Le journal sans journalistes: une recette usée!


Les promesses, on le dit souvent, n’engagent que celles et ceux qui y croient: il faudrait bien être naïf  pour faire crédit au directeur des rédactions du «Soir» et du «Soir Magazine», quand il affirme, après avoir signifié à douze journalistes du quotidien de la rue Royale qu’ils peuvent faire leurs valises, selon des modalités diverses, et après avoir aussi décrété un blocage des salaires des journalistes au niveau de 2009, qu’il remplacera les partants par des jeunes journalistes, qu’on devine déjà taillables et corvéables à merci. Le procédé est cousu d’un câble beaucoup trop gros pour abuser qui que ce soit. Faut-il rappeler à ce directeur des rédactions qu’il n’est pas légal de remplacer des personnes envoyées à la préretraite par de nouveaux engagés? Si besoin en était, voilà qui confirme combien l’engagement qu’il a pris est fallacieux!

La réalité est plus triviale: il s’agit simplement de réduire la masse salariale de la rédaction du quotidien vespéral. Et, au passage, de se débarrasser de l’un(e) ou l’autre journaliste trop peu malléable: les anciens visiteurs de ce blog ne s’étonneront sûrement pas de retrouver le nom de Martine Vandemeulebroucke parmi les destinataires de l’aimable courriel (on appréciera l’élégance du procédé!) qui signifiait aux inéressé(e)s qu’ils sont désormais malvenus à la rue Royale.

Que l’évolution du tirage du «Soir», à la baisse constante depuis plusieurs années, préoccupe sa direction, on peut le comprendre. Mais les événements de ce jeudi démontrent que cette direction n’a rien compris du mal dont souffre le quotidien. Il suffisait pourtant de s’enquérir de ce qui s’y est passé la veille du récent jour où trois recommandées ont  été envoyées à des journalistes «vespéraux» pour savoir que c’est bien plus au niveau des responsables de la rédaction que dans la rédaction elle-même que se situe le problème. Mais voilà, si, en sport, c’est souvent l’entraîneur qui paie les mauvais résultats de son équipe, dans la presse écrite quotidienne belge, c’est l’inverse qui se produit: même en cas d’incompétence notoire des entraîneurs, on préfère s’en prendre à l’équipe elle-même. Et c’est ainsi que la rédaction du «Soir», qui a déjà subi un plan social il y a à peine deux ans, va subir une nouvelle cure d’amaigrissement. Classiquement, c’est une part de la mémoire de cette rédaction qui va ainsi se dissoudre. Et même si quelques nouveaux engagés débarquent, ils ne parviendront pas à combler ce vide. Et il y a fort à parier que la déglingue du quotidien bruxellois se poursuivra…

Ma solidarité professionnelle accompagne évidemment ces journalistes ainsi stigmatisés. Je me réjouis par ailleurs de voir que la rédaction, qui s’était peut-être un peu trop facilement laissé désarçonner par la démission, ou plutôt par le savant repositionnement, de Béatrice Delvaux, a, cette fois, déposé un préavis de grève, et qu’une procédure de concertation a été engagée. Il en faudra néanmoins beaucoup plus pour reconstruire la confiance à la rue Royale. Car pour qu’une relation de confiance se rebâtisse, il faut que la rédaction puisse avoir confiance dans sa direction. Et une direction qui gère sa rédaction à coups de recommandées et de courriels a pratiquement épuisé tout son crédit en la matière!

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