part d’un réel malaise.

Les observations tout d’abord, et cette curieuse différence entre les couvertures des versions française et flamande de l’ouvrage: simple détail de mise en page, ou divergence plus fondamentale? Il serait intéressant de comparer les deux versions du texte, pour voir si elles sont rigoureusement identiques.

Un constat dans la foulée: lors de la conférence de presse, Frédéric Deborsu a essentiellement parlé de lui-même et de sa grande expérience. Faut-il rappeler cet aphorisme selon lequel l’expérience n’est que le nom qu’on donne à la somme de ses erreurs?

À l’analyse, le livre n’apporte pas grand chose de neuf sur toute une série de faits déjà connus de la vie de la famille royale: Frédéric Deborsu s’est transformé en compilateur d’informations publiées, quitte à le faire de manière incovenante, si on doit en croire – c’est amusant!- Mario Danneels, qui se considère peut-être comme le seul biographe autorisé de la famille régnante.

Le malaise vient des insinuations du type « Mathilde a accouché de ses enfants à la clinique Erasme, spécialisée dans la procréation assistée. Philippe n’est pas le premier mari qui ne touche pas sa femme »: l’amalgame rapidement établi, l’auteur ne se pose ni la question de la pertinence de l’information par rapport à la question essentielle (Philippe est-il ou non à même d’exercer la fonction de chef de l’État?) ni celle de sa vraisemblance: un grand nombre de couples qui ne peuvent avoir d’enfants ont recours à la procréation assistée, et ils ont ainsi la joie d’être parents une fois, deux à la rigueur… quatre, jamais! Ce «détail» n’a manifestement pas intrigué Frédéric Deborsu qui est sans doute allé un peu trop loin en qualifiant de «hors normes» l’amitié entre le prince Philippe et un homme qui annonce aujourd’hui le dépôt d’une plainte.

À l’arrivée, et pensant notamment aux journalistes turcs emprisonnés pour défendre la liberté de la presse et la liberté d’expression, un rappel s’impose à moi: la liberté de tout dire n’est pas le droit de raconter n’importe quoi!

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4 réflexions sur “La liberté de tout dire n’est pas le droit de raconter n’importe quoi

  1. Un journaliste qui se met en scène en première de couverture de son propre livre, cela en dit déjà beaucoup sur le personnage, la dimension de son ego et la vision (?) qu’il a de son métier. La vraie place d’un(e) journaliste est, je pense, en quatrième de couverture et l’ombre de son sujet, là où il/elle peut mener un travail sérieux d’enquête et d’investigation, et pas dans la lumière, compilant « on dit », « ragots » et affirmations anonymes « de source sûre ». Ce livre est malheureusement à l’image de ce que devient le journalisme dans beaucoup de nos rédactions : arrogant, se contentant de plus en plus souvent d’à-peu-près et succombant à la tentation de l’audience (ou du trafic) pour l’audience. En y réfléchissant bien, ce sont des ressorts assez proches de ceux du populisme ambiant que ce type d’ouvrage contribue largement à renforcer.

  2. Pas lu le livre.
    Mais sa (ses) couverture(s) m’ont également laissé pantois.
    Comme dit Michel, la vraie place du journaliste est en quatrième de couverture et à l’ombre du sujet.

    • Je pense que le livre de Demarteau et Duwart (?) a longtemps servi de référence pour les instances déontologiques de la profession. Malheureusement, je crois qu’il n’est plus disponible depuis longtemps, et qu’on n’en tient en tout cas plus compte. Pour le reste, ce Demarteau est-il celui qu’on surnommait « Barbapoux »????

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