La trahison d’un roi


Depuis la révélation, par un auteur flamand, de l’existence, réelle ou supposée, d’une demi-sœur du roi Albert II, que son père, feu le roi Léopold III aurait eue de son aventure avec une patineuse d’origine autrichienne, la presse flamande consacre des pages entières aux frasques des princes qui nous ont gouvernés, n’épargnant que le défunt roi Baudouin, tout en rappelant, sans avoir l’air d’y toucher, les rumeurs sur l’attachement très fort qui le liaient à Lilian Baels, sa belle-mère, seconde épouse de son père.

Là aussi, la différence de réaction entre la presse quotidienne flamande et la presse quotidienne francophone ne manque pas d’interpeller. Faut-il voir dans la discrétion des journaux francophones sur le sujet une autre manifestation de ce curieux renversement d’opinion qui, en six décennies, a transformé en région monarchiste la Wallonie républicaine de 1950, et mué la Flandre attachée au trône en (non-)État-nation hostile à la dynastie? Ou alors une autre expression de la « pipolisation » de la vie publique en Flandre, puisque, tandis qu’il détaille dans deux pages les frasques sexuelles de cinq de nos six souverains, le « Nieuwsblad » en consacre une à la maternité d’une des filles du ministre de la Justice, Stefaan De Clerck (CD&V), qui a décidé de faire un bébé toute seule?

L’occasion est pourtant belle de faire un retour historique sur la trahison de Léopold III, au moment où vient de paraître une deuxième biographie de Hubert Pierlot, l’homme politique sans doute le plus injustement traité du XXeme siècle dans notre pays. Je ne vise évidemment pas là les coups de canif donnés par le successeur d’Albert Ier dans divers contrats matrimoniaux. Ni non plus la capitulation en rase campagne du 28 mai 1940, qui a provoqué la rupture avec son gouvernement d’alors, non: quelques semaines plus tard, ses ministres, réfugiés en France et convaincus de la victoire finale de l’armée française, la plus forte du monde, partageaient sa conviction que l’Allemagne nazie avait gagné la guerre, et lui offraient leur démission.  Et pas, enfin, son « testament politique » de 1944, qui a plus tard démontré qu’il n’avait, selon le mot de Churchill, citant Talleyrand à propos des Bourbons à la Restauration, « rien oublié et rien appris ». Mais sa trahison envers ses soldats, à qui il avait promis de partager leur sort, au moment où il décidait de leur faire déposer les armes. Quand, derrière les barbelés d’Allemagne, les prisonniers de guerre, essentiellement wallons, ont appris le remariage de Léopold, en décembre 1941, un an et demi à peine après le début de leur captivité, des portraits du roi ont traversé les fenêtres des baraquements de nombre d’oflags et de stalags. Prisonnier en Bavière, mon défunt père a raconté plus d’une fois qu’un de ses compagnons, prénommés Léopold, avait, à l’annonce de cette nouvelle, défendu qu’on l’appelle – qu’on l’appelât, devrais-je écrire – désormais de la sorte.

Tout cela appartient désormais à l’Histoire, c’est vrai. Mais il n’est pas inutile de rappeler ces événements. Si la guerre semble désormais, et c’est heureux, hypothèse bien improbable dans l’Europe unie, il reste dangereux de se fier à la parole d’un roi, dès lors qu’il est du type psychorigide…

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